Les auditeurs ont réagi au traitement éditorial du sauvetage du pilote américain en Iran. Pour répondre à leurs interrogations, Florent Guyotat, directeur adjoint de la rédaction de Franceinfo, est au micro d’Emmanuelle Daviet.

Emmanuelle Daviet: Les auditeurs s’interrogent sur la hiérarchisation de l’information et souhaiteraient savoir pourquoi le sauvetage du pilote américain en Iran a été considéré comme prioritaire par rapport au reste de l’actualité. Je vous lis l’extrait d’un message : « Vous consacrez un temps infini à la triste mésaventure d’un pilote américain qui s’est éjecté d’un avion abattu. Mais après tout, il a été engagé en tant que militaire dans une guerre voulue par le gouvernement de son pays. Et le risque fait partie de son métier. » Florent Guyotat, que répondez-vous à ces remarques?

Florent Guyotat : Alors d’abord, on rappelle que c’était en fait deux aviateurs qui étaient concernés, deux militaires américains qui se sont donc éjectés de leur appareil F-15. Le premier a été retrouvé rapidement dès le vendredi, et la recherche du deuxième aviateur a duré beaucoup plus longtemps. L’annonce de sa récupération par l’armée américaine en plein territoire iranien n’a été annoncée que le dimanche matin, 36 heures après, par Donald Trump. Oui, la recherche de ce deuxième homme, c’est vrai, a occupé une très grande partie de l’antenne de Franceinfo le week-end dernier. Notre auditeur demande pourquoi : tout simplement parce que le sort de ce militaire est devenu, qu’on le veuille ou non, un enjeu très important de la guerre. Cette guerre, c’est aussi, on le sait, une guerre de communication. Et c’est ce qu’on a raconté sur Franceinfo avec nos correspondants, nos invités. Double enjeu en fait. D’abord pour Donald Trump, qui fait l’objet de critiques d’une partie de la population américaine sur son choix de faire la guerre à l’Iran. Il fallait montrer qu’on abandonnait pas un soldat américain, qu’on faisait tout pour le sauver, même s’il a fallu mobiliser pour cela des dizaines d’avions et d’hommes. Et puis pour l’Iran, c’est aussi devenu un enjeu majeur. Si le régime iranien était parvenu à capturer cet homme, il serait assurément devenu une monnaie d’échange. Les images de sa capture auraient été abondamment diffusées. Autrement dit, ça aurait été un moyen de pression important contre Donald Trump. Il faut dire que sur Franceinfo, j’insiste là-dessus, nous nous sommes efforcés à chaque fois de replacer les faits dans leur contexte. Nous avons rappelé qu’au delà de cet enjeu de communication, d’un point de vue strictement militaire, un F-15 abattu représentait très peu, malgré les vies humaines en jeu, bien sûr, par rapport aux milliers de sorties aériennes américaines où les avions sont revenus intacts depuis le début de la guerre.

Emmanuelle Daviet: Alors précisément, vous évoquez le sort des vies humaines en jeu, eh bien des auditeurs pointent une asymétrie entre l’attention portée à ce pilote et la relative discrétion autour des victimes civiles au Liban, en Iran ou en Cisjordanie. Comment recevez-vous cette remarque ?

Florent Guyotat : En écoutant notre antenne au cours de la semaine qui s’achève, je n’ai pas cette impression. Nous parlons très régulièrement des victimes civiles en Iran, au Liban. Cette semaine, nous avons consacré une très large part de nos développements d’actualité aux frappes israéliennes sur le Liban. Et dès que possible, nous proposons du reportage à nos auditeurs, avec pas seulement des explications, mais l’un de nos reporters qui seront sur les lieux, qui va chercher l’information sur place pour interroger des témoins. Si vous êtes un auditeur régulier de Franceinfo, vous avez sûrement entendu les récits de notre correspondant au Liban, Arthur Sarradin. Écoutez un extrait de ce reportage qui était le premier sujet du journal de 7h jeudi matin.

Extrait de reportage

Florent Guyotat : Reportage signé Arthur Sarradin, jeudi dernier. Aller sur le terrain, c’est vraiment le premier réflexe sur Franceinfo. Et ensuite, une fois qu’on a entendu ce qui se passait sur place, on a des invités qui prennent position. Nous nous efforçons de respecter le pluralisme. Deux personnalités à l’antenne ce jeudi matin en complément du reportage que l’on vient d’écouter : Rima Abdul-Malak, directrice du quotidien libanais L’Orient-Le Jour, qui a dénoncé les frappes israéliennes déplorant des attaques, je cite, totalement disproportionnées avec une majorité de victimes civiles et aussi l’ambassadeur d’Israël en France, Joshua Zarka, qui a justifié, lui, ces frappes par la nécessité, selon lui, de désarmer le Hezbollah qui est lié à l’Iran.

Emmanuelle Daviet : Comment maintenir une exigence éditoriale forte quand l’information se construit en temps réel avec, j’y reviens, pour ce sauvetage, une course contre la montre. Dans un contexte de guerre, tous les éléments donnés à l’antenne sont ils vérifiés, demandent des auditeurs et comment travaille la rédaction ?

Florent Guyotat: Il faut savoir qu’avant de donner une information à l’antenne, même si tout va très vite, encore une fois, il y a un processus de validation. On ne fait pas n’importe quoi. Dans le cas des aviateurs américains, il est évidemment difficile de vérifier les informations parce qu’on le disait. C’est aussi une guerre de communication. Donc chaque belligérant, chacun des camps, présente sa propre version des faits. Pour annoncer que le deuxième aviateur américain avait été retrouvé, nous nous sommes appuyés sur plusieurs médias américains réputés sérieux, bien informés, comme le New York Times, le Washington Post et aussi Axios. Et nous les avons cités comme étant nos sources. Donc ça, c’était dimanche matin, aux alentours de 6h sur Franceinfo, juste avant la confirmation officielle donnée quelques instants plus tard par la Maison Blanche.