Les auditeurs s’interrogent sur le traitement éditorial des municipales 2026. Pour leur répondre, Richard Place, directeur de la rédaction de franceinfo est au micro d’Emmanuelle Daviet.
Emmanuelle Daviet : À propos de la couverture des élections municipales, des auditeurs ont le sentiment qu’il a beaucoup été question des extrêmes : extrême gauche, extrême droite ; au point de rendre moins visibles d’autres sensibilités politiques pourtant très présentes dans cette campagne. Est-ce, selon vous une réalité, un ressenti ? Et comment veillez-vous à ne pas surreprésenter certains clivages ?
Richard Place : Alors d’abord, on a un outil. La loi nous impose des temps de parole selon les partis politiques. C’est surveillé scrupuleusement par l’ARCOM. Et pendant la période de scrutin, de campagne municipale, nous avions des compteurs spécifiques pour chaque ville. À chaque fois que l’on faisait parler un candidat d’une ville, eh bien on voyait ce compteur s’ouvrir et il fallait évidemment faire intervenir les autres candidats. Donc rien qu’avec cet outil-là, nous nous sommes assurés d’avoir tous les points de vue sur chaque ville dont nous parlions à l’antenne. Ensuite, je comprends que les auditeurs puissent avoir cette impression parce que lors de ces élections municipales, il a beaucoup été question du Rassemblement national, notamment pour savoir s’il allait faire la razzia qu’il espérait. On se rend compte et désormais, on a des chiffres précis du nombre de villes qu’ils ont conquis, qu’ils n’ont pas réussi dans les grandes villes, mais qu’ils ont conquis beaucoup de sous-préfectures comme disent les analystes politiques, de petites villes. Et puis il y avait cette curiosité aussi autour de LFI et notamment de ses alliances avec le Parti socialiste. Il y avait là aussi des espoirs de conquête qui n’ont pas toujours été couronnés. Mais donc nous avons parlé de ces enjeux-là, mais pas seulement de ces enjeux-là. Nous en avons parlé, je le répète, grâce aux outils dont nous disposons pour satisfaire aux règles de l’ARCOM, nous avons parlé de tous les partis.
Emmanuelle Daviet : Alors, vous avez cité un mot qui revient souvent dans le courrier des auditeurs, c’est le mot « alliance ». Plusieurs auditeurs regrettent un traitement justement très centré sur les alliances, les rapports de force et les projections nationales en perspective de la présidentielle, au détriment des projets locaux et des préoccupations concrètes des habitants. Richard Place, quels ont été vos choix éditoriaux dans ce scrutin et quelle place avez-vous accordée aux enjeux de terrain ?
Richard Place : Alors évidemment, une campagne des municipales et un scrutin comme celui-là, il marche sur deux jambes pour nous. Il y a en effet les clivages politiques, les alliances, les tractations en coulisses, les décisions d’avant le premier tour qui vaudront pour le deuxième tour. Tout ça, nous avons essayé de le décrypter, notamment avec l’énorme travail de notre service politique donc oui, nous avons parlé de ce que parfois on peut qualifier de politique politicienne. En tout cas les accords que tentent de nouer les uns et les autres parce que c’est un enjeu. L’autre jambe, l’autre enjeu, ce sont justement les enjeux locaux. Et là-dessus, je tiens à dire que sur franceinfo, nous avons fait chaque semaine pendant deux mois une journée spéciale consacrée à un enjeu. Parfois avec une délocalisation, parfois avec du reportage et des invités. Dans tous les cas, nous avons entendu des Français. Dans ces journées spéciales là, nous ne faisions pas parler les politiques, mais bien les acteurs de terrain. Et au-delà des acteurs, nous tous, les citoyens, face aux problèmes de sécurité, face aux problèmes de logement, face aux problèmes de l’attractivité économique dans une municipalité à l’échelle locale, que peut-on faire sur ces sujets-là ? Comment faire pour se passer de sa voiture par exemple pour des raisons environnementales ou économiques ? Toutes ces questions-là, nous les avons posées, nous les avons soulevées et nous l’avons fait chaque semaine sur franceinfo.
Emmanuelle Daviet : Et tous ces sujets sont à retrouver sur le site de franceinfo. Des auditeurs s’interrogent sur la manière dont ont été traités certains débordements survenus le soir du scrutin avec des élus pris à partie, insultés, bousculés. Comment avez-vous abordé cette question de la tension et de la brutalisation de la vie politique durant ces municipales ?
Richard Place : Le soir même du deuxième tour, nous l’avons beaucoup entendu dans les directs qu’ont fait nos journalistes sur le terrain. Nous avions plus de 25 directs dans différents lieux tout au long de la soirée et par endroits, on a pu entendre à l’antenne et nos journalistes l’ont décrit effectivement des huées, des insultes. Ils ont raconté ces moments-là. Nous en avons parlé un peu plus ensuite dans la semaine. Au fur et à mesure que l’on avait des détails et des informations dont la manière dont tout cela s’était déroulé. Puis le ministère de l’Intérieur a même publié des chiffres. Le ministre Nuñez s’en est emparé, il a communiqué sur le sujet. Nous avons évidemment fait état de de ces déclarations, et jusqu’à l’Assemblée nationale, où Yaëlle Braun-Pivet, par exemple, et d’autres représentants politiques se sont emparés de ce sujet. Là aussi, nous l’avons fait entendre sur franceinfo parce que c’est un fait. Sur ces élections municipales, visiblement, il y a eu une tension et une violence verbale qui avaient rarement été atteinte par le passé.