Jean Leymarie consacrait son billet politique sur France Culture ce 28 janvier à la polémique « sans enfants » dans les TGV. Les auditeurs ont écrit pour partager leur avis :

Le mouvement « No kids » dans les espaces partagés comme dans les wagons classe affaire de la SNCF est un curieux retour au 19e ou 20e siècle où les hommes d’affaires étaient exclusivement des hommes qui jamais n’interagissaient avec les enfants sauf sous une figure d’autorité, voire d’autoritarisme.
Que les enfants aujourd’hui soient bien plus présents dans les espaces partagés est indéniable, je suis souvent surprise de leur volume sonore, il est vrai. Une question d’éducation ? Trouver une forme relationnelle ni enfant roi ni « vipère » est sûrement encore à inventer. Certainement pas au détriment des enfants…

J’ai été agréablement surpris d’entendre Jean Leymarie parler du sujet « Classe optimum sans enfants » de façon objective, et non pas « paranoïaque », comme cela a été le cas en général.
On peut contester le concept de « classe affaires » pour diverses raisons, mais ce concept exclut évidemment par définition la présence d’enfants.
Or cette proposition a été interprétée comme « un mauvais signal envoyé par la SNCF », « une volonté d’exclusion des enfants », etc.
Comme si la SNCF définissait une politique généralisée de ségrégation âgiale par cette proposition.
J’ajoute que, utilisant assez souvent le train en semaine sans classe « Optimum » ou apparentée, j’y vois très peu d’enfants, ce qui est logique, puisqu’ils sont censés être à l’école.
Cette affaire est à rapprocher de l’interprétation paranoïaque de la déclaration du CEMA : « nous devons accepter de perdre nos enfants ».
Là, le mot « enfants » a été pris au sens littéral (« être humain de moins de 13 ans ») : « Je ne vais tout de même pas envoyer mes enfants en Ukraine » a déclaré une maman scandalisée, alors que le CEMA, trop subtil et lettré pour notre époque, pensait évidemment aux « enfants de la Patrie » que notre hymne national invite à aller combattre « ces féroces soldats ». Les « enfants de la Patrie » ont rarement 13 ans ou moins, normalement, ils ont au moins 20 ans et au plus 45 (mais on peut se porter volontaire en-deçà et au-delà).
Bref, beaucoup de gens ne comprennent rien à rien, mais cela ne les empêche pas de proclamer haut et fort avec indignation ce qu’ils en pensent.

Un petit message pour exprimer mon désaccord avec Jean Leymarie ce matin.
Hiérarchiser les luttes n’est jamais bon car cela divise nos rangs. Cela me rappelle d’autres débats stériles hiérarchisant combat féministe et anticapitalisme ou lutte des classes et écologie. Sans intersectionnalité nous n’y arriverons pas.
Si nous voulons que les enfants aient leur place dans notre société il faut que le discours soit cohérent quel que soit le sujet, il n’y a pas de petit secteur, de domaine moins urgent que les autres. Merci pour votre travail.

Merci Monsieur Leymarie pour votre billet ce jour mercredi 28 janvier. Je partage totalement vos propos. Ce qui n’est pas toujours le cas !

Jean Leymarie, d’abord merci pour votre travail qui me met la puce à l’oreille chaque matin avec une grande élégance.
Mais ce matin votre raisonnement ne me semble pas abouti. Vous concluez en posant une échelle de gravité difficile à ignorer : ce nouveau règlement SNCF serait négligeable en rapport aux violences extrêmes infligées par ailleurs aux enfants. Je ne vais pas vous contredire, étant moi-même une petite victime des abus sexuels dans l’église de mon enfance.
Mais vous ne constatez pas que c’est tout le rapport de notre société à ses enfants qui est modifié et la décision de la SNCF n’en est qu’un symptôme.
J’ai été instituteur spécialisé et j’ai vécu le désinvestissement de mon ministère sur les sujets de l’enfance en difficulté. L’éducation nationale a considérablement réduit les moyens engagés : la réponse de mon Inspecteur d’Académie a été textuellement : « vous avez raison, mais on va quand même les fermer ces postes ! ».
Mon épouse pédiatre a vécu dans le même temps, la même déliquescence de l’attention portée à l’enfance, avec la disparition progressive de la pédiatre libérale.
La réalité est bien que l’enfance n’est plus un enjeu économique d’importance, en rapport à la baisse de la natalité et du pouvoir d’achat grandissant des retraités.
Ma petite fille était invitée le mois dernier à l’anniversaire des 7 ans d’une copine, et l’animation principale fut un atelier de maquillage: ces enfants étaient venues pour jouer et elles sont reparties avec une expérience de futures consommatrices de futilités.
C’est une lente transformation de la place autorisée à l’enfance qui est en marche, et celle de la récupération d’un marché lucratif au profit des adultes.
Au grand plaisir de vous entendre au quotidien.

Auditrice assidue et mère de deux garçons de 10 ans et 7 ans avec qui je prends régulièrement le train, je tiens seulement par ce message à vous remercier pour votre billet de ce matin.
Ce billet a bien résumé l’absurdité de cette polémique derrière laquelle les politiques peuvent facilement se cacher pour ne pas être utiles là où ils doivent l’être.
Vous faites, avec l’équipe des Matins, un travail de fond appréciable. Je vous encourage à continuer.