Les auditeurs ont réagit au traitement éditorial de la Guerre au Moyen-Orient. Pour leur répondre, Florian Delorme, délégué aux programmes de France Culture est au micro d’Emmanuelle Daviet.

Emmanuelle Daviet: Des auditeurs ont le sentiment que la couverture de la guerre entre l’Iran et Israël est orientée. Certains parlent d’un traitement trop favorable à Israël ou aux Etats-Unis. D’autres au contraire d’un discours trop critique envers eux. Alors, comment expliquez-vous que ces perceptions opposées coexistent ?

Florian Delorme: Alors j’entends bien sûr Emmanuelle, cette impression que peuvent avoir les auditrices et les auditeurs. Mais il ne faut pas perdre de vue la photographie d’ensemble des contenus qui ont été proposés. Si je reviens sur les émissions, les programmes, les magazines depuis le début de cette opération, c’est-à-dire le 28 février, on a eu sur notre antenne une bonne vingtaine d’émissions. Sur cet ensemble là, j’ai compté, on a mobilisé une cinquantaine d’intervenants différents, avec des profils et des positions extrêmement variées. A cela, Emmanuelle, il faut ajouter la rédaction de France Culture qui a proposé des dizaines de sujets dans nos journaux. Donc ,on le voit tout de suite, la couverture de cet événement a été et reste très importante. Et pour cause, c’est évidemment un événement international de premier plan, mais aussi un événement national, parce qu’on a vu les conséquences pour nous même sur la question du rapatriement de nos concitoyens, sur la question de l’économie, sur la question du prix de l’essence. Bref, on voit que c’était un événement majeur.

Emmanuelle Daviet: Des auditeurs disent percevoir un déséquilibre dans la manière dont les victimes civiles sont évoquées, estimant que certaines souffrances sont plus relayées que d’autres à l’antenne. Il serait davantage question des victimes israéliennes qu’iraniennes dans un conflit où l’accès au terrain est parfois très limité. Comment vérifiez-vous les informations concernant les victimes civiles ?

Florian Delorme: Alors c’est vrai que cette question de l’accès au terrain, elle est bien sûr centrale et qui plus est, bien sûr, sur une situation de conflit, on s’en doute bien. Mais malgré tout, ce qu’on voit, c’est que Radio France est en capacité, a été et est encore en capacité de produire des informations vraiment de première main. Alors, on a d’une part les correspondants, ceux qui sont durablement positionnés sur des pays étrangers, et puis ceux qu’on envoie, j’allais dire pour l’occasion, qu’on appelle des envoyés spéciaux. Et il y a aussi une troisième catégorie, je vais y revenir. Mais quand on regarde et qu’on fait le compte dès le samedi 28 février, on a couvert le conflit avec : en Israël, Thibault Lefèvre, le correspondant de Radio France à Jérusalem, et deux pigistes qui travaillent très régulièrement pour nous dans ce pays, Alice Froussard et Michel Paul. On avait tout de suite aussi organisé le départ de journalistes et de techniciens sur le terrain. Souvent, on fait ça sur ce type de situation. On fait partir des binômes comme ça. On a eu Timour Öztürk et Eric Audra qui sont arrivés en Turquie samedi soir. Ils se sont rendus à la frontière turco-iranienne. Depuis le début de la semaine, ils sont maintenant en Irak, du côté de Erbil. Le dimanche 12 h, Jérémy Tuil et Agathe Mahuet sont arrivés en renfort à Tel Aviv. On a Isabelle Labeyrie et Gilles Galinaro qui sont arrivés au Sultanat d’Oman mardi matin, Etienne Monin et Martin Troadec qui sont partis mardi soir pour Beyrouth au Liban. Donc vous voyez que déjà dans la région, on a un panel de journalistes très important. Et puis j’ajoute à cela, Siavosh Ghazi, on l’a beaucoup entendu, correspondant de RFI et de France24 qui couvre l’Iran pour France Culture depuis des années, c’est un témoignage qui est extrêmement précieux parce que rares sont ceux des journalistes qui arrivent à travailler à Téhéran. Il arrive à le faire parce qu’il a une très bonne connaissance de ce terrain-là, très particulier, où il faut évidemment connaître les marges de manœuvre dont on dispose. Donc, là aussi, vous voyez un peu les moyens qui ont été déployés pour proposer des analyses depuis des points de vue très variés.

Emmanuelle Daviet: Autre question fréquente : « comment choisissez-vous les invités pour commenter la situation au Moyen-Orient et analyser un conflit si complexe ? »

Florian Delorme: Alors là, les invités qu’on sélectionne pour nos émissions le sont, j’allais dire un peu comme tous les autres sujets qu’on traite à France Culture, pour leur connaissance et leur expertise, qu’ils soient chercheurs, universitaires, journalistes, comme on vient d’en parler, ils ont tous en commun d’avoir cette expertise connue et reconnue dans le domaine. C’est même le premier critère qui est retenu quand les équipes de France Culture mobilisent des invités. Et il se trouve que l’Iran, c’est un dossier par ailleurs qu’on suit depuis longtemps. On a déjà un panel d’intervenants, j’allais dire régulier, qu’on essaye en permanence de renforcer. On est très attachés, vous le savez, à France Culture, à mobiliser des jeunes chercheurs, des jeunes chercheuses, des post-docs. Ça fait partie aussi de la mission et des ambitions de cette chaîne.

Emmanuelle Daviet: Alors justement, parmi vos ambitions, on sait que France Culture est une chaîne qui revendique le temps du décryptage et de l’analyse. En quoi cette identité éditoriale influence t-elle la manière dont vous choisissez d’aborder et d’expliquer un conflit comme celui-ci ? On sait que vos auditeurs attendent souvent davantage d’explications et de mise en perspective.

Florian Delorme: Vous avez raison, Emmanuelle, d’indiquer que la question du temps, elle est essentielle. Sur France Culture, c’est, j’allais dire, notre marque de fabrique d’une certaine manière. Ça ne veut pas dire qu’on est toujours en retard. Si on prend la question de l’Iran par exemple, vous aurez certainement noté, parce que je sais que vous écoutez France Culture, que France Culture a proposé à la fin du mois de janvier un temps fort, un temps éditorial avec beaucoup d’émissions consacrées à l’Iran, à un moment où son peuple se soulevait, où le régime lui a répondu avec la brutalité qu’on lui connaît et où bruissait ce bruit déjà dans l’administration américaine que la possibilité d’une intervention était là, mais elle n’était pas encore déclenchée cette guerre. Mais elle était là. Et on a choisi, nous à France Culture, de dédier plusieurs émissions à ce sujet-là. Vous voyez, on n’est pas toujours en retard. Parfois on est même en avance de phase, j’allais dire, mais là aussi, derrière, on travaille effectivement sur une temporalité différente. On a besoin de temps pour faire une programmation au long cours. Regardez cette semaine du côté de Cultures Monde, une grande monographie 4h sur le conflit au Moyen-Orient, avec la question de la légitimité de l’intervention sur le plan du droit, avec la question de la prolifération nucléaire, avec la question de cette manière dont les récits religieux, les narratifs sont utilisés pour « justifier », je mets des guillemets, de part et d’autre les raisons de ce conflit. Vous voyez, à France Culture, c’est assez simple d’une certaine manière, la profondeur d’analyse, la complémentarité des angles et la diversité des voix.

Emmanuelle Daviet: Et tout cela est à retrouver évidemment en podcast sur l’application de Radio France.