A la suite de la matinée spéciale en public des « Matins de France Culture : 2026 vu par les Prix Nobel », nombre d’auditeurs nous ont écrit pour nous faire part de leur enthousiasme quant à cette émission et plus largement de leur satisfaction quant à la place qu’occupent les sciences sur France Culture. Pour revenir sur la relation entre France Culture et le domaine scientifique, Alexandra Delbot, Productrice de l’émission « Avec sciences », est au micro d’Emmanuelle Daviet

Emmanuelle Daviet: Le 7 janvier dernier, vous étiez aux côtés de Guillaume Erner pour une matinale spéciale consacrée aux prix Nobel. En quoi ce type de rendez-vous en public permet-il, selon vous, de renouveler la manière de parler de sciences à la radio et de donner à entendre non seulement les découvertes, mais aussi les parcours, les doutes et les méthodes de celles et ceux qui font la recherche aujourd’hui ? Et le fait que cette matinale se soit déroulée en public a-t-il modifié votre perception de la transmission du savoir ? Ça c’est une question des auditeurs.

Alexandra Delbot: Oui, c’est très différent. Quand on fait de la radio, en plus le matin, on a une forme de routine en fait. Quand j’arrive dans le studio, j’ai parlé à personne en fait le matin. Et puis je parle à Guillaume et je m’adresse aux auditeurs, aux auditrices. Là, le fait de voir du public, c’est finalement un petit peu se rendre compte qu’on est écouté. Ça paraît vraiment bête dit comme ça, mais en fait, c’est un peu ce que j’ai vécu. On ne fait pas « des extérieurs » comme on appelle ça en public très régulièrement. Là, c’était extrêmement particulier. On a reçu cinq prix Nobel. Quatre dont j’ai pu faire en plus la co-interview avec Guillaume Erner. Donc ce n’est pas tout à fait un matin normal pour moi non plus par rapport à ça. Je pense qu’il y a un enjeu aussi de le faire en public. C’est aussi rendre accessible l’antenne, mais c’est aussi rendre accessible les invités. C’est-à-dire qu’on a pu voir comment se faisait la radio, on a pu voir en fait ces prix Nobel-là et ça nous rapproche finalement un peu des auditeurs et auditrices. Et puis ça laisse aussi des temps d’échange, après l’émission et sur le contenu même, là, on a pu voir qu’on a pu faire parler deux prix Nobel de physique quantique ensemble, mais aussi un prix Nobel d’économie et un prix Nobel sur l’immunité, sur la physiologie donc on voit que ça transcende un petit peu tout ça.

Emmanuelle Daviet: France Culture revendique une place singulière dans le paysage radiophonique comme radio des sciences, des savoirs et des chercheurs. Qu’est-ce qui, à vos yeux, distinguent la manière dont la chaîne traite les sciences et comment cette identité se construit au quotidien dans vos choix éditoriaux ?

Alexandra Delbot: Déjà si on regarde un petit peu en termes de volume ou de nombre d’émissions, il y a énormément d’émissions de sciences à France Culture. Je peux présenter et nommer finalement certains de mes camarades de radio. Par exemple, il y a Natacha Triou qui présente « La Science CQFD » à 16 h, il y a ma chronique qui est donc à 6 h 52 le matin, il y a aussi « Les Chantiers de la recherche » juste avant qui invitent beaucoup de scientifiques. Et puis il y a Aurélie Luneau pour « De cause à effets« , il y a Antoine Beauchamp pour « Sciences Chrono« , il y a Étienne Klein pour « La Conversation scientifique » et puis « Carnets de santé » avec Marina Carrère d’Encausse. J’espère n’oublier personne, mais on voit qu’il y a finalement plein de sciences traitées et ce que je trouve particulièrement intéressant, c’est qu’on ne se marche pas dessus. C’est-à-dire qu’on a chacun nos places, on a chacun nos angles, on a chacun nos sujets et on a suffisamment d’espace pour justement pouvoir aborder tout ça. L’autre particularité selon moi de France Culture par rapport justement aux sciences, c’est qu’on a le temps en fait d’expliquer. Moi j’ai une chronique de cinq minutes le matin, c’est toujours un peu difficile de faire passer uniquement un seul enjeu principal en si peu de temps. Mais habituellement, les émissions font au moins une heure et en une heure, on a le temps d’expliquer, on a le temps d’apporter de la nuance, de ne pas voir tout en blanc ou en noir, de pas faire de dichotomies. Et puis l’autre enjeu, c’est aussi le fait d’inviter des chercheurs et chercheuses et en fait ça c’est commun à tout France Culture. C’est-à-dire qu’on en invite que ce soit en sciences ou non, en histoire, en économie, en droit, et c’est finalement, on voit dans l’ensemble de la chaîne, c’est avoir cette méthode scientifique, c’est apporter un éclairage en fait un petit peu avec méthode et sans être prise à partie dans un débat.

Emmanuelle Daviet: Chaque matin, vous décryptez en cinq minutes les dernières actualités scientifiques et leurs enjeux. Vous l’avez indiqué à l’instant, mais quelle est votre intention éditoriale lorsque vous choisissez un sujet, que les auditeurs retiennent des connaissances, une méthode ou bien une autre manière de regarder le monde ?

Alexandra Delbot: Déjà dans mon choix de sujets, je pense que c’est intéressant de dire que des études scientifiques, il en arrivent vraiment absolument tout le temps, des centaines, probablement des milliers par jour. Mon choix se porte avant tout sur quelque chose qui titille ma curiosité et je me dis que si ça m’intéresse moi, déjà, il faut que ça m’intéresse moi pour que ça puisse intéresser les auditeurs et auditrices. Sur le contenu, ce qui est intéressant, ce n’est pas tant les résultats qui m’intéressent, les résultats peuvent être spectaculaires, parfois on ne parle que de ça et c’est important. Mais c’est plutôt la démarche scientifique qu’il y a derrière, c’est à dire la méthode en fait, comme vous le disiez. Comment est ce que les chercheurs ont fait pour répondre à la question qu’ils se posaient? Et puis c’est aussi apporter une forme de nuance pour essayer de faire comprendre et passer l’idée qu’on ne tranche pas forcément tout le temps des débats et on n’a pas forcément les moyens de le faire en permanence et la question c’est pourquoi? Qu’est ce qui nous manque à chaque fois en fait pour aller plus loin ? Comme je disais, en cinq minutes, on est toujours un petit peu limité et donc ça me fait un peu de peine chaque matin de devoir m’obliger à réduire finalement un petit peu les enjeux, parce que les enjeux sont souvent multiples par rapport à ça. Et puis le dernier angle, un petit peu de ma chronique et c’est un peu à cheval entre la vulgarisation et le journalisme, c’est faire passer des informations, donc vraies, vérifiées, concrètes en fait, qui luttent aussi contre la dissémination de fausses nouvelles. Mais c’est aussi faire de la vulgarisation et donc passer un peu de mon amour des sciences et de ma compréhension des sciences en fait aux auditeurs et auditrices.

Emmanuelle Daviet: Très rapidement pour finir, Alexandra Delbot, cet amour des sciences, d’où vous vient-il ?

Alexandra Delbot: Moi je suis une scientifique en fait au départ, j’ai fait des études de sciences. Je suis ce qu’on appelle biochimiste en fait, c’était mon métier d’avant et je travaillais dans un labo de recherche et puis ens uite, je me suis rendue compte qu’en fait un seul sujet pendant plusieurs années, ça allait pas me suffire. Donc c’est finalement un peu cette curiosité dont je vous parlais à l’instant, c’est que moi j’ai besoin presque de m’abreuver en fait d’énormément d’informations scientifiques et je suis toujours aussi émerveillée, en fait, chaque jour, pour chaque sujet que je traite.