Les auditeurs réagissent au sujet des Matins de France Culture ce lundi 19 janvier : « Europe : le temps de la paix est-il révolu ?«
J’apprécie beaucoup votre émission mais j’en ai quand même marre des historiens qui se succèdent pour nous accuser de déni de guerre, ce qui hélas n’est pas mon cas, de la part de gens certes cultivés, mais qui ne risquent guère de se retrouver sur le front. C’est très très pénible.
J’ai suivi avec intérêt la matinale de France Culture consacrée à l’Europe face à la menace du retour de la guerre sur son sol.
À l’issue de deux écoutes et d’une prise de notes, je ne suis pas plus avancé sur nos chances d’éviter un conflit à court ou moyen terme. En revanche je vois clairement ce qui cloche dans les raisonnements du principal invité, Stéphane Audoin-Rouzeau et ce qui me paraît du bon sens et de la prudence chez Alexandre Jubelin.
Je me suis fait la réflexion que crier au loup est une position confortable pour l’égo. En cas de conflit, on pourra se targuer d’avoir joué le lanceur d’alerte qui n’a pas été entendu et en cas de désescalade, s’imaginer qu’on a eu une quelconque influence sur cette issue heureuse.
Je cite Stéphane Audoin-Rouzeau,: « En 1939, les gens avaient des excuses que nous n’avons pas. Ils avaient connu la première guerre mondiale. Toutes les familles étaient endeuillées. On peut comprendre leur refus viscéral de la guerre. […] Est-ce que nous avons le même problème ? A mon avis, non. Notre problème c’est notre inconscience. Dans la vie comme dans l’histoire, j’ai horreur de l’inconscience. Nous sommes complètement inconscients que la guerre n’était pas un phénomène définitivement disparu en Europe. »
Ne pas voir venir une menace, si elle est réelle, est toujours le fruit de l’inconscience, que celle-ci soit le résultat d’un traumatisme ou bien d’un endormissement. Il est sans doute vrai que la majorité des gens pensaient que l’Europe ne connaîtrait plus la guerre. Je ne vous dirai pas que je n’en faisais pas partie, car je n’ai jamais pensé réellement en ces termes. J’ai toujours considéré que tant que la guerre ne serait pas totalement éradiquée de la surface de la Terre, la menace serait toujours latente. D’autant plus que je ne considère pas nos sociétés modernes en paix. Simplement la violence n’y est pas le mode de coercition privilégié et la guerre est souvent exportée ailleurs pour notre bénéfice égoïste. Et puis, on a eu la guerre d’Algérie. Je n’avais que 8 ans lorsqu’elle s’est terminée, mais je me souviens qu’elle était présente à la TV et dans les discussions de mes parents.
Stéphane Audoin-Rouzeau, est désarmant (c’est un comble pour un va-t-en-guerre). Il a des avis tranchés pour nous faire peur, critiquer les décideurs, mais il ne répond jamais lui-même aux questions qu’ils posent. Sommes-nous à la veille de 14, dans les années 30 ou dans un temps radicalement différent ? Il n’en sait rien. Donc à quoi lui sert d’être « plus à l’aise avec le passé qu’avec le présent et totalement impuissant vis-à-vis du futur » ? Notre puissance, notre conscience, notre libre-arbitre ne peuvent s’exercer qu’au présent. On doit comprendre le passé et en tirer des enseignements pour modifier nos comportements au présent. Être prêt à toutes éventualités, mais sans obsession excessive.
Le pacifisme, tel que je le conçois, n’est pas un rejet par principe de toutes formes de guerre. Le rejet des guerres d’agression, oui. Les guerres de légitime-défense sont malheureusement parfois nécessaires. Mais le pacifisme, c’est bien plus que cela. C’est une culture de paix qu’on développe et qu’on pratique au quotidien dans sa vie et dont on élargit sans cesse l’horizon. C’est quelque chose qu’on ancre en soi à partir de ses aspirations profondes à une vie heureuse.
Un autre point important à rectifier c’est la question du temps objectif et du temps subjectif. « Subjectif » est relatif aux « sujets ». Le temps de la guerre n’est pas subjectif, comme le dit Stéphane Audoin-Rouzeau,, c’est celui des acteurs impliqués qui l’est. L’irrationnalité que Stéphane Audoin-Rouzeau, pointe dans son déclenchement est dû à ce facteur humain, extrêmement difficile à cerner. Certains sont pressés, d’autres non. Certains ont de bonnes raisons pour qu’elle advienne, d’autres non. Certains cachent leur jeu, intriguent, d’autres non.
D’un autre côté, Alexandre Jubelin, nous explique que, du côté des peuples, « le temps des mentalités, l’attitude face à la guerre et le changement de ses mentalités » sont beaucoup plus longs que le temps guerrier qui va toujours trop vite.
Ce qui est très triste, c’est de ne pas avoir profité du temps de paix pour régler les problèmes dans l’organisation de nos sociétés, réduire les inégalités, etc., ce qui aura pour conséquence de nous fragiliser et de nous diviser lorsque la guerre reviendra nous menacer.
Je suis adhérent du MAN, Mouvement pour une Alternative Non-violente, et surpris du discours sur une pensée unique : la réponse violente et armée aux menaces d’agressions armées par un État hostile.
Pourtant en d’autres matières vos billets et vos invités relatent très souvent leurs combats non-violents et leurs victoires non-violentes. Pourquoi n’entend-t-on jamais d’autres voix en matière de réponse aux menaces guerrières et pourquoi aucun invité ni aucune expression concernant les alternatives non-violentes ?
Pourtant, l’histoire à laquelle vous faites constamment référence est truffée de victoires non violentes face à des gestions guerrières ou armées à des demandes populaires ou à des agressions armées. L’histoire enseigne que les réponses non-violentes ont deux fois plus de succès (de victoires) que les réponses violentes et armées.
Je vous serais très reconnaissante de faire entendre ces idées et les voix qui les portent.
Plutôt que d’inviter des intervenants habités par des fantasmes guerriers irrationnels, il serait utile d’évoquer sérieusement ce qu’il se passe aux États-Unis, c’est à dire les rafles de gens qui vivent et travaillent aux États-Unis depuis des années et la réaction humaine de leurs voisins et collègues.
J’ai l’impression qu’il existe une intention de votre journaliste d’insister avec ses invités, à plusieurs reprises déjà, tout en invoquant Raymond Aron (!) sur un risque de guerre. L’intention est peut-être de préparer les esprits ? Le problème étant qu’aucun argument concret n’est avancé au cours de ces émissions et invitations. Le jour où un intervenant sérieux viendra dire à l’antenne de France Culture : « Voilà pourquoi, la Russie va faire la guerre à l’Europe » et nous exposera des faits concrets, je réfléchirai à ses propos. Pour autant, je resterai « indécrottablement » pacifiste et je continuerai de croire à la Révolution pacifiste et fraternelle entre les deux camps soi-disant ennemis mais qui en réalité ne le sont que dans la tête et les intentions des gouvernements et de ceux qui les manipulent, c’est-à-dire les capitalistes. S’il vous plaît, France Culture, invitez des gens sérieux !