L’émission « Le Book Club » accompagne les élèves de lycée dans la préparation du bac de français. Marie Richeux revient sur cette initiative et répond aux auditeurs au micro d’Emmanuelle Daviet.

Emmanuelle Daviet: « Le Book Club » accompagne désormais les lycéens dans la préparation du bac de français. Alors, comment avez-vous travaillé avec les enseignants pour construire cette offre ? Avez-vous cherché à transmettre une méthode d’analyse ou plutôt une manière d’aborder des textes ?

Marie Richeux: En fait, on fait à chaque fois un petit peu des deux. C’est-à-dire que nous fonctionnons à la construction des plateaux, comme on dit, autour de chaque texte au programme du bac de français que nous mettons au programme de l’émission du Book Club, en confiant toujours la parole à un ou une enseignante qui peut avoir signé un petit livre de préparation ou un petit livre de méthodes, et à un ou une grande spécialiste de l’œuvre qui va aussi nourrir les 59 minutes d’émission. Voilà, on est tout le temps sur les deux pans. Je fais toujours des petits points méthodes de passage. Donc, c’est-à-dire…lors de l’épreuve, qu’est-ce qu’on peut dire ? Est-ce que c’est bien d’ajouter ce point dans sa dissertation ? Est-ce qu’un élève peut faire mention de cette référence ? On fait des points méthodologiques. Et puis on a aussi l’autre aspect, vraiment de profondeur de rapport à l’œuvre.

Emmanuelle Daviet: Est-ce que vous pensez que les podcasts peuvent contribuer à réduire certaines inégalités d’accès aux savoirs ou à la culture ?

Marie Richeux: En tout cas, je l’espère. Je pense qu’une partie de notre mission de service public, c’est de croire dans cette réduction des inégalités, de produire du commun, du commun du côté des savoirs, du côté des sensibles, et donc aussi d’accompagner celles et ceux qui ont moins évidemment de rapport avec les livres, la littérature ou la culture en général. Après, je ne suis pas naïve, je sais bien que tout ça est pris dans une question politique beaucoup plus large que le seul accès aux podcasts et à la radio, mais disons qu’on y participe et j’espère que ça marche.

Emmanuelle Daviet: Marie Richeux, dans une époque marquée par la fragmentation de l’attention, est-ce un défi particulier de proposer des contenus longs ? Vous avez indiqué le format 59 minutes. 59 minutes pour des lycéens, ce n’est pas rien dans leur emploi du temps de la journée.

Marie Richeux: Oui, mais puisque vous mentionnez l’économie de l’attention en général, en fait, on est tous pris dans ce morcellement de l’attention. Et finalement, proposer un long format de 59 minutes, c’est ambitieux si on s’adresse aussi à des personnes plus âgées que les lycéens. Mais évidemment, quand on connaît les formats courts, qu’ils ont plutôt tendance à écouter et à consommer, c’est ambitieux. Espérons que le goût de l’accueil qu’on a à la radio, qu’on fabrique, j’espère la joie, le cœur qu’on met à l’ouvrage, la façon de faire aussi entendre les textes, de les lire à voix haute, de les partager dans leur beauté sensible. Espérons qu’on les garde. En vrai, on a un temps d’écoute qui est pas mal, qui se défend pas mal, qui est assez long. Donc les gens qui sont avec nous restent.

Emmanuelle Daviet: Alors vous parlez de partage, c’est vrai que ces élèves qui passent le baccalauréat de français peuvent aussi partager ça avec leurs parents.

Marie Richeux: Franchement, tout ça, c’est un monde idéal. J’adorerais que ça se passe comme ça. En fait, on parle de ce programme de révision du bac français qui est vraiment à destination, et c’est vrai qu’on le construit à destination des élèves en y ajoutant une petite touche pédagogique un peu plus appuyée. Mais de manière générale, toutes les émissions qu’on fabrique au « Book Club », moi je n’ai qu’un espoir, c’est que ça puisse aller dans les oreilles de quelqu’un qui a 15 ans, qui a 16 ans, qui a 18 ans et qu’il partage avec son père, sa mère, sa grand-mère, sa tante qui il veut.

Emmanuelle Daviet: Pensez-vous que ces podcasts peuvent aussi donner le goût durable de la littérature, de la philosophie ou de l’histoire, au-delà de de la seule logique justement de révision que vous mentionnez ?

Marie Richeux : J’espère et d’ailleurs, j’espère aussi que ces podcasts qui sont à destination de la révision du bac français à chaque fois, sont des occasions de curiosité pour celles qui ne passeront jamais leur bac ou celles qui l’ont déjà passé il y a 50 ans, ou celles qui l’ont passé il y a dix ans, mais pour qui c’est une histoire ancienne. Donc l’idée de toute façon, dans le programme radiophonique qu’on anime avec le Book Club de France Culture, c’est de nourrir à la curiosité en général.

Emmanuelle Daviet: Et parmi ces œuvres qui sont au programme cette année, il y en a une qui vous a particulièrement touchée ?

Marie Richeux: J’étais heureuse de découvrir, comme beaucoup « Mes forêts » d’Hélène Dorion, de redécouvrir le « Cahier de Douai », d’Arthur Rimbaud. C’était vraiment un très grand plaisir pour moi de renouer avec la poésie de Rimbaud, qui a été un grand, grand, grand amour de jeunesse.

Emmanuelle Daviet: Et si vous deviez résumer en une phrase ce que France Culture veut transmettre avec cette initiative, que diriez vous ?

Marie Richeux : Je dirais plein de phrases. Je dirais : écoutez-nous, écoutez la radio, ouvrez des livres, parlez-en et peut-être ayez hyper envie de repasser votre bac.