La fusillade qui a eu lieu dans un collège d’Aubagne a été très largement couverte par Franceinfo et les auditeurs ont été nombreux à nous écrire pour savoir comment travaillent les journalistes pour couvrir ce type d’actualité.  Pour leur répondre, Florent Guyotat, directeur adjoint de la rédaction est au micro d’Emmanuelle Daviet.

Emmanuelle Daviet : Le collégien qui a ouvert le feu au fusil de chasse dans son collège à Aubagne, blessant le principal de l’établissement et une enseignante a été placée en détention provisoire mercredi. L’attaque survenue lundi matin avait pris fin grâce à l’intervention du conseiller principal d’éducation, qui a réussi à neutraliser l’adolescent. Le parquet national antiterroriste s’est saisi de l’enquête. L’assaillant de quatorze ans s’inscrit dans une mouvance fascinée par les tueries de masse en milieu scolaire. Cette fusillade a été très largement couverte par Franceinfo, et les auditeurs ont été nombreux à nous écrire pour savoir comment travaillent les journalistes pour couvrir ce type d’actualités. Alors on commence avec cette remarque, des auditeurs s’étonnent d’avoir entendu des témoignages de collégiens bouleversés et souhaiteraient savoir comment, dans la rédaction, on décide, lors d’un événement aussi traumatisant, de diffuser ces témoignages, en quoi ils sont utiles à la compréhension des faits. Florent Guyotat,  quelles sont les règles des journalistes pour recueillir la parole de jeunes élèves  ?

Florent Guyotat : Alors la première chose, c’est qu’on n’a pas diffusé de témoignages de collégiens en direct. D’abord pour protéger ses enfants. Pour ne pas risquer qu’ils soient submergés par l’émotion. Ils auraient pu se retrouver en situation de fragilité. Nous avons utilisé donc uniquement des témoignages d’élèves enregistrés par nos reporters sur place, ce qui permettait aussi tout simplement d’écouter leurs propos avant le passage à l’antenne et de vérifier qu’il n’y avait rien de trop choquant. Ensuite, c’est vrai, nous avons décidé de diffuser certains de ces témoignages parce qu’il apportait une information importante sur les faits, sur ce qui s’était passé dans le collège, notamment sur le parcours du jeune tireur présumé au sein de l’établissement. Avec toutefois des règles simples, à chaque fois nous avons bien sûr demandé à ses élèves s’ils étaient d’accord pour être enregistrés. On leur a proposé également d’utiliser un prénom d’emprunt s’ils le souhaitaient, pour préserver leur anonymat. Et quand c’était possible, on a demandé à leurs parents, dont beaucoup étaient présents à la sortie du collège, s’ils autorisaient leur enfant à témoigner.

Emmanuelle Daviet : Un auditeur regrette que le conseiller principal d’éducation qui a neutralisé le collégien, n’ait pas été suffisamment mis en avant et reste finalement anonyme. Pourquoi ce choix ?

Florent Guyotat : Au contraire, le comportement de ce conseiller d’éducation a été souligné sur Franceinfo à de très nombreuses reprises. Beaucoup d’invités ont salué son attitude et à cette heure, mercredi, en ouverture de la matinale, donc à une heure de très grande écoute à la radio, notre reporter à Aubagne, Jules de Kiss, a raconté comment ce conseiller avait agi pour désarmer l’adolescent.

Extrait

Emmanuelle Daviet : Florent Guyotat, comment évitez-vous les explications trop rapides sur l’influence des jeux vidéos, les réseaux sociaux ou la responsabilité des parents, alors que l’enquête ne fait que commencer s’interrogent des auditeurs ?

Florent Guyotat : Alors, dans un premier temps, comme toujours, l’important c’est de s’en tenir aux faits. Notre objectif, c’est d’informer le plus régulièrement possible nos auditeurs sur ce qui s’est passé. Donc, on a recours au récit et au témoignage de notre collègue reporter d’ Ici Provence, la radio locale de Radio France, Fabien Le Du. Il arrive rapidement sur les lieux. Nos journalistes du service Police Justice à Paris activent également leurs contacts, leurs sources sur le déroulé des événements. Et tant qu’on n’a pas d’informations fiables sur les raisons qui ont poussé le jeune tireur présumé à agir, eh bien on évite les conclusions hâtives et les expertises hasardeuses.

Emmanuelle Daviet : Des auditeurs souhaiteraient en savoir plus sur l’accès de ce jeune adolescent à une arme à feu et sur son environnement familial. Florent Guyotat, dans une telle situation, les journalistes sont ils obligés d’attendre le résultat des investigations de la justice ou bien peuvent ils entamer une enquête de leur côté, de leur propre initiative ?

Florent Guyotat : Alors dans le cas d’Aubagne, comme d’ailleurs dans d’autres affaires de ce type, vous entendez régulièrement sur Franceinfo les explications du parquet. Donc le procureur qui a le droit de communiquer de manière publique et officielle sur l’enquête en cours. Mais bien sûr, les journalistes spécialisés de Franceinfo ne s’en tiennent pas là. Ils n’attendent pas la communication officielle du parquet, Ils contactent leurs sources au sein de la police, au sein de la justice, on les confrontant et ils mènent leur propre investigation pour raconter aux auditeurs de Franceinfo ce qu’il s’est passé.

Emmanuelle Daviet : Le parquet national antiterroriste s’est saisi de l’enquête. Est-ce que l’emploi de termes comme « terrorisme », « tuerie de masse » ou « fascination pour les massacres scolaires » impose une vigilance éditoriale particulière ?

Florent Guyotat : On emploie ces termes d’abord parce que c’est ce qui ressort des premiers éléments de l’enquête portés à notre connaissance. Je vais vous faire écouter un extrait de la matinale de Franceinfo, jeudi matin, notre invité, le procureur antiterroriste Olivier Christen, répond à notre présentateur, Simon Le Baron, sur la mouvance qui semble avoir influencé l’adolescent d’Aubagne.

Extrait

Florent Guyotat : Et on précise également que le service police Justice de Franceinfo a pu consulter le compte TikTok de l’adolescent avant qu’il ne soit supprimé. Plusieurs centaines de contenus concernent des fusillades en milieu scolaire.