De nombreux auditeurs ont écrit à propos du traitement éditorial de la crise agricole liée à la dermatose bovine. Pour leur répondre, Richard Place, directeur de la rédaction de franceinfo, s’est exprimé au micro d’Emmanuelle Daviet.

Emmanuelle Daviet : La crise agricole en France est le sujet qui a suscité le plus de messages cette semaine. Et pour ceux qui souhaiteraient en prendre connaissance, j’indique qu’une large sélection est publiée sur le site Médiatrice de Radio France. Alors, parmi les remarques des auditeurs, certains estiment ne pas avoir reçu une information suffisante sur la maladie elle même. La dermatoses nodules est contagieuse. Richard Place. Comment avez vous répondu à cette demande de pédagogie scientifique ?

Richard Place: Avec nos spécialistes qui eux mêmes sont en contact avec des spécialistes justement, des vétérinaires, en l’occurrence avec Edouard Margiuer, notre spécialiste agriculture. Et puis avec des interviews comme par exemple avant-hier dans notre rendez vous de 8 h 30, une longue interview pendant laquelle nous avons questionné Jeanne Brugère-Picoux, elle est vétérinaire :

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Richard Place: Cette maladie est très particulière, nous l’avons donc expliquée, disséquée, raconté ce que dit la science à ce sujet et nous l’avons donc dit à nos auditeurs. Ils peuvent aussi retrouver ces informations sur franceinfo.fr.

Emmanuelle Daviet: Des auditeurs ont le sentiment que la parole a été donnée majoritairement à des experts ou des responsables perçus comme proche de la position gouvernementale. Comment choisissez vous les intervenants sur un sujet aussi sensible ?

Richard Place: Justement en essayant d’être le plus varié possible. J’ai parlé de la parole scientifique, mais nous avons bien sûr donné la parole aussi aux agriculteurs, à ceux qui ont bloqué les autoroutes, comme par exemple Jérôme Bayle, agriculteur en Haute Garonne. C’est l’une des principales figures de ce mouvement de lutte contre l’abattage systématique des troupeaux dans lesquels on trouve une bête malade. Et donc on l’a entendu aussi sur franceinfo. Un exemple :

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Richard Place: Evidemment, nous avons également entendu Annie Genevard, la ministre de l’Agriculture, la parole gouvernementale, celle des autorités, et nous avons entendu toutes ces paroles là ces derniers jours sur Franceinfo pour alimenter le débat et permettre aux auditeurs de se faire des idées.

Emmanuelle Daviet: Donc, c’est une manière de garantir le pluralisme des points de vue lorsqu’il existe des désaccords scientifiques ou professionnels sur la gestion d’une crise sanitaire animale.

Richard Place: Exactement. Nous nous retrouvons finalement un peu dans la situation du Covid où il y avait une opposition entre la volonté du monde économique et celle du monde scientifique, de la médecine. Et donc nous confrontons ces deux points de vue tout en expliquant bien d’où parlent les gens. Quand c’est un scientifique qui parle, quand c’est un vétérinaire, on peut à priori lui faire confiance sur son avis sur la maladie elle même. Quand il s’agit de gérer une exploitation agricole, c’est évidemment aux agriculteurs qu’on pose la question.

Emmanuelle Daviet: Et sur un sujet complexe mêlant science, agriculture et politique. Comment trouver le bon équilibre entre l’urgence de l’actualité, la profondeur de l’analyse et la lutte contre la désinformation ?

Richard Place: C’est un peu notre lot quotidien. Mais c’est vrai que sur ce sujet là en particulier, c’est délicat d’arriver à raconter ce qui se passe sur les barrages, d’arriver à raconter la détresse de certains agriculteurs, mais aussi de montrer que, au sein de cette famille, des agriculteurs français, tout le monde n’est pas d’accord sur la manière de gérer cette crise. On a pu entendre, notamment en Savoie, d’où sont partis les premiers foyers des agriculteurs qui ont vécu ces abattages. Ça a été très dur pour eux, mais qui sont capables de dire aussi que c’est sans doute la moins mauvaise solution pour essayer d’éviter que ne se propage cette maladie. Ce qui s’est pourtant passé dans le sud ouest. On essaie de raconter tout ça en prenant la mesure des événements. Grâce, je vous le disais, à nos spécialistes également dans la rédaction. Grâce à nos reporters sur le terrain, nous essayons d’être au plus près de ceux qui vivent cette crise, de ceux qui peuvent nous l’expliquer également.