Des auditeurs ont fait part de leurs réactions et de leurs interrogations concernant le traitement éditorial de la free party dans le Cher . Pour répondre à ces remarques sur les choix de la rédaction, Richard Place, directeur de la rédaction, est au micro d’Emmanuelle Daviet.
Le week-end dernier, plus de 20.000 personnes ont participé au teknival installé sur un terrain militaire, dans le Cher. 6.000 procès-verbaux ont été dressés, 18 personnes interpellées, dont 9 placées en garde à vue, et 4 personnes ont été hospitalisées en urgence absolue.
Emmanuelle Daviet : Des auditeurs s’interrogent sur la place importante accordée à cette free party, tout au long du week-end et en début de semaine, sur franceinfo. Comment décidez-vous de la couverture à accorder à un tel sujet ?
Richard Place : Sur ce sujet précis, on décide dès le vendredi matin – parce que l’on apprend que des milliers de personnes se dirigent vers cet endroit pour y faire une fête sauvage – d’envoyer un reporteur. On s’appuie également sur les forces de l’antenne locale de Radio France, Ici, qui est à proximité de ce terrain. On commence à raconter ce qui se passe : une installation malgré l’interdiction de la préfecture, et sur un terrain militaire dangereux parce qu’il peut y avoir des munitions qui n’ont pas explosé. On se dit à ce moment-là que le sujet est intéressant, qu’il faut le traiter et qu’il peut prendre de l’ampleur. Cela se produit en effet, puisqu’on nous annonce jusqu’à 30.000 personnes attendues à cet endroit pour faire la fête.
Des auditeurs dénoncent un traitement éditorial soit complaisant, soit stigmatisant à l’égard des participants. « La parole est largement donnée aux participants qui sont hors la loi, car un tel événement est interdit. La drogue est banalisée. Les journalistes envoyés sur place rapportent de façon insouciante et légère la présence de stands et de vente libre de drogues. Le traitement journalistique est presque complaisant. » Voilà ce que dit un auditeur. Un autre dénonce l’inverse : « Je trouve excessif ce battage médiatique avec toujours les mêmes clichés qui dénigrent ce type d’événement. Les jeunes se rendent dans ce festival pour danser et se rencontrer. La couverture subjective et incomplète diabolise une génération qui ne passe pas son week-end sur des écrans. » Comment analysez-vous cette perception contradictoire et comment les journalistes veillent-ils à équilibrer les angles dans ce type de sujet ?
Sur ces deux mails d’auditeurs, non, nous n’avons pas banalisé l’usage de la drogue et non, nous n’avons pas non plus dénigré qui que ce soit. Nous avons rendu compte de ce qui se passait à cet endroit-là, comme nous le faisons pour tous les événements d’actualité où nous envoyons des reporteurs sur le terrain. Le travail de nos reporteurs Marc Bertrand et Yvan Plantey était remarquable. Ils ont parfaitement rendu compte de ce qui se passait sur le terrain.
Ils ont fait parler à la fois les autorités – la maire de la commune touchée ou le préfet – mais aussi des participants à la fête et des agriculteurs qui exploitent certains des terrains envahis alentour. Nous avons entendu tous ces points de vue : la fête vue par ceux qui la vivaient, ceux qui la subissaient et ceux qui voulaient l’interdire. Voilà ce que nous avons raconté. C’était primordial d’avoir tous ces points de vue et c’est important aussi que les messages que vous avez reçus en tant que médiatrice de Radio France arrivent. Que des gens aient été choqués par ce qu’ils ont entendu, je le comprends. Mais nous ne sommes pas là pour juger de ce qui est choquant ou de ce qui ne l’est pas. Nous sommes là pour rendre compte de la réalité telle qu’elle a été durant cette fête.
Effectivement, la diffusion de témoignages de participants ou d’organisateurs a choqué des auditeurs. Ils considèrent que passer sur l’antenne de franceinfo donne une légitimation de ce type de rassemblement. C’est une question importante sur la pratique journalistique : donner la parole à quelqu’un en situation d’illégalité pose-t-il une question déontologique spécifique ? Et faut-il systématiquement prévoir une contradiction ou un recadrage du journaliste dans ce cas-là ?
Sur franceinfo, nous ne prenons pas nos auditeurs pour des idiots. On leur dit qui parle, d’où la personne parle, car on sait que nos auditeurs vont savoir recevoir cette parole, quitte à en être choqué parfois. On peut aussi rappeler le cadre législatif, bien sûr. Mais je le répète, nous avons, sur ce reportage-là, entendu toutes les parties prenantes et chacun a exprimé son point de vue. Nous avons bien dit que cette fête était illégale, systématiquement. Elle était illégale, mais elle a eu lieu. Nous ne pouvions pas faire comme si elle n’avait pas existé et fermer les yeux sur 20 ou 30.000 personnes rassemblées, avec un barouf de tous les diables, et un risque réel. D’ailleurs, il y a eu des blessés, et il y avait un vrai risque physique pour les gens qui participaient à cette fête : des obus qui se trouvent sous terre auraient pu, selon les autorités, exploser. Donc nous avons rendu compte de tout cela, sans complaisance ni stigmatisation, parce que c’était un fait d’actualité important à raconter.