Des auditeurs s’interrogent sur la couverture de la situation en Iran, souhaitant davantage d’informations sur la répression et les exécutions. Pour répondre, Anne Soetemondt directrice de l’information internationale de Radio France est au micro d’Emmanuelle Daviet.
Emmanuelle Daviet: Des auditeurs estiment que l’Iran est souvent traité sous l’angle géopolitique avec le nucléaire, le détroit d’Ormuz ou les tensions régionales. Ils estiment que les exécutions et la répression ne sont pas suffisamment abordées, qu’elles semblent moins visibles à l’antenne que les enjeux économiques. Comment recevez-vous cette remarque ?
Anne Soetemondt: Je la comprends complètement. C’est vrai que nous parlons à beaucoup l’antenne de franceinfo de l’impact de cette guerre sur le nucléaire ou sur les équilibres du monde. On parle de ces pays du Golfe, par exemple, qui ont pu se retrouver sous attaque iranienne, qui se sont donc tournés vers Israël avec une coopération militaire renforcée. C’est le cas des Emirats arabes unis. On parle aussi beaucoup du détroit d’Ormuz évidemment, car en parler, c’est parler vie quotidienne des Français. Le blocage de ce détroit, il a des conséquences sur le prix de l’essence, sur le prix des engrais et donc de l’alimentaire. Ça paraît très abstrait comme ça, mais en fait c’est très concret. Moi, je le revendique: oui, il nous faut en parler beaucoup. Après, c’est vrai que du coup, on peut avoir la sensation qu’on parle peu des Iraniens et des Iraniennes, mais c’est aussi parce qu’on a une vraie difficulté à le faire. Il faut qu’on le rappelle ici, on l’a déjà parlé de ça ensemble Emmanuelle. Mais aujourd’hui, communiquer avec des Iraniens et des Iraniennes sur place, c’est très très difficile, sinon impossible pour bon nombre d’entre eux. On en est aujourd’hui à un blocage de plusieurs mois, le plus long qu’on connaisse dans un Etat enfin organisé par un Etat. Vous avez quelques Iraniens et Iraniennes qui arrivent à envoyer des vidéos, qui arrivent à répondre à nos messages, mais c’est rarissime. Donc c’est vrai qu’on parle peu.
Emmanuelle Daviet: Mais alors précisément, comment travaille la rédaction pour rendre visible les réalités sociales et humaines du régime iranien dans un pays où, vous venez de le dire, l’accès à l’information est particulièrement difficile. Quels sont pour vous les principaux obstacles, et pour les journalistes donc, lorsqu’on veut parler de ce pays ?
Anne Soetemondt: Alors, le premier obstacle, évidemment, c’est de ne pas pouvoir y aller. Je le redis, nous avons fait des demandes de visas journalistes. Radio France attend une réponse depuis plusieurs mois. Pour l’instant, on ne peut pas l’appeler. C’est le principal obstacle. Il y a aussi les communications. On en parlait à l’instant. Alors pour essayer de savoir ce qu’il se passe là-bas, pour essayer de parler à des gens, on essaye de jouer sur plusieurs choses. D’abord, on a beaucoup sollicité les familles qui sont en France et qui communiquent, essaient de communiquer, qui peuvent nous raconter les informations qui leur parviennent. On envoie aussi, c’est très artisanal, nous des messages par des messageries type WhatsApp à des gens, des Iraniens qu’on a eu à un moment sur place, que certains d’entre nous connaissent, ont pu rencontrer éventuellement sur le terrain et en fait, on ne sait pas s’ils les reçoivent et on ne sait pas quand est ce qu’ils nous répondront, s’ils peuvent nous répondre ou si c’est trop dangereux. Donc voilà, vous voyez un petit peu la difficulté. On rencontre aussi des diplomates qui sont des diplomates étrangers en poste à Téhéran et qui parfois passent par ici et qui essaient de nous raconter ce qui se passe sur place. Alors, c’est vrai que il faut souligner le travail des ONG qui nous permettent de parler parfois peut-être pas assez au goût de nos auditeurs. Et j’entends cette remarque des pendaisons, des exécutions, des procédures judiciaires express et pas forcément légales au sens du droit international. Merci Amnesty et Human Rights Watch qui nous permettent de raconter certaines de ces histoires.
Emmanuelle Daviet: Au delà de l’Iran, quels sont actuellement les autres pays où les contraintes pèsent sur l’accès aux sources, au terrain ou sur la sécurité des correspondants?
Anne Soetemondt: Alors malheureusement, ces pays sont nombreux, nombreux à être dans l’actualité et je pense de plus en plus nombreux. Je pense par exemple à la Russie qui est au cœur de l’actualité depuis quatre ans, avec ce conflit avec l’Ukraine, cette guerre qui a été lancée. C’est difficile aujourd’hui d’aller en Russie. Dans certaines zones, on peut difficilement accéder, par exemple au front russe. Il y a des choses qu’on peut difficilement raconter.
Emmanuelle Daviet: Alors pourtant, Radio France a un correspondant.
Anne Soetemondt: Nous avons un correspondant, Sylvain Tronchet, qui est à Moscou, qui se déplace. Mais tout n’est pas simple. Il doit demander l’autorisation pour aller dans certains endroits. Parfois nous l’avons, parfois nous ne l’avons pas. Parfois c’est difficile de parler à des Russes qui peuvent avoir peur de s’exprimer. Donc il y a la Russie, il y a le Mali où il se passe aujourd’hui beaucoup de choses. On essaie de se dire est-ce qu’on peut aller, par exemple à Kidal ou à Bamako raconter ce qui se passe ? C’est très dangereux. Donc là, ce sont des raisons aussi de sécurité. Et puis je pense à d’autres raisons qui ne sont pas forcément évidentes pour nos auditeurs, des raisons sanitaires aujourd’hui, aller en République démocratique du Congo pour vous raconter comment on lutte contre Ebola, ça pose des questions de sécurité parce que c’est dans une zone de guerre, mais ça pose aussi des questions de santé pour nos reporters. Et ça, ce sont des questions qui sont difficiles et qu’on essaie de trancher au jour le jour.
Emmanuelle Daviet: Et puis évidemment, on mentionne également Gaza, inaccessible pour l’instant aux journalistes.