Les auditeurs réagissent au traitement éditorial de l’incendie à Crans-Montana sur les différentes antennes de Radio France.

J’écoute le traitement que vous faites de la tragédie de Crans-Montana, et je me suis retenu jusqu’à maintenant, mais le sujet de votre reporter, là, c’est trop. Ce que vous faites est totalement indigne : vous croyez quoi ? Que les jeunes qui ont vécu l’incendie vont bien ? Qu’ils ne sont pas traumatisés ? A quoi sert d’aller remuer le couteau dans la plaie ? Vous croyez vraiment que parler trois minutes dans le micro de votre journaliste va les soulager, leur faire du bien ? J’ai travaillé pendant 25 ans à France 3 en tant que monteur, et j’ai parfaitement vu la dérive concernant les faits divers, avec ce recul des curseurs en ce qui concerne la décence. Et je connais déjà parfaitement votre position : c’est de l’information, il faut que les « acteurs » puissent s’exprimer, etc… Avec quelques amis, nous avons parlé hier soir de l’intervention de l’ancien témoin de l’incendie du 5/7, et déjà nous nous demandions ce que cela venait faire là, et combien nous trouvions ça déplacé (je parle d’un cercle d’environ dix personnes, je ne suis pas tout seul dans mon coin à réfléchir à ce que j’entends sur vos ondes …): bien sûr que le gars fait encore des cauchemars, bien sûr qu’il va trouver indigne « qu’on en soit encore là », et en plus il a perdu sa compagne dans l’incendie et il la pleure encore: bingo! Elle est où, l’info ? D’autant plus que c’est faux : beaucoup de progrès ont été faits depuis le 5/7 en termes de sécurisation des lieux publics, mais il suffit d’une fois, et cette fois c’est Crans-Montana… Il n’y a aucun lien à faire, à part vouloir faire sensation : c’est nul, tout ça, tellement nul… Allez, bonne année quand-même, et je crois que de toute façon l’emballement a eu lieu, et on ne reviendra jamais vers une information décente et respectueuse.

Dans la nuit du 1er janvier 2026, un incendie dramatique s’est déclaré vers 1h30 dans le bar Le Constellation à Crans-Montana, une station de ski suisse. Le sinistre, survenu lors des célébrations du Nouvel An, a causé la mort de 40 personnes, dont 20 mineurs, et fait 119 blessés. La police a dénombré au total 21 Suisses, 9 Français dont une Franco-suisse et une Franco-israélo-britannique, 6 Italiens dont un Italo-emirati, une Belge, une Portugaise, un Roumain et un Turc. Ces victimes ont entre 14 et 39 ans.

L’incendie aurait pris naissance à cause de bougies dites « fontaines » fixées sur des bouteilles de champagne. Ces bougies auraient enflammé le plafond du sous-sol du bar, recouvert de mousse isolante acoustique, provoquant un embrasement généralisé en quelques instants. Les gérants du bar, un couple français, font l’objet d’une enquête pour « homicide par négligence, lésions corporelles par négligence et incendie par négligence ». La Suisse a décrété une journée de deuil national le 9 janvier, et une enquête approfondie est en cours pour déterminer les responsabilités et les éventuelles failles dans le respect des normes de sécurité.

Les messages des auditeurs traduisent un sentiment de malaise face au traitement médiatique de cette tragédie, l’impression que certains « curseurs de décence » ont été franchis. Certains disent avoir ressenti une forme d’intrusion dans les interviews entendues : intrusion dans l’intimité de victimes encore sous le choc, de familles suspendues à l’attente d’une nouvelle, de survivants auxquels on demande de mettre des mots sur un traumatisme encore à vif. Pour ces auditeurs, donner la parole à des jeunes rescapés, à une mère cherchant son fils ou à des témoins endeuillés ne constitue ni une information, ni un acte de compréhension.

En creux, la question du sens traverse les messages : à quoi sert tel détail médical, telle description des blessures à vif ou de corps calcinés ? Où est l’information, et où commence le voyeurisme ? Un auditeur parle d’une « galerie des horreurs », d’autres d’une information anxiogène et macabre qui, loin d’aider à comprendre, traumatise à nouveau. La répétition de détails crus, la sollicitation de médecins spécialistes pour décrire l’indescriptible, sont vécues comme une mise en spectacle de la souffrance plutôt que comme un travail journalistique utile.

Dans le courrier, des messages interrogent également la manière dont certaines victimes ont été mises en avant au détriment d’autres : le fait de souligner le statut de footballeur de l’un, ou de préciser l’origine corse des propriétaires du lieu. Des auditeurs s’interrogent : ces précisions apportent-elles réellement de l’information ou introduisent-elles, au contraire des hiérarchies implicites, voire des stigmatisations inutiles ?

À ces remarques s’ajoute les questions de la hiérarchisation et de la priorisation : après une « saturation » initiale autour de ce drame, certains auditeurs ont eu le sentiment d’un abandon soudain : Crans-Montana a été, dès samedi, relégué au second plan, remplacé par l’actualité du Venezuela, sans retour sur des questions restées en suspens.

Des auditeurs ont alors exprimé un “sentiment de désorientation” face à ce qu’ils ont perçu comme une alternance brutale entre une forte mobilisation éditoriale autour du drame de Crans-Montana, puis un basculement rapide vers l’actualité internationale. Il est important d’expliquer que ce mouvement correspond au fonctionnement même de l’actualité. L’information est par nature évolutive et hiérarchisée en permanence : un événement majeur peut en supplanter un autre lorsque de nouveaux faits, jugés prioritaires à l’échelle nationale ou internationale, surviennent.

Cela ne signifie ni oubli, ni indifférence à l’égard des victimes ou des questions restées en suspens. Les rédactions doivent sans cesse arbitrer entre le temps nécessaire à la compréhension d’un drame et l’obligation d’informer sur des événements nouveaux, parfois tout aussi graves. Cette dynamique peut donner le sentiment qu’« une information chasse l’autre », alors qu’il s’agit en réalité d’un équilibre difficile entre suivi, approfondissement et actualité immédiate.

Le ressenti exprimé par les auditeurs rappelle néanmoins combien ces transitions doivent être expliquées, accompagnées et mises en perspective, afin que chacun puisse comprendre pourquoi l’antenne évolue et comment les rédactions continuent, parfois en arrière-plan, à travailler sur des sujets qui ne sont plus au premier plan de l’actualité.

Franceinfo 1er et 2 janvier, édition spéciale : Crans-Montana
Franceinfo 3 et 4 janvier, édition spéciale : Maduro capturé
Au 3 janvier plus aucun long reportage sur Crans-Montana, sur les victimes, et tout sur Maduro et Trump. Vous nous laissez avec nos peines, espoirs, envie de comprendre ce drame, pour remplacer par un type au Venezuela qui est plus important que 150 victimes brûlées ? Alors que la veille vous traitiez le sujet à fond.
Traitement par saturation d’un seul sujet, puis d’un autre, rien à faire de l’équilibre. Perso, Maduro c’est bon, je n’ai pas besoin de tous vos universitaires spécialisés en Amérique du Sud qui m’expliquent que c’est grave mais pas trop. De la pudeur bordel ! Je suis en colère.
Vous n’avez pas passé le message de cette mère qui cherchait son fils et qui l’a finalement retrouvé mort et annoncé aux médias ce matin 4 janvier. Par contre vous aviez bien passé les 1 et 2 janvier ses appels et messages de recherche poignants et pleins d’espoir. Maduro et Trump vous ont semblé plus importants le 4 plutôt que de clôturer cette tragique histoire de cet enfant. Vous nous avez abandonnés avec nos attentes. Cela fait douter de votre suivi éthique. Prenez soin de vos auditeurs !

Je trouve totalement déplacé l’interview d’une mère qui n’avait plus de nouvelles de son fils lors des terribles événements du jour de l’an en Suisse. Interviewer une mère dans l’attente des nouvelles de son fils… sachant que 24h étaient passées…on devinait certainement le pire… le décès ou des brûlures certainement irréversibles de son fils dans le meilleur des cas ! Vos journalistes attendaient-ils sa réaction au moment de l’annonce du décès de son fils ? C’était quoi l’intérêt de cette interview ????

Incroyables ces interviews de spécialistes médicaux post incendie sur les blessures après le drame de Crans-Montana. La galerie des horreurs avec moult détails. Passer l’information, oui. Diffuser l’horreur et traumatiser la population, non.

Crans-Montana sur Franceinfo, votre journaliste pose la question : « Alors pouvez-vous décrire les blessures que cette personne a subie ? » Degré zéro du journalisme. Voyeurisme exacerbé ! Quelle déchéance pour le service public.

Franceinfo, arrêtez vos informations anxiogènes et macabres qui violent l’intimité des malheureuses victimes de Suisse. Pensez-vous que vous pouvez apprendre quelque chose aux auditeurs en expliquant la façon dont on va aller détecter et reconnaître les corps ??

Je viens d’entendre sur France Inter le reportage sur ce qu’il vient de se passer en Suisse. Je suis scandalisé qu’on parle d’un footballeur victime et qu’on fasse témoigner des dirigeants de son club. Que faites-vous du respect pour les autres familles ? Le foot est donc plus important qu’un pauvre citoyen infirmier, gendarme, éboueur, agriculteur, chômeur ou tout autre métier ? C’est vraiment incroyable de mettre en avant une personne dans un tel moment, juste parce qu’il est footballeur… je suis vraiment choqué !

Lors du journal de 19h00 de France Inter du 2 janvier : il a été évoqué la présence de Français dans le drame qui touche beaucoup de jeunes décédés dans l’incendie du bar -discothèque… Nous pensons que le paragraphe sur le joueur du FC Metz était déplacé et surtout pas à sa place dans votre édition. Ce joueur a-t-il plus d’importance qu’une autre personne décédée ou blessée ? Indécent par rapport aux familles affectées par cette tragédie.

Je suis surprise d’entendre au journal de 13h, énoncer les noms, prénoms, âges et professions de jeunes malheureusement décédés lors de l’incendie de Crans-Montana. En quoi cette énonciation est-elle une information ? Si vraiment on souhaitait en donner une description, ne pouvait-on pas donner quelques informations globales et non nominatives : les jeunes ont entre tel et tel âge, viennent de telle et telle région, etc… Merci pour votre attention, et de manière générale pour la remarquable qualité globale de l’information sur vos chaînes.

Depuis ce matin j’entends les journalistes de France Inter, préciser dans les flashs infos que le couple, propriétaire de l’établissement dans lequel 40 personnes ont perdu la vie, est corse. Je ne comprends pas la raison de cette précision…si ce couple avait été du Finistère ou du Gard, est -ce que cela aurait été aussi précisé…que nous apporte cette information ? Nous informer que les propriétaires sont français me semble intéressant. Est-ce qu’être corse apporte une nuance particulière ?