Brigitte Macron a qualifié de « sales connes » des militantes féministes qui ont interrompu samedi un spectacle de l’humoriste Ary Abittan. Fin 2021, l’humoriste a été accusé de viol par une jeune femme qu’il fréquentait depuis quelques semaines. Après trois ans d’enquête, l’instruction a abouti à un “non-lieu” confirmé en appel en janvier, mais son retour sur scène est depuis contesté par des féministes protestant régulièrement aux abords des salles où il se produit. Le lendemain de cette interruption, dimanche, Brigitte Macron est allée voir sa représentation parisienne. Sur une vidéo publiée lundi par le site de l’hebdomadaire Public, on la voit apporter son soutien à Ary Abittan en coulisses avant le spectacle. « J’ai peur », lui dit-il. « S’il y a des sales connes on va les foutre dehors », lui répond Brigitte Macron, en riant.  
  
À l’occasion d’interventions de journalistes, sur France Inter et Franceinfo relatant, soit cette séquence, soit l’affaire judiciaire d’Ary Abittan, une confusion entre la notion de “non-lieu” et celle “d’innocence” a été relevée à plusieurs reprises par des auditeurs.  
  
Un non-lieu ne signifie pas qu’une personne a été reconnue innocente par la justice. Il atteste que les magistrats estiment ne pas disposer d’éléments suffisants pour poursuivre l’instruction ou renvoyer l’affaire devant un tribunal. Cette distinction n’est pas qu’une subtilité juridique : elle structure la compréhension même du fonctionnement de la justice pénale. 
  
Pour les auditeurs, l’emploi impropre de termes tels que « innocenté » ou « blanchi » est d’autant plus malvenu qu’il concerne une affaire de violences sexuelles. Ils rappellent combien ces procédures se heurtent souvent à des difficultés de preuve, et combien un non-lieu peut coexister avec une réalité vécue et documentée, sans pour autant être reconnue judiciairement. À leurs yeux, réduire un non-lieu à une innocence actée revient à effacer cette complexité. Les auditeurs ne remettent pas en cause la présomption d’innocence, principe essentiel de l’État de droit, mais appellent à ne pas la confondre avec une validation judiciaire des faits.  
  
Ces messages confirment, si besoin était, que le sujet des violences sexistes et sexuelles est très sensible. Les mots employés sur les antennes peuvent contribuer à apporter un éclairage sur une procédure ou, parfois, fragiliser la parole des victimes. Dire le droit avec exactitude, évite les malentendus et respecte les principes fondamentaux de la justice comme l’indique la réponse de la journaliste Sophie Parmentier de France Inter à lire ici. 

Emmanuelle Daviet
Médiatrice des antennes