« Les commentaires destructeurs à l’égard de François Fillon sont une honte pour la France », « Il faut absolument bannir le lynchage médiatique », « Je trouve votre position parfaitement orientée ». Autant de messages reçus ces derniers jours s’en prenant aux rédactions de France Inter, franceinfo et France Culture… Les journalistes ont-ils outrepassé leur mission ?

Dans la Grèce antique, le porteur de mauvaises nouvelles pouvait être tué. Aujourd’hui, au sens figuré évidemment, les journalistes ne sont pas loin de cette situation s’ils diffusent des informations défavorables à une personnalité. Ce ne sont pas les faits – indéniables et vérifiés – qui choquent un certain nombre d’auditeurs, mais le fait d’informer les citoyens de pratiques choquantes. Chacun devrait plutôt se réjouir de vivre dans une démocratie où le pouvoir politique, quel qu’il soit, peut être critiqué librement.

« Militantisme aveuglé »

Nous nous retrouvons de nouveau confronter à ce que j’appelle un « militantisme aveuglé » qui ne supporte pas les critiques ou les remises en question de son « chef », forcément au-dessus de tous soupçons. Les journalistes sont tous devenus des « journalistes de gauche » ou des « journalistes déroulant le tapis à Marine Le Pen ». Quand ils ne sont pas tout simplement pas au centre d’un vaste complot destiné à déstabiliser celui qui devrait être le futur président de la République !

Il est vrai que, lors de l’affaire DSK, tous des journalistes étaient « sarkozistes » et, lors de l’affaire des mensonges de Cahuzac, des « comploteurs voulant nuire au gouvernement ». Oui, la presse essaie de faire le mieux possible son travail d’information, d’enquête, de vérification, sans parti pris et sans complaisance.

Comment peut-on reprocher la transparence ?

Je suis à chaque fois étonné que la transparence, la réalité des faits soient reprochées aux journalistes. Non, ce n’est pas de la faute de la presse si des femmes et des hommes politiques mentent, détournent de l’argent public, profitent d’avantages incroyables sans contrôle. Oui, mais l’autre bord le fait aussi ; eh bien, il se fera prendre également les doigts dans le pot de confiture… Nous sommes encore loin d’une république exemplaire à l’image des pays du Nord…

Heureusement, de nombreux auditeurs félicitent quand même les équipes rédactionnelles pour leur travail d’explication, de contrôle des faits et sur les questions qui se posent pour l’avenir. Plusieurs font néanmoins ce reproche que je partage et que j’ai signalé aux directeurs de rédaction : pourquoi a-t-on moins parlé des emplois fictifs au Parlement européen dont est accusée Marine Le Pen ? Il est vrai que les deux affaires se sont télescopées et que l’affaire Pénélope Fillon était plus inattendue.

Quoiqu’il en soit, et quoiqu’en pensent des militants prêts à réclamer la censure pour l’évocation des activités litigieuses ou illégales de leur « héros », la presse continuera d’aider chacun à se faire sa propre opinion grâce à la diversité de l’information et des points de vue. Et en étant vigilant sur les mensonges, les attitudes, les manipulations de certains de nos hommes politiques…

Bruno DENAES

Médiateur des antennes.