Ce vendredi, dans « Le rendez-vous de la médiatrice » sur France Inter, Benoît Collombat, directeur de la cellule investigation de Radio France, est revenu sur l’enquête consacrée aux activités de Dominique de Villepin en Chine depuis son départ de Matignon en 2007. Une enquête qui a suscité de nombreuses réactions d’auditeurs, à la fois sur le fond du sujet et sur le rôle du journalisme d’investigation.
La cellule investigation s’est penchée sur les déplacements, les conférences rémunérées, les activités de conseil et les relations entretenues par l’ancien Premier ministre avec les autorités chinoises, ainsi que sur sa proximité affichée avec le président Xi Jinping. Ce travail ne vise pas à dénoncer des relations diplomatiques en tant que telles, ni à stigmatiser le fait qu’un ancien responsable politique donne des conférences ou exerce des activités de conseil après avoir quitté ses fonctions. Il s’agit de documenter, de manière rigoureuse et étayée, la nature et le cadre de ces activités, lorsqu’elles concernent une puissance étrangère majeure et un ancien haut responsable de l’État français.
Plusieurs auditeurs n’ont pas compris la raison de cette enquête, estimant que ces pratiques seraient comparables à celles d’autres responsables politiques, anciens ou actuels. Benoît Collombat a rappelé que le travail d’investigation repose précisément sur des éléments concrets, documentés et vérifiables, qui distinguent chaque situation. Dans le cas de Dominique de Villepin, c’est l’accumulation de faits précis, rémunérations, missions de conseil, discours publics et positionnements géopolitiques, qui justifiait un travail approfondi, au-delà d’une simple activité de représentation ou de diplomatie informelle.
Certains auditeurs souhaiteraient que des enquêtes similaires soient menées sur d’autres responsables politiques. La cellule investigation rappelle que ses choix ne relèvent ni d’une logique de ciblage personnel ni d’une volonté d’exemplarité sélective, mais de la disponibilité de sources, de documents et de signaux suffisamment solides pour engager une enquête de longue haleine. Tous les sujets ne présentent pas le même degré d’accessibilité ou de faisabilité journalistique.
La question de l’intérêt général est au cœur de cette démarche. Une enquête de ce type vise à éclairer les citoyens sur les liens entre pouvoir politique, intérêts économiques et relations internationales, et sur la manière dont d’anciens responsables publics continuent de peser dans le débat ou sur la scène internationale. À ce titre, même si les faits examinés ne relèvent pas du judiciaire, ils participent d’une information essentielle au débat démocratique.
Au-delà de cette enquête particulière, les auditeurs se montrent très attentifs aux coulisses du travail de la cellule investigation. Benoît Collombat a rappelé que cette cellule fonctionne sur un temps long, distinct du journalisme quotidien, et repose sur un travail patient de recoupement, de vérification et d’analyse. Les enquêtes peuvent naître de propositions internes, de documents, de sources confidentielles ou de lanceurs d’alerte, mais aucun sujet n’est engagé sans un premier travail de validation et d’évaluation de sa solidité.
La crédibilité des sources, notamment lorsqu’elles sont anonymes, fait l’objet d’une vigilance extrême, reposant sur des recoupements multiples et une vérification indépendante des informations. L’ouverture d’une enquête approfondie dépend de la convergence de plusieurs éléments fiables et de leur pertinence au regard de l’intérêt général.
L’impartialité et la déontologie constituent des principes centraux du travail d’investigation. Les personnes mises en cause sont systématiquement contactées et invitées à répondre, et leurs réponses sont intégrées au travail journalistique. La cellule investigation est également confrontée à des pressions, parfois politiques, qui renforcent encore la nécessité de protéger les sources et de sécuriser les méthodes de travail.
Une enquête peut durer plusieurs mois, parfois davantage, du premier signal jusqu’à la diffusion. La décision de publier intervient lorsque les faits sont suffisamment établis, recoupés et contextualisés pour être présentés au public de manière responsable.
Le journalisme d’investigation ne cherche ni le sensationnel ni la polémique, mais s’inscrit dans le temps long, au service de l’information des citoyens et du débat démocratique.
Emmanuelle Daviet
Médiatrice des antennes