L’émission « Répliques » sur France Culture ce 24 janvier avait pour thème la question de la natalité. Les auditeurs réagissent :
Je viens d’écouter Répliques de M. Finkielkraut. Comment peut-on discuter de raisons de la baisse de la natalité sans aucune femme ? Ok, très bien des recherches de sociologie…mais quand est-ce qu’on va parler de la charge mentale, des femmes qui élèvent un enfant seule car le père a « disparu » ? Je trouve ça vraiment pénible de parler quasiment que d’individualités sans prendre en compte la situation des femmes (carrière, pauvreté plus tard…).
Une émission sur la natalité avec uniquement des hommes. Normal cela ne concerne pas les femmes… On apprécie.
J’ai écouté votre émission ce matin, comme souvent le samedi, et je suis étonnée que parmi les raisons pouvant expliquer la baisse de natalité, il n’ait pas été évoqué le fait que nous vivons dans un monde très anxiogène, entre, pour faire bref, menace de guerre mondiale et crise climatique. Parmi les jeunes, garçons ou filles ou, devrais-je dire, hommes ou femmes en âge de procréer, que je côtoie, cette inquiétude quant à l’avenir est très prégnante. Je trouve dommage que cela n’ait pas été évoqué ce matin.
J’apprends toujours quelque chose dans vos émissions et c’est encore vrai aujourd’hui sur ce thème de la natalité française.
Vous invitez aujourd’hui François Héran, ce chercheur magnifique qui contribue au débat avec la nuance qui manque très souvent au plus grand nombre d’intervenants sur ces questions de natalité, de migration, … etc.
Je suis économiste. Sur ces questions difficiles, surdéterminées par des dynamiques lentes qui s’entrecroisent, il faut parfois « suspendre le jugement » en rappelant, comme le fait monsieur Héran, qu’on comprend mal tels ou tels faits des comportements individuels ou collectifs. Les faits résistent souvent à ce qu’on cherche à en retenir… En l’invitant vous acceptez implicitement d’ouvrir le débat… merci.
Je vous en prie continuez d’inviter des Héran et d’autres chercheurs qui pensent les choses en utilisant des logiques que je qualifierais provisoirement de ‘non binaires’… j’espère qu’ils continueront d’accepter de venir sur votre plateau, où le ton général ne l’est pas toujours… et surtout, si j’osais : écoutez-les d’avantage…
Le discours, ou plutôt le refrain, selon lequel « ce qui compte c’est le mode de vie et pas le nombre des hommes », revient à supposer possible une fin rapide et définitive de l’ensemble du mode de vie et du modèle de société qui sont les nôtres, à vous comme à moi, et ceux d’une part toujours croissante de la population mondiale…
Permettez-moi tout de même d’essayer d’imaginer quels genres de processus (autres qu’une volonté collective au niveau global, dont vous conviendrez peut-être avec moi qu’elle est assez improbable au moins à court terme) pourrait advenir une révolution d’une telle radicalité, d’une profondeur et d’une ampleur aussi inédites, et de me demander timidement si ces scénarios-là seraient nécessairement préférables à une baisse spontanée, naturelle et (si possible) progressive de la natalité.
En réalité, je pense malheureusement que les deux aspects sont indispensables, complémentaires, et de toute façon (ce qui amène sans doute beaucoup des plus jeunes d’entre nous à choisir de ne pas avoir de descendance) indissociables…
La vision de la diversité française de M. Héran pêche sur un point : certes, il existait entre les provinces, les régions, les populations de l’ancienne France des différences considérables, des animosités voire des haines. Mais toutes étaient chrétiennes. Elles avaient donc la même vision de la vie et de l’au-delà, la même morale, les mêmes pratiques y compris quotidiennes. Elles se rendaient dans des églises semblables et pratiquaient sinon le même culte, du moins la même existence selon les mêmes principes. Leurs enfants pouvaient uniformément devenir prêtre, moine, religieuse. Il en allait de même des immigrations venues d’Europe – de plus, essentiellement catholiques. On ne peut donc absolument pas utiliser la même grille de lecture quand l’immigration amène avec elle une ou plusieurs autres religions, et donc des visions de l’existence et même de la vie en société non seulement autres, mais parfois ennemies voire se revendiquant pour telles. Pour avoir grandi auprès de grands-parents pieux, je sais à quel point une religion a une importance décisive sur toute l’existence quotidienne des croyants. Je ne pense pas que cela échappe à M. Finkielkraut. Même si (comme moi, modestie mise à part) il a dû traverser l’emprise de la mécréance de gauche qui nous a éloignés des années, voire des décennies, du ciel, de ses pompes et de ses œuvres – et surtout de son importance sur la société. Les migrants actuels ne sont pas mécréants, eux. Et cette seule considération invalide un raisonnement qui exclut ce qui, pour des milliards d’êtres humains – en fait, la quasi-totalité de l’humanité – constitue au moins le substrat de leur sensibilité et la plus importante part de leur pratique.