Je le croisais, à une époque, dans le bus 72 qui longe longtemps la Seine vers la Porte de Saint-Cloud quand on part de Châtelet. Il était souvent assis dans la partie basse du bus, toujours seul, sur un siège sans voisin. Il regardait de temps en temps le paysage défiler à travers la vitre, mais le plus souvent il semblait totalement absorbé par ses propres pensées, son regard stéréoscopique posé loin devant lui, bien au-delà du bus et, malgré tout le mal qu'il se donnait pour paraître détendu, un peu distant, intouchable presque, on sentait toute la fébrilité qui le parcourait à la simple idée de tous ces gens inconnus, se tenant si près de lui, un peu trop nombreux peut-être et dont il devinait la présence sans même tourner la tête. Je n'ai jamais réussi à croiser son regard. Je me demandais, parfois, s'il apprécierait que je lui témoigne, d'un clin d’œil, toute la sympathie que m'inspiraient ses films. Ou si cela le gênerait, plutôt... Je crois bien que je vais devoir me contenter de cette interrogation, désormais.