Les auditeurs ont réagi au temps d’antenne consacré aux tirs survenus lors du dîner des correspondants de la Maison-Blanche, jugé trop important. Pour y répondre, Richard Place, directeur de la rédaction de Franceinfo, est au micro d’Emmanuelle Daviet.
Emmanuelle Daviet : franceinfo était en édition spéciale, des auditeurs n’ont pas compris que l’antenne ait consacré autant de temps à cette information. Pourquoi ce choix éditorial ?
Richard Place : Donald Trump est le président des États-Unis. Il est un personnage central de l’actualité de ces dernières semaines, de ces derniers mois. Il est constamment présent dans l’actualité mondiale. Donc évidemment, une tentative d’assassinat sur le président des États-Unis, a fortiori sur ce président-là qui en a déjà subi deux, retient notre attention. franceinfo devait passer en édition spéciale sur ce sujet.
Emmanuelle Daviet : La dimension symbolique – avec la présence du président américain et le contexte (ce dîner auquel assistent des centaines de journalistes et dirigeants de presse avec leurs invités du monde politique et économique) – a-t-elle davantage pesé que la gravité réelle des faits ?
Richard Place : Sur la gravité des faits, on parle de quelqu’un qui arrive armé dans un endroit où il y a beaucoup de monde, pas seulement le président des États-Unis. Des coups de feu sont tirés et il a régné une grande incertitude autour de ce qui s’est réellement passé. Il fallait donc donner des informations, aller les chercher, les recueillir, les raconter à l’antenne. Ensuite, oui bien sûr, au-delà des faits eux-mêmes, le contexte, la présence de journalistes du monde entier (notamment des gens qui travaillent pour Radio France), tout cela a créé encore plus d’émotion autour de cet événement.
Emmanuelle Daviet : Des auditeurs estiment que relayer longuement la réaction de Donald Trump, saluer son sang-froid, son flegme, revient à le valoriser, à faire sa promotion. Comment recevez-vous cette remarque ?
Richard Place : Je ne pense pas qu’on ait valorisé sa réaction. On a raconté la manière dont il a réagi. On a aussi raconté la manière dont ont réagi les participants à ce dîner : la plupart ont fui, certains sont restés stoïques, certains ont filmé (dans leur rôle de journaliste), certains ont continué à dîner comme si rien de rien n’était. En l’occurrence, savoir comment le président américain a réagi, est un élément d’information. Je ne pense pas que nous ayons passé de très longues minutes là-dessus, nous l’avons évoqué en plus de tout le reste. Nous avons surtout rapporté les faits et les informations dont nous disposions sur le tireur, et la manière dont il avait pu accéder à cet endroit. Les conditions de sécurité, c’était surtout ça le cœur du sujet.
Emmanuelle Daviet : Plusieurs auditeurs s’interrogent : pourquoi accorder autant de place à un événement aux États-Unis, alors que des faits comparables en France ne susciteraient pas une telle couverture à l’étranger ? Y a-t-il un biais en faveur de l’actualité américaine ?
Richard Place : Il n’y a surtout pas de symétrie à faire. Les États-Unis sont impliqués dans des conflits, économiquement et historiquement, avec beaucoup plus de pays dans le monde que ne l’est la France. Un événement qui concerne le président de la première puissance économique et militaire mondiale, a un retentissement mondial. Oui, en France, cela aurait peut-être moins de retentissement mais si cela devait se produire – je ne le souhaite pas – nous serions en édition spéciale et peut-être les médias étrangers en parleraient moins.
J’ai eu la chance d’être correspondant au Royaume-Uni pendant plus de 4 ans pour Radio France. Là-bas, la couverture de l’actualité américaine prend une place énorme. Parce que les Britanniques sont les cousins des Américains, avec un lien direct de la langue, mais aussi parce qu’ils accordent beaucoup plus de place à ce type d’évènements et à l’actualité américaine qu’à l’actualité française. Il n’y a vraiment aucune symétrie à rechercher.