Les sondages à l’occasion de la campagne présidentielle

Aujourd’hui, nous répondons aux auditeurs avec le directeur de Franceinfo, il est notamment question des sondages.
Jean-Philippe Baille est au micro d’Emmanuelle Daviet pour leur répondre.

Emmanuelle Daviet : Une auditrice demande: « Pourquoi faire ces sondages « intentions de vote » à six mois de la présidentielle ? Pourquoi nous imposez-vous ces sondages ? »
Quel est la politique éditoriale de Franceinfo en matière de sondage en cette année de campagne présidentielle ?

Autre question d’un auditeur « Les sondages portant sur les intentions de vote pour la prochaine élection présidentielle se multiplient et Franceinfo participe de ce mouvement. Il me semble que, vu les techniques utilisées par les instituts, ces sondages coûtent très peu cher. « 

Jean-Philippe Baille : D’abord, il faut préciser que ces sondages, c’est une photo à un moment donné de la campagne. Ils prennent une place importante aujourd’hui, car y compris les partis politiques, vous l’avez sûrement constaté, vont se baser en tout cas pour certains d’entre eux, pour désigner leur candidat. Alors oui, nous nous basons sur ces sondages ou sur ce sondage puisque nous avons décidé ici à Franceinfo de ne faire état que des sondages de l’institut Ipsos que nous commandons. C’est un institut qui est connu et reconnu. Et tout au long de la campagne, nous ne ferons état que de ce baromètre-là pour ne pas tomber dans le foisonnement des études que l’on peut voir émerger ici ou là. Pour nous, c’est un élément d’information, un parmi tant d’autres, je souligne : un parmi tant d’autres. Grâce à ces sondages, nous pouvons voir, par exemple, et déterminer quelles sont les dynamiques en cours pour tel ou tel candidat. C’est important. Et quelle est la place de tel ou tel autre candidat. Là aussi, c’est un élément d’information, un parmi tant d’autres, encore une fois. Je note simplement que ceux qui critiquent les sondages, en tous cas les candidats qui critiquent les sondages, sont ceux qui sont les moins bien placés. On dit souvent que quand on a de la fièvre, c’est le thermomètre qui ne va pas.

Emmanuelle Daviet : Un auditeur souhaite savoir pourquoi l’institut Ipsos avec lequel vous travaillez, comme vous venez de nous l’indiquer, sonde les Français sur Eric Zemmour alors qu’il n’est pas candidat ?

Jean-Philippe Baille : Parce que indéniablement, il est aujourd’hui un des acteurs de la campagne et il perturbe le jeu politique. On le voit bien au jour le jour. D’ailleurs, nous faisons quand nous sondons les Français, ou quand nous demandons à l’institut Ipsos de sonder les Français, toujours plusieurs hypothèses, avec ou sans lui. Ce qui nous permet de voir à qui sa candidature peut causer du tort et quelle est la partie de l’électorat qui est sensible ou pas à son discours. Et tous ces éléments là aussi, ce sont des informations qui nous permettent de contextualiser la campagne et surtout, d’analyser la stratégie des uns et des autres. On a par exemple constaté qu’un certain nombre de candidats ont mis la barre un peu plus à droite depuis qu’ils ont vu arriver dans la campagne Éric Zemmour. Et ça, c’est important de le souligner.

Emmanuelle Daviet : Et plus globalement, sur votre antenne : Quel traitement journalistique accordez vous à Eric Zemmour ? Quelle est votre ligne éditoriale à son sujet ?

Jean-Philippe Baille : J’avoue que nous nous sommes posé la question et nous avons débattu ensemble. Comment fallait-il traiter son arrivée dans la campagne ? Nous avons d’abord estimé que c’était un essayiste qui était en promotion pour son dernier livre. Mais aujourd’hui, force est de constater qu’il est un acteur politique, comme je vous le disais, de cette campagne. D’ailleurs, le CSA lui même le considère comme tel puisqu’il a décidé de décompter son temps de parole en tant que personnalité politique. Je crois qu’aujourd’hui, la question n’est pas de savoir « est-ce qu’Eric Zemmour est candidat ? », mais : « Quand le sera-t-il ? » Ce n’est pas « si », mais « quand » la question qu’il faut se poser. Donc, pour Franceinfo, il est candidat. Candidat virtuel, certes, mais un candidat qui doit être traité comme les autres, selon ce qu’il représente sur l’échiquier politique.

Emmanuelle Daviet : Et il viendra sur votre antenne ?

Jean-Philippe Baille : Comme tous les autres candidats.