Les auditeurs s’interrogent sur les défis éditoriaux que pose la Coupe du monde de football aux États‑Unis. Pour leur répondre, Nathalie Iannetta, directrice du service des Sports de Radio France, est l’invitée d’Emmanuelle Daviet.

Emmanuelle Daviet: La Coupe du monde de football est bien sûr un défi pour les équipes nationales et nous allons le voir avec vous Nathalie. C’est aussi d’une certaine manière un défi pour les journalistes. Couvrir cet événement demande chaque jour beaucoup d’agilité, de flexibilité, avec différents enjeux logistiques et éditoriaux. On commence avec le décalage horaire. Des auditeurs souhaiteraient savoir si cela a réellement des conséquences sur l’organisation entre les équipes de journalistes sur place et celles restées en France ?

Nathalie Iannetta: Oui. S’il y a un décalage horaire que nous nous qualifions de défavorable. Pourquoi ? Parce qu’une grande partie de la nuit aux États-Unis est le jour ici en France. Tous nos confrères européens sont soumis évidemment à ça. Donc, les conséquences, il y en a des positives. D’abord, nos envoyés spéciaux et nos reporters sont très souvent en direct en matinale, parce que c’est la toute fin de journée ou début de nuit chez eux. Donc ils envoient leurs productions au plus près de l’actu et du news pour pouvoir ensuite être quasiment instantanément sur les antennes de Franceinfo dans la matinale. Et puis alors négatif, c’est que à un moment ils vont aller dormir et que l’antenne de Franceinfo, elle ne s’arrête jamais. Et donc en journée, nous avons donc une autre équipe dédiée à la Coupe du monde, à la direction des sports qui est ici et qui assure, on va dire « ce vide », entre 8 h du matin et 16 h, au moment où les équipes des Etats-Unis se réveillent.

Emmanuelle Daviet: Cette compétition est répartie dans trois pays. Les distances entre certaines villes qui accueillent les matchs sont considérables. Alors, comment gérez-vous les déplacements, demandent des auditeurs. Les équipes doivent-elles parfois renoncer à certains reportages pour des raisons logistiques.

Nathalie Iannetta: Oui, évidemment. Il y a 104 matchs sur cette Coupe du monde, vous l’avez dit, avec des distances colossales, parfois de plus de 8h, 9h, 10h de distance. Donc on renonce à certains, on fait des choix. Ce qui d’ailleurs est le métier journalistique, c’est de choisir éditorialement. On a laissé tomber certaines idées, certaines envies, certains endroits aussi, pour se consacrer à ce qui, éditorialement, nous paraît le plus important, qu’il s’agisse de l’Equipe de France ou d’autres enjeux autour de cette Coupe du monde sur place.

Emmanuelle Daviet:Nathalie Iannetta, couvrir une Coupe du monde organisée dans trois pays représente un coût financier et environnemental. Comment arbitrez-vous entre l’ambition éditoriale, les contraintes budgétaires et l’empreinte carbone des déplacements, souhaitent savoir des auditeurs qui sont hypersensibles aux questions de l’environnement ?

Nathalie Iannetta: Ils ont bien raison de l’être. Et ce serait bien que les organisations internationales qui organisent les grands événements sportifs le soient davantage. Parce que là, on est sur un gigantisme qui, évidemment, non seulement nous contraint, nous oblige aussi à faire des choix, mais néanmoins à accepter que oui, il va falloir prendre l’avion trois fois dans la même semaine pour pouvoir aller d’un site de reportage à un autre. Le coût financier lui, est exorbitant et il est exorbitant pour l’ensemble de la profession. Vraiment, moi, je suis très très inquiète à titre personnel, sur la couverture de ces grands événements à terme, dans des chaînes généralistes comme Franceinfo, mais c’est le cas pour nos confrères aussi des autres radios. Ça coûte de plus en plus cher. Je redoute une privatisation, entre guillemets, de cette actualité, parce que c’est la seule actualité payante d’une certaine manière, et ça devient de moins en moins soutenable, on va dire. Donc oui, c’est un défi, y compris pour nos petites consciences, faut se le dire.

Emmanuelle Daviet: Et si vous deviez résumer en un mot ou une formule, le défi de cette Coupe du monde pour la direction des sports que vous dirigez, lequel choisiriez-vous ?

Nathalie Iannetta: Hors-norme, c’est vraiment une Coupe du monde hors-norme, à tous les sens du terme. Et elle est inédite aussi dans ce qu’elle a de plus négatif. On espère au moins que le sportif va nous offrir une Coupe du monde hors-norme et de manière positive.