L’arrêt de La 20e heure, le traitement éditorial de la canicule, la couverture de la Coupe du monde et le podcast de Nicolas Demorand sont des sujets qui ont suscité de nombreux messages. Pour leur répondre, Céline Pigalle, directrice de France Inter, est au micro d’Emmanuelle Daviet.
Jérôme Cadet: Dernier rendez-vous Emmanuelle, de la saison avec beaucoup de sujets abordés par les auditeurs.
Nicolas Demorand
Emmanuelle Daviet: Oui, et puisque c’est le dernier rendez-vous de la saison je vais vous poser, Céline Pigalle, la question que j’ai le plus reçue cette année de la part des auditeurs comment va Nicolas Demorand ?
Céline Pigalle:Et comme ça fait plaisir de répondre à cette question. Nicolas va bien, il va beaucoup mieux. Je viens de le quitter, j’étais en rendez-vous avec lui juste avant de venir vous rejoindre. On parlait d’abord de l’incroyable succès du podcast qu’il a produit, 1 million d’écoutes en onze jours. On n’avait jamais vu ça pour un podcast de France Inter et pourtant ce sujet n’est pas facile. Et donc voilà, il le dit lui-même. Il est très heureux de rencontrer de nouveau les auditeurs à travers ce podcast. Et puis il est aussi bouleversé de tous ces messages qu’il a reçus à travers vous tout au long des semaines et des mois. On l’est tous, je crois, de redécouvrir à travers lui à quel point la radio, c’est un lien, c’est un réconfort, c’est un attachement. Voilà, c’est ce qu’il incarne aujourd’hui.
La 20e heure
Emmanuelle Daviet: Autre voix de l’antenne très appréciée des auditeurs, Eva Bester. Depuis l’annonce de l’arrêt de son émission La 20ᵉ heure, nous recevons aussi de très nombreux messages. Beaucoup disent perdre un rendez-vous auquel ils étaient très attachés. C’était pour eux, je les cite, « un moment de respiration en fin de journée ». Une illustration réussie de ce qu’ils attendent de France Inter, c’est à dire du temps long, de la curiosité, de l’exigence et une certaine liberté de ton. Et puis, au delà de l’émission elle même, les auditeurs rendent un hommage appuyé à Eva Bester pour, je les cite encore, ses qualités d’interview, sa sensibilité, son humour, sa qualité d’écoute. Céline Pigalle, les auditeurs souhaiteraient savoir où vous en êtes avec elle dans vos échanges ?
Céline Pigalle: Alors je la verrai lundi, je n’ai plus l’horaire exact du rendez-vous. Mais d’abord, je veux rassurer les auditeurs sur le fait que moi aussi j’apprécie le talent d’Eva Bester. J’avais en revanche un petit doute sur le fait que ce rendez-vous de 20 h, qui est un rendez-vous, qui a une longue tradition, soit tout à fait celui qui lui correspondait le mieux. Et donc j’ai eu cette discussion avec elle pour essayer d’envisager peut-être une autre formule qui revienne un peu plus vers ce qui a fait son plus grand succès, qui était le « Remède à la mélancolie ». Je crois qu’elle a de grandes qualités pour entendre notamment les émotions qui nous parcourent, pour entendre les parcours personnels, pour entendre comment on s’inscrit dans des histoires familiales. Voilà, et c’est ce dont j’ai envie avec elle, qu’elle reprenne un rendez-vous avec ces codes-là. Et donc on aura l’occasion d’en discuter très vite.
La grille de rentrée
Emmanuelle Daviet: Donc vous tricotez quelque chose qui relie les émotions, les parcours de vie. Écoutez, rendez-vous donc à la rentrée pour découvrir cette nouvelle proposition éditoriale. Autre nouveauté l’année prochaine Dominique Seux que l’on entend chaque matin dans la matinale. Et puis Claire Chaudière, journaliste au service économie et social de France Inter, Ils seront le nouveau binôme de l’émission On n’arrête pas l’éco. À quoi va ressembler cette nouvelle formule? demandent des auditeurs. Et puis à quelle heure sera diffusée l’émission?
Céline Pigalle: Alors pour commencer, ce qui est le plus important peut-être, c’est l’alliance de ces deux présentateurs. Claire Chaudière, qui est une journaliste du service économie de France Inter et Dominique Seux qui en effet anime cette chronique et qui, depuis quelques dizaines d’années, ce n’est pas lui faire offense que de le dire, suit le parcours des grandes entreprises françaises, des grands patrons français, de l’activité économique française. Dominique avec Claire vont notamment à l’occasion de cette émission animée, un grand entretien avec un acteur majeur de l’économie. Ça, c’est la première chose fondamentale. Et puis on retrouvera des choses que les auditeurs aimaient bien dans ce programme. Sans doute un débat et toutes sortes de chroniques. Mais je ne vais pas m’avancer plus avant parce que le conducteur, on va commencer à le travailler maintenant,.
Emmanuelle Daviet: Et l’heure ?
Céline Pigalle: Ce sera à 12 h, le samedi.
Emmanuelle Daviet: Alors, toujours question d’horaires des auditeurs fidèles d’Interception, l’horaire du magazine des grands reportages de la rédaction Interception.
Céline Pigalle: Interception ce sera à 12 h le dimanche. Autrefois on avait deux rendez-vous à 9h, les samedis et dimanches, ces deux rendez-vous basculent à 12 h les samedis et dimanches. Pourquoi? Parce que qui on va retrouver à 9 h les samedis et dimanches. Je le dis, c’est important, je le souligne parce qu’il va falloir réserver ce moment. Je suis désolé, mais il y a plus de sport à cette heure-là, par exemple. On retrouvera Nicolas Demorand à 9 h les samedis et dimanches l’année prochaine.
La canicule
Jérôme Cadet: Emmanuelle Daviet, la canicule suscite également beaucoup de messages et d’interrogations de la part de nos auditeurs.
Emmanuelle Daviet: Oui, ils ont le sentiment que les conséquences de la canicule sont davantage traitées que ses causes. Certains estiment que la rédaction parle beaucoup de l’adaptation à la chaleur, mais pas assez des politiques permettant de limiter le réchauffement climatique. Des auditeurs disent qu’ils ne comprennent pas l’intérêt des micro-trottoirs, où des personnes interrogées racontent simplement qu’elles ont chaud. Que leur répondez-vous Céline Pigalle ?
Céline Pigalle: Qu’il faut parler absolument de tous ces aspects, y compris des personnes que l’on rencontre et qui racontent comment elles vivent la canicule. C’est un peu la suite logique de ce que je disais tout à l’heure. C’est du lien entre nous. On est tous en train d’expérimenter quelque chose de parfaitement incroyable. C’est pas mal en tant que personne humaine qu’on s’en parle. Comment on vit tout ça, comment on le traverse. Là aussi, c’est du lien. Et puis après on parle de comment on va essayer de se protéger, tout ça. Mais bien sûr, on parle aussi de comment on en est arrivé là et comment on pourrait commencer peut-être à réparer un tout petit peu cette situation. Finalement, France Inter, c’est une grande chaîne généraliste qui doit s’adresser au plus grand nombre et qui doit prendre en charge absolument tous les sujets et dans tous leurs aspects. Il n’y a rien qui doit nous échapper. Ça me donne l’occasion de vous dire que la semaine prochaine, on fera une journée spéciale autour de la canicule.
Emmanuelle Daviet: D’ailleurs, c’était une demande des auditeurs.
Céline Pigalle: Et voilà, elle arrive, il suffit de demander. Ça n’avait même pas été formulé encore que c’est déjà un souhait exaucé. Et dans le cadre de cette journée là, évidemment, on abordera plutôt les sujets de moyen et long terme. Le métier de la radio, c’est de vous dire jour après jour ce qui se passe. Donc ça, on le fait quoi qu’il arrive. Et en effet, ça donne des sujets plus quotidiens. Mais après, il ne faut pas qu’on perde de vue ce temps long, ce temps moyen, c’est à dire comment on en est arrivé là, comment on pourrait faire pour lutter contre le réchauffement et aussi comment on s’en protège. C’est pas vulgaire de se poser la question, voyez. C’est à dire qu’on a tous aussi besoin de solutions. Et des solutions parfois on en trouve au jour le jour, avec des volets ou avec des éponges mouillées, mais il faut qu’on en trouve qui soient un peu plus pérennes, qui sont un peu plus solides et qui sont un peu plus réconfortantes. Il y a une dimension dans cette histoire. Il y a beaucoup de gravité dans ce sujet. On est en train de vivre un épisode historique qui va nous faire réviser beaucoup de nos comportements, mais aussi de nos enjeux. C’est à dire il va falloir qu’on change, c’est évident, on doit être grave, mais de temps à autre aussi, si on peut voir un peu de lumière au bout du tunnel ou envisager des solutions qui nous donnent de l’espoir, ce n’est pas complètement inutile.
Emmanuelle Daviet: Alors on a bien compris que la semaine prochaine, il y avait une journée spéciale. Et à la rentrée prochaine, quelle place souhaitez-vous accorder sur les enjeux climatiques à l’antenne?
Céline Pigalle: Une place très importante forcément, c’est à dire avec notamment deux rendez-vous qui existent déjà et qui vont perdurer. Camille Crosnier dans la matinale, c’est à dire à un moment très très exposé, la terre au carré, avec Mathieu Vidard qui va retrouver un temps encore un peu plus important.
Emmanuelle Daviet: Alors ça, les auditeurs vont apprécier.
Céline Pigalle : Toute l’heure pour Mathieu Vidard et la Terre au carré. Là aussi, je réponds à une question qui ne m’avait même pas été posée.
Emmanuelle Daviet: Merci pour ça. Je pense que les auditeurs apprécieront effectivement de retrouver Mathieu Vidard sur un temps un peu plus long.
Céline Pigalle: Et évidemment, on ne doit pas s’en tenir à ces rendez-vous. C’est à dire que les différents sujets que l’on va traiter lors de la journée spéciale la semaine prochaine, il faudra qu’on les mette à l’agenda tout au long de l’année, à travers l’ensemble des émissions, l’ensemble des programmes et vraisemblablement deux nouvelles journées spéciales.
Emmanuelle Daviet: Et qui plus est dans une année présidentielle.
La coupe du monde de football
Jérôme Cadet: La couverture de la Coupe du monde de football, Emmanuel Daviet, suscite aussi beaucoup de courrier, des critiques de la part des auditeurs.
Emmanuelle Daviet: Absolument. Ils nous écrivent pour dire qu’ils comprennent bien que la Coupe du monde soit couverte par France Inter, mais ils ont le sentiment que le football occupe une place excessive sur l’antenne. Certains regrettent la suppression ou le déplacement de rendez-vous auquel ils sont attachés et souhaiteraient savoir comment Céline Pigalle ou bien sur quels critères, vous faites des arbitrages pour modifier cette grille ?
Céline Pigalle: Tout simplement à l’occasion des grands événements. La Coupe du monde, c’est pas toutes les semaines, c’est pas tous les mois, ce n’est même pas tous les ans, c’est tous les quatre ans et c’est un rendez-vous mondial. Comme son nom l’indique, c’est un rendez-vous de très nombreux pays qui mixe et qui met finalement en relation à travers le monde de très nombreuses personnes. Et c’est la raison pour laquelle on a décidé de consacrer de l’espace, du temps d’antenne à cet événement.
Jérôme Cadet: Vous avez le sentiment Emmanuelle que les auditeurs ont changé de regard sur la Coupe du monde.
Emmanuelle Daviet: Oui, c’est vrai, la Coupe du monde n’est plus seulement perçue comme un événement sportif puisque les auditeurs, désormais dans leurs messages, évoquent aussi les enjeux environnementaux, économiques ou géopolitiques. Est-ce que cette évolution a modifié votre manière de traiter cette compétition, puisque des auditeurs perçoivent bien le décalage entre le foot et les valeurs régulièrement défendues par France Inter en ce qui concerne le climat, les droits humains ou encore les enjeux démocratiques.
Céline Pigalle: Mais toutes les dérives, tous les problèmes que pose ce Mondial dans son organisation, tout ce qui se passe autour et qui est parfois en effet extrêmement problématique, tout ça est largement abordé. La toute première chronique de Nathalie Iannetta, à 7 h 15, le premier jour de la Coupe du monde, racontait à quel point cette Coupe du monde, elle ne donnait pas envie. Elle était rejetée même par un certain nombre de gens. C’était précisément son sujet. Et elle disait néanmoins à la fin « Ils ne devront pas pour autant nous priver du plaisir du football. Il faut qu’il nous reste encore un peu de plaisir « . Tout à l’heure, je disais il faut pas céder à la gravité, il faut trouver de l’espoir quand de temps à autre, on peut aussi trouver des moments de plaisir, de joie, de légèreté. C’est pas tout à fait inutile dans notre quotidien.
Ambition de Céline Pigalle sur France Inter
Jérôme Cadet: Il nous reste un peu plus de deux minutes pour quelques questions. Une série de questions Emmanuelle Daviet.
Emmanuelle Daviet: Alors, série de questions qui vous sont directement adressées : »Céline Pigalle, quelle est votre ambition pour France Inter ? »
Céline Pigalle: Immense, considérable. Mon ambition pour France Inter, tout simplement, c’est de faire de cette chaîne qui est déjà la première chaîne de radio en France, une chaîne encore plus influente, qui pèse encore un peu plus dans le débat politique. On va entrer, vous l’avez dit tout à l’heure, en année présidentielle, l’espace public français a besoin de cette chaîne pour organiser des débats sains, sereins, où on argumente, où on ne se bat pas à mains nues.
Emmanuelle Daviet: Mais alors, comment on s’y prend pour que cette chaîne ait encore plus d’influence, comme vous le formulez?
Céline Pigalle: Alors, il y a deux slogans auxquels je réfléchis pour dire en peu de mots ce que je voudrais qu’on soit. On a beaucoup aujourd’hui de débats, de duels, d’affrontements. Moi, je voudrais qu’on ait plus de conversations. Vous savez, à bâtons rompus, on se parle sans forcément crier. Et puis dans la conversation, néanmoins, parfois on s’échauffe. Ça arrive.
Emmanuelle Daviet: Oui, Puis on argumente.
Céline Pigalle: Et donc le premier slogan, ce serait « France Inter. Reprenons la conversation. » Vous voyez qu’avec cette notion de quelque chose de délicat, qui n’est pas agité, qui n’est pas emporté.
Emmanuelle Daviet: ça, suggère que la conversation s’est arrêtée à un moment donné ?
Céline Pigalle: Parfois dans l’espace public, la polarisation, qui est notamment organisée par les réseaux, qui peut s’organiser dans le paysage politique aussi, fait qu’on a l’impression d’avoir un peu perdu le fil. Reprenons la conversation.
Emmanuelle Daviet: Et le second slogan.
Céline Pigalle: Il y a un slogan mythique de France Inter qui disait « Écoutez la différence ». Moi, je pense qu’il faut le remettre au goût du jour. Ecoutez, c’était quand même un ordre. Et puis la différence, il y avait une unique différence. C’était un très beau slogan, mais il y avait peut être quelque chose qui était un peu en surplomb comme ça. Donc moi je pense qu’en 2026 on devrait dire « France Inter, écoutons nos différences. »
Emmanuelle Daviet: Très beau slogan. Pour finir, un message pour les auditeurs au delà de ce slogan, un message pour les auditeurs de France Inter. Et puis moi, en tant que médiatrice, j’ai aussi une question comment vous tenez compte des messages que nous vous adressons tous les jours ? Parce que je tiens à dire que chaque jour nous vous adressons parfois des centaines de messages. Donc c’est compliqué cette synthèse, mais comment vous les percevez, comment vous les appréciez ?
Céline Pigalle: Peut-être ce que je veux dire d’abord aux auditeurs, c’est que je suis l’une d’entre eux. Moi j’ai écouté cette radio toute ma vie. J’ai rêvé d’y travailler une longue partie de ma vie.
Emmanuelle Daviet: Une mission accomplie.
Céline Pigalle: Puisque je suis devenue journaliste il y a 30 ans. Donc j’ai mis un tout petit peu de temps à y parvenir. Mais j’y suis. Et tous les jours, évidemment, je me vis comme l’une d’entre eux, c’est à dire je me vis au même niveau et assise à leurs côtés. Ce qui fait qu’avec eux aussi, j’ai envie d’entretenir cette conversation sur ce qui leur plaît, sur ce qui leur plaît moins. Et dans la conversation, j’ai parfois aussi envie d’argumenter et de leur dire pourquoi j’ai fait tel ou tel choix. Et de contester parfois leurs critiques aussi. Ça peut arriver. Parfois, je ne suis pas d’accord avec les messages qu’ils nous adressent, mais la chose qui me frappe le plus, c’est à quel point ces messages sont nombreux, à quel point l’attachement à cette chaîne est sans limite et à quel point, du coup, chacun s’en sent un tout petit peu propriétaire. Et donc vous voyez, on fait cette plaisanterie autour du football. On dit il y a 60 millions de sélectionneurs, on n’a pas tout à fait 60 millions d’auditeurs, mais enfin, tous nos millions d’auditeurs, eux, ils aimeraient bien faire les choix avec moi. Eh bien, je les écoute avec attention.
Emmanuelle Daviet: Et bien écoutez, cet espace sera le vôtre pour poursuivre cette conversation avec eux.
Jérôme Cadet: Merci à toutes les deux. Céline Pigalle, directrice de France Inter. Merci. Emmanuelle Daviet, médiatrice de Radio France. Les auditeurs, évidemment, continuent de vous écrire dans les prochaines semaines.
Emmanuelle Daviet: Tout l’été le service de la médiation ne ferme pas.