Les auditeurs ont réagi au sujet du Téléphone sonne sur France Inter ce mardi 24 février sur la fin de vie.

Je suis excédée par l’hypocrisie qui prévaut en France dans les débats autour de l’aide à mourir. Les femmes qui ont lutté durement contre cette hypocrisie pour la légalisation de l’avortement se réclamaient du slogan « Mon corps, mon choix, mon droit ». Moi, je revendique « Ma mort, mon choix, mon droit ». J’ai 72 ans et je ne vois pas pourquoi je n’aurai pas le droit de partir dignement, sans souffrir, le moment venu.
Trop facile de se réfugier derrière un hypothétique développement des soins palliatifs, certes ô combien nécessaire, mais dont le coût exorbitant repousse le projet aux calendes…
Si mon pays persiste dans ses atermoiements, je partirais mourir à grands frais en Suisse, juste parce ce que j’en ai les moyens. Et tant pis pour ceux qui ne les ont pas, contraints à une fin indigne…

Je vous demande de ne pas voter cette loi, qui est une porte ouverte pour tous les abus et toutes les pressions faites sur « les vieux » ou « les malades » pour être euthanasiés. Déjà, beaucoup pensent qu’il n’est pas digne de vivre si l’on a besoin d’aide, parce qu’ils ont intériorisé qu’ils « dérangent ». Alors un bébé, un handicapé, un vieillard ne seraient pas dignes ? Je connais un vieux Monsieur parti se faire euthanasier en pleurant en Hollande parce que sa famille le trouvait trop dégradé et ne voulait pas le prendre en charge !
Les soins palliatifs permettent de finir sa vie sans souffrance. Et bien souvent, des personnes arrivent en soins palliatifs avec l’envie de mourir et finalement apprécient une fin de vie paisible et non précipitée. La peur de la souffrance y était pour beaucoup, et la mission des soins palliatifs est de réduire cette souffrance.
Cette loi peut donner lieu à des dérives multiples :
-pour les soignants qui feront cet acte de donner la mort, même si la loi ne reconnaît pas l’acte comme un meurtre, quelle culpabilité ? Même question pour les pharmaciens qui seront obligés de préparer le produit létal en connaissance de cause.
-l’absence de mention de « phase terminale » (art 4) permet l’euthanasie de toutes les personnes souffrant de maladie chronique grave, irréversible, avancée et incurable ! Cela fait des dizaines ou des centaines de milliers de personnes ! Quid de ceux qui souhaitent vivre jusqu’au bout et sur lesquels il y aura une pression pour des raisons économiques ou autres ? Quid des handicapés à qui, alors qu’ils acceptent pourtant leur mode de vie, cette mort sera proposée ?
-la demande de mourir est fluctuante en fonction du travail de trépas, certains jours on veut mourir vite, d’autres jours on veut vivre encore un peu. Si l’injection est trop rapide (on parle ici de 2 jours ! art 6), aucun revirement n’est possible.
-l’interdiction d’encourager une personne à renoncer à l’injection et à vivre ! (art 9) Incroyable ! Je suis psychologue et c’est le fondement de notre humanité que de se soutenir les uns les autres pour vivre au mieux.
-on ne pourra même pas s’opposer à l’euthanasie sur des forums ou réseaux de discussions, ni en tant que psychologue peser le pour et le contre avec nos patients, tout débat sera interdit sur ce sujet ?! Et j’irai en prison ou je devrai 30,000 euros d’amende si je donne à ma mère des arguments que la loi réfute pour qu’elle ne se fasse pas euthanasier ?
-l’obligation pour des cliniques privées confessionnelles, Chrétiennes ou autres, ouvertement opposées à euthanasie d’accepter la venue d’équipes mobiles d’euthanasie dans leurs locaux. Sous peine de 30,000 euros d’amende et deux ans de prison.
-il n’y a pas de méthode optimale pour l’aide à mourir (étude de S. Sinmyee, V. J. Pandit, J. M. Pascual, A. Dahan, T. Heidegger, G. Kreienbühl, D. A. Lubarsky, J. J. Pandit, Legal and ethical implications of defining an optimum means of achieving unconsciousness in assisted dying, Anaesthesia 2019; 74: 557-9.) Chaque méthode comprend de nombreux échecs : jusqu’à 7 jours pour mourir, réveil du coma ou échec à le provoquer, mort par paralysie avec conscience…
Et d’autres pays qui ont commencé à ouvrir la possibilité de l’euthanasie, l’ont progressivement permise pour :
-des mineurs (Belgique) et même des nouveaux-nés (Pays-Bas) : quel choix ont-ils réellement ?
-des personnes non conscientes si elles ont rédigé une demande préalable d’euthanasie (Belgique) : comment savoir si elles sont toujours de cet avis et quelle était leur vie et leur prise en charge affective et médicale au moment de cette rédaction ?
-permettre des greffes d’organe à cette occasion (Espagne) : ne pourrait-on imaginer que l’on pousse (collectivement ou individuellement) une personne à cette forme de suicide afin de bénéficier de ses organes ?
-une manière normale de mourir (Canada, Pays-Bas) : dans ce 1er pays c’est la 5è cause de décès, aux Pays-Bas 58 % des décès impliquent une décision de fin de vie !

Ma belle-sœur a bénéficié d’une sédation profonde qu’elle avait choisie. 9 jours d’agonie. Sa fille vétérinaire ne cessait de dire qu’on était plus compatissant avec les animaux qu’avec les humains.
Quand va-t-on arrêter d’être hypocrite ?! Votons rapidement cette aide à mourir qui laisse le choix à la personne concernée.

Maman est décédée en 2019 à 92 ans, après 6 jours d’agonie consciente. Lorsqu’elle le pouvait, elle nous répétait : « Partir ! Vite, vite, vite.” Elle n’a pas bénéficié de la loi Léonetti !
Avec mes frères et sœurs, nous avons pu être à ses côtés en permanence ces 6 jours, jusqu’au bout. Ce n’est pas possible pour toutes les familles ! Donc certaines personnes vivent cette fin de vie douloureuse pratiquement seule !!!! Qui voudrait cela ? Sa douleur n’était pas physique, mais morale !

Mon père, dentiste, s’est battu contre un cancer du maxillaire pendant 10 ans pour nous laisser à 88 ans l’hiver dernier, après des années de souffrances. Ma mère sur laquelle je veille jours et nuits depuis qu’elle est seule, en la voyant se dégrader et souffrir, sans que je puisse faire quoi que ce soit et en laissant femme et enfants à 400 km ! J’ai 66 ans, laissez-moi le droit de mourir en bonne santé, sans embêter personne ! C’est bon pour la sécu, c’est bon pour les caisses de retraite et laisser moi vivre mes dernières bonnes années et le choix de la date quand mon corps et mon âme auront des problèmes.

À plus de 70 ans, c’est un sujet qui me concerne ou me concernera ! Deux choses me mettent en colère : 1. Ce ne sont pas aux politiques de décider de quand je peux partir, c’est à MOI. 2. La grande hypocrisie qui règne depuis des décennies sur ce sujet.
Pratiquement tout le monde autour de moi depuis plus de 20 ans, sont partis avec « un p’tit coup » de trop de morphine. Ça dépend de sur quel docteur on tombe.

J’entends à l’instant que le droit de mourir serait l’ultime liberté que nous ayons en cette triste société. Si c’est votre avis réel, cela montre bien à quel point vous êtes asservis aux pouvoirs néfastes actuels.
Cela dit aussi aux auditeurs qu’ils n’ont plus beaucoup d’autres choix et là c’est grave de conditionnement et d’appel au suicide pour tant de gens dans le désarroi que vous relayez volontiers lorsqu’ils vous écoutent vraiment.