Les auditeurs ont écrit concernant le traitement éditorial de la canicule en France sur franceinfo. Pour leur répondre, Florent Guyotat, directeur adjoint de la rédaction de franceinfo est au micro d’Emmanuelle Daviet.

Emmanuelle Daviet: Cette canicule occupe une place très importante sur l’antenne. Alors, quel a été votre parti-pris éditorial? Informer sur l’événement, accompagner les auditeurs dans leur quotidien ou bien expliquer les mécanismes du changement climatique?

Florent Guyotat: Alors on essaie de faire tout ça à la fois. D’abord, des informations pratiques chaque demi heure sur Franceinfo, vous avez des bulletins météo détaillés avec les dernières prévisions. Et évidemment, vous allez me dire les bulletins météo, ça, c’est tous les jours de l’année. Lorsqu’un événement climatique d’ampleur, comme celui que nous vivons actuellement survient, on augmente la voilure, on multiplie les rendez-vous le matin, en semaine par exemple, Vous retrouvez notre journaliste en charge de la météo, Christine Pena, en dehors des créneaux et des bulletins habituels en fin de demi-heure. On la sollicite régulièrement pour qu’elle nous dise combien de temps va encore durer cette canicule pour aller au-delà, donc des températures prévues le jour même. Et puis cette semaine, vous avez aussi entendu les journalistes de notre service sciences-santé-environnement qui chaque jour en fin d’après-midi, nous ont donné les derniers relevés à disposition. C’est notamment avec eux, mardi et mercredi dernier, que nous avons appris que le record de la journée la plus chaude jamais enregistré en France depuis le début des mesures en 1947, était tombé. Alors, vous parlez aussi d’accompagner nos auditeurs. C’est un impératif pour nous. Notre rôle, c’est également de relayer des conseils de santé publique, comme cet appel lancé par l’une de nos invités, la médecin Hélène Rossinot. Même si vous êtes jeune et en bonne santé, disait elle cette semaine, la canicule peut être dangereuse.

Extrait: C’est une épreuve physique extrêmement importante pour le corps, pour le cœur en particulier. Et c’est important de s’en rendre compte. Quand j’entendais le maire de Paris dire qu’il voyait des joggeurs dans l’après-midi. Il a raison, c’est une folie. On est beaucoup de médecins à être sur les réseaux sociaux et à se faire insulter ces derniers jours. Quand on dit Faites attention, ne buvez pas d’alcool, s’il vous plaît, ne faites pas de sport parce qu’on nous dit « on en a marre des injonctions. Nous, on va très bien, ça suffit maintenant, arrêtez de nous infantiliser ». Mais ce n’est pas une question d’infantiliser, c’est une question de les gens ne se rendent pas forcément compte du risque.

Florent Guyotat: Le témoignage de la médecin spécialiste en santé publique, Hélène Rossinot C’était ce jeudi dans le 15/17 de Franceinfo.

Emmanuelle Daviet: Florent Guyotat, des auditeurs ont le sentiment que les conséquences de la canicule sont davantage traitées que ces causes. Or, il souhaiterait avoir plus d’éclairages sur ce qui provoque ce phénomène caniculaire. Comment recevez-vous ces remarques?

Florent Guyotat: Alors je réponds qu’on ne se contente pas d’évoquer les conséquences de la canicule, même si c’est bien sûr très important de le faire. Vous entendez aussi régulièrement des climatologues sur l’antenne de Franceinfo qui expliquent tout simplement comment on en est arrivé là. Françoise Vimeux était l’invitée du 8h30 franceinfo. C’était ce jeudi également.

Extrait: Avec un climat réchauffé qui a atteint en plus 1,3 degré au niveau mondial par rapport à l’ère préindustrielle. Ce genre de vagues de chaleur rentre dans la gamme des possibles. Il aurait été impossible d’avoir cette vague de chaleur au mois de juin dans un climat non modifié par l’homme. En fait, il n’y a plus aucun refuge climatique en Europe. Au niveau de l’Arctique c’est la région du monde qui se réchauffe le plus, et donc une partie de l’Arctique est en Europe. Et c’est d’ailleurs une des raisons pour laquelle l’Europe est le continent, un des continents qui se réchauffe le plus vite, deux fois plus vite que la moyenne mondiale.

Emmanuelle Daviet: La climatologue Françoise Vimeux. Florent Guyotat Des auditeurs disent qu’ils ne comprennent pas l’intérêt des micros-trottoirs, où les personnes interrogées racontent simplement qu’elles ont chaud. Que répondez-vous à ceux qui réclament davantage d’analyses et moins de témoignages?

Florent Guyotat: La ligne éditoriale de Franceinfo, c’est assumé. Elle fait la part belle aux reportages et aux témoignages. Vous avez employé le terme de micro-trottoir. Je trouve qu’il a une connotation assez méprisante et je pense tout simplement qu’on ne peut pas bien traiter un phénomène de société sans donner la parole à ceux qui le vivent directement. Faire uniquement appel à des experts, des commentateurs, des personnalités politiques, cela ne suffit pas pour nous. Donc oui, vous entendez régulièrement des témoignages sur notre antenne, comme d’ailleurs dans ce reportage diffusé cette semaine sur Franceinfo. Il fait tellement chaud en banlieue parisienne que certains habitants n’arrivent plus à dormir dans leur appartement et ils vont à la cave.

Extrait: L’Ingénieur du son montre sa chambre à coucher provisoire. Donc chacun a sa petite cave, classique on va dire. Et il y a une cave commune. J’ai mis un thermomètre. Là, on passe à un peu moins de 20. Contre combien là haut? 31,9 je crois même. Bon, c’est quand même une cave dans son jus. Il ne faut pas avoir peur des araignées et de la poussière. Je mets un sac plastique par terre, histoire de poser mes p’tites affaires à côté sans trop les mettre dedans.

Florent Guyotat: Voilà, Extrait d’un reportage signé Sandrine Etoa sur Franceinfo. C’est typiquement un témoignage qui raconte l’ampleur du phénomène climatique que nous vivons aujourd’hui. Et c’est ce que nous recherchons.