#17 L’affaire Sarah Halimi

ANTOINE MERLET HANS LUCAS VIA AFP

Monsieur Erner, Cette émission, “Les matins” sur France Culture, a été particulièrement intéressante et constructive. Vos invités ont su éclairer une situation compliquée, révoltante et vraiment triste. Cela paraît toujours aussi « injuste » en soi mais nous comprenons mieux le rôle de la justice, ses limites et le cheminement d’une procédure qui protègerait les victimes et serait « équitable » en considérant les circonstances et la personnalité des criminels. Cela donne du sens au mot justice. La balance et l’équilibre. J’espère que la famille de Sarah Halimi obtiendra réparation autrement et trouvera la paix.  

Je souhaite que vous fassiez part de mon indignation conséquente à la décision judiciaire prise par un groupe de magistrats et experts de déclarer le meurtrier « irresponsable pénalement » parce que soi-disant souffrant de « bouffées délirantes » dues à des troubles psychiques et la consommation de cannabis. Puissent vos auditeurs adresser comme je l’ai fait une lettre d’indignation au Président de la République et au Garde des sceaux. Par avance merci.  

Très choqué par la position de l’avocat concernant l’intervention du Président de la République pour modifier la loi concernant l’irresponsabilité de meurtriers sous l’emprise de drogues. N’en déplaise aux juristes, j’estime que tout parlementaire ou le Président de la République qui représentent le peuple, ont la légitimité de demander la modification d’une loi inadaptée. Aux parlementaires de faire la loi, aux magistrats de dire la loi (et pas plus) « au nom du peuple français », selon la formule.

Choquée comme beaucoup par le verdict indulgent et irresponsable pour l’assassinat de Mme Halimi, au prétexte de crise de folie passagère alors qu’il y a quelques années, Bertrand Cantat avait été condamné alors qu’il avait absorbé des substances illicites. Ce jugement pour l’heure est une atteinte à la mémoire de cette femme, au moment où les féministes se battent contre les féminicides : On ne les entend pas beaucoup je trouve… L’assassin aurait-il agressé avec la même brutalité, un homme ???

Non, ce n’est pas que la « communauté juive » qui est scandalisée par la décision du Conseil d’Etat ! Pas la peine d’être juif pour être horrifié par les meurtres antisémites. Et j’en ai assez de ce découpage en « communautés », nous sommes des citoyens, point. 

J’écoute ce matin le débat organisé autour de M. Erner. On y discute de l’altération du discernement de l’assassin de Mme Halimi. Lorsque j’étais enfant, un automobiliste qui causait un accident mortel sous l’emprise de l’alcool bénéficiait d’une sorte de circonstance atténuante. On disait : « Il était bourré, ce n’est pas sa faute ! ». Et puis au cours du temps on a considéré que la conduite en état d’ivresse était une circonstance aggravante. Heureusement ! Aujourd’hui on nous dit : « il a tué une vieille femme et l’a jetée par la fenêtre, ce n’est pas sa faute il avait fumé du shit ! ». J’ai le sentiment d’avoir beaucoup vieilli, ou de retourner en enfance… 

J’apprécie votre combativité face à des interlocuteurs facilement enclins à déresponsabiliser un assassin antisémite jetant par la fenêtre une femme juive après s’être bourré de cannabis. La société des experts est une authentique catastrophe, fussent-ils psychiatres. 

Dans le débat de la matinale, la question de la prise de drogue du tueur et de son passage à l’acte sous l’emprise de celle-ci n’est pas abordée, pourquoi ? C’est pourtant, la prise du cannabis qui a amplifié ou provoqué le délire qui a conduit à l’acte, qui a aboli le discernement du tueur. Par le passé, l’alcoolisation d’un conducteur ayant provoqué un accident était une circonstance atténuante. Aujourd’hui l’alcoolisation est considérée comme une circonstance aggravante car elle altère ou abolit son discernement et engage la responsabilité du sujet qui s’alcoolise et prend sa voiture. Pourquoi la question de la responsabilité au regard de la prise de drogue n’est pas abordée et n’est pas considéré comme une circonstance aggravante. Nous savons que le cannabis entraîne, dans un certain nombre de cas, une altération du rapport à la réalité, des décompensation délirantes parfois irréversibles. Pourquoi cet aspect du crime n’est pas du tout traité par votre journaliste ni par vos invités ?  

Pourquoi y a-t-il eu déclaration d’irresponsabilité alors que si vous conduisez une voiture sous l’emprise du cannabis ou d’alcool, vous êtes non seulement responsable des dommages causés mais il y a en plus circonstance aggravante du fait de votre état ne permettant pas un bon discernement ? 

Je me permets de vous faire part de ma vive réaction de ce matin à l’écoute de votre journal. Évoquant le meurtre de Sarah Halimi, vous avez qualifié son meurtrier de victime (de la drogue). La victime c’est – oh combien – Sarah Halimi, sa famille, son entourage – son meurtrier est coupable. Coupable de ne pas soigner sa schizophrénie, coupable de l’aggraver par la prise de psychotropes, coupable de nourrir sa haine antisémite. Coupables sont également tous ceux qui entretiennent et attisent la haine de ces personnes fragiles. À aucun moment la Cour de cassation ne qualifie ce meurtrier de victime ; cette institution d’habitude très discrète, a souligné que la loi aboutissant à la décision de ne pas le condamner n’était pas satisfaisante et devait être modifiée. J’espère que vous pourrez très bientôt nous informer de la saisine du législateur sur ce sujet qui, malheureusement, n’est que trop d’actualité. 

Quand on écrase une personne en voiture après avoir pris de l’alcool ou de la drogue, on est jugé et condamné… et pas quand on commet un meurtre ? C’est incompréhensible.

Serait-il possible que les journalistes cessent de parler de communauté juive ? Elle n’existe pas. On peut parler des juifs de/en France, de juifs français ou de français juifs mais pas de communauté juive pas plus de communauté noire, de communauté arabe, musulmane, chinoise, vietnamienne, etc. La France n’est pas un agrégat de communautés juxtaposées les unes aux autres, malgré ce que certaines minorités agitées et agissantes voudraient nous faire gober. Le fait d’en parler ainsi sur une radio nationale acte cet agrégat. Soyez prudents à bien désigner les choses ou l’on pourrait s’imaginer que la France 🇫🇷 est devenue un nouvel état nord-américain. Autre point qui me tracasse, serait-il possible d’entendre sur France Culture les raisons opposées par les juifs français et tous les autres non juifs au jugement rendu dans l’affaire Sarah Halimi ? Si vous l’avez fait, je vous remercie de bien vouloir m’indiquer à quelles occasions.

J’ai souvent entendu dire que ceux qui commettent des attentats prennent beaucoup de drogues et stupéfiant avant de commettre un attentat. Tous ces terroristes, s’ils sont pris vivant n’auront pas de procès car ils auront des troubles de discernement ?

Ça serait bien que les commentateurs de France info arrêtent de parler de meurtrier présumé pour l’assassinat de Sarah Halimi… Même s’il n’y a pas de jugement de condamnation dans ce dossier… Le meurtrier a reconnu son meurtre… Alors un peu de décence…. Il n’y a aucune présomption mais un meurtrier purement et simplement. 

Le déni de justice dans l’affaire Sarah Halimi a choqué la France entière, preuve en est l’importance des manifestations qui ont eu lieu dimanche.  En 2015, dans une affaire similaire à Rueil-Malmaison, un homme s’est rendu coupable d’une tentative de meurtre sur son ex-petite amie. Elle est similaire en ce qu’une majorité d’experts psychiatres a conclu à l’abolition du discernement de l’agresseur. A ceci près que les juges ne les ont pas suivis et que l’agresseur a écopé de quinze ans de prison. Deux poids deux mesures en fonction…. De quoi ?

Les phénomènes de contestation actuels s’inscrivent dans le même type de logique que ceux qui condamnent déjà les individus sur les réseaux sociaux, sans attendre d’enquête ni de procès. Il y a un phénomène d’emballement collectif qui veut faire pression et malheureusement des politiques sont tentés de suivre cette dynamique en commentant et critiquant les décisions des magistrats ou des cours. On est un peu dans la « vox populi »… Vraiment inquiétant….