Voici les principales thématiques abordées par les auditeurs dans leurs messages envoyés du 19 au 26 juin 2026.
Nous publions une sélection de leurs messages dans la Lettre :

1. Un extrait audio « fallacieux » diffusé dans les Matins de France Culture
2.Matinales du 24 juin : 3 invités du Rassemblement National sur trois antennes
3. Canicule :
– Le traitement éditorial
– Et les causes ? 
– L’édito éco de Dominique Seux du 22 juin sur France Inter
4. Le départ de Patricia Martin de France Inter

5. L’arrêt de « La Conversation scientifique » sur France Culture
6. Le témoignage de Mosimann dans le Grand Portrait sur France Inter
7. Langue française

Mercredi 24 juin, Guillaume Erner, producteur de l’émission « Les Matins » sur France Culture, recevait Marine Le Pen, présidente du groupe Rassemblement national à l’Assemblée nationale. Au cours de l’interview, Guillaume Erner aborde la question de l’antisémitisme en France et, pour illustrer le sujet, choisit de diffuser un extrait audio « trouvé sur les réseaux sociaux » indique-t-il, dans lequel sont mis en parallèle des propos à caractère antisémite tenus par Jean-Marie Le Pen, plusieurs fois condamné à ce titre, et des déclarations de Jean-Luc Mélenchon, dont la phrase suivante : « Pour moi, c’est la caste, les tout-puissants financiers et leurs marionnettes médiatiques, politiques. » 

Cette citation de Jean-Luc Mélenchon a été prononcée en novembre 2016 dans l’émission « Polonium », présentée par Natacha Polony sur la chaîne Paris Première, dans un contexte où il n’est nullement question des personnes de confession juive mais de la récente élection de Donald Trump à la tête des Etats-Unis. 

Le montage diffusé sur France Culture dans la matinale est issu du compte en ligne « Léon le média » qui se définit comme « un média engagé » et qui dans cet extrait, détourne sciemment les propos de Jean-Luc Mélenchon.   

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Les auditeurs ont été très nombreux à nous faire part de leur stupéfaction et de leur colère après la diffusion de cet extrait audio : leurs messages traduisent une « incompréhension totale ». Tous écrivent que le montage trahit le sens des propos attribués à Jean-Luc Mélenchon et crée artificiellement une équivalence avec les déclarations explicitement antisémites de Jean-Marie Le Pen. 

Dans leurs courriers, ils rappellent avec force qu’ils se tournent vers le service public pour trouver une information fiable et qu’ils choisissent précisément France Culture en raison de l’exigence de sérieux qu’ils associent à ses programmes. Les auditeurs disent avoir été surpris qu’un contenu présenté comme provenant des réseaux sociaux soit diffusé sans qu’il leur paraisse avoir fait l’objet des précautions éditoriales habituelles. Pour eux, en diffusant ce « son », France Culture lui a conféré une forme de caution éditoriale, alors qu’il aurait nécessité un « travail de vérification » et de « contextualisation approfondi ». 

Au-delà de la séquence, certains s’interrogent sur les conséquences d’un tel procédé dans un contexte politique particulièrement sensible, à moins d’un an de l’élection présidentielle, qui plus est après une saison difficile pour les médias de l’audiovisuel public. 

Beaucoup demandent que France Culture apporte « des explications » sur les conditions dans lesquelles ce montage a été utilisé, en rappelant qu’ils sont très attachés aux principes d’exactitude et de vérification des sources, qu’ils considèrent comme essentiels à la confiance qu’ils accordent au service public audiovisuel. 

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Les réactions exprimées par les auditrices et les auditeurs sont légitimes, et je les comprends. Je considère, comme eux, que cette séquence soulève plusieurs questions déontologiques.  
Il me parait donc nécessaire ici d’analyser cette diffusion au regard des principes déontologiques qui s’imposent au journalisme et d’expliquer les questions qu’elle entraîne. 

La première règle journalistique en jeu est celle de la vérification de l’information. Lorsqu’un journaliste utilise un « élément » provenant des réseaux sociaux, il lui appartient de s’assurer de son authenticité, du sens réel des extraits diffusés et de vérifier que le montage n’en modifie pas le sens. Un montage n’est jamais neutre : il résulte d’un choix de citations, d’un ordre de présentation, de coupes, voire de silences. Ces choix produisent un récit. Le journaliste qui décide de diffuser ce montage endosse en quelque sorte la responsabilité éditoriale de ce récit. Il lui appartient donc de s’assurer que l’effet produit correspond fidèlement à la réalité des propos tenus sachant que la confiance accordée au service public repose précisément sur cette capacité à distinguer un document vérifié d’un contenu susceptible d’être trompeur ou manipulatoire. 

Cette exigence conduit au deuxième principe : celui de la contextualisation. Un extrait sonore, sorti de son contexte, peut modifier profondément le sens des propos tenus, quelques secondes suffisent pour inverser le sens d’une démonstration ou d’un raisonnement. Un journaliste a donc la responsabilité de restituer les éléments nécessaires à la compréhension du document qu’il diffuse, particulièrement lorsque celui-ci est utilisé pour établir un rapprochement entre deux personnalités, politiques en l’occurrence. La contextualisation n’est pas un élément accessoire : elle conditionne l’exactitude de l’information. 
Ce point est d’autant plus important que la diffusion de ce montage produit un effet de comparaison. En juxtaposant deux extraits, le montage suggère une proximité ou une équivalence entre deux discours et cet effet de sens n’est pas anodin. Il ne résulte pas des seules paroles prononcées par les personnes concernées, mais également du choix éditorial de les faire dialoguer artificiellement. 

Cette réflexion renvoie donc, in fine, à une notion essentielle : la loyauté de l’information. Informer loyalement ne signifie pas seulement rapporter des faits exacts ; cela implique aussi de ne pas présenter un document d’une manière susceptible de conduire le public vers une interprétation qui ne découlerait pas naturellement des faits eux-mêmes. 
Lorsqu’un « son », issu des réseaux sociaux, est repris sur une antenne, ce n’est plus un simple contenu viral : il acquiert une forme de légitimité liée à l’autorité journalistique de celui qui le diffuse. Cette responsabilité impose une prudence particulière, notamment lorsqu’il s’agit d’un sujet politiquement sensible ou susceptible d’influencer la perception d’une personnalité publique. 

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De son côté, la direction de France Culture indique qu’elle prend cette situation avec le plus grand sérieux. À ce jour, une note d’information à destination des auditrices et des auditeurs a été publiée sur la page de l’émission, sur le site et l’application Radio France, ainsi que sur YouTube et le réseau social X. Elle précise que, dans « Les Matins » du mercredi 24 juin, l’extrait audio diffusé, qui n’avait pas été sourcé à l’antenne, provenait de « Léon le média » et constituait un montage fallacieux, ce qui n’a été établi qu’a posteriori. Dans cette note, la direction de la chaîne et Guillaume Erner reconnaissent que cet extrait n’aurait pas dû être diffusé et présentent leurs excuses aux auditrices et aux auditeurs. 

Par ailleurs, l’extrait concerné a été retiré du podcast disponible sur le site et l’application Radio France, ainsi que sur YouTube et Guillaume Erner a présenté publiquement ses excuses dans un message diffusé ce vendredi à 7h40 sur l’antenne de France Culture :  

« Bien que n’étant pas à l’antenne aujourd’hui – c’était prévu de longue date -, je tenais à revenir sur la matinale de mercredi, au sujet de laquelle je tiens à vous présenter mes excuses. 

A l’occasion de mon interview de Marine Le Pen, j’ai fait le choix de diffuser un montage audio dans lequel on pouvait entendre des extraits de Jean-Marie Le Pen et de Jean-Luc Mélenchon. Ce que j’ai omis de dire, et c’était une première erreur, c’est que ce montage audio, que j’avais trouvé sur les réseaux sociaux, provenait de « Léon le média ». J’aurais dû préciser cette source.   

Qui plus est, je n’avais pas vérifié scrupuleusement le contenu de ce montage audio. Il s’avère qu’il était fallacieux. Je l’ai constaté a posteriori et je le regrette. On a supprimé cet extrait audio du replay de l’émission sur le site et l’application Radio France.   

Je tiens à nouveau à vous présenter mes excuses. Cela n’est pas conforme à mon éthique professionnelle.   

Je ferai tout ce qu’il faut, je serai vigilant à l’avenir, pour que cela ne se reproduise plus. C’est essentiel puisque cela touche à ce que nous avons de plus précieux : le lien de confiance qui nous unit.   

Chères auditrices et auditeurs, j’ai fait deux erreurs et je vous présente mes excuses. » 

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La diffusion de ce montage fallacieux a été publiquement condamnée par plusieurs instances représentatives de Radio France, parmi lesquelles la Société des Producteurs et Productrices de France Culture (SPDC), les Sociétés des journalistes (SDJ) de France Culture et de Radio France, ainsi que le SNJ-CGT de Radio France. 

Cette séquence rappelle combien le service public de l’information est soumis à une exigence particulière de rigueur ; exigence d’autant plus forte lorsqu’il s’agit de sujets politiques sensibles à l’approche d’une échéance électorale majeure.  
Cette séquence réaffirme également avec force les règles qui fondent la mission journalistique de Radio France : vérifier les faits, les contextualiser et garantir la fiabilité des informations diffusées. C’est à cette exigence de responsabilité que nous sommes tenus envers nos auditrices et nos auditeurs. Elle est la condition indispensable de la confiance qu’ils nous accordent et que nous avons le devoir de préserver, chaque jour. 

Emmanuelle Daviet
Médiatrice des antennes