1. Les évènements en Iran
2. « Et la situation en Palestine ? »
3. Mobilisation des agriculteurs : l’édito de Patrick Cohen sur France Inter
4. La grève des médecins libéraux
5. Débat de l’actu : La baisse de la natalité
6. Janvier sans alcool
7. L’absence de Nicolas Demorand
8. Le retour de « Grand bien vous fasse » pendant 1h sur France Inter
9. Very Good Trip : Les vies de David Bowie
10. « Excellente question ! » : la nouvelle série de vidéos du service de la médiation
Les évènements en Iran
Depuis le 28 décembre dernier, l’Iran est secoué par des manifestations d’une ampleur inédite, nées d’une crise économique aiguë mais rapidement transformées en contestation politique ouverte. Ce qui s’exprimait au départ comme un mécontentement social s’est mué, en quelques jours, en une remise en cause frontale du régime : les manifestants réclament désormais la chute du pouvoir des mollahs, et non plus de simples réformes. La réponse des autorités a été d’une extrême violence. Les mobilisations ont été réprimées dans le sang, avec un bilan humain très lourd. Selon l’ONG Iran Human Rights, au moins 3 428 manifestants ont été tués. L’organisation évoque un « chiffre minimum absolu » et fait également état de plus de 10 000 arrestations. Ces données restent difficiles à vérifier de manière indépendante, tant l’accès à l’information est restreint.
Sur le plan international, les déclarations entretiennent l’incertitude. Mercredi, Donald Trump a affirmé que « les tueries » avaient « pris fin » après la répression, tout en laissant planer le flou sur une éventuelle intervention militaire américaine, indiquant que Washington suivait la situation de près.
Depuis le 8 janvier 2026, la population iranienne est par ailleurs confrontée à une coupure quasi totale d’Internet, l’une des plus longues jamais enregistrées dans le pays. Cette mise sous silence numérique isole les Iraniens, entrave la circulation des témoignages et complique considérablement le travail de documentation de la répression en cours. Dans ce contexte, l’information devient elle-même un enjeu central, au cœur du rapport de force entre le régime et une population privée de voix.
Les messages reçus à propos du traitement de la situation en Iran indiquent que les auditeurs souhaiteraient davantage de contextualisation sur la nature du régime, l’ampleur de la répression, les coupures d’internet, le nombre de morts, les arrestations, mais aussi les enjeux géopolitiques et régionaux. Ces angles, abordés sur toutes les antennes, sont à retrouver ici à travers une large sélection de journaux, de reportages, et d’émissions qui rendent compte de cette actualité très évolutive et difficile à documenter, au point que des auditeurs, notamment un franco-iranien, rappellent combien l’accès limité à l’information rend le rôle des médias internationaux d’autant plus essentiel. À ce sujet, Anne Soetemondt, directrice de la rédaction internationale, revient sur la couverture éditoriale de ces évènements et les contraintes liées à l’accès au terrain en répondant à cette question : « Pourquoi n’envoie-t-on pas de journalistes en Iran ? ».
Des auditeurs insistent également sur la nécessité de distinguer clairement le peuple iranien de ses dirigeants, et de rendre audibles les voix de la diaspora, capables d’apporter du décryptage et une continuité de récit lorsque les images et témoignages directs se raréfient. D’autres se disent « choqués » par ce qu’ils perçoivent comme une mise en avant complaisante de figures politiques du passé ou de l’exil, en particulier celle de Reza Pahlavi. Ils interrogent la légitimité de ces alternatives présentées dans les journaux ou dans des émissions et craignent que ce traitement médiatique ne simplifie à l’excès une réalité politique complexe, voire ne projette des grilles de lecture extérieures sur une société iranienne plurielle et largement méconnue.
Que se passe-t-il à Gaza ?
Dans le traitement de l’actualité, la place accordée aujourd’hui à la situation en Palestine suscite des questions. Des auditeurs disent ne plus comprendre pourquoi la bande de Gaza et la Cisjordanie semblent moins présentes dans les journaux, alors que le conflit se poursuit et que ses conséquences humaines, politiques et sociales restent lourdes.
Cette impression de retrait interroge, d’autant plus que, pour ces auditeurs, rien n’indique une accalmie sur le terrain. Ils ne remettent évidemment pas en cause la légitimité de traiter d’autres événements majeurs de l’actualité mondiale, mais ils se disent en attente d’un suivi régulier des crises internationales, y compris lorsqu’elles s’inscrivent dans la durée, comme la situation humanitaire à Gaza et les violences en Cisjordanie. Nous leur proposons de retrouver ici les journaux, reportages et émissions consacrés à cette actualité.
La grève des médecins
Les messages reçus à propos de la grève des médecins libéraux concernent toutes les chaînes et expriment une incompréhension face à ce qui est perçu comme un traitement insuffisant d’un mouvement pourtant jugé majeur par les auditeurs. Beaucoup s’étonnent du contraste entre la large couverture accordée à d’autres mobilisations récentes et la place réduite laissée à celle des médecins, alors même qu’elle touche directement aux enjeux d’accès aux soins, d’organisation du système de santé et de conditions d’exercice des soignants.
Au fil des courriers, revient l’idée d’un manque d’explication de fond. Des auditeurs disent avoir entendu des « évocations partielles », centrées sur certains aspects jugés « secondaires » ou « polémiques », sans réelle mise en perspective des revendications, des contraintes économiques et professionnelles, ni des désaccords structurels entre les médecins libéraux et les pouvoirs publics. Plusieurs messages soulignent l’absence de parole donnée aux “ représentants du mouvement ”, aux “ institutions concernées” ou aux “patients”, et regrettent des angles perçus comme “caricaturaux” qui alimenteraient des clichés plutôt que la compréhension.
Vérification faite après lecture de ces messages, il s’avère que tous ces sujets ont été très largement évoqués sur les antennes, une sélection est à retrouver ici. Demain dans le rendez-vous de la médiatrice sur Franceinfo, nous répondrons aux questions sur la couverture éditoriale de cette mobilisation.
Ajoutons que des auditeurs issus du monde médical, pointent des approximations ou une “méconnaissance” du fonctionnement concret de la médecine libérale, des modalités de financement de l’assurance maladie ou des outils numériques imposés aux praticiens. Ils rappellent la “complexité du sujet”, les investissements requis, la stagnation des tarifs, les contraintes administratives croissantes et les tensions autour des arrêts de travail, autant d’éléments qui, selon eux, expliquent l’ « ampleur inédite de la mobilisation.» À leurs yeux, réduire cette grève à une question de coûts ou de comportements individuels empêche d’en saisir les causes profondes.
La baisse de la natalité en France
La France, qui compte désormais 69,1 millions d’habitants, a franchi en 2025 un cap symbolique : le nombre de décès a été supérieur à celui des naissances, une première depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.
En 2025, 645 000 bébés ont vu le jour dans le pays, soit 2,1% de moins que l’année précédente, ce qui correspond au plus faible nombre sur un an depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, pour la quatrième année consécutive. Il s’agit même d’une chute de 24% par rapport à 2010, « année du dernier point haut des naissances ».
La baisse des naissances est due au repli de la fécondité, soit le nombre d’enfants par femme. L’indicateur conjoncturel de fécondité (ICF) a continué lui aussi de diminuer : il s’est établi à 1,56 enfant par femme, soit le plus faible niveau depuis la fin de la Première Guerre mondiale.
Les réactions suscitées par l’annonce de la baisse de la natalité en France révèlent à quel point la question démographique dépasse largement le seul constat statistique. Pour de nombreux auditeurs, le traitement médiatique de cette actualité donne le sentiment d’une lecture principalement économique, parfois perçue comme injonctive, centrée sur la natalité comme variable d’ajustement des retraites, de la croissance ou du marché du travail. Cette approche est vivement interrogée, voire contestée, par celles et ceux qui nous écrivent et qui estiment qu’elle invisibilise d’autres dimensions essentielles.
Dans leurs messages des auditrices et auditeurs mettent en avant des choix de vie assumés, notamment celui de ne pas avoir d’enfant, sans que cela soit vécu comme un “renoncement” ou un “échec”. Ils rappellent que la parentalité ne relève pas uniquement de considérations économiques ou démographiques, mais aussi de trajectoires personnelles, de désir, ou d’absence de désir d’avoir un enfant et de conditions affectives, sociales et matérielles souvent fragilisées par diverses difficultés : trouver un travail stable, se loger, concilier vie professionnelle et familiale. La précarisation des familles monoparentales, les inégalités persistantes entre les femmes et les hommes face à l’arrivée d’un enfant, ou encore la charge mentale et financière qui pèse majoritairement sur les mères, sont aussi régulièrement citées comme des facteurs déterminants dans la réflexion autour de la natalité.
D’autres auditeurs élargissent encore le cadre en questionnant le présupposé selon lequel la baisse des naissances constituerait nécessairement une mauvaise nouvelle. Ils évoquent “les limites environnementales de la planète”, la pression sur les ressources, “l’incertitude climatique et géopolitique”, et proposent de penser la situation actuelle comme une possible recherche d’équilibre plutôt que comme un déclin. Cette perspective conduit à interroger non seulement le nombre de naissances, mais le modèle de société dans lequel les enfants seraient appelés à grandir.
Lors des débats sur la démographie proposés sur les antennes, des angles auraient mérité d’être davantage approfondis estiment des auditeurs ; non seulement la question de l’infertilité, qui touche un nombre croissant de personnes mais aussi les liens possibles de cette baisse de la natalité avec les inquiétudes liées à l’accès aux soins et aux politiques publiques sur la natalité et la petite enfance. Pour ces auditeurs, il importe de comprendre les évolutions démographiques non comme un phénomène isolé, mais comme le reflet de choix individuels, de contraintes sociales et de transformations profondes de notre rapport à l’avenir.
L’absence de Nicolas Demorand
Beaucoup d’auditeurs disent “leur surprise” et leur interrogation face à l’absence prolongée de l’une des voix les plus familières de la matinale de France Inter, tout en reconnaissant “le caractère personnel et sensible” que peut revêtir une question de santé.
Leurs courriers traduisent aussi un sentiment de manque. Nicolas Demorand est évoqué comme la “présence structurante” du rendez-vous phare de la chaîne dont la voix et le ton accompagnaient le quotidien de nombreux auditeurs. Les messages sont majoritairement empreints de bienveillance et de vœux de prompt rétablissement.
Parallèlement, nombre d’auditeurs soulignent “la qualité du travail” assuré par Florence Paracuellos et l’équipe de la matinale. Ils saluent la continuité du programme, la tenue éditoriale de l’antenne et, pour certains, apprécient les évolutions apportées. Cette reconnaissance n’efface pas l’attente d’un retour, mais elle montre l’attachement au collectif qui fait vivre la matinale au quotidien.
La directrice de France Inter, Adèle Van Reeth, a tenu à répondre aux nombreux messages reçus :
« Chers auditeurs,
Merci de continuer à être aussi nombreux à nous écrire pour prendre des nouvelles de Nicolas et lui transmettre votre soutien. Vos messages lui vont droit au cœur.
Nicolas a toujours besoin de repos et sera absent encore quelque temps. Il reviendra dès qu’il se sentira prêt.
Florence Paracuellos continue d’assurer la présentation de la matinale entre 7h et 9h en son absence. Vous êtes d’ailleurs nombreux à nous écrire également pour lui exprimer votre gratitude.
Nous vous donnerons des nouvelles dès que nous le pourrons. Merci encore de votre bienveillance et de votre soutien.
Adèle Van Reeth
Directrice de France Inter »
Michka Assayas et “Les vies de David Bowie”
À l’occasion des 10 ans de la disparition de David Bowie, Michka Assayas lui consacre quatre émissions où il revient longuement sur la genèse des albums « Station to Station », « Low » et « Heroes », le chef d’œuvre oublié « Outside » de 1995, et sur certaines beautés de l’œuvre tardive de David Bowie.
Dans cette série, la figure de David Bowie, apparaît moins comme un souvenir figé que comme une œuvre vivante, continuellement réinterrogée et partagée. D’ailleurs, dans leurs messages, des auditeurs évoquent une expérience d’écoute marquante, parfois bouleversante. Ils saluent unanimement le travail de Michka Assayas, “son érudition”, “sa sensibilité” assumée et la manière dont il parvient à faire entendre la complexité d’un artiste sans la réduire à quelques images ou mythes convenus. Plusieurs témoignages soulignent “la richesse des analyses”, la découverte de versions rares, la mise en perspective des albums et des périodes, mais aussi la qualité du récit, capable d’éclairer une trajectoire artistique singulière.
Cette approche est perçue comme une forme de « cours magistral » “accessible” et “exigeant” qui dit l’importance du temps long à l’antenne. Certains auditeurs évoquent leur fidélité à France Inter à travers ce type de programmes, qu’ils considèrent comme emblématiques du service public : des espaces où la culture est transmise sans précipitation, sans simplification, et où la subjectivité revendiquée n’empêche pas la rigueur. L’émotion exprimée à l’antenne est ici reçue non comme une faiblesse, mais comme un lien, une manière de faire résonner la musique avec l’expérience intime de chacun.
Un site frauduleux utilise l’identité de Franceinfo et l’image de Nagui pour un faux placement
Mercredi, plusieurs auditeurs nous ont alertés avoir reçu un courriel frauduleux se présentant comme émanant de Franceinfo. Ce message, particulièrement soigné dans sa forme, reprend les codes graphiques du site de Franceinfo et met en scène Nagui dans son émission « La bande originale » sur France Inter. Dans cette séquence, l’animateur fait la promotion de prétendus placements financiers auprès de Leila Kaddour. Le message renvoie vers des pages imitant fidèlement l’environnement éditorial de Franceinfo afin de renforcer sa crédibilité et d’inciter à cliquer.
Les auditeurs qui nous ont écrit soulignent le réalisme de ce message et l’ingéniosité croissante des fraudeurs, capables de créer des copies très convaincantes de sites d’information et d’exploiter la notoriété de figures médiatiques pour piéger les destinataires. Certains s’interrogent également sur l’origine de ces envois et sur la possibilité que ces courriels ciblent spécifiquement des personnes familières des antennes de Radio France.
Nous remercions vivement ces auditeurs pour leur vigilance et pour leurs signalements, qui ont permis d’identifier rapidement cette tentative d’escroquerie contre laquelle franceinfo réfléchit à la possibilité d’une action en justice. Grâce à ces alertes, franceinfo a consacré ce jeudi matin une chronique « Le vrai ou faux » sur son antenne afin d’informer et de sensibiliser le public à ce type de fraude. Ces messages adressés à la médiation de Radio France illustrent le rôle essentiel des auditeurs dans la circulation de l’information et dans la prévention des risques, au service de tous.
« Excellente question ! »
« Excellente question ! » est le titre de la nouvelle série de vidéos proposée par le service de la médiation. Un titre qui dit l’essentiel : chaque épisode part d’une question formulée par un auditeur, à la suite d’une information ou d’un programme et ouvre un espace de réponse. L’objectif est de mieux éclairer le public sur la fabrique de l’information et sur les choix éditoriaux qui président à la couverture de l’actualité et des programmes. Cette initiative s’inscrit pleinement dans la mission de la médiation : favoriser le dialogue, la compréhension et la transparence entre les antennes et leurs publics.
Dans cette série, des journalistes, des producteurs et productrices, mais aussi des directeurs et directrices de programmes, de l’information et de chaîne prennent la parole pour répondre à ces questions. Ils expliquent comment une actualité est traitée, comment elle est hiérarchisée, quels angles sont retenus, ou écartés, et pourquoi. Il ne s’agit pas de se justifier a posteriori, mais de rendre visibles les contraintes, les arbitrages et les questionnements qui traversent le travail éditorial au quotidien.
Dans un contexte où, à la médiation, nous observons que, de plus en plus, un terme peut être interprété, discuté ou contesté, « Excellente question ! » est aussi l’occasion de s’arrêter sur le choix des mots.
Leur sens, leur portée, leur précision et parfois leurs limites sont décryptés. Expliquer pourquoi un mot est employé plutôt qu’un autre, pourquoi une formulation est retenue ou évitée, participe pleinement à la compréhension du travail journalistique mené lors des conférences de rédaction quotidiennes, processus souvent invisible que la médiation cherche ainsi à rendre plus compréhensible.
Cette série rappelle également que l’information et les programmes ne sont jamais des produits figés, mais le résultat d’un travail collectif, encadré par des principes déontologiques, des contraintes de temps et des exigences de vérification. En donnant la parole à celles et ceux qui fabriquent l’antenne, « Excellente question ! » ambitionne de contribuer à une meilleure connaissance du journalisme et de la production éditoriale, à une lecture plus éclairée de l’actualité et à un dialogue plus exigeant entre les médias et leurs auditeurs.
Avec une actualité internationale particulièrement dense et complexe, le service de la médiation inaugure la nouvelle série de vidéos avec Anne Soetemondt, directrice de la rédaction internationale. Trois vidéos sont proposées, chacune construite à partir d’une question d’auditeur :
« Pourquoi n’envoie-t-on pas de journalistes en Iran ? »
« Pourquoi est-il nécessaire d’envoyer des journalistes au Groenland ? »
« Pourquoi envoie-t-on des journalistes à la frontière de la Colombie et du Venezuela et pas directement au Venezuela ? »
À travers les réponses d’Anne Soetemondt, la série « Excellente question ! » donne à voir les réalités de la pratique du journalisme à l’international, les limites imposées par les régimes politiques, les enjeux de sécurité, d’accès à l’information et de vérification, mais aussi la manière dont les rédactions s’adaptent pour continuer à informer dans des contextes parfois extrêmement contraints. Une démarche de transparence et de pédagogie, fidèle à l’esprit de la médiation à Radio France, qui part des questions des auditeurs pour éclairer les choix éditoriaux du service public de l’audiovisuel.
« Excellente question! », ce sont vos interrogations, vos doutes, vos remarques qui en sont le point de départ. C’est vous qui posez la question, et ce sont les professionnels de Radio France qui y répondent. Auditeurs, auditrices, emparez-vous de cette nouvelle proposition : vos questions sont au cœur de la médiation, et elles ouvrent la discussion !
Emmanuelle Daviet
Médiatrice des antennes