1. La couverture éditoriale de la sortie du livre de Nicolas Sarkozy :
– dans les journaux d’information
– dans l’émission « Zoom zoom zen » sur France Inter
2. Enfant tondu dans un foyer, l’information révélée par Franceinfo
3 « Collégiennes à vendre », le reportage primé d’Antoine Giniaux
4. L’enquête de la cellule investigation de Radio France sur Dominique de Villepin
5. Manuel Bompard, invité du 7h50 sur France Inter
6. Clément Sénéchal dans « La Terre au carré » sur France Inter
« Le journal d’un prisonnier » de Nicolas Sarkozy
Cette semaine, le traitement éditorial de la sortie du livre de Nicolas Sarkozy est le sujet qui a suscité le plus grand nombre de réactions de la part des auditeurs. Beaucoup se sont interrogés sur l’ampleur de la couverture médiatique accordée à cet ouvrage, tandis que d’autres ont regretté l’absence de contextualisation judiciaire.
Mercredi, les éditions Fayard ont publié Le journal d’un prisonnier, dans lequel Nicolas Sarkozy raconte les trois semaines qu’il a passées en détention après sa condamnation dans le dossier libyen. Cet ouvrage paraît exactement un mois après la libération sous contrôle judiciaire de l’ancien chef de l’État, intervenue le 10 novembre. Celui-ci avait été incarcéré le 21 octobre à la prison de la Santé.
Décrivant ce qu’il qualifie d’« enfer » carcéral, Nicolas Sarkozy confie s’être agenouillé pour prier dès son premier jour derrière les barreaux, après sa condamnation le 25 septembre à cinq ans de prison avec mandat de dépôt assorti d’une exécution provisoire pour association de malfaiteurs. Il explique avoir prié pour « avoir la force de porter la croix de cette injustice », réaffirmant une nouvelle fois son innocence et évoquant ses échanges dominicaux avec l’aumônier de la prison.
Pour rappel, la justice lui reproche d’avoir laissé ses deux plus proches collaborateurs, Brice Hortefeux et Claude Guéant, solliciter un haut responsable libyen, Abdallah Senoussi, en vue d’un financement de la campagne présidentielle de 2007, alors que celui-ci était sous le coup d’une condamnation à la réclusion criminelle à perpétuité pour l’attentat du DC-10 d’UTA, causant la mort de 170 personnes en septembre 1989. En contrepartie, ils lui auraient laissé entrevoir un possible réexamen de sa situation judiciaire. L’affaire sera rejugée en appel du 16 mars au 3 juin à Paris. Tous les prévenus y comparaîtront libres : la cour d’appel a en effet remis en liberté, sous contrôle judiciaire, Alexandre Djouhri, dernier mis en cause encore détenu. Nicolas Sarkozy reste par ailleurs définitivement condamné dans deux autres dossiers : celui des écoutes de l’Élysée et celui de Bygmalion.
Les auditeurs ont donc exprimé leur incompréhension et, parfois, leur colère, à l’écoute des sujets consacrés à la parution du livre de l’ancien chef d’état, particulièrement sur France Inter et dans une moindre mesure sur Franceinfo. Dans leurs messages, une critique revient avec insistance : la place donnée à cet ouvrage, jugée excessive. Certains parlent de « surexposition », d’autres de « promotion », estimant que la durée consacrée au livre dans plusieurs journaux, la revue de presse de France Inter ou bien dans Zoom Zoom Zen mercredi, dépasse ce qui relève, selon eux, d’une information équilibrée.
Beaucoup perçoivent une forme de confusion entre information et communication. La citation de larges extraits, avant même la sortie de l’ouvrage, est interprétée comme une forme de publicité. Pour ces auditeurs, relayer le récit personnel de l’auteur, ses positions politiques ou ses expériences religieuses, sans mise à distance suffisante, donne l’impression d’accompagner une stratégie de lancement plus qu’un traitement journalistique.
Un autre reproche revient dans plusieurs messages : celui d’un manque de contextualisation. Certains auditeurs regrettent que les raisons de la condamnation judiciaire de Nicolas Sarkozy soient peu rappelées, ou que les voix des parties civiles ne soient pas davantage présentes. Le sentiment exprimé est celui d’un déséquilibre, d’une parole amplifiée sans contrepoint, alors même que le rôle du service public, rappellent-ils, est de garantir le pluralisme par l’équilibre des points de vue.
Demain dans le rendez-vous de la médiatrice sur Franceinfo nous reviendrons sur ce traitement éditorial à 16h53, 18h50 et 21h13 avec Richard Place, directeur de la rédaction.
Enfant tondu dans un foyer, l’information révélée par Franceinfo
Mardi, la révélation des faits de maltraitance subis par un enfant placé en foyer à Paris a suscité un choc. Une vidéo, portée à la connaissance de tous par Aurélien Thirard, journaliste au service police-justice de Franceinfo, montre un petit garçon de huit ans, placé en foyer, humilié et tondu de force par des éducateurs. Sur les images, l’enfant apparaît torse nu, recroquevillé sur une chaise les bras croisés, tandis qu’une personne lui rase la tête à l’aide d’une tondeuse, prétextant “une sanction”. Filmée en février, partagée sur un groupe WhatsApp interne, cet acte dégradant n’avait donné lieu à aucune suite, malgré l’alerte lancée en septembre par l’avocat de la famille auprès de la juge des enfants.
Cette scène cruelle vient une fois de plus rappeler les failles profondes de l’Aide sociale à l’enfance. Derrière ces images, ce sont 380 000 enfants qui dépendent aujourd’hui de mesures éducatives en France. Ils sont, le plus souvent sur décision d’un juge, placés en famille d’accueil ou en foyer, ou suivis directement dans leur famille. Bien souvent, ils ne disposent pas d’un avocat pour les représenter. L’unanimité avec laquelle l’Assemblée nationale a adopté hier une proposition de loi garantissant un avocat à chaque enfant placé atteste qu’il y a urgence à mieux protéger ceux qui ne peuvent pas se défendre seuls.
Le scandale révélé par Aurélien Thirard a non seulement sorti cette affaire de l’opacité institutionnelle mais a déclenché une série de réactions politiques et judiciaires immédiates : l’ouverture d’une enquête pour “violences volontaires sur mineur de quinze ans par personne ayant autorité” par le parquet de Paris, un signalement de la ministre de la Santé et des Familles à la procureure de Paris, et l’auto-saisine de la Défenseure des droits, qui a dénoncé une situation “épouvantable”.
Le travail de Franceinfo traduit ici de manière exemplaire la mission que Radio France confie à ses journalistes : informer avec rigueur, donner accès aux faits, tenir le traitement de l’information loin de tout sensationnalisme. Il s’agit de la démonstration concrète de l’utilité du journalisme de service public : alerter, provoquer des réponses, faire bouger les lignes car cet exemple rappelle que, parfois, une enquête peut devenir le point de départ de l’action publique. Sans cette investigation, ces faits seraient restés confinés au sein de l’institution, invisibles pour le public comme pour les responsables politiques.
En exposant ces violences, ce travail de terrain accompli ce que la presse doit opérer dans une démocratie : demander des comptes au nom de ceux qui ne peuvent pas les réclamer eux-mêmes.
« Collégiennes à vendre », un reportage France Inter
Et pourtant, ce scandale de “l’enfant tondu” n’en masque pas un autre, plus sordide encore : celui de la prostitution de mineurs, parfois au cœur même des dispositifs censés les protéger. France Inter y consacrait hier son “Grand entretien”. Les paroles entendues, celles de la députée Perrine Goulet, du journaliste Antoine Giniaux et de l’avocat Michel Amas, dessinent un tableau glaçant : une « pandémie » de prostitution, selon ce dernier, nourrie par des proxénètes qui ciblent les plus fragiles et exploitent les failles d’un système débordé. Antoine Giniaux rappelait que 75 % des 20 000 enfants victimes de prostitution sont passés par l’ASE. Un chiffre qui, déjà effrayant, serait en dessous de la réalité.
Le 12 octobre dernier, Antoine Giniaux a réalisé un numéro d’”Interception” à ce sujet. Le magazine de la rédaction de France Inter, « Collégiennes à vendre », donne à entendre plus que des chiffres : les voix. Celle de Rachel, 17 ans, deux années de prostitution derrière elle. Celle d’une mère, épuisée, cherchant à travers la France sa fille happée par des réseaux qui recrutent en quelques clics.
Cet “Interception” a reçu le Grand Prix du reportage Radio France, le jury, composé de dix journalistes, a salué : « l’impressionnante enquête de terrain d’Antoine Giniaux qui nous plonge dans le quotidien d’une mère à la recherche de sa fille, kidnappée par des proxénètes. Ce reportage d’impact tourné en séquences sur le vif révèle au grand public l’ampleur de ce drame social qui se joue en France dans une indifférence jusqu’ici générale. ». Ce reportage a également remporté le Prix du journalisme radio des Médias francophones publics, le 7 décembre dernier.
Les témoignages recueillis ont aussi bouleversé les auditeurs. Beaucoup ont parlé d’un choc, d’une écoute parfois difficile tant la réalité dévoilée, celle de mineurs prostitués en France, apparaît brutale et longtemps méconnue. Plusieurs parents, dont une mère de victime, nous ont écrit que cet “engrenage infernal” peut toucher n’importe quelle famille, loin des clichés d’un “manque d’éducation”. D’autres disent leur impuissance face à des adolescents happés par des réseaux sociaux dont les adultes ne perçoivent qu’une partie.
Au-delà de l’émotion, une demande revient régulièrement dans les messages : que les autorités et responsables politiques réagissent. Les auditeurs saluent la démarche journalistique et encouragent les reporters de Radio France à poursuivre ce travail d’information, à “faire du bruit”, comme l’écrit une auditrice, pour briser le silence autour d’un phénomène longtemps minimisé. Ils soulignent combien ce reportage éclaire une réalité que notre société peine encore à regarder en face.
Car derrière les statistiques, il y a des enfants. La radio leur rend ici une voix. Les écouter, c’est refuser le confort du silence et assumer la prise de conscience qui nous revient collectivement.
« Les affaires chinoises de Dominique de Villepin »
Les messages des auditeurs reçus après la diffusion de l’enquête de la cellule investigation de Radio France révèlent une ligne de fracture assez nette : d’un côté, ceux qui s’étonnent du choix du sujet et s’interrogent sur un éventuel « ciblage » politique, de l’autre, ceux qui saluent une enquête jugée utile et qui souhaiteraient qu’elle s’inscrive dans un traitement plus global des relations entre responsables politiques et puissances étrangères
Une large partie des messages exprime d’abord une incompréhension face au choix même du sujet : plusieurs auditeurs ne voient pas en quoi les conférences données par l’ancien Premier ministre, ni ses relations avec des interlocuteurs chinois, constitueraient un sujet d’enquête. Pour eux, ces activités sont comparables à celles d’autres responsables politiques français ou internationaux, anciens présidents ou anciens ministres, qui interviennent régulièrement à l’étranger ou entretiennent des relations suivies avec des puissances étrangères.
Une partie des auditeurs interprète dès lors le travail de la cellule investigation comme une démarche orientée. Certains y voient une tentative de mettre en cause Dominique de Villepin sans motif clair, d’autres soupçonnent une arrière-pensée politique : éclairer des activités professionnelles légales serait, selon eux, une façon de fragiliser une éventuelle candidature en 2027. Quelques messages vont plus loin, évoquant l’idée d’une enquête réalisée pour discréditer l’ancien Premier ministre. La disproportion perçue entre la nature des faits rapportés, jugés ordinaires ou non problématiques, et l’ampleur de l’enquête contribue à alimenter ce sentiment.
D’autres auditeurs, au contraire, soulignent l’intérêt de l’enquête et jugent très utile de documenter les relations que des personnalités politiques, de tous bords, entretiennent avec des États étrangers, en particulier lorsqu’il s’agit de puissances stratégiques comme la Chine. Ils vont même plus loin: ils souhaiteraient un état des lieux complet des relations entre les personnalités politiques de notre pays et les puissances étrangères, considérant que seule la multiplicité des enquêtes permettrait de garantir l’équité et l’impartialité.
Par ailleurs, des auditeurs contestent l’angle retenu. Ils considèrent que les déplacements et activités de Dominique de Villepin pourraient tout aussi bien être vus comme une volonté de maintenir un rôle international ou de développer des contacts utiles à la France. Certains rappellent qu’aucune loi n’a été violée, et s’interrogent sur la pertinence d’interpréter ces activités sous l’angle de l’intérêt privé.
Dans le prochain rendez-vous de la médiatrice sur France Inter, le vendredi 19 décembre, Benoit Collombat, directeur des enquêtes et de l’investigation de Radio France, répondra aux questions des auditeurs sur « Les affaires chinoises de Dominique de Villepin ». Il détaillera également le fonctionnement de la cellule investigation et les principes qui en garantissent l’indépendance. Il abordera aussi plus largement le rôle du journalisme d’investigation dans notre démocratie, ses méthodes, la vérification des sources, la protection des informateurs et le temps nécessaire pour mener une enquête solide avant publication.
Clément Sénéchal dans “la Terre au carré”
L’intervention de Clément Sénéchal, invité de La Terre au carré, lundi dernier, a suscité des réactions d’auditeurs, souvent très critiques, parfois plus nuancées, mais traversées par un même questionnement : celui de la place du militantisme dans une émission consacrée à l’environnement et à la science.
Une large part des messages exprime d’abord une forte réserve face au choix d’un invité présenté comme « militant », et non comme spécialiste scientifique ou expert institutionnel. Plusieurs auditeurs estiment qu’un militant affiche inévitablement un biais qui compromet, selon eux, l’impartialité attendue d’un média de service public. Le fait que l’invité ait revendiqué son engagement politique, notamment ses liens passés avec Greenpeace et certaines prises de position électorales, a renforcé cette perception de partialité.
Des messages contestent également certains propos tenus à l’antenne, jugés caricaturaux ou factuellement discutables. Les critiques portent notamment sur l’affirmation de « l’inanité » des politiques environnementales actuelles, sur l’analyse des conférences internationales sur le climat, ou encore sur des déclarations relatives à l’évolution des émissions de CO₂. Pour des auditeurs, parmi lesquels des scientifiques, ces affirmations méritaient d’être nuancées ou confrontées à des données factuelles et plusieurs regrettent l’absence d’invités apportant des perspectives différentes, voire contradictoires.
Pour d’autres auditeurs, la critique porte moins sur l’orientation idéologique que sur l’efficacité du discours. Ils disent partager certains constats de fond mais s’inquiètent d’un militantisme jugé contre-productif, trop radical ou trop dogmatique pour contribuer à un débat public constructif. Certains suggèrent une confrontation d’idées : par exemple, imaginer un dialogue entre Clément Sénéchal et des acteurs économiques ou institutionnels, afin d’éviter une parole unique qui tend à polariser plutôt qu’à éclairer.
Ces auditeurs disent être sensibles au profil des invités de cette émission à laquelle ils sont attachés et souhaitent qu’elle continue à traiter de l’environnement avec exigence scientifique, tout en laissant place au débat d’idées mais sans se confondre avec une tribune militante. Dans un champ aussi sensible et politisé que celui de la transition écologique, ils rappellent toute l’importance qu’ils accordent au rôle du service public.
La réponse de Mathieu Vidard, producteur de « La terre au carré » est à lire dans cette Lettre.
Emmanuelle Daviet
Médiatrice des antennes