1. Crise agricole : la dermatose nodulaire contagieuse
–  Les Matins de France Culture
–  L’édito politique de Patrick Cohen sur France Inter
–  Messages divers d’auditeurs
–  Arnaud Rousseau, président de la FNSEA, invité sur France Inter
2. Ary Abittan : « non-lieu », « innocence », la précision des mots  
3.  « Première dame » : une appellation contestée 
4. Alexandre Douguine dans Soft Power sur France Culture
5. La vidéo de Franceinfo sur les marchés de Noël
6. L’émission « Cultures Monde » récompensée par le Grand Prix de la Presse Internationale
7. Clément Sénéchal dans « La Terre au carré » sur France Inter : réactions positives d’auditeurs
8. Les ajustements de la Grande Matinale de France Inter
9. Quand les rires brouillent l’écoute sur France Inter

La crise agricole en France 

Le traitement éditorial de la crise agricole sur les antennes de Radio France a suscité de nombreuses réactions d’auditeurs, témoignant des perceptions très contrastées de la couverture proposée. Cette actualité est celle qui a généré le plus grand nombre de messages cette semaine. Ils traduisent à la fois un besoin de compréhension scientifique sur la dermatose nodulaire contagieuse, un questionnement sur le pluralisme des points de vue et, chez certains, une défiance croissante vis-à-vis de ce qui est perçu comme un “alignement sur la parole officielle”.   

Une première série de réactions exprime un sentiment d’information incomplète. Plusieurs auditeurs disent manquer d’éléments factuels pour comprendre la maladie elle-même : sa nature, son mode de propagation, sa létalité réelle, ses conséquences sur la santé animale et sur la consommation de viande. Ils s’étonnent que certains aspects, notamment l’absence de transmission à l’homme ou la possibilité de guérison, soient peu ou pas rappelés à l’antenne, alors qu’ils leur paraissent déterminants pour appréhender les enjeux et apaiser les inquiétudes. 

Il est probable que des auditeurs n’aient pas entendu l’ensemble des sujets diffusés sur ce thème. Or, au fil des journaux et des émissions, les points soulevés dans leurs messages ont bien été abordés sur les antennes : nature du virus, risques sanitaires, absence de transmission à l’homme, enjeux économiques, alternatives possibles, témoignages d’éleveurs. 

Dans un souci de transparence, nous proposons donc un récapitulatif des principaux sujets consacrés à la dermatose nodulaire contagieuse sur les antennes, accompagné des liens permettant de les écouter ou de les réécouter, afin que chacun puisse se forger une appréciation plus complète de la couverture proposée. 

D’autres messages dénoncent ce qu’ils considèrent comme un traitement unilatéral. Ils reprochent aux antennes de donner majoritairement la parole à des “vétérinaires officiels”, à des “représentants du ministère de l’Agriculture” ou à des experts perçus comme alignés sur la “stratégie gouvernementale” fondée sur « l’abattage des troupeaux ». Cette récurrence nourrit chez certains auditeurs l’impression d’un “manque d’impartialité” et d’une “absence de débat scientifique”, notamment sur les alternatives possibles telles que la “vaccination généralisée”, la “mise en quarantaine” ou d’autres protocoles expérimentés ailleurs. 

Cette critique s’accompagne parfois d’une mise en cause très sévère de la politique publique elle-même. Certains auditeurs contestent frontalement les propos entendus à l’antenne et estiment que la couverture médiatique contribue à légitimer des décisions perçues comme “violentes”, “économiquement motivées” et “destructrices” pour la paysannerie. La dimension humaine et patrimoniale de l’élevage est fortement mise en avant, ainsi que le “traumatisme” que représente “l’abattage de cheptels” constitués sur plusieurs générations. 

À l’inverse, quelques messages soutiennent la stratégie sanitaire et soulignent la nécessité de l’abattage pour endiguer la propagation de la maladie, jugeant “irresponsables” les mobilisations d’éleveurs opposés à ces mesures. Ces auditeurs rappellent que la gestion d’une épizootie implique parfois des décisions difficiles mais, selon eux, indispensables à “l’intérêt collectif”. 
Demain dans « Le rendez-vous de la médiatrice », Richard Place, directeur de la rédaction de Franceinfo, répondra aux questions des auditeurs sur le traitement éditorial de la crise agricole à 16h53, 18h50 et 21h13.  

L’enquête sur Dominique de Villepin par la cellule investigation de Radio France 

Ce vendredi, dans « Le rendez-vous de la médiatrice » sur France Inter, Benoît Collombat, directeur de la cellule investigation de Radio France, est revenu sur l’enquête consacrée aux activités de Dominique de Villepin en Chine depuis son départ de Matignon en 2007. Une enquête qui a suscité de nombreuses réactions d’auditeurs, à la fois sur le fond du sujet et sur le rôle du journalisme d’investigation. 

La cellule investigation s’est penchée sur les déplacements, les conférences rémunérées, les activités de conseil et les relations entretenues par l’ancien Premier ministre avec les autorités chinoises, ainsi que sur sa proximité affichée avec le président Xi Jinping. Ce travail ne vise pas à dénoncer des relations diplomatiques en tant que telles, ni à stigmatiser le fait qu’un ancien responsable politique donne des conférences ou exerce des activités de conseil après avoir quitté ses fonctions. Il s’agit de documenter, de manière rigoureuse et étayée, la nature et le cadre de ces activités, lorsqu’elles concernent une puissance étrangère majeure et un ancien haut responsable de l’État français. 

Plusieurs auditeurs n’ont pas compris la raison de cette enquête, estimant que ces pratiques seraient comparables à celles d’autres responsables politiques, anciens ou actuels. Benoît Collombat a rappelé que le travail d’investigation repose précisément sur des éléments concrets, documentés et vérifiables, qui distinguent chaque situation. Dans le cas de Dominique de Villepin, c’est l’accumulation de faits précis, rémunérations, missions de conseil, discours publics et positionnements géopolitiques, qui justifiait un travail approfondi, au-delà d’une simple activité de représentation ou de diplomatie informelle. 

Certains auditeurs souhaiteraient que des enquêtes similaires soient menées sur d’autres responsables politiques. La cellule investigation rappelle que ses choix ne relèvent ni d’une logique de ciblage personnel ni d’une volonté d’exemplarité sélective, mais de la disponibilité de sources, de documents et de signaux suffisamment solides pour engager une enquête de longue haleine. Tous les sujets ne présentent pas le même degré d’accessibilité ou de faisabilité journalistique. 

La question de l’intérêt général est au cœur de cette démarche. Une enquête de ce type vise à éclairer les citoyens sur les liens entre pouvoir politique, intérêts économiques et relations internationales, et sur la manière dont d’anciens responsables publics continuent de peser dans le débat ou sur la scène internationale. À ce titre, même si les faits examinés ne relèvent pas du judiciaire, ils participent d’une information essentielle au débat démocratique. 

Au-delà de cette enquête particulière, les auditeurs se montrent très attentifs aux coulisses du travail de la cellule investigation. Benoît Collombat a rappelé que cette cellule fonctionne sur un temps long, distinct du journalisme quotidien, et repose sur un travail patient de recoupement, de vérification et d’analyse. Les enquêtes peuvent naître de propositions internes, de documents, de sources confidentielles ou de lanceurs d’alerte, mais aucun sujet n’est engagé sans un premier travail de validation et d’évaluation de sa solidité. 

La crédibilité des sources, notamment lorsqu’elles sont anonymes, fait l’objet d’une vigilance extrême, reposant sur des recoupements multiples et une vérification indépendante des informations. L’ouverture d’une enquête approfondie dépend de la convergence de plusieurs éléments fiables et de leur pertinence au regard de l’intérêt général. 

L’impartialité et la déontologie constituent des principes centraux du travail d’investigation. Les personnes mises en cause sont systématiquement contactées et invitées à répondre, et leurs réponses sont intégrées au travail journalistique. La cellule investigation est également confrontée à des pressions, parfois politiques, qui renforcent encore la nécessité de protéger les sources et de sécuriser les méthodes de travail. 

Une enquête peut durer plusieurs mois, parfois davantage, du premier signal jusqu’à la diffusion. La décision de publier intervient lorsque les faits sont suffisamment établis, recoupés et contextualisés pour être présentés au public de manière responsable. 

Le journalisme d’investigation ne cherche ni le sensationnel ni la polémique, mais s’inscrit dans le temps long, au service de l’information des citoyens et du débat démocratique. 


Ary Abittan : « non-lieu », « innocence », la précision des mots  

Brigitte Macron a qualifié de « sales connes » des militantes féministes qui ont interrompu samedi un spectacle de l’humoriste Ary Abittan. Fin 2021, l’humoriste a été accusé de viol par une jeune femme qu’il fréquentait depuis quelques semaines. Après trois ans d’enquête, l’instruction a abouti à un “non-lieu” confirmé en appel en janvier, mais son retour sur scène est depuis contesté par des féministes protestant régulièrement aux abords des salles où il se produit. Le lendemain de cette interruption, dimanche, Brigitte Macron est allée voir sa représentation parisienne. Sur une vidéo publiée lundi par le site de l’hebdomadaire Public, on la voit apporter son soutien à Ary Abittan en coulisses avant le spectacle. « J’ai peur », lui dit-il. « S’il y a des sales connes on va les foutre dehors », lui répond Brigitte Macron, en riant.  

À l’occasion d’interventions de journalistes, sur France Inter et Franceinfo relatant, soit cette séquence, soit l’affaire judiciaire d’Ary Abittan, une confusion entre la notion de “non-lieu” et celle “d’innocence” a été relevée à plusieurs reprises par des auditeurs.  

Un non-lieu ne signifie pas qu’une personne a été reconnue innocente par la justice. Il atteste que les magistrats estiment ne pas disposer d’éléments suffisants pour poursuivre l’instruction ou renvoyer l’affaire devant un tribunal. Cette distinction n’est pas qu’une subtilité juridique : elle structure la compréhension même du fonctionnement de la justice pénale. 

Pour les auditeurs, l’emploi impropre de termes tels que « innocenté » ou « blanchi » est d’autant plus malvenu qu’il concerne une affaire de violences sexuelles. Ils rappellent combien ces procédures se heurtent souvent à des difficultés de preuve, et combien un non-lieu peut coexister avec une réalité vécue et documentée, sans pour autant être reconnue judiciairement. À leurs yeux, réduire un non-lieu à une innocence actée revient à effacer cette complexité. Les auditeurs ne remettent pas en cause la présomption d’innocence, principe essentiel de l’État de droit, mais appellent à ne pas la confondre avec une validation judiciaire des faits.  

Ces messages confirment, si besoin était, que le sujet des violences sexistes et sexuelles est très sensible. Les mots employés sur les antennes peuvent contribuer à apporter un éclairage sur une procédure ou, parfois, fragiliser la parole des victimes. Dire le droit avec exactitude, évite les malentendus et respecte les principes fondamentaux de la justice comme l’indique la réponse de la journaliste Sophie Parmentier de France Inter à lire ici. 

 « Première dame » : une appellation contestée 

Plusieurs auditeurs interpellent Radio France sur l’usage du terme « Première dame » pour désigner Brigitte Macron. Pour beaucoup, il ne s’agit pas d’un simple détail de langage, mais d’une question de “principe républicain”. 

Les auditeurs rappellent avec insistance qu’il n’existe, en droit français, aucun statut de « Première dame ». Cette appellation, empruntée au modèle américain, n’a ni “fondement constitutionnel” ni “reconnaissance institutionnelle” en France. Son usage est perçu comme une approximation journalistique dans la mesure où Brigitte Macron n’est pas une “personnalité élue” et n’exerce “aucune fonction politique officielle”. 

Ces messages insistent sur le fait que cette critique ne se veut ni “sexiste” ni “personnelle”. Les auditeurs revendiquent une approche factuelle : Brigitte Macron est l’épouse du président de la République, et c’est ainsi qu’elle devrait être désignée. Les auditeurs estiment que le langage journalistique participe à façonner la représentation du pouvoir et des institutions. À leurs yeux, renoncer à l’usage de « Première dame » ne relève pas d’un détail lexical, mais de la rigueur attendue sur les antennes de Radio France. 


Marchés de Noël, histoire et responsabilité éditoriale 

La publication puis le retrait rapide, le 10 décembre dernier, d’une vidéo de Franceinfo intitulée « Les marchés de Noël, une tradition réhabilitée par les nazis » a suscité une vague de réactions particulièrement vives. Cette séquence met en lumière plusieurs enjeux : la rigueur historique, le poids d’un titre et les dérives sur les réseaux sociaux. 

Dans son communiqué, la direction de Franceinfo a tenu à préciser que le contenu de la vidéo ne comportait pas d’erreur factuelle, tout en reconnaissant que son titre reposait sur un raccourci insuffisamment contextualisé. C’est ce manque de contexte, jugé problématique, qui a motivé la suppression de la vidéo. La direction a par ailleurs fermement condamné les attaques et le harcèlement dont le journaliste a été la cible, rappelant qu’aucune erreur éditoriale ne saurait justifier une telle violence. 

Du côté des auditeurs, la réaction dominante est celle d’une profonde incompréhension. Beaucoup disent avoir perçu le titre comme une assimilation abusive entre une tradition populaire largement partagée et l’idéologie nazie. Pour eux, ce raccourci brouille le sens historique et heurte inutilement des sensibilités culturelles et religieuses.  
Plusieurs messages se distinguent par leur volonté de rétablir une complexité historique. Ils rappellent que le régime nazi cherchait à “déchristianiser Noël”, à le détourner vers une mythologie germanique païenne et à “instrumentaliser certaines pratiques à des fins idéologiques”. D’autres élargissent encore la perspective en évoquant le syncrétisme ancien des fêtes du solstice d’hiver, bien antérieur au christianisme comme au nazisme. Ces auditeurs ne contestent pas l’intérêt d’un éclairage historique, mais regrettent que celui-ci ait été réduit à une formule jugée simplificatrice et provocatrice.  
Les auditeurs souhaiteraient que les sujets historiques sensibles, qui touchent à l’identité culturelle, religieuse ou mémorielle, soient traités avec nuance et précision. Ils rappellent aussi que, dans un espace médiatique polarisé, le choix d’un titre n’est jamais anodin. Il engage la crédibilité de l’information autant que la confiance du public. 
Cette affaire montre également que la violence des réactions sur les réseaux sociaux dépasse largement le cadre de la critique légitime et pose la question du respect du travail journalistique et des personnes qui l’exercent.   


Alexandre Douguine sur France Culture : une invitation qui divise 

La diffusion d’un entretien avec Alexandre Douguine dans “Soft Power” sur France Culture a suscité de vives réactions, révélant une ligne de fracture nette parmi les auditeurs.  

Pour beaucoup, donner la parole à cet “idéologue ultranationaliste russe”, dont les appels à la violence contre l’Ukraine sont documentés, revient à lui offrir une tribune sujette à caution. Ces auditeurs ne contestent pas la nécessité d’analyser ses idées, ni de comprendre l’arrière-plan idéologique du régime russe. En revanche, ils jugent « inacceptable » de lui offrir une “tribune sans contradiction”, sans “déconstruction rigoureuse”, et dans un format perçu comme “valorisant”. À leurs yeux, le passage d’une émission sur Douguine à une émission avec Douguine opère un basculement problématique : celui de l’analyse vers “la légitimation”. 

Alors que la guerre en Ukraine se poursuit, que les crimes de guerre russes sont documentés et que des négociations présentées comme un « plan de paix » sont en discussion, plusieurs auditeurs estiment qu’un tel entretien, diffusé à ce moment précis, contribue à “banaliser un discours de propagande”, voire à en élargir l’audience. 

D’autres auditeurs, minoritaires mais présents, défendent pourtant le choix éditorial. Ils estiment qu’entendre directement un idéologue influent permet de “mieux saisir les ressorts d’une vision du monde” qui structure, au moins en partie, le pouvoir russe. Pour eux, écouter ne signifie pas adhérer, et confronter ces discours peut aussi inviter à interroger nos propres certitudes et fragilités démocratiques. Cette position repose sur une conception exigeante du débat intellectuel, fondée sur l’exposition des idées, même les plus dérangeantes. 

En creux, se joue ici une question journalistique centrale : jusqu’où peut-on aller au nom de la compréhension du monde sans risquer de normaliser une “idéologie mortifère” ? Le micro, surtout lorsqu’il est public, confère une visibilité, une crédibilité, parfois une respectabilité. Les messages adressés à France Culture ne réclament pas la censure, mais une vigilance accrue. Ils rappellent que dans un paysage médiatique fragilisé par la montée des “discours extrémistes” et de la “désinformation”, le service public est attendu non seulement sur sa capacité à « expliquer le monde », mais aussi sur sa responsabilité à ne pas en banaliser les dérives les plus dangereuses. 

À la suite des messages des auditeurs, Florian Delorme, directeur des programmes de France Culture, ainsi que Frédéric Martel, producteur de l’émission, ont chacun apporté une réponse. Ils ont explicité les intentions éditoriales et la démarche de compréhension revendiquée par la chaîne. 

Le documentaire sur France Culture 

Après avoir façonné pendant vingt ans La Fabrique de l’histoire, puis animé durant six saisons Le Temps du débat, Emmanuel Laurentin occupe depuis la saison dernière les fonctions de délégué du pôle documentaire de France Culture. Un rôle charnière, à la croisée de la réflexion éditoriale, de l’accompagnement des auteurs et de la stratégie de création sonore de la chaîne. Il a répondu ce vendredi aux questions des auditeurs dans « Le rendez-vous de la médiatrice » sur France Culture. 

Ses missions consistent à impulser, structurer et accompagner l’ensemble de la production documentaire, depuis l’émergence des projets jusqu’à leur diffusion. Les propositions de documentaires proviennent de sources multiples : producteurs internes, auteurs confirmés ou émergents, réalisateurs extérieurs, mais aussi d’initiatives éditoriales portées par la chaîne elle-même, en résonance avec l’actualité, les grandes questions contemporaines ou le travail de mémoire. 

Le documentaire de France Culture se distingue par une exigence forte sur le fond comme sur la forme. Il s’inscrit dans une tradition de rigueur intellectuelle, de profondeur historique et de liberté de ton, tout en laissant une place essentielle à l’écriture sonore. Plus qu’un simple format informatif, il propose une expérience d’écoute, fondée sur le temps long, la complexité des récits et la confiance accordée à l’intelligence de l’auditeur. On peut ainsi parler d’une véritable signature France Culture, reconnaissable dans la manière de construire le récit, de faire entendre les voix et de donner à penser sans jamais simplifier à l’excès. 

Le choix des formats obéit à une logique narrative avant tout. Certains sujets appellent une exploration resserrée, d’autres nécessitent une immersion prolongée, parfois sur plusieurs heures. La durée d’un documentaire découle de ce que le sujet exige pour être compris, raconté et incarné, mais aussi du type de relation que la chaîne souhaite établir avec l’auditeur : un moment d’attention soutenue, un compagnonnage dans le temps, une traversée progressive d’un univers, d’une époque ou d’une problématique. 

Si le documentaire sonore offre un champ d’expression très large, tous les sujets ne s’y prêtent pas de la même manière. Certaines thématiques nécessitent un travail d’incarnation, de voix et de récit plus complexe, tandis que d’autres trouvent naturellement leur force dans le son, l’archive et le témoignage. Cette réflexion fait partie intégrante du travail éditorial mené au sein du pôle documentaire. 

Les documentaires de France Culture s’adressent à un public curieux, attentif, désireux de comprendre le monde dans sa complexité. Sans viser un public de spécialistes, ils s’adressent à des auditeurs prêts à prendre le temps de l’écoute, à se laisser guider par une narration exigeante mais accessible. 

Cette production s’appuie à la fois sur la richesse exceptionnelle des fonds d’archives sonores de la radio publique et sur les possibilités offertes par les innovations techniques, notamment en matière de son immersif. L’enjeu est de faire dialoguer mémoire et création, héritage et expérimentation, afin de renouveler sans cesse les formes du documentaire radiophonique. 

Au terme de cet échange avec Emmanuel Laurentin, trois mots s’imposent pour résumer ce qui fait un documentaire réussi sur France Culture : curiosité, rythme, art du récit. Trois piliers qui traduisent une certaine idée du service public et de la radio comme espace de transmission et de création. 

« Cultures Monde » récompensée  

Les messages adressés à France Culture à l’occasion du Grand Prix de la Presse Internationale décerné à “Cultures Monde” traduisent une joie partagée car pour les auditeurs cette distinction attribuée par l’Association de la Presse Étrangère vient confirmer ce qu’ils éprouvent depuis longtemps à l’écoute de l’émission : un travail journalistique rigoureux et profondément utile. 

Les félicitations adressées à Julie Gacon et Mélanie Chalandon soulignent d’abord la qualité éditoriale de “Cultures Monde”. Les auditeurs évoquent une émission dense mais très accessible, qui éclaire les enjeux internationaux avec pédagogie. Beaucoup insistent sur la capacité de l’émission à donner du sens à l’actualité mondiale, à relier les événements à leur histoire, à leurs contextes politiques, sociaux et culturels, sans simplification ni posture idéologique. 

Au-delà du contenu, c’est une certaine ambition du journalisme qui est saluée. Les messages mettent en avant l’indépendance, la neutralité, l’absence de langue de bois et la profondeur de l’analyse, autant de qualités perçues comme de plus en plus précieuses dans un paysage médiatique sous tension. Pour certains auditeurs, ce prix vient aussi répondre, symboliquement, aux critiques et aux attaques dont le service public de l’information est régulièrement la cible. 

Cette reconnaissance internationale résonne également comme une validation du rôle singulier de France Culture. Plusieurs auditeurs rappellent que ce type de programme, exigeant par le temps, les moyens et l’expertise qu’il mobilise, n’existerait pas ailleurs. “Cultures Monde” est décrit comme un rendez-vous « indispensable », un espace d’intelligence et de curiosité, qui accompagne le quotidien des auditeurs tout en nourrissant leur compréhension du monde. 

Derrière les félicitations, se lit un attachement profond. Certains messages, très personnels, évoquent le plaisir d’écoute, la fidélité, et même la fierté d’appartenir à une communauté d’auditeurs attentifs et exigeants. Ce prix apparaît non seulement comme une récompense professionnelle, mais aussi comme une reconnaissance du lien de confiance tissé au fil des saisons entre une émission, son équipe et son public. 


Quand les rires brouillent l’écoute 

Les messages encore reçus cette semaine à propos des rires entendus pendant les chroniques humoristiques de la matinale de France Inter traduisent une exaspération réelle chez des auditeurs pourtant fidèles et attachés à la station. Tous disent leur plaisir d’écoute habituel, et leur affection particulière pour les billets de François Morel ou de « Merci Véro », mais aussi leur sentiment que quelque chose s’est déréglé. 

Ce qui est en cause n’est pas l’humour, ni même le fait de rire en studio. Les auditeurs reconnaissent volontiers que ces chroniques sont drôles et qu’il est naturel que les personnes présentes sur le plateau réagissent. Mais beaucoup estiment que ces rires sont devenus trop sonores, trop présents, parfois perçus comme forcés, au point de nuire à l’audibilité du texte et à la réception du propos. Certains disent ne plus parvenir à entendre correctement la chronique, d’autres expliquent qu’ils coupent la radio ou se replient vers d’autres stations ! 

Il faut souligner un élément inédit pour le service de la médiation : jamais auparavant un sujet aussi précis et apparemment mineur n’avait suscité un tel volume de messages, aussi constants et convergents. Ces réactions ne sont pas ponctuelles. Elles s’expriment depuis le début de la saison, de manière régulière, et se répètent semaine après semaine. La direction de France Inter en est informée. Cependant, quatre mois après les premières alertes, les auditeurs disent ne percevoir aucun changement, ce qui alimente leur frustration et leur incompréhension. 

Plusieurs établissent même un parallèle avec les rires enregistrés d’émissions de télévision, qu’ils jugent artificiels et intrusifs, et semblent désormais convaincus que les rires en studio sont factices. Nous leur indiquons ici qu’il n’en est rien, cela ne correspond pas à l’identité de la chaîne. Derrière l’agacement, l’attente qui s’exprime est celle d’une radio où la parole reste intelligible, où l’auditeur peut se faire sa propre opinion, rire ou non, sans que ses réactions soient guidées et le message brouillé. 

« Les mots des voix » 

Ces débats, ces tensions et ces attentes ramènent toujours à l’essentiel : les mots. À leur choix, à leur poids, à leur musique. À la manière dont ils façonnent le lien entre la radio et ses auditeurs. 

Quel est le mot préféré de Patrick Cohen sur France Inter ? Où ceux d’Agathe Lambret sur Franceinfo ? Que dit la richesse de la langue française à travers la belle anecdote racontée par Fanette Hourt sur Ici (ex-France Bleu) ? Quels mots Franck Mathevon, de la direction internationale, s’interdit-il d’employer lorsqu’il est à l’antenne ? Quels sont les tics de langage que Xavier Mauduit reconnaît sur France Culture ? Que pensait Alain Rey des anglicismes, comme le rappelle Patricia Martin sur France Inter ? Que représente la radio pour Saskia de Ville sur France Musique ? Quelles sont les voix de radio qui ont marqué Guillaume Battin, à la direction des sports ? 

Autant de questions simples, parfois légères en apparence, mais qui disent beaucoup du lien intime et vivant que les journalistes et producteurs de Radio France entretiennent avec la langue française. 

Pendant les congés de fin d’année, nous vous invitons à découvrir en vidéo cette réflexion collective à travers une série de portraits : « Les mots des voix » proposée par le service de la médiation de Radio France, pour rappeler que la radio est d’abord une affaire de voix, de mots… et d’écoute partagée. 

Le service de la médiation reste ouvert en cette fin d’année et vous souhaite d’excellentes fêtes, n’hésitez pas à nous écrire !  

Emmanuelle Daviet
Médiatrice des antennes