L’émission Le Masque et la Plume du 25 janvier était consacrée au film Hamnet. L’avis des auditeurs sur le film divergent de ceux des critiques. En voici une sélection :
J’ai trouvé les critiques du « Masque » très dures avec « Hamnet », que j’ai découvert au Pathé d’Abidjan.
Personnellement, le film m’a beaucoup touché. Je l’ai trouvé très beau, et je trouve qu’il évite totalement le piège du film en costumes.
Un très beau film, épuré, intense, délicat, qui va à l’essentiel et arrive totalement à éviter le piège du film en costumes poussiéreux pour nous raconter une déchirante histoire d’amour, de deuil et de résurrection, en toute simplicité. Chloé Zhao est une poétesse d’un niveau équivalent à Jane Campion à mon avis. Et j’ai trouvé l’interprétation excellente. Paul Mescal et Jessie Buckley sont désarmants de justesse, et donnent des frissons, ainsi que les enfants, vraiment très bien choisis et dirigés.
Il n’y a pas d’emphase ou d’esbroufe, mais de la justesse et de la vérité, pas de hurlement ou d’hystérie — jamais — dans le jeu. Des chuchotements plutôt que des cris. La direction des acteurs s’avère d’ailleurs absolument excellente.
C’est aussi un film qui invite à redécouvrir toute la magie et l’étrangeté du théâtre aussi, avec des yeux neufs — et qui pousse à relire « Hamlet » différemment. Jusque-là, j’avais surtout vu « Hamlet » comme une pièce sur la folie du pouvoir et la folie tout court.
Heureusement que je n’ai écouté votre critique qu’après avoir vu Hamnet.
Je trouve toutes vos critiques très dures sur ce film, que j’ai beaucoup aimé autant pour l’image (aucune vision de fond d’écran selon moi), les acteurs, le scénario et la mise en scène.
Je me suis tout de suite imprégnée de l’histoire, avec des moments de grande émotion. Pour moi, c’est une réussite et bravo à Chloé Zhao.
J’ai été assez stupéfaite et même en colère de la critique unanime contre Hamnet, le film de Chloé Zhao. Que vous a-t-elle fait pour mériter ça ? On croit rêver en entendant que la photo est « trop belle » ! Qu’il est ridicule de penser qu’Hamlet a été écrit par Shakespeare en réaction à la perte de son fils : non seulement vous n’en savez rien, mais en plus, on s’en fiche royalement ! Ça parle de l’art, et notamment du théâtre, en tant qu’ultime consolation, et c’est magnifique. Quant à la dimension soi-disant anti-féministe, là encore, on croit rêver : le féminisme du temps de Shakespeare, vraiment ? Bref, auditeurs et auditrices de France Inter, n’écoutez pas ces critiques : le film est beau, émouvant et remarquablement interprété, notamment par Jessie Buckley, fabuleuse. Foncez !
Après avoir été refroidi par votre critique de Hamnet, je suis quand même allé le voir.
Heureusement que Première en donne une autre image à laquelle j’adhère totalement !
Bien m’en a pris et j’ai ensuite réécouté votre critique.
Je suis effaré par la nullité des critiques presque unanimement négatives sur ce film.
Ce film n’est pas un biopic et s’inspire librement de la vie de Shakespeare dont, de toutes manières, on sait peu de choses.
Le découpage, le montage, la photo, la musique, tout est lent, harmonieux. C’est un objet cinématographique élégant qui se détache brillamment des Disney et autres films hollywoodiens dont vous parlez.
Le rôle d’Agnès est magnifique et mérite bien un Oscar.
Quant à la gémellité et au deuil, ils sont abordés de façon remarquable, d’abord avec la complicité de Judith et Hamnet, et ensuite avec une séquence magnifique où Judith étudie seule dans sa chambre, avec la caméra centrée sur le lit unique, celui de Hamnet étant remplacé par un meuble. Comment représenter mieux l’absence et le deuil ?
J’avoue être allé voir Hamnet avec une certaine inhibition, bien informé que le film de Chloé Zhao suscitait des réactions contradictoires. Je pensais y voir un film académique aux costumes ampoulés, alors que je vécus une expérience de cinéma qui refait vivre le grand romanesque épique sans pathos, un défaut attribué à cette œuvre majeure. Hamnet est joué par des acteurs époustouflants (Jessie Buckley est réellement possédée, Paul Mescal est tout en retenue et l’acteur qui joue le fils est époustouflant).
La mise en scène est à la fois intimiste et émotionnelle, subtile et puissante. L’humour est parfois présent, lors de la séparation du père de son fils. La grande force du film est aussi de faire dialoguer en permanence la mort et la vie, visible à l’occasion de scènes sublimes d’accouchement d’une grande force mystique.
La scène où la femme repense à la vision du corps mort de sa mère est d’une telle intensité qu’elle restera à jamais ancrée en moi. Le théâtre est aussi, et brillamment, vu comme faisant partie du mécanisme de deuil et de réconciliation. En outre, le choix d’une musique moderne qui enrobe doucement le film est totalement contre-intuitif.