L’humoriste Ameziane est intervenu le lundi 31 août sur un thème d’actualité afférent à un projet du Rassemblement national. Il a traité le député Jean-Philippe Tanguy de « tête de rat » et a stigmatisé son homosexualité.
On peut être opposé au projet du RN sans étaler sa haine.
Les propos de ce soi-disant humoriste sont ignobles et inacceptables. Aucune personne présente sur le plateau ne s’est désolidarisée avec ces propos ignominieux. Une réaction de la direction est attendue.
Une chronique humoristique peut-elle tout se permettre ? Où s’arrête la satire politique et où commence l’attaque personnelle ? Le fait de s’exprimer sur une antenne de service public impose-t-il une responsabilité particulière ?
Ce sont, en substance, les questions que posent les auditeurs de France Inter après la chronique de l’humoriste Ameziane consacrée, le 31 août dernier, au député Jean-Philippe Tanguy et dans laquelle il a comparé le physique du député RN à celui d’un « rat ». Le sentiment dominant est celui d’une indignation très forte, souvent exprimée par des termes comme « ignoble », « inadmissible », « scandaleux », « consternant », « honte » ou « écœurant ». Les auditeurs considèrent très majoritairement que la chronique a franchi la frontière entre satire politique et attaque personnelle : « On peut parfaitement faire de l’humour politique et critiquer un responsable politique, écrit un auditeur, mais lorsque l’humour repose sur l’insulte, l’humiliation ou des attaques personnelles, je ne vois plus très bien ce que cela apporte au débat public. » Un autre résume : « On peut évidemment contester les idées de Jean-Philippe Tanguy, les critiquer durement et les combattre. Mais l’animalisation, les attaques sur le physique et les insinuations personnelles sont d’une autre nature. »
Le premier grief, et de très loin, concerne l’animalisation par le terme « rat » perçue comme déshumanisante. Certains convoquent l’Histoire et rapprochent cette expression des représentations utilisées dans différentes propagandes totalitaires ou antisémites. Les récurrences dans les messages de ces rapprochements historiques témoignent de la charge symbolique qu’ils attribuent à ce mot et qui les « heurte profondément ».
L’autre point qui suscite l’incompréhension concerne l’évocation de l’orientation sexuelle du député. Là encore, plusieurs auditeurs s’interrogent : en quoi l’homosexualité réelle ou supposée d’une personnalité politique constitue-t-elle une matière pertinente pour la critiquer ou la tourner en dérision ?
Les critiques ne visent pas uniquement l’humoriste : plusieurs auditeurs disent avoir été choqués par les rires entendus autour de lui et par l’absence, selon eux, de réaction ou de mise à distance immédiate à l’antenne. Pour certains, ces rires ont même aggravé leur perception de la séquence : ils y ont vu une forme d’approbation collective ou, au minimum, une absence de modération.
On le sait, dans une émission, la réception d’une chronique ne dépend pas uniquement des mots prononcés par son auteur. Les réactions du présentateur et des autres personnes présentes en studio participent également à ce que l’auditeur ressent et perçoit.
Par ailleurs, les messages ne peuvent pas être simplement interprétés comme une réaction de sympathisants du RN. Plusieurs auditeurs prennent spontanément leurs distances avec ce parti : « Je vote à gauche, très loin du RN », écrit l’un d’eux. Un autre affirme n’avoir « aucune sympathie pour les idées de M. Tanguy ». D’autres encore précisent que le RN ne représente « aucunement » leur sensibilité politique ou qu’ils ne voteront jamais pour Marine Le Pen.
Pourquoi ces précautions ? Sans doute parce que ces auditeurs veulent dissocier deux choses : le désaccord politique, parfois profond, et le respect dû à une personne.
Le respect des personnes et l’exigence de pluralisme sont d’ailleurs deux thèmes qui reviennent constamment dans les messages. Certains évoquent « l’impartialité » qu’ils attendent de la chaîne, d’autres expriment le sentiment qu’un traitement de cette nature n’aurait pas été accepté de la même manière s’il avait visé une personnalité d’une autre sensibilité politique.
L’humour politique occupe depuis longtemps une place particulière sur France Inter. Par définition, il dérange, caricature, exagère, provoque. Lui demander de ne jamais choquer reviendrait probablement à lui retirer une partie de sa fonction. Mais les réactions suscitées par cette chronique invitent à se demander si la liberté de l’humoriste dispense, ou non, de s’interroger sur les procédés utilisés pour tenter de provoquer le rire.
Critiquer les idées, les déclarations, le programme ou les contradictions d’un responsable politique appartient pleinement au débat démocratique et à la satire. Se moquer de son apparence physique ou de son orientation sexuelle pose une question différente, et c’est précisément cette frontière que les auditeurs mettent en avant dans leurs courriers.
Le comité d’éthique a rendu un avis que vous pouvez lire ici.
Je souhaite vous faire part de mon profond mécontentement concernant la chronique diffusée récemment sur France Inter visant Jean-Philippe Tanguy.
On peut parfaitement faire de l’humour politique et critiquer un responsable politique. Mais lorsque l’humour repose sur l’insulte, l’humiliation ou des attaques personnelles, je ne vois plus très bien ce que cela apporte au débat public.
France Inter est une radio de service public. Elle est donc, directement ou indirectement, financée par les citoyens. À ce titre, je considère que les auditeurs sont en droit d’attendre autre chose que des chroniques dont la provocation semble parfois tenir lieu d’humour.
Je trouve particulièrement regrettable que certains humoristes puissent se permettre ce genre de séquences sur une antenne publique, tout en donnant l’impression que certaines opinions politiques sont davantage acceptées que d’autres.
Je ne demande pas que France Inter arrête l’humour politique. Je demande simplement que le service public applique les mêmes exigences de respect et de qualité à tous, quelle que soit la personne ou la sensibilité politique visée.
Je souhaite que cette réaction soit transmise à la direction de France Inter et aux responsables concernés.
Je vote à gauche, très loin du RN de Jean-Philippe Tanguy. Mais le comparer à un rat ? Sous les rires de chroniqueurs ? Vous êtes où ? Moquer son homosexualité ? Vous êtes où ? Qui se comporte en fasciste ? Comment défendre de telles dérives ? Lamentable de bêtise.
Fervent défenseur de l’humour inventé et perpétré par Charlie Hebdo et avant encore par Hara-Kiri sur votre antenne, le billet de l’humoriste autoproclamé Ameziane, dans son propos, vise un homme politique sur son physique et son orientation sexuelle, il n’y avait rien de satirique, pire rien de drôle car pour rire, même jaune, il faut au moins être plusieurs. France Inter, radio publique, s’adresse à tous les auditeurs. Aussi, que comptez-vous faire pour rassembler l’ensemble des Français ???
Il est scandaleux que M. Ameziane traite M. Jean-Philippe Tanguy de rat. Cela rappelle le langage des nazis et que des personnels de France Inter en rient est encore plus ignoble.
La radio publique doit rester impartiale et non partisane.
Je tiens à exprimer ma profonde indignation à l’écoute de la chronique récente de l’humoriste Ameziane ciblant le député Jean-Philippe Tanguy.
Quelles que soient les opinions politiques de chacun, le fait de comparer un représentant de la République à un « rat », sous les ricanements complaisants de l’équipe en studio, ne relève ni de l’humour, ni de la satire politique. Il s’agit d’une insulte déshumanisante, d’une attaque purement ad hominem qui dégrade profondément l’image du débat public en France.
En tant que citoyen, je rappelle que France Inter est une station du service public. À ce titre, vos équipes ont un devoir absolu de neutralité, de respect des personnes et de déontologie. Tolérer de tels propos sans aucune réaction ni sanction interne donne le sentiment d’une complicité manifeste et d’un entre-soi agressif envers toute opposition politique.
Que devient France Inter ?
Ce n’est pas seulement « la face de rat » dont il est question mais de toute la chronique d’Ameziane. Quelle vulgarité. Où va-t-on ? Pouvez-vous vous ressaisir !
Aujourd’hui, j’ai eu honte pour France Inter. On va prétexter que la liberté d’expression existe en France. Oui d’accord, mais j’ai honte pour vous quand même.
France Inter laisse un humoriste (Ameziane) traiter une personne de rat : que vous arrive-t-il ? À défaut d’argument, on déshumanise. Vous êtes suffisamment éclairés pour connaître la rhétorique du « rat », il s’agit de la vermine à éliminer (les nazis d’ailleurs ont souvent utilisé cette rhétorique). Reprenez-vous !
Je ne comprends pas que vos émissions soient aussi écœurantes quand vos humoristes traitent de « rat ». Dans vos émissions, il y a des relents de 1930. C’est effrayant. Moi qui ne voterai jamais pour Marine Le Pen, je crains qu’à cause de vous et de vos émissions, elle passe au 1er tour. Êtes-vous si bêtes pour ne pas vous en rendre compte ? Traiter de rat un être humain, c’est ce qui se faisait 10 ans avant la Seconde Guerre mondiale. Vous m’écœurez.
Ce message en réaction à la chronique d’un nouvel humoriste de l’émission Zoom Zoom Zen.
Humoriste dont je précise avoir apprécié les deux premières chroniques. Mais j’espère ne plus avoir à écouter ce triste personnage ; sur mon antenne préférée depuis de longues années. En préambule, encore, je suis souvent perturbé, bousculé, désorienté par les intervenants sur France Inter. C’est l’intérêt du débat, du dialogue et du respect des idées de chacun. C’est pourquoi jamais je n’aurais imaginé entendre un personnage politique attaqué sur son physique. Rien de grave me direz-vous et je serai d’accord. Seulement ici la comparaison est vraiment nauséabonde et renvoie aux pires heures de notre histoire. Pendant ces années noires… ce sont les Juifs que l’on dénigrait en les ‘traitant’ de rat. Aujourd’hui, votre humoriste a repris cette formule pour attaquer Jean-Philippe Tanguy. Au demeurant député français. J’en ai la nausée. J’en suis malade. Je précise que je n’ai aucune accointance avec M. Tanguy ni affinité avec son parti. Et pourtant dans le pays des Lumières je n’accepte pas ce genre d’attaque. Et quoi ? Quelle sera la prochaine crasse ? … Je suis bien sûr pour la liberté de l’humour mais dans le respect de l’autre. J’espère qu’il y aura des sanctions à l’aune d’une autre mauvaise blague sur France Inter… Des excuses tout au moins pour le respect d’un auditeur (et d’autres) blessé dans ses convictions humanistes et républicaines.
Après mûre réflexion, je me décide à vous écrire. J’ai été consterné par les propos affligeants de M. Ameziane à propos de M. Jean-Philippe Tanguy. Je tiens tout d’abord à préciser que je n’ai aucune sympathie pour ce Monsieur, ses idées ou son parti. Cette précision étant faite, est-ce que le soi-disant humoriste, qui a comparé M. Tanguy à un « rat » d’un point de vue physique, se rend compte du côté ignoble de ses propos ? Enseignant l’histoire-géographie en collège depuis 34 ans, les propos utilisés m’ont tout de suite fait penser à ceux de Vychinski, l’accusateur en chef des procès de Moscou des années Trente, qui animalisait les accusés pour ensuite mieux faire comprendre au jury la nécessité d’éliminer ces « nuisibles ». Je ne suis pas certain que le clown (triste, selon moi) de « Zoom Zoom Zen » ait poussé aussi loin la réflexion. Si cela est cependant le cas, cela est très inquiétant et je persiste à penser qu’on ne combat pas l’extrémisme de droite par un autre extrémisme, tout aussi dangereux. Ce qui est tout aussi affligeant, ce sont les rires (gras) des autres personnes présentes. De surcroît, comme me le faisaient remarquer ma fille et certaines de ses amies lycéennes en classe de Première, quand on s’attaque au physique (ou à l’orientation sexuelle) de quelqu’un, c’est qu’on n’a sans doute pas grand-chose à dire sur lui. Quoi qu’il en soit, la « prestation » de M. Ameziane sera pour moi l’occasion d’avoir un débat intéressant avec mes élèves de Troisième quand j’aborderai le cours consacré à « l’opinion publique et les médias ». Pour conclure, écoutant uniquement les chaînes radio du service public (sauf quand elles sont en grève), notamment France Info et les excellentes émissions de France Inter (« Le téléphone sonne », « 2 000 ans d’Histoire », « Affaires sensibles », « Espions, une histoire vraie », « La Terre au carré » et l’excellent « CO2 mon amour » notamment), je crains que les reproches faits par certains partis politiques sur la mauvaise utilisation des deniers publics en ce qui concerne le financement de l’audiovisuel public ne trouvent leur parfaite illustration au travers des saillies, selon moi déplacées, de M. Ameziane.
Sur France Inter, le chroniqueur Ameziane a déclaré : « Vous ne trouvez pas qu’il a la tête d’un rat [Jean-Philippe Tanguy] qui se serait transformé en humain mais dont la mutation aurait été stoppée à 80 %. […] Mais il m’énerve parce qu’il est homosexuel. » Attaque sur le physique et animalisation du député, critique liée à son orientation sexuelle… Ces propos particulièrement diffamants et dégradants constituent une atteinte à l’honneur et à la réputation d’un député de la République, représentant du peuple. Il ne s’agit en aucun cas d’humour. Le présentateur n’a pas modéré ses propos graves et choquants. Au contraire, nous avons entendu des rires. Je suis extrêmement choqué de tels propos sur une antenne du service public.
Votre chroniqueur Ameziane a proféré des insultes homophobes envers le député Jean-Philippe Tanguy, le comparant par ailleurs à un rat.
Trouvez-vous cela normal ? Respectueux de la démocratie ? Respectueux de l’orientation politique ? Conforme aux missions du service public ?
Auditeur de France Inter depuis ma naissance en 1964, et oui, mes parents n’écoutaient pas les radios dites « périphériques », j’ai beaucoup de mal à comprendre qu’une émission d’humour pratique le mélange des genres entre chronique humoristique et chronique politique et, pire encore, l’attaque « ad personam » sous sa forme la plus vile, celle qui consiste à moquer le physique d’une personne.
Je n’ai aucune sympathie pour les idées de M. Jean-Philippe Tanguy, mais en l’attaquant de cette façon, vous trahissez les idéaux que vous prétendez défendre et vous justifiez cette haine de la gauche que je vois monter partout.
L’année qui vient sera terrible, parce qu’elle sera une énième période de déchirement entre les Français, alors je vous pose la question : votre rôle est-il de les faire réfléchir en les faisant rire, ou d’ajouter à la colère et à la discorde ?
J’ai découvert votre chronique consacrée à Jean-Philippe Tanguy sur France Inter et je l’ai trouvée profondément consternante.
Comparer un élu à un « rat », s’en prendre à son physique et faire allusion à son orientation sexuelle ne relève ni du débat politique ni, à mes yeux, d’un humour particulièrement brillant. Ce sont des procédés que l’on condamnerait immédiatement s’ils visaient une personnalité appartenant à un autre camp.
Et soyez conscient d’une chose : le ras-le-bol à l’égard de l’audiovisuel public est réel. J’en fais partie. Je n’ai plus aucune envie de contribuer, par mes impôts, au financement d’un service public dans lequel des chroniqueurs peuvent se permettre ce type de propos.
France Inter n’est pas une radio privée financée par ceux qui partagent vos opinions. Elle appartient au service public et est financée par l’ensemble des contribuables, y compris ceux que vous méprisez manifestement ou dont vous combattez les choix politiques.
On peut évidemment contester les idées de Jean-Philippe Tanguy, les critiquer durement et les combattre. Mais l’animalisation, les attaques sur le physique et les insinuations personnelles sont d’une autre nature.
À force de confondre liberté de ton, entre-soi et mépris, ne vous étonnez pas qu’une partie des Français ne veuille tout simplement plus payer pour cela.
Le RN ne représente aucunement ma sensibilité politique. Mais les propos insultants d’un « humoriste » à l’égard d’un député soulèvent le cœur. Quelle image dégradante du service public !
Je ne suis pas un sympathisant du RN (loin de là) mais le propos du prétendu humoriste Ameziane moquant le physique et l’orientation sexuelle de M. Jean-Philippe Tanguy est inadmissible sur les ondes d’une radio comme la vôtre. Ce n’est pas de l’humour. C’est déshonorant pour vous.