Les auditeurs ont réagi à la couverture éditoriale des actualités autour de Céline Dion sur franceinfo, qu’ils jugent trop importante. Pour répondre, Richard Place, directeur de la rédaction, est au micro d’Emmanuelle Daviet.

Emmanuelle Daviet : Samedi dernier, Franceinfo a consacré une place très importante au retour sur scène de Céline Dion. Reportages, directs, sujets sur sa carrière, sa communication, mais aussi sur les conséquences économiques de sa résidence parisienne. Des auditeurs parlent de saturation et même de matraquage. Alors pourquoi avoir fait de cet événement un temps fort de l’antenne ? Qu’est ce qui justifiait cette journée spéciale ?

Richard Place : Ce qui justifie cette journée spéciale, c’est que ce concert de Céline Dion est un événement, un événement parisien, national et même international. Parce que Céline Dion n’avait plus fait de concert depuis très longtemps. Parce que la dernière fois qu’on l’avait vu chanter à Paris c’était sur la Tour Eiffel, au moment de la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques, et tout le monde s’en souvient. Et là encore, c’était un événement international. Cette image-là est restée. Céline Dion est une star adulée par des millions de gens à travers le monde. Nous ne pouvions donc d’abord pas passer sous silence sa venue à Paris et ce premier concert, et encore moins que de le passer sous silence, évidemment qu’il y avait plein de choses à raconter et tous nos auditeurs ce jour-là ont pu se rendre compte qu’il y avait 1000 manières de raconter Céline Dion et ses concerts. Je rappelle que ce concert-là était le premier d’une série de 26 concerts, avec 30 000 spectateurs à chaque fois. Et elle aurait pu en remplir bien plus puisque de nombreuses personnes ont voulu acheter des billets. Il n’y en avait plus.

Emmanuelle Daviet : Des auditeurs considèrent qu’une artiste de cette notoriété dispose déjà d’une puissance médiatique considérable, et s’interrogent : comment une radio de service public évite qu’une couverture éditoriale aussi importante puisse être perçue comme participant elle même à la promotion de l’artiste et de ses concerts ?

Richard Place : Franceinfo est une radio importante dans le paysage médiatique français. Pas au point, je pense, d’aider Céline Dion dans sa campagne médiatique et surtout économique. Elle n’a pas eu besoin de nous pour remplir ses salles. Elle n’a pas besoin de nous pour avoir cette aura auprès de ses fans. Nous ne sommes pas une radio musicale, nous ne diffusons pas de titres en règle générale, donc nous n’avons pas participé à une campagne de publicité. Nous avons éclairé un phénomène d’actualité, comme nous le faisons sur tous les sujets, finalement. Donald Trump n’a pas besoin de franceinfo pour que ces déclarations soient entendues à travers le monde. Mais le fait est que nous nous en comparons et nous essayons de les éclairer. Eh bien, un peu de la même manière, si j’ose dire, nous l’avons fait avec Céline Dion, qui était un phénomène, qui est un phénomène d’actualité.

Emmanuelle Daviet : Et vous avez également traité les retombées économiques, l’hôtellerie, les commerces à Paris et en Ile de France. C’est ce qui permet de considérer que ce retour dépasse l’actualité culturelle et devient un phénomène économique et social ?

Richard Place : Exactement. Il y a évidemment le phénomène musical, il y a les fans. On avait aussi envie de les entendre, de les raconter, d’être avec eux dans leur excitation. Et puis il y a toutes ces retombées-là et que l’on a là aussi racontées, décryptées, le phénomène Céline Dion. Comment justement, elle met en place une campagne qui ne doit rien au hasard pour faire monter l’attente et pour arriver à créer ce phénomène. Et puis comment de nombreux acteurs économiques à Paris et autour, bénéficient de ce phénomène ? Les hôtels, les restaurants, les bars. Il y a évidemment plein d’endroits dans Paris qui bénéficient de ces concerts et là aussi, ça méritait un décryptage.

Emmanuelle Daviet : Richard Place, dans une actualité souvent dominée par les guerres, les crises politiques, économiques ou climatiques. Est-ce que vous assumez aussi finalement de faire une large place à une actualité heureuse, populaire et fédératrice ? Est-ce que cette journée autour de Céline Dion répondait aussi à une envie de proposer aux auditeurs une forme de respiration dans un flux d’informations souvent anxiogènes ?

Richard Place : On ne choisit pas l’actualité, mais c’est vrai que quand on a l’occasion de traiter une actualité finalement assez joyeuse, même si les messages que vous avez reçus le prouvent, elle n’a pas réjoui tout le monde. Mais quand on a l’occasion d’entendre des gens qui expriment leur plaisir, leur joie, on a aussi envie de le faire sur franceinfo. L’actualité nous rattrape très régulièrement sur des faits dramatiques, et nous ne les perdons jamais de vue. Et nous continuons de raconter le monde tel qu’il est, et il n’est généralement, en tout cas très souvent pas folichon. Là effectivement, se dire que ce jour-là, il y avait un événement festif avec des gens heureux, ça nous faisait plaisir aussi de le partager avec nos auditeurs sur franceinfo.