Je me permets de vous écrire après avoir entendu à plusieurs reprises qualifier Quentin Deranque de « jeune identitaire ».
Je regrette profondément que des violences entre militants en arrivent à la mort d’un jeune.
Je m’interroge sur ce choix de terme : pourquoi « identitaire » plutôt que « d’extrême droite » ou « néofasciste », alors même que les autres militants sont désignés comme « antifascistes » ? Cette asymétrie de vocabulaire m’interroge.
Pouvez-vous m’indiquer les raisons éditoriales qui conduisent à employer cette qualification plutôt qu’une autre ?
À propos de la mort du jeune Quentin j’ai entendu des centaines de fois « militant identitaire » mais jamais ce qu’est un militant identitaire. Ce n’est jamais abordé sur votre antenne. Employez-vous le mot sans vraiment savoir de quoi il s’agit ? Ou c’est nous qui sommes trop bêtes pour comprendre ? Ce serait peut-être bien de nous expliquer ce qu’un militant identitaire en général et lui en particulier.
Dans les journaux de France Inter ou de Franceinfo, Quentin Deranque est qualifié de « militant identitaire », ou de « militant nationaliste », sans qu’aucune de ces deux expressions ne soit jamais définie. Ce qui amène naturellement à faire une demande et à poser deux questions. La demande c’est que le sens que les journalistes donnent à ces deux expressions soit explicité ; les deux questions sont les suivantes :
1) toute personne qui se considère comme « patriote » doit-elle être automatiquement qualifiée de « nationaliste » ? Si c’était le cas, un certain nombre de personnalités de la vie politique française et de l’histoire de France pourraient se retourner dans leur tombe;
2) sur quels éléments se fondent les rédactions de ces stations pour utiliser ces qualificatifs, pour un jeune homme qui paraissait surtout engagé dans les activités de sa paroisse… La qualification la mieux appropriée ne serait-elle donc pas celle de « militant chrétien » ?
Pourquoi avez-vous changé de terme ; au lieu de parler de militant d »’extrême droite », vous dites maintenant « identitaire » ? hum…ça me fait penser à un livre dystopique et à sa novlangue….
Ce matin encore, j’ai entendu le terme « identitaire » utilisé pour qualifier des militants néonazis ou fascistes. Je m’interroge sur ce choix lexical. Employer ce mot me semble édulcorer la réalité, comme s’il s’agissait d’un simple positionnement culturel ou d’un attachement à une identité nationale, alors qu’il est parfois question d’idéologies ouvertement xénophobes ou autoritaires. Ce glissement sémantique contribue, à mes yeux, à banaliser des courants politiques dont l’histoire et les références sont loin d’être neutres.
Cette tendance me rappelle, toutes proportions gardées, certains traitements médiatiques des années 1930 en Europe, où l’euphémisation et la normalisation ont pu accompagner la montée de mouvements extrémistes.
Par ailleurs, je m’interroge sur le traitement différencié des formations politiques. Pourquoi insister de manière répétée sur les liens supposés entre La France insoumise et des groupes militants comme la « Jeune Garde », alors que les relations historiques ou idéologiques entre le Rassemblement national et des mouvances d’extrême droite radicale semblent moins systématiquement interrogées ? Ce déséquilibre dans la mise en cause médiatique pose question.
En tant que femme de gauche, je ressens une réelle déception face à ces choix terminologiques et à ce que je perçois comme un traitement médiatique asymétrique. J’attends davantage de rigueur et de clarté dans la manière de nommer et d’analyser les courants politiques.
Je viens d’entendre le flash info (que je suis toujours attentivement), et je n’arrive vraiment pas à comprendre sur quelle base vous vous fondez pour dire que Quentin Deranque était d’extrême droite : était-il engagé dans un parti politique ? a-t-il exprimé quel fut son vote la dernière fois officiellement ? En réalité, j’ai l’impression que vous faites un amalgame entre le fait d’être catholique pratiquant traditionaliste, et d’être d’extrême droite. En l’occurrence, moi j’ai compris qu’il était venu aider des jeunes filles qui venaient exprimer une opinion, sans aucune violence ; il était juste là pour les protéger en cas d’agression, ce qui est plutôt chevaleresque. > En mettant ainsi des étiquettes de façon injustifiée, n’avez-vous pas l’impression d’attiser les haines et la violence, et de contribuer ainsi indirectement à ce que vous dénoncerez après ? Parce qu’en réalité cela empêche tout débat, toute réflexion, et ça devient réellement insupportable, au premier sens du terme. Donc merci de bien vouloir préciser sur quels faits réels et objectifs vous vous appuyez pour qualifier ce jeune homme croyant, pratiquant, généreux, et agréable, « d’extrême droite » ou bien alors d’arrêter de le qualifier ainsi, car sinon cela devient de la calomnie ou de la diffamation.
J’en ai marre de la sémantique il y a une « droite » une « extrême droite » une « gauche » et une « extrême gauche » pourquoi mettre autre chose encore « ultra droite » « ultra gauche » ça veut dire que l' »extrême droite » c’est une droite gentille ? Non ! Ça veut dire que l' »extrême gauche » c’est une gauche gentille ? Non ! Alors arrêtez avec votre sémantique voilà ce que ça donne le Rassemblement national se nourrit de ce que vous dites.
Pourquoi dire que Quentin est un simple nationaliste, alors qu’il est d’extrême droite, et on peut rajouter « néofasciste » ? Et concernant la gauche, vous n’hésitez pas à dire « Antifasciste » et même « Antifa » ? Les qualificatifs sont importants et le journaliste se doit d’être honnête !!!
Pendant que j’écoute, vous dîtes « extrême gauche » et « ultra droite » …
Chaque mot doit être pesé car ça peut influencer les auditeurs !
Je souhaitais vous soumettre quelques questionnements quant à la manière dont France inter a rendu compte de la mort de Quentin Deranque et des suites de ce tragique événement.
Je suis un fidèle auditeur de France inter (et d’une manière plus générale, de Radio France). Je salue la qualité de vos émissions et la manière dont vous traitez l’information. J’apprécie votre conception du service public dont je suis par ailleurs un fervent défenseur.
Je m’interroge toutefois sur la manière dont vous avez présenté la mort de ce jeune et les réactions qui ont suivi. J’ai eu l’impression (je parle bien d’impression, et je sais qu’elle pourrait être invalidée par une analyse de contenu quantitative rigoureuse des journaux et émissions d’actualité) que l’accent a beaucoup été mis sur les faits, sans la prise de recul nécessaire à la compréhension de l’événement. Bien entendu, il était essentiel d’exposer les faits, et comme vous, je suis très triste de la mort d’un jeune homme de 23 ans, a fortiori dans ces conditions particulièrement dramatiques. Mais j’ai eu l’impression que le profil de ce jeune homme et des personnes de son groupe était souvent laissé de côté dans un premier temps, conduisant parfois à l’idée que les groupuscules d’extrême droite étaient les « gentils », et les « antifas » alliés de LFI, les « méchants ». On a pendant un moment laissé de côté la réalité des agressions multiples sur la place lyonnaise de ces groupes violents d’affiliation néo-nazi et/ou fasciste. On a peu entendu le fait que, même s’il s’agit d’une cruelle comptabilité, les groupes d’extrême droite étaient responsables de la mort de plus de personnes que les groupes d’extrême gauche.
Cette manière de présenter les choses, au moins dans un premier temps, associée à l’attitude désespérante (à mon sens) d’une partie de la classe politique, qui utilise l’événement tragique pour régler ses comptes avec LFI (je précise que je ne suis pas du tout adhérent de ce mouvement, même si j’ai voté pour eux à plusieurs reprises) contribue sans doute à une transformation des mentalités préparant encore un peu plus l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir en France. Après quelques jours, il y a eu un rééquilibrage de l’information, me semble-t-il… mais le mal était fait.
Au-delà de cette situation particulière, je me demande comment se font les choix éditoriaux pour tel ou tel journal. Pourquoi ce terrible événement est-il fortement mis en valeur, alors que des assassinats antérieurs (par exemple, celui de Federico Martín Aramburú par deux membres d’extrême droite, ou d’autres assassinats du même type) n’a donné lieu qu’à une couverture médiatique assez limitée ?
Auditrice fidèle de France Inter depuis plus de 40 ans, c’est la première fois que je me sens obligée de vous écrire, tant ce que j’observe sur votre antenne me préoccupe.
Quelque chose a changé à France Inter.
Commençons par un détail qui n’en est pas un : pourquoi les journalistes désignent-ils systématiquement le mis en cause par son seul prénom ? « Quentin ». Cette familiarité n’est pas anodine. En effaçant le nom de famille, on crée involontairement — ou délibérément — une proximité affective
avec le sujet, comme si cet homme était « l’un des nôtres ».
Mais ce qui m’a davantage frappée, c’est l’usage répété et martelé du mot lynchage dans chaque bulletin d’information. Ce mot a un sens fort et précis : il évoque une foule qui s’en prend à un innocent, une victime sacrifiée sans jugement. En l’entendant en boucle, j’étais convaincu qu’il s’agissait d’un homme innocent tué par des agresseurs déchaînés.
Or, après avoir pris le temps de croiser les sources quelques jours après les événements, j’ai découvert une réalité bien plus complexe, qui contraste fortement avec le récit dominant proposé par votre antenne. Ce que j’ai lu et vu m’a profondément révolté, non pas tant par les faits eux-mêmes, mais par la manière dont ils ont été traités et orientés par vos journalistes. Je n’en reviens toujours pas !
Je souhaite vous faire part de ma profonde incompréhension et de mon malaise face au traitement par Franceinfo du décès du jeune Quentin, et plus généralement du traitement de l’information sur votre antenne.
Au-delà du drame humain, qui mérite évidemment d’être traité avec sérieux et dignité, j’ai été particulièrement choqué par la manière dont cette information a été mise en avant et présentée. J’ai eu le sentiment d’un traitement partiel, orienté et insuffisamment contextualisé. Plusieurs éléments essentiels permettant de comprendre les circonstances complètes des faits semblaient absents, laissant place à une lecture qui m’a paru déséquilibrée.
J’ai également été surpris par l’insistance sur certaines réactions politiques dont vous avez fait les relais, notamment concernant La France Insoumise, donnant le sentiment que l’événement était utilisé comme support d’un débat politique ciblé, davantage que comme un travail d’information rigoureux et impartial.
Ce traitement s’inscrit, selon ma perception, dans une évolution préoccupante de la ligne éditoriale, avec une place croissante accordée à des angles et des thématiques relevant davantage d’une logique émotionnelle ou polémique que d’une démarche strictement informative et factuelle. Cette orientation altère la confiance que je pouvais accorder à votre média.
Plus largement, cette évolution me semble s’inscrire dans un climat médiatique où des propos relevant du populisme, et parfois des registres ouvertement stigmatisants ou idéologiquement marqués, sont de plus en plus présents dans l’espace public sans être suffisamment mis à distance ni analysés avec la rigueur nécessaire. J’aurais attendu d’un média de service public comme le vôtre qu’il joue pleinement son rôle de référence, en apportant de la nuance, de la contextualisation et un travail critique clair face à certains discours qui, d’un point de vue humain et historique, sont profondément préoccupants. L’histoire européenne, et notamment celle du XXᵉ siècle, nous rappelle précisément à quelles dérives peut conduire la banalisation de certains récits. Il me semblerait donc essentiel que votre traitement éditorial contribue à éclairer, tempérer et expliquer, plutôt qu’à relayer des dynamiques qui participent à la confusion et à la polarisation.
Monsieur Cohen, dans le contexte actuel, nous tenons à vous dire que nous avons apprécié votre chronique de ce lundi matin : elle permet de clarifier la situation sur les présences fascistes lors de la manifestation à Lyon. Hélas, trop de politiques et médias se sont exprimés sans approfondir, ni analyser, les présences banalisées et nauséabondes. Nous remercions vivement votre soutien à la démocratie et votre professionnalisme… « Résistons »
La comparaison entre Clément Méric et Quentin Deranque a des limites : Clément Méric a trouvé la mort au cours d’une bagarre qu’il avait provoquée avec un » skinhead » qu’il avait reconnu comme militant d’extrême droite en le rencontrant par hasard ; il est tombé sur le bord du trottoir pendant un échange de coups entre deux ou trois de ses amis qu’il avait appelés à son secours pour attaquer le skinhead et ceux de ce dernier ; il n’y a pas eu de lynchage volontaire et déterminé comme à Lyon, et pas non plus de contexte politique . Ce sont deux tragédies différentes et l’une ne saurait » excuser » l’autre. Les responsables de la mort de Méric ont été condamnés pour violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner, on verra ce qui se passera mais les assassins de Quentin sont poursuivis pour homicide volontaire.
Le mot lynchage vient du planteur et « juge » états-uniens Charles Lynch qui a instauré une justice expéditive dans son comté de Virginie au XVIIIe siècle. Il se déplaçait et rendait une justice immédiate dont les sentences étaient exécutées par les personnes présentes. Il a donné son nom à la loi de Lynch qui a facilité des pratiques de justices sommaires dans les Etats du Sud réalisées par la population elle-même. Les principales victimes étant bien sûr des Noirs. Beaucoup sont morts au nom de la Loi de Lynch.
Le tabassage ou passage à tabac est un déchaînement de violence d’un groupe sur une personne sans défense. Il ne se rapporte pas à une histoire judiciaire.
Le mot lynchage médiatique est donc approprié quand il se rapporte à une condamnation rapide et brutale d’actes individuels. En revanche, il ne s’applique pas à la mort de Quentin Deranque.
Tout comme on dit que des fachos passent à tabac des arabes ou des gays. Quentin a été passé à tabac par des antifa et en est mort.
Le choix du mot lynchage par le groupe Némésis est nécessairement conscient de ce contexte sémantique. Ils appliquent le mot lynchage dont l’histoire est en lien proche avec le racisme et l’esclavage à une action dont les auteurs sont des antifas.
Voilà. Les mots ont un sens et une histoire. Il est parfois bon de s’en souvenir.