Le samedi 7 février, l’émission Répliques sur France Culture recevait Philippe Aghion, économiste français, prix Nobel d’économie 2025, professeur au Collège de France et à la London School of Economics, et Nicolas Dufourcq, directeur général de Bpifrance. Les auditeurs ont fait part de leurs réactions, en voici une sélection :

Je vous écris pour vous féliciter pour votre émission du samedi 7 février sur la réforme de notre système social. J’avais déjà entendu Nicolas Dufourcq quelques jours auparavant sur France Inter et l’avais trouvé excellent. 
Électrice au centre de l’échiquier politique depuis des décennies, je désespère de notre incapacité à nous réformer pour rendre notre État plus fort face aux immenses défis qui sont devant nous. Philippe Aghion dit très justement que la défense de la démocratie et des valeurs, désormais ce n’est plus que l’Europe, seule. Il dit aussi très justement que pour redistribuer, il faut d’abord produire. L’état délétère de nos finances publiques ne menace pas seulement notre État social, il nous empêche de contribuer en première ligne au nécessaire réarmement de l’Europe face à la menace russe et au désengagement états-unien. Il nous rend inaudible vis-à-vis de nos partenaires européens alors que c’est maintenant que la tradition gaullienne d’autonomie stratégique devrait prendre tout son sens. 
Je pense que nos gouvernants sont conscients du problème, mais la pédagogie nécessaire auprès du grand public n’a pas été faite, et ce depuis des décennies. Il est minuit moins une. 
C’est dans ce contexte que des émissions telles que la vôtre de ce matin sont si utiles. Merci d’organiser ces appels à la lucidité, de la part d’une auditrice attentive. 

Auditeur fidèle de votre émission depuis de nombreuses années, et attaché à ce que vous avez su porter — notamment dans le sillage de Benny Lévy (dont j’ai été et reste l’élève) et de l’Institut d’études lévinassiennes — je me permets de vous écrire à la suite de votre dernière émission de Répliques « La France est-elle réformable ? » 
Je voudrais d’abord préciser que ma démarche n’est nullement polémique. Entendre des positions qui ne sont pas les miennes me paraît non seulement légitime, mais nécessaire à la vie intellectuelle. Ma déception tient plutôt à ce qui m’a semblé être une opportunité manquée. 
 
Les principaux sujets abordés — travail, dette, âge de départ à la retraite — sont d’une importance considérable pour notre avenir commun. Or j’ai eu le sentiment que la discussion s’est déroulée dans un cadre très homogène, où deux invités partageaient en grande partie les mêmes présupposés économiques et anthropologiques. Vous avez pourtant souvent su, dans Répliques, faire dialoguer des voix véritablement opposées, permettant un approfondissement réel plutôt qu’une simple confirmation mutuelle. Sur un thème aussi structurant, la présence d’un contradicteur issu d’une autre tradition intellectuelle aurait sans doute ouvert un espace de réflexion plus ample et plus apaisé. 
 
Plus largement, je reste convaincu qu’il est difficile de parler d’économie comme d’un domaine autonome, détaché de ses fondements anthropologiques, juridiques ou philosophiques. Les débats contemporains me semblent parfois marqués par une forme de désencastrement de l’économie — pour reprendre la formule de Karl Polanyi — qui réduit la discussion à des paramètres gestionnaires, alors même que ces questions touchent à notre conception du travail, du temps social et de la dignité humaine. 
En ces temps où l’économie occupe une place peut-être démesurée dans le débat public, votre émission pourrait précisément être l’un des lieux où s’élabore un regard plus large, dépassionné, attentif aux traditions de pensée qui refusent de réduire le social à l’économique. C’est dans cet esprit que je me permets de partager cette réflexion.

Je me permets de réagir à l’émission entendue ce matin. Je ne saurais trop m’avancer sur les questions complexes de la retraite ou de la sécurité sociale, mais la vision selon laquelle les Français ont trop et demandent encore plus me paraît en partie injuste. Qu’on réprime ceux qui fraudent, bien sûr, mais globalement les droits acquis me semblent légitimes. Par ailleurs, comment dire aux Français qu’ils demandent trop quand l’école, la santé, l’hôpital, la police, la justice sont à la peine,  alors que, dans le même temps, on met des milliards dans l’armée, on refuse de taxer les riches de plus en plus riches, que des gens voient leur argent travailler tout seul, que, pour prendre un exemple particulier, on peut mettre des millions pour donner des ordinateurs (qui ne durent pas) aux élèves, des millions pour installer des caméras de surveillance dans les écoles mais qu’il n’est pas raisonnable de réclamer les moyens humains et l’amélioration des conditions d’enseignement ? Ceux qui prennent ce genre de décision ne sont jamais ceux qui en paient les conséquences… 
À bon entendeur, 

Je suis un fidèle auditeur de « Répliques » – est-il nécessaire de le dire que vous animez avec un grand talent. « Répliques » permet de surpasser ses propres repères disons pour faire court « sociopolitiques », justement parce que la plupart du temps il y a de la « réplique », à savoir que vos invités discutent, qu’ils confrontent leurs points de vue différents. Certes l’économie n’est sans doute pas votre domaine élu (permettez cet euphémisme), et face à vos invités, il me semble que vous avez été « dépassé » par une machine idéologique abandonnée à sa propre dynamique. Le garde-fou Alain Finkielkraut n’était plus là, il « servait les plats » (pardon). Vos deux invités étaient on ne peut plus « à cul et à chemise » pour tirer à balles réelles sur « l’État providence ». Beaucoup de « y a qu’à  » : taper sur les retraites, taper sur la santé. En fin d’émission deux mots sur la détérioration des services publics (c’est la faute aux retraites, c’est la faute aux prestations sociales, c’est la faute à « on est le seul pays au monde qui » etc.). Rien absolument rien sur la croissance phénoménale des inégalités : les méga enrichissements des riches, la « surpaupérisation » des pauvres. Dommage, on va attendait là, vous n’y étiez pas. ..pour être honnête sauf sur le « ne peut-on peut on rayer la dette d’un trait de plume. « question apparemment naïve, oh ! combien pertinente qui aurait mérité mieux que son exécution sans sommation. Puis-je me permettre de faire une contre-émission entre par exemple un de vos deux interlocuteurs de ce jour (Celui de la méthode Coué, un certain prix Nobel ?) et un homme qui défendrait vraiment la sociale démocratie. Ces deux voix patelines concordantes de ce jour derrière des apparences de bon sens étaient restées un peu sèches sur votre question : « que feriez-vous ? » …elles sont restées sur des généralités de campagne électorale…Cela ne m’empêche pas de vous soutenir et complimenter pour votre goût sincère pour la discussion avec des interlocuteurs dont vous ne partagez pas les mêmes idées, ce qui fait le sel de vos émissions. Aujourd’hui votre grande culture ne vous est pas venue en secours… c’est rare.  Il est vrai que vous étiez en face de deux » pointures » du chiffre. L’économie est une science humaine pas une équation à cinq inconnues, insoluble (comme l’a montré Evariste Gallois).   

Je suis un peu déçu que pour l’émission d’aujourd’hui dont le sujet est important, vous ayez invité des gens un peu trop d’accord pour qu’il y ait véritablement débat. 
Il est faux de dire que les Français doivent travailler plus alors qu’il n’y a pas assez de travail pour tout le monde, il est faux de dire qu’il y a baisse de productivité alors que l’automatisation génère des gains de productivité sans précédents pour les entreprises. Ces fausses évidences sans arrêt rabâchées dans les médias sont de mauvaises prémisses pour une réflexion véritablement féconde. 
Si la France doit être réformée, et cela ne fait plus de doute pour personne, il faut que ce soit fait en prenant les réalités humaines et environnementales comme point de départ et non comme variable d’ajustement. 

J’ai suivi avec beaucoup d’intérêt l’émission de ce jour 07/02 et écouté les doctes propos des deux invités qui maniaient avec aisance et certitude, les statistiques et les comparatifs internationaux. Je me garde bien, n’ayant pas les compétences nécessaires, d’en vérifier les sources, mais, lorsque Monsieur Dufourcq à la fin de son analyse sur certaines gabegies concernant la part « santé » de l’insondable dette sociale de notre pays, il s’est permis de dénoncer les dérives inflationnistes du nombre des bénéficiaires de remboursement au titre de l’ALD  et les abus d’une prise en charge qui selon lui est totale. 
Je me permets, étant concerné , de lui demander ses sources d’information, car étant suivi pour un cancer depuis un  certain temps  dans le cadre  de l’ALD,  je serai enchanté de bénéficier de la gratuité de tous  les autres soins, car malheureusement pour moi et tous les autres ce n’est pas le cas, désolé de contredire le brillant argumentaire. 
Je pense que Monsieur Dufourcq s’est un peu fourvoyé dans un domaine qu’il ne maitrise pas et je ne lui souhaite pas d’avoir à le vérifier par lui-même, mais comme il a fait référence à un nombre assez important de ses concitoyens et  les accusant délibérément  de profiter d’un système trop généreux pour ne pas dire laxiste et mettant en péril l’ensemble d’une société, je le prie de bien vouloir s’écouter à nouveau  et d’apporter une rectification à ses propos maladroits et j’espère pas malhonnêtes .

Votre invité raconte n’importe quoi, et vous ne relevez pas.
Nos arrière-petits-enfants vont tout payer plus tard ?
Il faudrait déjà qu’ils travaillent.
Quand vous voyez ne serait-ce que les jeunes d’aujourd’hui qui commencent à 34 ans, travaillent à temps partiel, télétravaillent trois heures par jour, se remettent au chômage, quittent la France pour les plus travailleurs d’entre eux pour payer moins d’impôts et des charges infernales, et les payer à l’étranger ; et votre invité balance comme ça : « nos arrière-petits-enfants vont tout payer » ?
Ceux qui ont payé les premiers et le plus, ce sont ceux qui ont payé de leurs vies, qui ont été les hommes qui ont fait les guerres mondiales pour des intérêts qui vous et moi nous dépassent ; et ceci pour ce qui concerne le 20e siècle proche de nous, et ensuite toujours les gens du 20eme siècle qui ont travaillé comme des bêtes de somme, et payé tout ce qu’ils devaient, pour être néanmoins traités de favorisés comparés aux fainéants et aux assistés d’aujourd’hui.
Vraiment il se moque du monde votre invité.

Lors de l’émission du 7 février 2026 avec Philippe Aghion, Nicolas Dufourcq, un des intervenants a encore propagé par omission une contre vérité délétère sur le régime de remboursement des Affections de Longue Durée, en disant que les bénéficiaires de ce régime étaient remboursés de toutes leurs dépenses de santé. 
Ceci est faux et, vivant avec une personne atteinte d’une ALD, je trouve inacceptable de propager une telle contre-vérité sur le service public. 
En réalité, les bénéficiaires sont dispensés de reste à charge uniquement pour leurs dépenses en lien avec leur affection de longue durée.  Par exemple, un diabétique a ses traitements par insuline – vitaux- pris en charge à 100% mais ce n’est pas le cas s’il subit une hospitalisation sans lien avec son diabète, ou consulte pour un rhume. 
Puisque les intervenants se sont dit très attachés à la défense de l’État providence, et convaincus de la nécessité de le réformer pour le sauver, ils devraient commencer par rendre compte fidèlement aux auditeurs et aux électeurs de ce qu’il offre réellement aujourd’hui plutôt que de propager la petite musique trompeuse d’un système « outrageusement » généreux et en roue libre.

Très fidèle auditeur, merci pour votre émission du samedi. 
Au-delà de la qualité des échanges, quelques questions de fond manquèrent suivant moi ce matin (7 février). 
En vrac : 
– vos interlocuteurs qui demandent à ce qu’on travaille plus longtemps, ont-ils suivi le parcours de quelqu’un de 60 ans qui se présente en entreprise pour trouver du travail (je ne parle pas ici de moi) ? 
– eux qui critiquent l’État providence savent-ils ce qu’est la providence de vivre avec le smic ? Sans parler des étudiants, des handicapés, des vieux, des immigrés (réguliers), etc. 
– les xxx (chiffre à trouver autour de 100 milliards) d’aides aux entreprises ne peuvent-ils pas être un peu (juste un peu) rabotés si la période est si difficile ? 
– l’équité devant le taux d’imposition n’est-elle pas essentielle ? Comment justifier les énormes différences actuelles ? L’évasion fiscale n’existe-t-elle pas dans des proportions effarantes ? Les bénéfices du CAC 40 et les revenus des dirigeants (non créateurs mais actionnaires, héritiers ou salariés) de ces entreprises sont-ils moralement acceptables ? 
– diviser le montant de la dette par le nombre de Français pour pouvoir dire qu’on est endetté jusqu’à la troisième génération est tendancieux : les entreprises ne paient-elles pas d’impôts et ne sont-elles pas aussi redevables du remboursement de la dette ? 
– une dette de 3000 milliards d’euros est-elle grave lorsqu’on (les seules personnes physiques) disposent 4000 milliards en disponible (livrets, comptes bancaires, assurance-vie, etc ? Sans parler des capitaux non liquides. 
– les banques veulent bien prêter sur 30 ans à quelqu’un qui ne dispose d’aucun bien, avec un remboursement d’emprunt pouvant atteindre 30% de son revenu annuel : avec de telles conditions l’État français n’a-t-il pas encore de la marge … d’autant qu’on se précipite pour lui prêter ? 
– en vertu de quoi les comptes sociaux doivent-ils être équilibrés, qui plus est par le seul fait d’une dépense réduite et non par celui d’une plus grande contribution alors que les besoins sont reconnus dans tous les domaines ?
– pourquoi louer le (pseudo)progrès technique s’il ne permet pas le repos et le loisir humain, toujours reporté à demain ? 
J’arrête cette liste déjà trop longue.