Des auditeurs réagissent à l’actualité concernant les violences physiques et sexuelles dans le périscolaire, notamment après le Grand entretien du 18 mai sur France Inter consacré à ce sujet et Les Matins du 21 mai sur France Culture.
Je vous contacte afin que vous mettiez l’accent sur le problème du recrutement des agents en périscolaire. La gravité du sujet mérite des enquêtes de tous les acteurs du service public de l’information. Il est évident qu’il y a un manque total de compétences au niveau des collectivités territoriales qui recrutent des agents accompagnant des enfants en très bas âge. La clé du problème est là. J’ai travaillé dans une collectivité locale où tout se passait bien grâce à sa taille, mais pour une grande ville, ce n’est pas le cas, le système est le même, le contrôle et la compétence des recruteurs doivent être étudiés. Il faudrait des commissions obligatoires formées de professionnels de la petite enfance, de psychologues, de parents… Les contrôles ne sont pas faits hors signalement. Lorsqu’il y a un signalement, le mal est fait sur l’enfant et cela est intolérable. La protection de l’enfance doit se faire en amont, c’est une priorité nationale dans un pays respectant les droits de l’Homme.
Je suis profondément insatisfait de la manière dont a été traité le problème des violences sexuelles et des mauvais traitements envers les enfants dans les temps périscolaires et parascolaires à Paris. Un problème qui, par ailleurs, concerne l’ensemble du territoire national, dans de nombreuses villes et collectivités locales, comme le rappelait lui-même le journaliste de la matinale.
Mon propos ne porte évidemment pas sur la légitimité de dénoncer une situation aussi inadmissible, insupportable et scandaleuse. Cette dénonciation est nécessaire. Ce qui me pose problème, en revanche, est le traitement essentiellement événementiel qui en a été fait : davantage centré sur la dénonciation immédiate, la demande de contrôles supplémentaires, une forme de pseudo-répression ou encore la mise en accusation des collectivités et de leurs négligences, comme s’il s’agissait avant tout d’un « buzz politique » s’attaquant superficiellement à ce qui fait momentanément polémique.
Face à un sujet d’une telle gravité, il ne suffit pas de jouer le seul rôle de lanceur d’alerte. Il serait également souhaitable de prendre le temps d’interroger les causes profondes que révèle un tel événement. Car, au-delà des faits eux-mêmes, ce constat dramatique reflète aussi les dysfonctionnements d’une société en crise dans plusieurs de ses modes de fonctionnement.
Je souhaite donc me concentrer exclusivement sur le traitement médiatique de cette information et sur les questions de fond qu’il aurait dû soulever.
Lors de votre matinale du 18 mai, une journaliste relatait s’être fait embaucher en vingt minutes dans une commune de la banlieue lilloise — précisément afin de ne pas stigmatiser une collectivité particulière — après avoir simplement envoyé son curriculum vitae, sans diplôme spécifique, hormis le fait d’être mère d’un enfant.
Or le simple récit de cette embauche révélait déjà, à lui seul, le véritable problème. Cette situation aurait dû ouvrir un débat plus approfondi et non se limiter au constat du manque de contrôles, au dépôt de plaintes, à l’inquiétude légitime des parents ou encore à la pénurie de personnel. Il aurait également fallu interroger les raisons qui conduisent certaines collectivités locales à recruter presque n’importe quel candidat disponible pour ce type de poste, transformant parfois ce secteur d’activité en simple réservoir d’emplois précaires, voire clientélistes, quelle que soit la couleur politique des collectivités concernées.
Un tel constat soulevait pourtant plusieurs questions essentielles :
-Pourquoi certaines mairies font-elles appel à des personnes non diplômées et insuffisamment formées ?
-N’existe-t-il pas des formations et des diplômes spécifiques ?
-Ce secteur d’activité ne bénéficie-t-il pas d’un encadrement réglementaire précis ?
-N’existe-t-il pas des organismes partenaires capables de garantir un cadre éthique et professionnel pour les activités périscolaires et parascolaires ?
-Plus largement, et même si la question peut sembler plus éloignée, qu’est devenue la réflexion engagée autour du temps de l’enfant et des concertations citoyennes qui lui furent consacrées ?
Autant de questions qui ont été éludées, ou qui n’ont même pas été mises en perspective par de simples interrogations journalistiques, alors qu’il aurait semblé pertinent d’annoncer au minimum la nécessité d’une émission de fond consacrée à un sujet qui concerne une grande partie de nos familles, de nos enfants et, pour beaucoup d’entre nous, de nos petits-enfants.
1) Il existe pourtant des formations et des diplômes adaptés à ces missions.
-Les personnels territoriaux et les formations existantes
Dans la fonction publique territoriale, les ATSEM — parfois sollicitées pour ces temps d’accueil alors que ce n’est pas leur mission première — bénéficient déjà de certaines formations destinées à mieux répondre à ces fonctions d’accompagnement, puisque ces personnels dépendent directement des collectivités tout en étant mis à disposition de l’Éducation nationale.
Lecture à voix haute, activités artistiques, jeux éducatifs ou accompagnement pédagogique : ces missions nécessitent des compétences réelles. Les formations destinées à ces personnels sont notamment dispensées par le CNFPT. Certes, elles sont parfois jugées insuffisantes ou mal conçues, mais elles existent et sont complétées par des formations associatives ou privées.
-Les métiers de l’animation et de l’éducation populaire
S’agissant des animateurs, les formations sont nombreuses : BAFA, BAFD, BPJEPS, DEJEPS et d’autres qualifications spécialisées dans les domaines de l’enfance et de la petite enfance, relevant notamment de la convention collective de l’animation.
Ces diplômes sont souvent obtenus auprès de grandes associations nationales d’éducation populaire, reconnues d’utilité publique et partenaires historiques de l’Éducation nationale, alors même que leurs subventions sont actuellement systématiquement réduites.
Ce secteur demeure aujourd’hui en constante redéfinition au niveau national, tant sur le plan des métiers que de leur financement — problématique qui mériterait, à elle seule, un débat approfondi, au même titre que celui de l’économie sociale et solidaire.
2) – Pourquoi les collectivités peinent-elles à recruter ?
La réponse est malheureusement assez simple.
a) Une faible reconnaissance et une rémunération insuffisante. Ces métiers demeurent insuffisamment rémunérés et trop peu valorisés, malgré leur importance éducative et sociale.
b) Une logique budgétaire souvent privilégiée.
Les collectivités territoriales font également des économies en recrutant des personnels non diplômés.
Les budgets municipaux sont de plus en plus contraints et la masse salariale représente souvent plus de la moitié des dépenses de fonctionnement. Or les financements publics accordés pour les dispositifs éducatifs sont généralement conditionnés au recours à des personnels qualifiés et au respect d’un cahier des charges exigeant — exigence parfaitement légitime compte tenu du public concerné.
Mais ces dispositifs impliquent des coûts importants en matière de personnel, de formation et d’encadrement, tandis que les aides de l’État ne couvrent souvent qu’une partie limitée des dépenses engagées.
Pourtant, ces aides existent, tout comme les associations reconnues d’utilité publique capables d’accompagner les collectivités dans la construction et la mise en œuvre de projets éducatifs : accueils de loisirs, centres aérés, temps méridiens ou dispositifs éducatifs divers.
Pour illustrer cette difficulté, il suffit d’observer un domaine voisin : celui de l’enseignement musical et des conservatoires. Les subventions publiques couvrent souvent une part limitée du coût réel d’un conservatoire agréé, impliquant pourtant des enseignants qualifiés, des normes pédagogiques exigeantes et des investissements importants. De nombreuses collectivités choisissent alors de développer des structures municipales moins exigeantes sur le plan des certifications et des moyens, avec des conséquences directes sur la qualité de l’offre proposée.
Le parallèle n’est évidemment pas absolu, mais il met en lumière une même tension : celle entre ambition éducative et contraintes budgétaires.
Ainsi, constater les économies réalisées sur ce secteur, parfois au détriment de la qualité de l’encadrement proposé aux enfants, pose une véritable question de choix politiques et de société.
Pour conclure, il existe bel et bien des formations ainsi que des associations d’éducation populaire auxquelles les collectivités peuvent faire appel pour encadrer les temps périscolaires et parascolaires. Parmi elles : la Ligue de l’enseignement, les Francas, les CEMÉA, Léo Lagrange ou encore l’IFAC.
Je ne prétends évidemment pas que le recours à des personnels formés ou à ces associations réglerait tous les problèmes. Des individus malveillants ou déséquilibrés peuvent malheureusement agir dans tous les milieux et quel que soit le niveau de qualification.
Néanmoins, des formations construites autour de valeurs éducatives, républicaines et éthiques constituent, me semble-t-il, un filtre et des garde-fous indispensables.
À ce titre, nous pouvons également constater, dans de nombreux quartiers, les effets délétères du recul des structures d’éducation populaire autrefois implantées localement. Ces structures jouaient un rôle fondamental de prévention, d’encadrement et de formation. On les a parfois jugées dépassées ou ringardes, confondant leurs éventuelles limites avec leur mission profonde. Faute d’avoir suffisamment modernisé certains contenus ou soutenu la formation des animateurs, on a parfois préféré abandonner ces dispositifs plutôt que les réformer — jetant, pour reprendre l’expression, le bébé avec l’eau du bain.
Cette réflexion mériterait elle aussi un développement spécifique, qui dépasse le cadre de ce courrier.
Un auditeur fidèle de France Inter, engagé depuis de nombreuses années sur ces questions, tant par son parcours professionnel que par ses engagements associatifs et souhaite tout de même en tout dernier lieu à insister sur la qualité de vos émissions en général sur France inter et sur l’ensemble du service public de l’information injustement attaqué actuellement cela me parait essentiel.
On a l’air de découvrir que les pédophiles vont là où se trouvent les enfants ! Au vu de l’étendue des dégâts en France, quid de la traque des pédophiles qui doivent s’organiser en réseau via le “darknet” ?
Lorsque l’on parle des abus dans les écoles privées, Franceinfo insiste bien sur “écoles privées”.
Quand il s’agit de l’école Saint Dominique, le minimum serait de dire “école publique Saint Dominique” car cela porte à confusion.
À la suite de votre émission intitulée « Violences sexuelles dans le périscolaire : les faillites d’un système » sur France Culture, j’ai souhaité vous contacter depuis ma double position : acteur de l’éducation populaire en charge des activités périscolaires et docteur en sciences de l’éducation et de la formation, chercheur associé à l’université.
Plusieurs questions essentielles sont abordées dans le cadre de cette émission, tout en restant, à mon sens, insuffisamment approfondies pour saisir pleinement les problèmes que l’enquête de Mme Haffreinque-Moulart révèle, et, inévitablement, les remèdes qu’il conviendrait d’adopter.
- Les aspects structurels du secteur ne sont évoqués qu’en surface et font souvent l’objet de confusions (temps périscolaire / extrascolaire, compétences des collectivités / associations et statuts d’organisateurs, formation des animateurs volontaires / professionnels, etc.). Pourtant, la structuration du secteur permet de comprendre une grande partie des modes de fonctionnement actuels et ses dérives.
- Nous ne comprenons pas comment les constats parisiens en viennent à être généralisés à l’ensemble du territoire français. L’émission ne donne qu’une bribe d’explication, elle dit clairement que cette activité relève des municipalités et que le fonctionnement parisien a des répercussions à l’échelle nationale en termes politiques et d’image. Si je partage ce constat, il me paraît néanmoins nécessaire de distinguer cette situation particulière des réalités observées ailleurs, en la replaçant dans l’organisation décentralisée du pays et dans la répartition des compétences entre l’État et les collectivités territoriales.
- À plusieurs reprises, la formation des animateurs est mise en question. Il s’agit effectivement d’un constat largement partagé par les différents acteurs universitaires. La question de la professionnalisation des animateurs constitue d’ailleurs un sujet de recherche.
Bonjour France Inter et bonjour à vos invités Victoire et Lisa. Mesdames, un grand merci pour votre livre et votre enquête ! Que l’Éducation nationale assume ses responsabilités ! Je souhaite que tous les professionnels de justice présents au procès des personnes, auteurs des violences sexuelles sur enfants, dans le cadre du périscolaire, lisent vos travaux et arrêtent de minimiser les viols et agressions sexuelles. Ces enfants sont détruits, cassés pour toute leur vie.
En écoutant l’interview sur France Inter actuellement, il faut vraiment préciser la terminologie des accueils. La personne accueillie nomme périscolaire à la fois les accueils avec ou sans déclaration auprès des services de l’État. Sans déclaration cela s’appelle une garderie et il n’y a aucun contrôle de casier judiciaire ni de taux d’encadrement.
Un accueil périscolaire est déclaré auprès des services de l’Etat avec des taux d’encadrements de personnes diplômées.
Même s’il y a encore beaucoup de choses à travailler et faire évoluer dans les accueils périscolaires. On ne peut pas nommer garderie et périscolaire comme identique.
J’écoute en direct Les Matins et le dossier spécial sur le périscolaire et les violences. J’ai travaillé plus de 15 en tant qu’animatrice coordinatrice enfance et petite enfance.
Les défaillances du système de recrutement, de formation et de conditions de travail en périscolaire et extrascolaire expliquent ces drames.
De mon expérience j’en tire l’analyse que les conditions de travail, de recrutement et le manque de moyen alloué sont la source de ces violences et tant qu’on ne regardera pas le problème en face et en le posant de manière très claire a tout cela perdurera.
Concernant les violences périscolaires, je ne comprends pas que l’on parle de formation ou d’information : c’est à la base un problème de compétence. Recruter du personnel sans la compétence requise, ça coûte moins cher, mais ça ouvre la porte au n’importe quoi. Les diplômes existent.
Personne ne confierait sa comptabilité à quelqu’un simplement parce qu’il aime bien travailler avec les chiffres, sans autre forme de compétence ! Prenons-nous moins au sérieux la sécurité de nos enfants que celle de notre argent ?
J’écoute régulièrement votre émission ainsi que, de façon générale, France Culture. J’apprécie de nombreuses émissions.
Je suis professeur des écoles et directrice d’école élémentaire. L’émission d’aujourd’hui est nécessaire et intéressante. Seulement je trouve que l’affirmation « entre le monde périscolaire et le monde de l’éducation nationale il n’y a aucune communication… » est très exagérée selon mon actuelle expérience professionnelle ! S’il est vrai qu’il y a des différences entre les 2 services (responsabilité, encadrement, formation etc…), j’affirme que dans mon école (6 classes, 150 élèves de 3 à 11 ans) la communication entre l’école et les animateurs fait partie du projet d’école et cela depuis plusieurs années. Il y a une vraie cohérence entre les 2 services et des échanges quotidiens. En tant que directrice je suis en relation régulière avec le responsable du service périscolaire sur la pause méridienne. Les animateurs ou le responsable participe aussi aux conseils de délégués d’élèves et aux conseils d’école auxquels ils sont invités.
En ce qui concerne la hiérarchie très présente dans les écoles, j’affirme aussi que ce n’est pas tant le cas dans notre école… qui n’est sans doute pas une exception.
Il y a sans doute un gros travail à faire, les difficultés et les agressions sont réelles dans certaines structures mais je souhaitais rétablir cette réalité. La volonté de mettre en place un cadre est nécessaire. Il faut faire vivre au quotidien la communauté éducative. En effet il faut de la formation pour tous et des formation inter-professionnelle. Il y aurait encore beaucoup à dire…
J’ai écouté votre émission très intéressante, sur les violences faites aux enfants dans le périscolaire. Je trouve dommage que vous n’ayez pas insisté sur l’éducation des enfants pour qu’ils connaissent leur corps et leurs droits. Comment parler de ce qu’on ne connaît pas ? Cela contribue au silence. Et il faut aller plus loin, comme cela a été mentionné dans vos discussions, les enfants parlent mais on ne veut pas les entendre, on veut protéger les adultes. Et ça suffit ! Merci pour votre engagement dans cette émission.