L’interview de Sarah Knafo dans le 8.30 de franceinfo le 28 octobre 2026, menée par les journalistes Simon Le Baron et Audrey Tison à suscité de nombreuses réactions de la part des auditeurs. Pour répondre, Richard Place, directeur de la rédaction, est au micro d’Emmanuelle Daviet.

Emmanuelle Daviet : Après l’interview de Sarah Knafo, des auditeurs souhaitent savoir pourquoi franceinfo lui a donné la parole. Certains estiment que les responsables politiques qui mettent en cause le service public ou contestent les règles du débat journalistique ne devraient plus être invités. Alors, avez-vous une obligation d’inviter toutes les personnalités politiques, quelle que soit leur position et leur attitude à l’égard des médias?

Richard Place : Oui, nous avons une obligation de faire vivre le débat démocratique et de faire s’exprimer tous les partis politiques sur l’antenne de Franceinfo. Nous le faisons sous le contrôle de l’Arcom c’est quelque chose auquel je suis très attentif. Quelles que soient les positions des uns et des autres, évidemment, il ne faut pas contrevenir à la loi et nous devons tenir l’antenne dans ces moments-là, si quelqu’un fait une déclaration qui est hors-la-loi. Mais en revanche, toutes les positions politiques doivent pouvoir et s’expriment sur Franceinfo.

Emmanuelle Daviet : De nombreux auditeurs ont été frappés par la tension de cet entretien. Certains ont regretté que Sarah Knafo ne réponde pas aux questions posées, et ils estiment que l’interview aurait dû être interrompue. D’autres se demandent comment les journalistes peuvent conserver la maîtrise de l’échange quand un invité conteste leurs questions ou cherche à imposer ses propres sujets. Richard Place un journaliste peut-il décider de mettre fin à une interview en direct quand il estime que les conditions d’un véritable échange ne sont plus réunies ? Est-ce qu’il existe des règles ou des consignes éditoriales pour gérer ce type de situation ?

Richard Place : Oui, c’est possible d’interrompre une interview si l’on juge qu’effectivement elle ne peut plus se tenir dans des conditions correctes. On doit pouvoir le faire à tout moment. C’est évidemment une décision très compliquée, mais ça peut arriver. Cette interview était très compliquée effectivement, parce qu’une interview, ce sont des règles. Il y a des intervieweurs et une personne qui accepte de répondre à des questions. Dans ce moment-là, c’était très compliqué. Et d’ailleurs, pour les auditeurs, c’est à eux en premier auquel on doit penser. Je pense que c’était très compliqué d’en ressortir quelque chose de cette interview-là. Toutefois, je tiens à réaffirmer tout mon soutien à nos intervieweurs ce matin-là.

Emmanuelle Daviet : Alors, précisément, vous évoquez les auditeurs, et bien leurs réactions à cette interview sont très contrastées. Certains ont salué le sang-froid des journalistes, d’autres, y compris ceux qui ne partagent pas les idées de Sara Knafo, ont été choqués par une entrée en matière qu’ils ont jugée trop offensive. Beaucoup ont estimé qu’il y avait trop de confrontation au détriment des questions de fond. Et dans les messages, on constate une même frustration, celle de ne pas avoir entendu suffisamment de réponses pour se faire une opinion. En tant que directeur de la rédaction de Franceinfo. Que pensez-vous de cette interview?

Richard Place : Je partage cette frustration. Dans cette interview, nous n’avons pas pu entendre suffisamment de fond, parce que cette interview s’est déroulée d’une manière que nous n’imaginions pas. Nous avons essayé de poser des questions, essayer de faire notre travail sur l’antenne de Franceinfo ce matin là, comme nous le faisons tous les jours, notamment dans ce rendez-vous du 8h30 où nous interviewons des représentants politiques de tous bords. Et parfois ça peut être tendu, parfois ça l’est moins. Évidemment, le climat politique dans ces moments-là, et certains partis sont plus ou moins offensifs. Toutes les opinions doivent pouvoir s’entendre sur Franceinfo, mais pour que l’on puisse les entendre, encore faut-il vouloir jouer le jeu de l’interview.

Emmanuelle Daviet : Cet entretien a également eu des prolongements sur les réseaux sociaux. Les intervieweurs ont fait l’objet d’attaques et de menaces. Comment Franceinfo accompagne-t-elle et protège-t-elle ses équipes lorsqu’elles sont personnellement prises pour cible ?

Richard Place : D’abord, comme je l’ai fait un peu plus tôt, en les assurant de notre entier soutien, ensuite en condamnant fermement ce qui a été dit, ce que nous avons fait très rapidement par un communiqué de la direction. Mais évidemment, aucun journaliste ne peut être cyberharcelé, attaqué de quelque manière que ce soit parce qu’il fait son travail. C’est honteux. Et par ailleurs, nous avons effectivement un accompagnement juridique, médical et bien sûr éditorial. Mais dans ce cas précis, juridique et médical proposé à nos journalistes dans ces moments-là, parce que ce sont des moments compliqués, je ne veux pas surjouer la chose, mais ce sont des moments compliqués à vivre. Et donc il faut aussi que l’on puisse exercer, quand on est journaliste, son métier dans de bonnes conditions.