Le traitement éditorial de la mort de la jeune Lyhanna a suscité des messages de la part des auditeurs. Pour leur répondre, Florent Guyotat, directeur adjoint de la rédaction de franceinfo est au micro d’Emmanuelle Daviet.

Emmanuelle Daviet: Dans l’affaire Lyhanna, quel est le principal défi éditorial ? C’est informer sur un drame, enquêter sur les dysfonctionnements institutionnels, refléter l’émotion du pays ou prendre davantage de distance ?

Florent Guyotat: Dans la manière dont nous délivrons l’information, il y a un ordre, une chronologie. La première priorité pour nous, comme toujours, c’est d’établir les faits. Donc, dans la matinale du lundi 1ᵉʳ juin sur Franceinfo, nous commençons à évoquer la disparition de Lyhanna grâce à nos confrères d’Ici Occitanie, donc du réseau des radios locales de Radio France qui raconte sur notre antenne les battues qui sont organisées pour retrouver cet enfant de onze ans et qui nous disent aussi qu’il y a un suspect en garde à vue. Donc nous avons nos collègues sur le terrain dans le Gers. Et puis nous avons aussi les journalistes de notre service Police Justice à Paris qui enquêtent de leur côté, qui appellent leurs contacts. Et le 1ᵉʳ juin, dans la soirée, nous apprenons, nous le disons à l’antenne d’ailleurs que ce suspect et mis en examen pour enlèvement et séquestration. A partir de là, les journalistes de notre service Police Justice continuent, comme d’autres médias, à enquêter sur le profil et le passé de ce suspect. Et c’est là qu’on découvre, dans les jours qui suivent, que ce suspect, Jérôme Barella, avait fait l’objet de plusieurs plaintes. Il y en a une qui retient particulièrement l’attention, celle de la mère d’une autre fillette, Rosa, qui accuse Jérôme Barrela, d’avoir violé sa fille. Et on s’aperçoit que plusieurs mois après cette plainte, eh bien le suspect n’a toujours pas été entendu, n’a pas été inquiété. Donc c’est là véritablement qu’on se rend compte qu’il ne s’agit pas d’un simple fait divers dramatique, mais d’un fait de société, d’une affaire nationale. Parce qu’on s’aperçoit qu’il y a eu des dysfonctionnements dans la chaîne judiciaire qui provoque un débat d’ampleur nationale. Et c’est pour ça qu’on accorde autant de place à cette affaire sur l’antenne de Franceinfo depuis deux semaines maintenant. Donc, notre mission, c’est d’abord d’établir les faits et ensuite, dans un deuxième temps, de rendre compte, avec la distance nécessaire, de l’émotion et du débat national autour de la mort de cet enfant.

Emmanuelle Daviet: Florent Guyotat, les réactions du pouvoir exécutif ont-elles modifié votre hiérarchie de l’information ?

Florent Guyotat: C’est important de le dire. On n’a pas attendu l’intervention du pouvoir exécutif pour parler très largement de l’affaire Lyhanna sur Franceinfo. Après, le fait que le pouvoir exécutif, le gouvernement mais aussi le président de la République souhaite s’exprimer. C’est un élément, pas le seul, mais c’est un élément du débat national. Notamment, il y a huit jours, le vendredi 5 juin, lorsqu’à Emmanuel Macron prend la parole au sujet de Lyhanna.

Extrait

Florent Guyotat: Voilà ces propos du président ont donc alimenté le débat national. Est-ce que les dysfonctionnements de la justice sont dus à un manque de moyens ? Est-ce qu’il y a une responsabilité collective, des erreurs individuelles ? Sur Franceinfo, vous avez aussi pu écouter l’avocat des parents de Lyhanna, François Roujou de Boubée. Il a répondu au Président de la République. C’était lundi dernier.

Extrait

Florent Guyotat: Nous avons essayé de donner la parole à tous les points de vue sur Franceinfo. Vous avez entendu les représentants des principaux partis politiques, mais pas que. Des magistrats, des avocats, des psychologues, des associations de défense des enfants, des habitants du Gers également, s’expriment régulièrement à l’antenne.

Emmanuelle Daviet: Ceux qui s’expriment aussi à travers leurs courriers, ce sont donc les auditeurs qui ne comprennent pas que la victime, Lyhanna, soit qualifiée de jeune fille sur votre antenne. Une auditrice écrit : « À onze ans, on est une enfant, pas une jeune fille. Cette sexualisation d’une enfant est tout simplement inacceptable et extrêmement problématique. » Florent Guyotat, que répondez-vous à cette remarque?

Florent Guyotat: Je vais vous le dire clairement. Je pense que cette auditrice a raison, tout simplement. C’était une maladresse. A onze ans, c’est vrai, on est encore une enfant. Et « jeune fille », ça désigne quelqu’un de plus âgé. Lyhanna était une enfant, donc c’est ce mot désormais ou celui de fillette, de collégienne que nous employons régulièrement à l’antenne.