Les auditeurs nous ont écrit au sujet du traitement éditorial de la hausse du carburant et de la transition énergétique. Pour leur répondre, Florent Guyotat, directeur adjoint de la rédaction est au micro d’Emmanuelle Daviet;

Emmanuelle Daviet: Depuis le début de la guerre en Iran fin février et le blocage du détroit d’Ormuz qui s’en est suivi, les prix à la pompe ont grimpé en France d’environ 15 % pour l’essence et bondi de 35 % pour le diesel. Les prix atteignent donc des niveaux élevés et leur mécanisme reste souvent difficile à comprendre. C’est ce que des auditeurs nous écrivent dans leurs messages. Dans ce contexte, Florent Guyotat, comment travaillent les journalistes de la rédaction ? Entre les taxes, les marges des distributeurs, les fluctuations du marché et les décisions politiques, quels sont les principaux défis pour expliquer clairement ces mécanismes économiques complexes sans les dénaturer ?

Florent Guyotat: Alors, au sein de notre rédaction, nous avons un groupe de journalistes spécialisés dans le traitement des données et particulièrement des données chiffrées. Ils sont six au sein de notre radio. Ce sont les membres de notre cellule décryptage ou encore cellule Vrai ou faux ? Vous entendez souvent ces dénominations si vous êtes un auditeur régulier de Franceinfo. Et évidemment, en ce moment, ils sont particulièrement mobilisés pour scruter les prix des carburants. Alors je vais vous donner un exemple concret. La semaine passée, dans la nuit du mardi 7 au 8 avril, Donald Trump a annoncé le cessez-le-feu avec l’Iran. Et l’un de nos invités, Olivier Gantois, le président de l’Union française des industries pétrolières, a fait cette déclaration sur Franceinfo en disant que les prix des carburants à la pompe allaient baisser.

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Florent Guyotat: Donc sur Franceinfo, on fait notre travail de vérification pour voir si ce type de déclarations et de promesses se concrétise. Et deux jours plus tard, le vendredi, Mathilde Bouquerel, de notre fameuse cellule décryptage, a donné le résultat de ses recherches aux auditeurs de Franceinfo.

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Florent Guyotat: Voilà. Alors vous l’avez compris, depuis cette intervention à l’antenne, évidemment les prix ont encore évolué, mais c’était pour vous donner un exemple du travail que nous menons au quotidien. D’ailleurs, je vous invite à vous rendre sur notre site Franceinfo.fr. Là, vous avez à disposition une carte de France des prix des carburants. Vous cliquez sur la zone qui vous intéresse et vous obtenez les prix mis à jour, c’est important, quotidiennement.

Emmanuelle Daviet: Franceinfo a relayé les positions du gouvernement, des distributeurs et des représentants professionnels. Est-ce qu’il faut y voir une manière de garantir l’équilibre et le pluralisme, ou bien est-ce que cela répond à d’autres logiques importantes pour comprendre cette actualité ?

Florent Guyotat: Alors les choses au fond sont très simples, de bons points de vue. Comme sur d’autres sujets, il y a un débat politique et économique autour des prix des carburants. Vous avez des partis comme le Rassemblement national, qui réclament une baisse des taxes sur les carburants, notamment une baisse de la TVA. Tout cela pour faire baisser les tarifs à la pompe. Au sein du gouvernement, on répond qu’on est dans un contexte budgétaire très difficile, que l’Etat ne peut pas se permettre de perdre des recettes et que l’heure n’est plus au « quoi qu’il en coûte ». Notre rôle, c’est de faire entendre évidemment les positions de chacun en respectant le pluralisme. Et j’insiste, notre mission, c’est aussi de faire de la pédagogie en expliquant le plus clairement possible. Comment se décomposent les prix des carburants. Entre les taxes qui représentent plus de la moitié du tarif à la pompe, les marges, le coût du pétrole brut, le coût du raffinage. Pour connaître d’ailleurs la répartition complète, là encore, vous pouvez consulter notre site Franceinfo.fr.

Emmanuelle Daviet: On poursuit avec ce message d’un auditeur. Je vous le lis : « Je souhaiterais savoir pourquoi votre rédaction n’évoque plus jamais le télétravail, alors que la consommation de carburant est un problème pour les salariés qui doivent se rendre sur leur lieu de travail. Vous parlez du gouvernement qui recherche des solutions dans tous les sens, mais vous n’évoquez pas le télétravail qui pourrait permettre tout simplement de ne pas consommer de carburant, et donc de faire faire des économies aux travailleurs comme aux pays. Pourquoi restez-vous silencieux à ce sujet ? » Florent Guyotat, que répondez-vous à cet auditeur?

Florent Guyotat:Eh bien, qu’on ne reste pas silencieux, qu’on a traité ce sujet dans le 12/15 de Franceinfo, le 2 avril dernier. Nous avons organisé un débat sur cette question avec notamment l’un de nos interlocuteurs, Romain Beke, dirigeant d’une société de conseil en environnement. Il plaidait pour un renforcement du télétravail afin d’éviter des déplacements en voiture trop coûteux aux salariés.

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Emmanuelle Daviet: La hausse des carburants accélère aussi l’intérêt pour les véhicules électriques. D’après les estimations gouvernementales, rouler 100 kilomètres en véhicule électrique coûte en moyenne entre deux et 3 €, contre 11 € en moyenne avec du diesel. L’Exécutif qui souhaite accélérer sur l’électrification, a annoncé dimanche une nouvelle offre de leasing social pour les véhicules électriques, avec au moins 50 000 véhicules supplémentaires proposés en juin pour les gros rouleurs, notamment les aides à domicile, les infirmiers et les aides-soignants. Florent Guyotat, comment Franceinfo décrypte ces évolutions et pensez vous qu’accompagner les auditeurs dans la transition énergétique fait partie des missions de Franceinfo?

Florent Guyotat: Je serais très prudent sur cette expression d’accompagner nos auditeurs dans la transition énergétique. Nos auditeurs, je pense, sont assez grands pour se faire leur opinion. Ce n’est pas à nous de leur dire quel choix ils doivent faire, quelle conduite ils doivent adopter. En revanche, notre rôle, c’est d’informer. Donc oui, nous nous sommes fait l’écho des ventes qui ont augmenté sur le marché des voitures électriques, notamment le marché de l’occasion. Tout simplement parce que c’est quelque chose que nous avons constaté et nous faisons aussi à l’antenne régulièrement des sujets sur le développement des bornes de recharge électrique.