Les auditeurs ont réagi au traitement et à la couverture éditoriale de l’hantavirus sur l’antenne. Pour répondre à leurs interrogations, Richard Place, directeur de la rédaction de Franceinfo, est au micro d’Emmanuelle Daviet.

Emmanuelle Daviet : Des auditeurs s’interrogent sur la place importante accordée à l’hantavirus sur l’antenne en indiquant que les spécialistes invités, les médecins, les chercheurs qu’ils ont entendus sur Franceinfo ont souvent rappelé qu’il n’y avait pas de risques majeurs pour la population. Alors, comment décidez-vous qu’un sujet sanitaire, a priori limité, bénéficie de cette couverture éditoriale ?

Richard Place: À Franceinfo, comme partout en France et partout dans le monde, nous avons évidemment le souvenir encore très vivace de la pandémie de Covid. Quand on entend parler de cet hantavirus et de ce paquebot, on parle très peu finalement sur l’antenne de ça. Dans les premières heures, on raconte, on explique ce qui se passe, ce que l’on en sait et on voit très vite que, ne serait-ce qu’au sein de la rédaction, des questions émergent sur la manière dont on doit en parler. Est-ce que vraiment ce virus est dangereux ? Est-ce que sa propagation est la même que celle du Covid ? Donc on se dit à ce moment là que ces questions-là, elles émergent aussi dans la société française. Donc on commence à les poser aux chercheurs. Et puis on voit bien que des questions se posent au niveau des États concernés, que l’OMS s’empare du sujet. Et puis quand les auditeurs nous disent « Nous avons entendu beaucoup de chercheurs, de médecins qui ont rappelé qu’il n’y avait pas de risque majeur », mais où l’ont-ils entendu, sur franceinfo justement. Parce que ces questions-là émergent, on doit questionner et requestionner régulièrement ces chercheurs, ces médecins pour qu’ils nous disent le niveau de risque et qu’ils nous expliquent dans le détail ce qui se passe actuellement.

Emmanuelle Daviet : Certains auditeurs ont été surpris par le suivi très détaillé de l’arrivée du bateau à Tenerife, les dispositifs sanitaires pour les croisiéristes, tous les détails sur les opérations d’évacuation. Pourquoi ce choix éditorial d’être sur place ? Est-ce réellement indispensable, demandent des auditeurs. Et plus largement, quels sont les moyens déployés par Franceinfo pour couvrir cette actualité ?

Richard Place: Alors sur la question d’être sur place, c’est la raison d’être, à mon avis, du journalisme et donc de Franceinfo en particulier, d’être le plus près possible de là où les choses se passent. C’est par exemple un problème que nous rencontrons dans la couverture de ce qui se passe à Gaza, puisque les journalistes, je le rappelle, ceux de Franceinfo, pas plus que les autres, ne peuvent pas entrer librement à Gaza et faire du reportage. C’est la difficulté face à laquelle on se retrouve avec l’Iran, où entrer en Iran est aujourd’hui quasi impossible pour des journalistes. Donc dès que c’est possible de s’approcher du cœur du sujet, nous le faisons. Et donc là, en l’occurrence, oui, nous sommes allés aux Canaries pour l’arrivée de ce paquebot. C’est Caroline Félix, notre reporter, qui est allée sur place et qui a pu nous raconter à quoi ressemblait cette arrivée, dans quelles conditions étaient accueillis ces passagers, quelles étaient les conditions sanitaires qui étaient mises en place, ce qu’ont fait tous les pays concernés, notamment la France avec ses passagers. Donc oui, nous avons déployé ces moyens-là, cette reporter-là, avec un technicien sur place et ensuite nous avons un service sciences-santé-environnement dans lequel nous avons des experts que nous avons évidemment sollicités sur ce sujet et qui enrichissent chaque jour l’antenne de leur savoir.

Emmanuelle Daviet : Richard Place, comment informer sans inquiéter ? On voit très bien dans les messages des auditeurs que certains commencent à avoir des craintes sur une éventuelle circulation du virus. L’effet de répétition propre à une chaîne d’information en continu est parfois perçu comme une dramatisation. Alors, comment vous évitez de susciter de l’inquiétude ou de l’anxiété lorsque vous traitez ce type de sujet ?

Richard Place: C’est très compliqué, en effet. Nous sollicitons de l’expertise, du savoir et je vous le disais, du reportage. Avec l’expertise, on pose la question au mieux placé pour le faire. Par exemple, cette semaine, nous avons eu Yazdan Yazdanpanah qui dirige le service infectieux, de maladies infectieuses de l’hôpital Bichat, où est traitée la patiente française qui est touchée par le virus. Donc, nous sommes au cœur de l’expertise quand nous avons cet invité-là et nous lui posons les questions que nous nous posons tous finalement autour de la la propagation de ce virus, de son danger, des mesures qu’il faut prendre dans la population. Et il nous raconte tout ce que la science sait au moment où nous en parlons. Dans ces moments-là, la question est de savoir notre niveau de connaissance aujourd’hui en France et dans le monde, de ce virus et de ce que l’on doit faire pour lutter contre la propagation de ce virus. La manière dont les gens le reçoivent, malheureusement, là dessus, nous ne sommes pas capables de savoir comment c’est perçu.

Emmanuelle Daviet : Dans le courrier reçu, des auditeurs saluent le travail de la rédaction. Certains se disent très surpris par la décision de ne pas avoir maintenu confiné les croisiéristes sur le bateau. Ils souhaitent savoir comment Franceinfo va continuer le suivi de ces personnes avec 23 nationalités différentes.

Richard Place: C’est évidemment pas simple, mais à Radio France, on peut s’appuyer sur le fait d’avoir neuf correspondants à l’étranger, ce qui est unique dans le paysage radiophonique français. Et puis nous avons nos experts dont je vous parlais de notre service Sciences-Santé-Environnement. Donc, dès que nous arriverons à obtenir des informations sur le sort de ces passagers, de ces malades, nous les donnerons l’antenne.