Les auditeurs nous interrogent sur les éditions spéciales sur Franceinfo : « Pourquoi cette actualité mérite-t-elle de passer en édition spéciale ? », « vous en avez trop fait sur ce sujet », « qui a décidé que c’était nécessaire de basculer en édition spéciale ? ». Richard Place, directeur de la rédaction de franceinfo, répond aux questions des auditeurs et explique les coulisses de ces éditions spéciales sur l’antenne.
Emmanuelle Daviet : Le pape Léon XIV était en France le week-end dernier jusqu’à lundi soir, et Franceinfo a consacré une part importante de son antenne à cette visite. Des auditeurs nous ont écrit pour saluer une couverture, je cite « remarquable », et d’autres estiment qu’il en a été trop question. Richard Place lors d’un événement comme celui-ci, qu’est-ce qui vous conduit à basculer en édition spéciale ?
Richard Place : D’abord, je tiens à dire que nous n’avons pas été constamment en édition spéciale pendant la visite de plusieurs jours de Léon XIV, que nous avons choisi des moments particuliers, à savoir la messe à Notre-Dame, les vêpres à Notre-Dame et le Tour en papamobile auparavant dans le centre de Paris. Et le lendemain, lors de cette « méga messe » depuis la place de la Concorde avec des Champs-Elysées noirs de monde. Nous savions à l’avance que ces événements-là allaient créer une attente énorme, que ces images allaient être diffusées partout dans le monde. Et nous nous sommes dit qu’à ce moment-là, dans ces instants-là, ça valait le coup d’être en édition spéciale. Ce qui demande, je le précise en amont, un travail de titan mené par notamment notre rédactrice en chef en charge des éditions spéciales, Julie Bloch-Lainé, parce que l’organisation est toujours très compliquée sur ces gros événements.
Emmanuelle Daviet : Plus globalement, qu’est-ce qu’une édition spéciale à Franceinfo ? Où placez-vous la frontière entre une couverture renforcée et une véritable édition spéciale ? A partir de quel moment considérez-vous qu’une information justifie de bouleverser l’antenne et selon quels critères ?
Richard Place : Alors ça, c’est vraiment une excellente question à laquelle je pense personne, et moi le premier, directeur de la rédaction, n’a une réponse très claire à donner. Parce que notre antenne est déjà en soi, quasiment une édition spéciale permanente, nous sommes une radio tout info, nous sommes uniques en notre genre. Ça n’existe pas en France une radio tout info à part Franceinfo. Et donc dès qu’il y a une information importante qui peut prendre le pas sur le reste, eh bien elle prend petit à petit de plus en plus de place et parfois toute la place, parce que l’on juge dans ces moments-là que nos auditeurs attendent que l’on parle de ce sujet-là. L’exemple le plus évident, ce sont évidemment lorsqu’il y a eu des attentats en France, mais il y a plein de sujets qui peuvent donner lieu à des éditions spéciales. Une édition spéciale, ça peut durer une demi-heure, ça peut durer une heure, ça peut durer des jours. Et à chaque fois, c’est un questionnement au sein de la rédaction, tranché par la direction, évidemment, mais on choisit de passer en édition spéciale sans savoir jamais à quel moment on en sortira.
Emmanuelle Daviet : Vous dites que c’est une décision tranchée par la direction, mais qui prend cette décision et comment elle se prend ? Est-ce que c’est une appréciation collective en conférence de rédaction qui est ensuite tranchée par la direction ? Comment ça se déroule ?
Richard Place : Ça ne peut pas être ce processus-là parce que ce serait trop long et l’information va trop vite. En revanche, discuter rapidement avec un spécialiste de la maison sur le sujet précis sur lequel on se dit « tiens, là, il faudrait peut être enclencher, aller plus vite, plus loin, plus fort », discuter avec mon adjoint, avec le rédacteur en chef qui est à l’antenne à ce moment-là. Et puis à un moment, se dire bon là il faut y aller, on voit bien, on sent bien cette information-là, elle prend énormément de poids, énormément de place, allons-y. Cette semaine par exemple, nous avons fait 1h d’édition spéciale sur la prise de parole de Jordan Bardella et Marine Le Pen depuis l’Assemblée nationale. Parce que dans ce moment d’actualité et dans cette saison présidentielle, nous avons jugé que ce moment là était important, de 11h à 12h, ce matin-là, nous avons été en édition spéciale.
Emmanuelle Daviet : Un auditeur nous a écrit dernièrement : « Tout ou presque est sujet à édition spéciale. Passer en édition spéciale est devenu une habitude » et il cite comme exemple l’annonce il y a une quinzaine de jours, de la composition de l’équipe de France de football par son nouveau sélectionneur Zinédine Zidane, et demande ce qui, dans cette information, justifiait une édition spéciale.
Richard Place : Si on fait une édition spéciale pour le pape, on doit pouvoir en faire une pour Dieu. Donc Zinédine Zidane qui donne sa première liste de l’équipe de France, je plaisante, mais évidemment Zinédine Zidane est un symbole. Il y avait une très forte attente autour de cette annonce-là sur sa première décision en tant que sélectionneur de l’équipe de France de football. Donc oui, à ce moment-là, Franceinfo doit passer en édition spéciale. Là encore, ça dure le temps de cette conférence de presse. Et par ailleurs, ce n’est pas juste donner la parole à une personne, c’est avoir à ce moment-là nos spécialistes, en l’occurrence de la direction des sports, Nathalie Iannetta, Julien Froment en direct à l’antenne pour décrypter, raconter, expliquer le contexte. Et c’est la même chose lorsque l’on prend des paroles politiques à l’antenne. On avait cette semaine Aurélie Herbemont qui l’a aussi contextualisait. Dans ces moments là, oui, ce sont des temps forts de l’actualité et l’on juge, même si tout le monde ne sera jamais complètement d’accord, parce que personne ne fait l’unanimité et pas une actualité quasiment ne fait l’unanimité. Eh bien dans ces moments-là, on juge, nous, que c’est important, voire primordial.