1. Ukraine : informer sur la guerre
2. Le procès de Nicolas Sarkozy
3. La Journée internationale des droits des femmes
4. Biathlon : et l’équipe féminine ?
5. Jean-Luc Mélenchon, invité sur France Inter
6. Jean-Luc Mélenchon, invité sur France Inter : soutien des auditeurs à Léa Salamé
7. Mathieu Bock-Côté, invité des Matins de France Culture
8. Johann Chapoutot dans Zoom Zoom Zen sur France Inter
9. « Une schizophrène ne peut pas écrire ces lettres merveilleuses » dans le Masque et la Plume sur France Inter
10. La vulgarité sur France Inter
11. « États-uniens » ou « Américains » ?
12. Langue française
Dans l’édito de ce vendredi 14 mars : la couverture médiatique de la situation géopolitique internationale, le procès de Nicolas Sarkozy, le traitement du 8 mars, Journée internationale des droits des femmes, les propos tenus au sujet de la schizophrénie sur France Inter, la vulgarité dans des émissions de France Inter et l’emploi d’« Etats-Uniens » au lieu d’« Américains ».
Informer sur la guerre : un devoir journalistique
Depuis l’intervention d’Emmanuel Macron le 5 mars dernier, la guerre en Ukraine et le réarmement européen occupent une place centrale dans le débat public et, par conséquent, dans le traitement médiatique. Nous recevons de nombreux messages d’auditeurs s’interrogeant sur la manière dont ces sujets sont couverts par les rédactions, certains percevant un déséquilibre dans le discours, d’autres exprimant une inquiétude face à une dramatisation excessive, voire une volonté supposée d’alimenter une rhétorique belliciste de la part des rédactions.
« Je suis totalement scandalisé du parti pris pro-guerre, à longueur d’antenne, de vos journalistes et de vos invités. C’est scandaleux. »
« Ça y est ! C’est parti, on ne parle que de cela, on effraie la population : des journalistes qui ne parlent que de cela, qui invitent des intervenants bellicistes (…). Arrêtez la propagande, la propagande n’est pas l’information. Restons calmes. »
« Les Français sont contre l’escalade guerrière qui est en train de faire vibrer les principaux médias. Or, et encore une fois, on n’entend chez vous, à Radio France, qu’un seul son de cloche. Vous êtes bien conscients que vous êtes en pleine propagande ? »
Ces préoccupations sont légitimes et méritent d’être entendues. Mais il est également fondamental de rappeler un principe essentiel du journalisme : traiter un sujet ne signifie pas y adhérer. Si la guerre, le réarmement et les tensions internationales sont largement abordés, c’est avant tout parce qu’ils constituent une réalité incontournable de l’actualité, qui a des conséquences directes sur nos politiques, nos économies et nos sociétés.
Pourquoi parler de la guerre ? Parce qu’elle façonne notre époque. La guerre en Ukraine, depuis son déclenchement en février 2022, ne peut être ignorée : elle redéfinit les alliances internationales, affecte les marchés mondiaux et modifie profondément les stratégies de défense des États. Il s’agit d’un événement historique majeur qui s’inscrit dans une dynamique de tensions internationales accrues.
Notre rôle de journalistes est d’en rendre compte avec rigueur et sans parti pris. Cela signifie informer sur l’évolution du conflit, sur les décisions politiques qui en découlent, sur les stratégies des différents acteurs impliqués – qu’il s’agisse de l’Ukraine, de la Russie, des États-Unis, de la France ou de l’Union européenne.
L’information doit permettre à chacun de comprendre les enjeux. Or, le réarmement, qui découle directement de ce conflit, est aujourd’hui une réalité incontournable. En Europe, plusieurs pays revoient leur doctrine militaire, augmentent leur budget de défense et multiplient les initiatives pour renforcer leur souveraineté stratégique. La France n’échappe pas à cette dynamique, et cette évolution nécessite d’être analysée, expliquée et mise en perspective.
Informer n’est pas promouvoir
L’un des principaux reproches formulés par des auditeurs est celui d’une supposée adhésion des rédactions de Radio France à une logique de guerre, voire d’une participation à une forme de « propagande » gouvernementale. Ce sentiment découle en partie du fait que le réarmement est aujourd’hui traité comme une nécessité par de nombreux responsables politiques et experts, ce qui donne l’impression que les journalistes relaient cette vision sans la questionner.
Or, ce que nous faisons, c’est expliquer et décrypter. Il est essentiel de comprendre que le journalisme ne consiste pas à dire aux citoyens ce qu’ils doivent penser, mais à leur donner les éléments pour qu’ils puissent se forger leur propre opinion. Informer sur une hausse du budget militaire ne signifie pas encourager cette hausse. Expliquer les nouvelles doctrines stratégiques ne signifie pas les approuver. Relayer les propos d’un chef d’État ou d’un ministre ne signifie pas en être le porte-voix.
Il est évident que la couverture de l’actualité est influencée par les décisions politiques et diplomatiques du moment. Lorsque le président de la République annonce un tournant stratégique, lorsque le président des États-Unis déclare couper l’aide à l’Ukraine, lorsqu’un conflit s’intensifie, ipso facto ces événements occupent une place majeure dans l’actualité. Il serait irresponsable de les passer sous silence ou de les minimiser sous prétexte qu’ils sont anxiogènes.
Des auditeurs regrettent également un déséquilibre dans la représentation des opinions, estimant que les voix prônant des solutions diplomatiques ou pacifistes sont marginalisées. Ce point mérite d’être pris en considération : la pluralité du débat est essentielle dans un espace médiatique sain.
Les choix éditoriaux ne consistent pas à favoriser un camp ou à imposer une vision unique, mais à refléter les dynamiques réelles du débat public. Or, aujourd’hui, force est de constater que les prises de parole en faveur du renforcement militaire sont majoritaires dans les sphères politique et stratégique. Ce déséquilibre du débat ne vient pas nécessairement de nos rédactions, mais de l’état du discours public actuel, où les gouvernements et institutions internationales privilégient une logique de défense face aux menaces perçues.
Néanmoins, cela ne signifie pas que les alternatives doivent être ignorées. C’est pourquoi les antennes se doivent d’ouvrir leurs micros à des experts, universitaires et intellectuels qui proposent des visions différentes, qu’il s’agisse de solutions diplomatiques, de défense non militaire ou de rappels historiques sur d’autres conflits et leurs issues.
Enfin, certains auditeurs expriment leur inquiétude face à une atmosphère anxiogène, où la guerre et l’escalade militaire semblent présentées comme inévitables. Ce ressenti est compréhensible, et il est du devoir des médias de veiller à ne pas alimenter inutilement la peur.
Cependant, éviter un sujet sous prétexte qu’il est « angoissant » serait une forme de déni. La responsabilité des journalistes est d’aborder ces questions avec mesure et pédagogie, en expliquant les faits mais aussi les nuances, en donnant des éléments de contexte et en apportant une analyse qui va au-delà des réactions immédiates et des discours officiels.
Dans de telles circonstances, le journalisme n’est pas un relais d’émotion brute, mais un outil de compréhension. Et dans un monde en tension, où la géopolitique évolue rapidement, il est plus que jamais nécessaire de disposer d’une information complète, factuelle et éclairée, même si elle peut parfois être « pénible » à entendre.
Les médias de service public ont pour mission de donner aux citoyens les clés pour comprendre, en s’efforçant de garantir la diversité des points de vue et de traiter ces sujets avec rigueur, nuance et esprit critique. L’information n’a pas pour but de conforter, mais d’éclairer, et c’est précisément dans les périodes de crise que ce rôle est essentiel.
Le procès de Nicolas Sarkozy : divergence de perception entre les auditeurs et les rédactions
Depuis le début du procès de Nicolas Sarkozy, des auditeurs expriment leur incompréhension face à ce qu’ils perçoivent comme un traitement médiatique insuffisant de cette affaire. Ils s’interrogent sur l’absence de comptes rendus d’audience réguliers d’un procès qu’ils jugent historique, car touchant directement aux fondements démocratiques du pays.
Certains auditeurs dénoncent même une « négligence » médiatique, estimant qu’un tel manque de visibilité pourrait renforcer la défiance envers les médias et alimenter les théories du complot. Ils s’étonnent que d’autres affaires judiciaires, parfois qualifiées de « faits divers », bénéficient d’une couverture plus importante, tandis que ce procès impliquant un ancien président de la République ne semble pas être traité avec la même régularité :
« Ce matin je me suis réveillée au son d’un « en direct du procès le Scouarnec » et je me suis aperçue que, bien que j’écoute chaque jour les infos sur France inter et France culture, je ne me rappelle d’aucun direct du procès Sarkozy. Que, malgré l’importance de ce procès si je ne m’informais que sur vos antennes je n’en saurais rien ou presque. Vous avez sans doute réalisé çà et là des émissions mais pourquoi ce procès historique n’est-il pas plus central dans votre traitement de l’information ? Permettez-moi de trouver cette négligence scandaleuse et propre à nourrir le complotisme. »
« J’écoute assez régulièrement l’antenne de Franceinfo. J’avoue être perplexe sur la couverture du procès en cours concernant l’ex-president Nicolas Sarkozy. Je n’ai pas entendu ces derniers (mais ils m’ont sans doute échappé) de compte-rendu d’audience comme c’est habituellement le cas, ou même un temps de pédagogie pour mieux comprendre l’affaire en question. »
D’autres voient dans cette « discrétion » le symptôme d’un problème plus large : une proximité entre médias et sphère politique, qui affaiblirait la fonction de contre-pouvoir de l’audiovisuel public.
Face à ces remarques, les directions de France Inter et Franceinfo ont répondu aux auditeurs en expliquant leurs choix éditoriaux dans les rendez-vous de la médiatrice :
France Inter indique avoir fait le choix de suivre ce procès de manière approfondie, avec une couverture conséquente dès son ouverture, le 6 janvier, qui figurait à la Une des principaux journaux (5h, 6h, 7h, 8h, 13h, 19h). Elle reconnaît néanmoins le “ressenti” des auditeurs, qui peuvent avoir l’impression que le sujet est moins présent, en raison du rythme des audiences, qui ne se tiennent que trois après-midis par semaine. Cette particularité explique pourquoi les comptes rendus sont plus fréquents en soirée (18/20) qu’en journée. Par ailleurs, la journaliste Charlotte Piret, suit presque toutes les audiences et relaie ses analyses à la fois à l’antenne et sur les réseaux sociaux.
Franceinfo, de son côté, défend une couverture équilibrée et proportionnée, rappelant que le procès a fait l’objet d’un dossier spécial en matinale et d’une édition spéciale de 13h à 14h le jour de son ouverture. Depuis, la rédaction s’efforce de couvrir le procès avec régularité, bien que les audiences ne permettent pas un traitement quotidien. Elle précise avoir été présente quatorze fois sur quinze audiences, et que chaque session donne lieu à un compte rendu dans les éditions du soir, voire un rappel le lendemain matin. La rédaction insiste également sur son souci d’équilibre, en traitant aussi bien les accusations que les éléments de défense de Nicolas Sarkozy et des autres prévenus, notamment grâce aux interventions de Yannick Falt, envoyé spécial au procès.
On observe donc ici une perception contrastée entre les rédactions et une partie du public. Si les équipes de France Inter et Franceinfo estiment que leur traitement est à la hauteur de l’événement, certains auditeurs jugent qu’il reste insuffisant au regard de l’importance démocratique du procès.
Ce débat souligne également un enjeu plus large : la manière dont les rédactions hiérarchisent l’information et rendent compte des grandes affaires judiciaires. L’attente d’une couverture accrue se manifeste en effet chez des auditeurs, afin de ne pas avoir le sentiment que des événements majeurs passent « inaperçus » dans leur fil d’informations.
Le traitement du 8 mars sur les antennes de Radio France
La Journée internationale des droits des femmes, célébrée le 8 mars, suscite chaque année des attentes fortes en matière de visibilité et de reconnaissance des luttes féministes dans l’espace médiatique. Cette année encore, plusieurs auditeurs ont exprimé leur déception à l’écoute de cette journée sur les antennes de Radio France.
Certains auditeurs regrettent un manque de mise en avant des femmes dans la programmation, notamment sur France Culture, où ils auraient espéré une plus grande présence d’artistes et d’invitées féminines au cours des émissions de la journée. Pour eux, l’absence d’un effort éditorial particulier à cette occasion donne le sentiment que, même lors de cette journée symbolique, les voix masculines restent majoritaires. Cela renforce, selon eux, une impression de déséquilibre dans la répartition du temps de parole et de persistance d’une inégalité structurelle dans les médias.
D’autres messages concernent la diffusion du titre « Limbisa Ngai » de Damso et Kalash Criminel sur France Inter, une chanson aux paroles jugées offensantes à l’égard des femmes, alors même que cette journée est censée mettre en avant leurs droits et lutter contre les violences sexistes. Message d’une auditrice :
« Le 8 mars 2025, Journée internationale des droits des femmes, j’ai eu la surprise d’écouter la chanson de Damso et Kalash Criminel intitulée « Limbisa ngai » sur France Inter. Avez-vous écouté les paroles avant de la diffuser :
« J’aime l’argent, le respect, surtout les jolies dames, les jambes écartées
Je me souviens d’ta voix, pas à quoi tu ressembles car à chaque fois qu’on se voit, t’as la tête baissée, Pute
Je loue ces salopes comme si j’étais chez Sixt, etc. »
Doit-on écouter cela en 2025 sur une radio qui a couvert le procès Pelicot ? Le 8 mars ? Pas sûr …
C’est une honte absolue. »
Pour ces auditeurs, il s’agit d’un manque de vigilance, particulièrement frappant sur une station qui s’engage régulièrement dans la dénonciation des violences faites aux femmes, notamment à travers la couverture de procès emblématiques. Cette diffusion leur apparaît comme un contraste choquant avec les valeurs défendues par le service public.
Au-delà de la question de la représentation, des auditeurs ont également pointé du doigt la manière dont sont relayées les inégalités salariales entre les femmes et les hommes. Ils estiment que les chiffres évoqués à l’antenne manquent de précision et de nuances, conduisant parfois à des approximations qui peuvent fausser la perception du problème.
Certains rappellent ainsi que la différence de 23 % souvent mentionnée ne prend pas en compte certains paramètres importants, comme le temps de travail ou le type de poste occupé. Ils insistent sur l’importance de contextualiser ces données, notamment en distinguant l’écart de salaire pour un même poste à temps plein (estimé à 4 % en 2022) et l’écart global, qui reflète aussi les différences d’accès aux postes à responsabilité et le recours plus fréquent au temps partiel chez les femmes.
Ces auditeurs ne contestent pas l’existence d’inégalités salariales, mais souhaitent que le traitement journalistique soit plus rigoureux et précis, afin d’éviter des simplifications qui pourraient être perçues comme de la désinformation.
Des messages traduisent également une insatisfaction plus globale, estimant que le féminisme et les luttes pour les droits des femmes restent en retrait dans le traitement médiatique de l’actualité. Ils regrettent que ces sujets ne soient pas suffisamment intégrés aux débats de fond, en particulier dans un contexte international marqué par des conflits, où les femmes sont souvent les premières victimes de violences et d’inégalités.
Ils attendent un engagement plus visible et constant, non seulement le 8 mars, mais tout au long de l’année, afin de contribuer à une véritable prise de conscience collective et à une représentation plus équilibrée des femmes et des combats qu’elles mènent.
Propos sur la schizophrénie entendus sur France Inter
Les réactions des auditeurs après l’émission « Le Masque et la Plume » de dimanche dernier témoignent d’une réelle indignation après les propos tenus sur la schizophrénie. Nous avons reçu des messages de patients, de proches et de professionnels de la santé mentale dénonçant des affirmations erronées et stigmatisantes, notamment l’idée qu’une personne atteinte de schizophrénie ne pourrait pas écrire de belles lettres.
« Je viens d’apprendre en vous écoutant à l’instant que les schizophrènes ne savent pas écrire de belles lettres. Je suis moi-même schizophrène et je vous prie de croire que mes enseignants jusqu’en hypokhâgne ont toujours loué mes qualités rédactionnelles. Je vous informe qu’avec ce type de petites phrases dédaigneuses gratuites c’est 1% de la population que vous insultez dont de nombreux cadres et intellectuels. »
Rappelons que la schizophrénie est une maladie psychiatrique complexe, souvent associée à des idées fausses qui renforcent la stigmatisation des personnes qui en souffrent. L’un des clichés les plus répandus est celui d’une pathologie empêchant toute activité intellectuelle ou créative, alors que l’histoire et les témoignages prouvent le contraire.
Plusieurs auditeurs ont rappelé que de grands écrivains, artistes et intellectuels, à l’instar d’Antonin Artaud ou de Gérard de Nerval, ont vécu avec des troubles psychiques sans que cela ne freine leur expression artistique et littéraire. D’autres témoignent de leur propre parcours ou de celui de leurs proches, soulignant que la schizophrénie n’exclut ni la réflexion, ni la créativité, ni la réussite universitaire ou professionnelle.
Les critiques qui nous ont été adressées vont au-delà d’une simple phrase malheureuse : elles rappellent la responsabilité des médias dans la construction de l’imaginaire collectif autour des maladies mentales. Les mots façonnent la perception sociale, et des approximations peuvent avoir des conséquences réelles sur la vie des personnes concernées.
Certains auditeurs insistent ainsi sur la nécessité de faire preuve de plus de rigueur dans l’usage des termes psychiatriques, afin de ne pas alimenter des représentations erronées ou blessantes. Les professionnels de la santé mentale qui nous écrivent rappellent également l’importance de la formation sur ces sujets, pour éviter de véhiculer des stéréotypes préjudiciables.
Nous comprenons l’émotion et la déception des auditeurs qui estiment que de tels propos n’ont pas leur place sur une antenne habituellement perçue comme un lieu d’intelligence et de réflexion. Nous tenons à réaffirmer que l’objectif du débat et de l’échange d’idées ne doit jamais être d’exclure ou de caricaturer une partie de la population, en particulier lorsque celle-ci fait face à une stigmatisation sociale déjà importante.
Nous remercions les auditeurs qui ont pris le temps de nous écrire pour nous rappeler combien ces sujets méritent d’être abordés avec sérieux et bienveillance.
La vulgarité dans des émissions de France Inter
Des auditeurs font part de leur exaspération face à l’évolution de l’humour sur France Inter qu’ils jugent de plus en plus vulgaire.
Ils constatent que de nombreuses chroniques s’appuient sur des blagues obscènes, souvent centrées sur des références sexuelles explicites. Des formules extrêmement crues sont citées dans les messages, illustrant le malaise des auditeurs à l’écoute des émissions de Nagui ou Matthieu Noël. Malaise qui redouble lorsque des enfants sont près du poste. Des auditeurs soulignent en effet qu’ils trouvent inadmissible que de tels propos soient diffusés à des horaires d’écoute familiale, où des enfants peuvent écouter, comme l’après-midi ou en matinée :
« Bon, ça y est, France Inter n’a, non seulement plus rien à envier à l’émission culte de l’après-midi d’une grande radio privée connue pour ses blagues depuis les années 70, mais les a largement dépassés dans la vulgarité. Que ce soit dans les émissions de Nagui ou de Mathieu Noël, certains humoristes sont systématiquement vulgaires, même quand le sujet ne le justifie pas, encouragés par les rires bruyants et complices des animateurs.
Ma petite fille ne comprend pas pourquoi à la radio, ils ont le droit de dire des gros mots et pas elle. Que puis-je lui répondre?
Par exemple, rien que dans la bande originale du 14 février dans une seule chronique: « Vous nous servez ce jus de pisse » « Vas me lécher autre chose sous la table », « Attraper Daniel par la chatte », « A moi les gens qui me lèchent le cul », » « Il a le bout de merde à fond d’eau », « Bouffer la morille de Julie Conti », « Tu vas devoir sucer Kominek pour prendre un kick de coke » etc … et tout le monde de s’esclaffer bruyamment. C’est désolant! Et ça continue jour après jour, c’est lamentable. »
L’un des points récurrents dans les témoignages est la critique d’un humour perçu comme « facile » et « indigent intellectuellement ». Les auditeurs déplorent que les chroniqueurs, plutôt que de faire preuve de créativité ou de finesse, se contentent de jeux de mots grossiers et de blagues portant sur des thèmes sexuels.
La vulgarité semble être un substitut à l’humour intelligent :
« Je suis déçue d’entendre des humoristes parler de « doigt dans le cul », « enculer », et j’en passe, dans l’émission de 11h00, émission où ils gloussent tous, pour rien, tout au long du programme. D’ailleurs j’ai remarqué cette mode sur Inter d’accueillir des humoristes « limites » qui font rire tout le plateau, sauf nous. Dommage. »
Certains auditeurs observent également un phénomène de conformisme en studio : les rires des animateurs et des chroniqueurs semblent forcés et en vase clos. Certains nous écrivent se sentir exclus de cette ambiance où le rire artificiel et collectif est devenu la norme imposée.
Un dernier point de critique majeur réside dans le sentiment de rupture avec l’identité historique de France Inter. Plusieurs auditeurs regrettent que la station, autrefois perçue comme un bastion de l’humour intelligent et subtil, s’oriente vers des programmes plus vulgaires. Cette évolution est perçue comme une « dérive » par ce public en quête d’un juste équilibre entre l’humour potache et l’exigence de qualité qui faisait la réputation de France Inter.
Il est intéressant de noter que certains auditeurs ne remettent pas en cause le talent des humoristes, mais déplorent simplement l’orientation qu’a pris leur humour :
« Je m’interroge depuis un certain temps sur le choix des humoristes de l’antenne. Non pas que je nie leur talent mais je ne comprends pas pourquoi il faut qu’ils soient si vulgaires. Entendre parler de sodomie à 17h dans la voiture au retour de l’école ou des frasques sexuelles des chroniqueuse de la Bande originale ne me semble absolument pas indispensable. Je regrette que l’humour France Inter qui peut être fin et intelligent soit de plus en plus graveleux ».
« États-Unis » / « Étatsuniens »
Soucieux de terminologie, des auditeurs nous adressent depuis plusieurs semaines des messages sur une question de précision linguistique qui touche également à des revendications liées à l’identité, à la politique, et à la représentation géographique dans les médias : l’usage du terme « Amérique » pour désigner exclusivement les États-Unis.
Ces auditeurs font valoir que l’utilisation de « l’Amérique » pour désigner uniquement les États-Unis constitue une simplification erronée et réductrice de la géographie. Ils rappellent à juste titre que l’Amérique, en tant que continent, inclut à la fois l’Amérique du Nord, du Sud et du Centre, englobant des pays comme le Canada, le Mexique, le Brésil, ou l’Argentine, et que cette diversité géographique mérite d’être reconnue. Le problème est donc avant tout une confusion entre une nation (les États-Unis) et un continent (l’Amérique), qui est, dans le cas de certains auditeurs, perçue comme une « erreur systématique ».
Certains auditeurs vont plus loin et interprètent cet « abus de langage » comme un signe de l’hégémonie culturelle et politique des États-Unis sur l’ensemble du continent. En désignant systématiquement « l’Amérique » par les États-Unis, les journalistes renforceraient l’idée que ce pays est l’entité centrale du continent, effaçant ainsi les autres nations et cultures de l’Amérique. Cette tendance pourrait, à leur sens, non seulement diminuer la visibilité des autres pays, mais aussi renforcer une image d’impérialisme, où les États-Unis s’approprient l’identité de toute une région. D’autres auditeurs voient aussi dans cette confusion une manifestation d’un réflexe eurocentré, où la perception du monde est biaisée par une perspective occidentale et dominée par les États-Unis. Les journalistes participeraient involontairement à la diffusion d’une vision du monde où l’Amérique du Nord occupe une place prépondérante, au détriment des autres nations de ce continent.
Pour corriger cette approche, des auditeurs plaident en faveur d’un changement d’habitudes dans l’usage des termes. Ils recommandent l’utilisation précise des termes « États-Unis » pour désigner la nation et « Étatsuniens » pour ses citoyens, comme alternative aux appellations générales de « Américains ». Ce changement serait, selon eux, un geste de rigueur linguistique et un moyen de respecter les autres nations du continent. Il s’agit également d’une manière de montrer que ces peuples ont aussi le droit de revendiquer l’appellation « Américains », puisque leur culture et identité sont tout aussi légitimes et distinctes.
Emmanuelle Daviet
Médiatrice des antennes de Radio France