Voici les principales thématiques abordées par les auditeurs dans leurs messages envoyés durant l’été et en cette rentrée.
Nous publions une sélection de leurs messages dans la Lettre :
1. L’arrivée de Charles Sapin sur France Inter
2. L’évolution des fréquences de Radio France
3. Julie Gacon dans « Les Matins d’été sur France Culture
4. Simon Le Baron dans la matinale de France Inter
5. « Le temps d’un bivouac » sur France Inter
6. « Sous le soleil de Platon » sur France Inter
7. « Un été avec Nietzsche » sur France Inter
8. « Les affaires reprennent » sur France Inter
9. Les rediffusions dans la grille d’été de France Inter
10. Les rediffusions dans la grille d’été de France Culture
À chaque rentrée, cette lettre est traditionnellement l’occasion de revenir sur les principaux messages adressés à la médiation au cours de l’été. Elle permet de faire ressortir les programmes qui ont suscité l’intérêt et l’adhésion, mais aussi ceux qui ont provoqué agacement ou déception. L’objectif reste le même : restituer le plus fidèlement et le plus factuellement possible les réactions exprimées par le public à propos des programmes diffusés pendant la période estivale.
Cette année, une actualité s’impose toutefois dans les courriers reçus depuis quelques jours. Elle conduit à faire une entorse à cette traditionnelle synthèse de rentrée pour aborder d’emblée le sujet qui concentre aujourd’hui l’essentiel des réactions : l’arrivée du directeur adjoint de la rédaction de Valeurs actuelles, Charles Sapin, comme éditorialiste sur France Inter, le dimanche dans la matinale.
Avant d’entrer dans le détail de ces messages et de la réponse de la direction de France Inter, un rappel sur la méthode de la médiation paraît nécessaire.
Depuis la création de cette lettre, la publication des messages obéit à un principe simple : refléter aussi fidèlement que possible la diversité et la proportion des points de vue reçus. Lorsque les avis sont partagés à parts égales, la sélection publiée respecte cet équilibre. Lorsque, par exemple, 60 % des messages défendent un point de vue et 40 % expriment une opinion différente, cette proportion est également respectée dans leur restitution. Il ne s’agit donc ni de privilégier les critiques ni de mettre davantage en avant les réactions favorables, mais de donner à lire, avec la plus grande fidélité possible, la tonalité des courriers qui parviennent à la médiation.
Il arrive aussi que, sur un même sujet, les réactions reçues convergent très largement, qu’elles soient positives ou négatives. C’est précisément ce qui ressort, à ce stade, des messages consacrés à l’arrivée de Charles Sapin sur France Inter : les courriers reçus à la médiation expriment une critique très largement convergente de ce choix.
Ces messages sont nombreux, particulièrement denses et soulèvent plusieurs questions distinctes : le pluralisme sur une antenne de service public, le positionnement de Valeurs actuelles, le choix d’un éditorial sans contradiction immédiate, ou encore la relation de confiance avec France Inter.
Afin d’en restituer le contenu avec précision et de mieux faire apparaître les différentes préoccupations exprimées, cette lettre propose donc de séquencer les principaux thèmes qui traversent ces courriers.
La question du pluralisme
« Pluralisme » est le mot qui revient le plus souvent dans les messages. Les auditeurs ne remettent pas en cause ce principe. Cependant, tout en revendiquant la diversité des opinions sur une antenne de service public, ils en interrogent les limites :
« Je suis pour le pluralisme mais je ne peux tolérer que la haine des autres puisse être considérée comme une forme de pluralisme », écrit une auditrice. Un autre fidèle de France Inter explique avoir accepté pendant des décennies « des lignes éditoriales » qui pouvaient « le heurter », précisément « au nom d’une pluralité », avant d’estimer que cette fois une frontière a été franchie.
D’autres auditeurs se demandent si le pluralisme consiste à donner une place à toutes les sensibilités politiques et, si oui, s’il existe des limites à cette représentation sur une antenne de service public.
La direction de France Inter assume son choix. Elle explique vouloir « organiser la conversation entre toutes les opinions » et rappelle que le pluralisme constitue une mission essentielle du service public, particulièrement à l’approche d’une année présidentielle. A la lecture des messages, il apparait qu’une partie des auditeurs analyse différemment la situation : pour eux, ce recrutement ne relève plus du pluralisme, il contribue à la normalisation d’une sensibilité politique qu’ils situent à l’extrême droite.
« Charles Sapin peut-il être dissocié de Valeurs actuelles ? »
Deuxième point très présent dans les messages : Charles Sapin est rarement considéré indépendamment du média dont il est directeur adjoint de la rédaction. Son nom est systématiquement lié à celui de Valeurs actuelles, au positionnement politique de cet hebdomadaire, à son histoire et à ses controverses. Le journal est associé à ses prises de position sur l’immigration, l’identité, la sécurité et les questions de société, et les auditeurs rappellent que plusieurs médias et observateurs l’ont classé à la droite radicale voire l’extrême-droite, même si cette qualification est contestée par le journal lui-même.
Le passé judiciaire est également constamment évoqué dans les messages, notamment l’affaire concernant la députée Danièle Obono, représentée en esclave dans une fiction publiée par le magazine. La condamnation pour injure publique à caractère raciste liée à cette publication est devenue définitive en 2024.
Pour les auditeurs ayant écrit, l’équation est immédiate : « Charles Sapin, c’est Valeurs actuelles », recruter un responsable de cet hebdomadaire revient à faire entrer sa ligne éditoriale sur France Inter.
« Pourquoi un éditorial ? »
Certains auditeurs ne contestent pas que Charles Sapin puisse être invité sur France Inter. Ils contestent le format qui lui est confié : « Charles Sapin n’est pas simplement invité à l’antenne pour être interrogé ou participer à un débat. Il produit un éditorial. » Cette différence compte pour beaucoup d’entre eux. Dans une interview, une affirmation peut être questionnée. Dans un débat, elle peut être contredite. L’éditorial repose, lui, sur une parole assumée individuellement, sans contradiction immédiate.
Un auditeur résume ce malaise en expliquant que ce qui lui pose problème est d’entendre « un éditorial venu de Valeurs actuelles, sans contradicteur ». Un autre raconte avoir entendu lors de la première chronique, dimanche 30 août, un commentaire économique qu’il jugeait « assez droitier ». Il s’attendait à ce qu’un débat suive. Mais, écrit-il : « il s’agit d’un édito d’un journaliste de Valeurs actuelles. Et pas de commentaire derrière ». Des auditeurs souhaiteraient savoir si le pluralisme se mesure uniquement à la diversité des voix présentes sur une antenne, ou également à la manière dont cette parole est mise en scène et au statut éditorial qui lui est accordé. Ils estiment qu’inviter, débattre, interviewer ou confier un billet régulier ne produit pas le même effet éditorial.
« Ma radio »
Il y a enfin dans les messages une dimension très marquée : c’est la relation des auditeurs à France Inter. « Ma radio », écrit une auditrice. Certains parlent d’une fidélité de plusieurs décennies. C’est d’ailleurs un élément qui frappe par sa récurrence dans les messages : l’ancienneté d’écoute est régulièrement mentionnée, beaucoup prennent soin de préciser qu’ils sont des fidèles de la chaîne depuis trente, quarante, cinquante ans. Certains disent écouter France Inter « depuis toujours ». D’autres racontent les émissions qui ont accompagné leur vie ou les habitudes d’écoute transmises à leurs enfants. Ce ne sont donc pas seulement des réactions politiques, elles témoignent aussi d’une relation affective très forte avec la station.
Pour une partie de ceux qui nous écrivent, France Inter n’est pas seulement une radio publique chargée de présenter une diversité d’opinions. Elle incarne aussi une certaine idée du service public et est associée à des valeurs « républicaines » « humanistes », de « bienveillance », de « dignité », de « respect de chacun ». Cette représentation de France Inter explique en partie l’intensité de la réaction des auditeurs cette semaine : l’arrivée d’un responsable de Valeurs actuelles n’est pas perçue comme un simple élargissement du spectre des opinions présentes à l’antenne, ce recrutement est interprété par certains comme une rupture de ce contrat implicite et une perte de confiance.
Ces courriers ne constituent évidemment pas un sondage et ne permettent pas de mesurer l’opinion de l’ensemble de l’audience de France Inter. Ils permettent en revanche d’identifier avec précision les ressorts d’une inquiétude particulièrement forte chez ceux qui ont choisi d’écrire.
Au-delà des réactions à l’arrivée de Charles Sapin se dessine une question plus large : quel pluralisme France Inter veut-elle proposer à ses auditeurs et comment peut-elle l’exercer sans fragiliser la confiance construite avec eux ? Car c’est bien le paradoxe révélé par ces messages : une décision qui peut être présentée comme un élargissement du pluralisme est perçue par une partie des auditeurs comme une remise en cause de l’identité et des valeurs qu’ils associent au service public de l’audiovisuel.
La réponse de la directrice de France Inter et la lettre du directeur éditorial de Radio France
Au regard du nombre important de messages reçus et des interrogations qu’ils soulèvent, Céline Pigalle, directrice de France Inter, a souhaité répondre directement aux auditeurs et préciser la position de la station sur l’arrivée de Charles Sapin à l’antenne. Sa réponse est à lire ici.
Le débat ne se limite pas aux messages reçus à la médiation. Les interrogations exprimées par les auditeurs trouvent également un écho au sein de Radio France, où l’arrivée de Charles Sapin sur l’antenne de France Inter suscite des questionnements. Vincent Meslet, directeur éditorial de Radio France, a adressé hier un courrier aux équipes pour rappeler les principes et les considérations qui ont guidé ce choix éditorial, il nous semble utile de le porter à votre connaissance.
Et du côté des programmes de l’été…
Pour terminer, quelques mots sur les programmes estivaux qui ont suscité du courrier tout au long de l’été :
Sur France Culture, Julie Gacon recueille de nombreux témoignages très positifs pour « Les Matins d’été ». Sont particulièrement saluées la qualité et la rigueur de ses émissions, son écoute des invités et la profondeur des sujets abordés. Même appréciation pour Simon Le Baron, cet été sur France Inter et désormais à la matinale de franceinfo. Son professionnalisme, son ton pondéré, sa qualité d’écoute et sa voix chaleureuse sont régulièrement soulignés.
Plus largement, sur France Inter et France Culture la place importante accordée aux rediffusions pendant l’été a suscité « des regrets », certains auditeurs estimant qu’elle se fait au détriment de la nouveauté et de la diversité de l’offre ; les programmes rediffusés sont néanmoins salués pour leur qualité.
Parmi les émissions estivales appréciées, « Le Temps d’un bivouac » de Daniel Fiévet se distingue par ses récits très construits, la diversité des sujets, la qualité de la réalisation qui embarque les auditeurs. « Sous le soleil de Platon » recueille également des compliments pour sa dimension pédagogique et la richesse de ses débats.
À l’inverse, « Les Affaires reprennent » présentée par Camille Combal, concentre une majorité de réactions négatives : son ton et son contenu sont jugés par des auditeurs éloignés de leurs attentes vis-à-vis du service public. La série « Un été avec Nietzsche » de Sylvain Tesson suscite elle aussi quelques réserves, notamment sur certaines prises de position et sur le choix des personnalités mises à l’honneur dans cette collection estivale. En quatorze saisons, une seule femme, Colette, a fait l’objet d’« Un été avec ». Un constat qui invitera peut-être à davantage de parité pour les prochaines éditions. Les grandes figures intellectuelles, littéraires et philosophiques féminines ne manquent pas : elles pourraient, elles aussi, nourrir les réflexions et accompagner les étés des auditeurs de France Inter.
Enfin, sur France Musique, un sujet domine très largement les courriers : le passage de la FM au DAB+. De nombreux auditeurs font état de difficultés de réception et expriment la crainte d’une fracture territoriale, notamment dans les zones rurales. La manière dont cette évolution a été accompagnée et expliquée par Radio France est également fortement questionnée.
La prochaine lettre, dans quinze jours, sera consacrée aux réactions suscitées par les grilles de rentrée. D’ici là, laissons aux nouveaux programmes le temps de s’installer, aux émissions de trouver leur rythme et à chacun, devant le micro comme derrière son poste, de prendre ses repères. Les premiers retours permettront alors de poursuivre ce dialogue entre les auditeurs et les chaînes, dialogue auquel nous sommes très attachés à Radio France.
Excellente rentrée à l’écoute des antennes de Radio France !
Emmanuelle Daviet
Médiatrice des antennes