#5 Orpéa Ehpad

Ehpad © AFP / Julie Sebadelha

Loin d’un esprit polémique, je tiens à dire que ce qui est dénoncé actuellement dans les maisons de retraite est malheureusement exact, et cela depuis fort longtemps. Il y a une dizaine d’années, mon mari et moi avons accompagné la maman d’une amie envoyée régulièrement à l’étranger pour son travail. Le personnel soignant était sympathique mais plus que débordé. Le soir, il y avait à l’étage une tablée d’une quinzaine de personnes (les autres résidents étaient dans leur chambre. La nuit, il y avait deux personnes pour quarante-sept résidents seulement). La dame chargée de nourrir les membres de la tablée n’avait le temps de donner que deux cuillerées du repas à chacun. Les yaourts et compotes restaient souvent sur la table ! Le matin vers onze heures la maman de cette amie n’était pas encore changée, elle gisait dans son urine et ses défécations. Quand on arrivait dans la maison de retraite qui sentait l’urine, il y avait toujours, à l’entrée, un « troupeau » assis dans des fauteuils, fauteuils roulants, sur des chaises qui regardait les allées et venues pour se distraire, d’autres étaient rassemblés devant la télévision dans une pièce à côté. Le pire pour moi a été lorsqu’un vieux monsieur sur le point de mourir râlait dans sa chambre. La dame de l’étage n’a pu que fermer la porte pour que ses râles ne dérangent pas trop ses voisins. Il y aurait encore beaucoup d’autres choses à dire. Ce n’est donc pas de la méfiance à l’égard des maisons de retraite mais un triste constat. C’est pour cette raison que mon père Alzheimer de quatre-vingt-quatorze ans vit chez nous à temps complet, même pendant les vacances. Ce n’est pas toujours évident, mais c’est mieux pour lui. Une fidèle auditrice.

J’ai cogéré un EHPAD privé (hors chaîne) pendant 13 ans.
Quelques années après, j’ai évalué des EHPAD et autres établissements sociaux et médicosociaux (loi 2002-2) pendant plusieurs années. ..
Le personnel de l’EHPAD que je cogérais, dès 1994, bénéficiait d’analyse de la pratique, d’une infirmière présente sur site le jour et d’astreinte la nuit. Avec la loi sur les 35h, nous avons mis en place des journées de 7h en continu pour éviter des coupures épuisantes. L’équipe d’encadrement avait bien compris que, pour offrir un accompagnement des personnes accueillies bienveillant, il était nécessaire d’être attentif à la qualité de vie au travail. Comment peut-on confier l’accompagnement de personnes vulnérables à un professionnel rendu vulnérable par une mission difficile.
Les bonnes pratiques relèvent, à mon sens, plus de personnes que du statut (privé lucratif ou pas, public). C’est ce que j’ai pu observer
Par ailleurs, les EHPAD comme tous les services sociaux et médicosociaux ont été accompagnés par des évaluateurs habilités par l’ANESM reprise par la HAS. La démarche d’amélioration continue de la qualité des prestations dans ces établissements, avec la prévention sur les risques de maltraitance et le développement d’une culture de la bientraitance ne datent pas d’hier.
Comment et par qui les établissements gérés par des groupes ont-ils été évalués ?
Aucun journaliste n’évoque cette démarche effectuée par des évaluateurs habilités.
Les CD et les ARS, les autorités, ont-ils pris connaissance des rapports ?
En conclusion, j’ai pu apprécier de très bonnes pratiques sur le secteur privé comme sur le secteur public. A l’inverse, j’ai pu évaluer de mauvaises pratiques sur le premier secteur comme sur le second

Comment avons-nous pu laisser entrer en bourse des établissements comme les Ehpad, comment pouvons-nous encourager le profit sur le dos des personnes dépendantes qui n’ont pas d’autre choix que de vivre en Ehpad. Cependant ces Ehpad à but lucratif ternissent l’image des Ehpad à but non lucratif. De plus, ils ont le monopole auprès de nos financeurs donc la pression est énorme sur les Ehpad indépendants qui essayent de garder de l’humanité malgré des budgets serrés. SVP, parlez aussi de la réalité des Ehapd privé, la fuite du personnel, les salaires bas, la dureté du métier ; comment répondre avec des moyens insuffisants. SVP parlez positivement de notre métier pour mettre en avant la beauté et la richesse de notre métier en espérant donner l’envie à certains d’y venir travailler.

Bonjour Monsieur Morel
Vous devriez aller sur le terrain, car vous ne verrez pas d’auxiliaire de vie travaillant en Ehpad. Vous verrez des AS, AES, ASH et des ASG. Vous ne comprenez pas le langage Ehpad??? Ça ne m’étonne pas…. Vous n’y connaissez pas grand-chose en Ehpad.
C’est vrai qu’il y a des dérives mais n’en faites pas une généralité…. Il y a aussi des soignantes qui font plus que leur possible pour que les résidents soient au mieux malgré les conditions.

Les participants se disent choqués aujourd’hui par les mauvais traitements en Ephad. Très bien ! Cependant Daniel Cohen et Thierry Pech ont prononcé « couches ». Franchement… La maltraitance commence dès le langage… cela démontre que toute la société est contaminée par l’abandon et la puérilisassions du grand âge handicapé. Les bébés portent des couches, les adultes des protections et de façon plus sophistiquée des protections anatomiques.

Réaction sur le journal de ce matin sur les Ehpad. Si possible faîtes la distinction entre le privé lucratif et le privé non associatif. Il n’y a pas que public ou privé. Il y a public, privé à but non lucratif et privé à but lucratif.

Ma mère est en Ehpad, secteur cantou . Une maison privée, correcte (Emera) mais le problème est le manque de personnel ; et ils ne sont pas en faute, ils sont dans le respect de la loi .. (par exemple 2 personnes la nuit pour 6 étages, 80 personnes, 2 cantous ) j’ai fait des courriers partout .. c’est normal . Vous parlez en ce moment du personnel et c’est ça LE problème .. J’attends une loi nouvelle !

Cette problématique n’est pas nouvelle et ce phénomène ne concerne pas que les établissements privés. Le public est aussi maltraitant par manque de personnel : salaires médiocres, assistantes sociales contractuelles embauchées à 1400 E, pas d’augmentation de salaire depuis des années des salaires…Le problème est grave.

Les ehpads ? on les supprime dans les petites villes pour faire des « camps de vieux ». Ainsi, dans le Loir et Cher, la Ville aux Clercs : une ehpad dans la forêt… supprimée. Vendôme ; regroupement prévu des hôpitaux et de l’ehpad Kennedy sur Blois. 45 kms à faire pour les familles… On continue de supprimer les services publics. Oui on donne à Blois des millions pour les hôpitaux, mais au détriment des petites villes. Que veut le gouvernement, continuer à désertifier les villages et petites villes ? pourtant, Vendôme à 45mn en TGV de Paris, a vu sa population augmentée avec le covid, de nouvelles familles sont venues s’installer à Vendôme et autour (Villiers, Montoire…) Alors, il faudra faire 45 kms pour se faire soigner, pour aller voir le parent hospitalisé ou placé en ehpad ? mais pour nos anciens, tous ne peuvent pas rester chez eux, même avec des aides. On a le temps de mourir chez soi en attendant l’ambulance pour nous emmener à Blois ! que cherche exactement les politiques ? supprimer les vieux (1 français sur 10 a plus de 70 ans) et les malades

si vous entendez consacrer une de vos émissions à la question de la gestion industrielle des EHPAD, je vous propose les informations suivantes
À PROPOS DU GROUPE ORPEA
1989 – Origine
2001 – Entrée en bourse
2005 – Élargissement des activités à l’étranger par acquisition de réseaux existants en Suisse, en Belgique et en Espagne.
2013 – Prise de participation majoritaire du fond de retraite canadien CPP INVESTMENTS
Depuis, ORPA n’a cessé d’absorber des réseaux d’EHPAD en Suisse, en Allemagne, aux Pays-Bas, en Angleterre, Pologne, Grande-Bretagne, Irlande, Slovénie, Uruguay….
Une manière de croissance accélérée qui permet d’industrialiser les méthodes de gestion, de développer parallèlement des filiales fournissant les services nécessaires et partant de maîtriser l’économie de l’ensemble.
Une manière surtout d’assurer les retraites des vieux canadiens en extrayant un maximum de profit de la clientèle des retraités d’autres contrées, en Europe surtout.

Témoignage précieux mais particulièrement inquiétant. Dans « RH » il y a Ressources et surtout « Humaines ». Le syndicat doit rester un droit et non être synonyme de licenciement. Derrière les employés il y a des résidents qui sont des êtres humains qui méritent considération et respect. Bel engagement de cette jeune femme, merci Camille !

Ce vendredi soir, Les informés de France Info. La discussion se termine sur le sujet des Ehpad, et plus généralement de la dépendance, avec le redoutable défi que cela nous pose pour les prochaines années. Mais il est absolument incompréhensible (et si spécifiquement, si lamentablement français…) qu’aucun, strictement aucun intervenant n’ait songé ne serait-ce qu’un minuscule instant effleurer au moins la simple idée, la simple notion de maintien à domicile. Typiquement, cela n’a, même brièvement, effleuré l’esprit de personne : jamais entendu parler (et a fortiori, jamais entendu parler par nos politiques, effectivement…) Maintien à domicile, entre parenthèses, qui est tellement la priorité humaniste d’un autre pays comme Danemark, qu’on y a décidé désormais de ne plus ouvrir aucune nouvelle boîte de mise au rebut des vieux, voire de mouroir à l’abri des regards, et promu une loi des services sociaux spécifiant bien le droit inaliénable de chaque personne de bénéficier gratuitement des services dont elle a besoin pour préserver sa qualité de vie, et rester à domicile aussi longtemps que possible.

Le problème est le même dans les établissements pour personnes handicapées : pas de contrôle, manque de personnel, maltraitance, prise en charge médicale défaillante. Mettre les 2 en lumière et améliorer les 2.

Le problème est exactement le même dans les crèches mais personne n’en parle, manque de personnel, mauvaise formation faite à la va vite, salaires aux plus bas, turn over important …d’où régulièrement de la maltraitance