Le traitement éditorial de l’augmentation du prix du carburant en France a suscité des messages d’auditeurs : En voici une sélection :

J’écoute régulièrement France Inter et je souhaiterais réagir à la manière dont est actuellement traitée la hausse du prix des carburants.
J’entends beaucoup de témoignages de Français expliquant qu’ils ne peuvent plus faire leur plein, qu’ils doivent réduire leurs déplacements et que l’État devrait intervenir pour les aider.
Ces difficultés sont réelles et il ne s’agit évidemment pas de les nier.
Mais je regrette que l’on s’arrête trop souvent à ce constat sans poser une autre question, certainement plus dérangeante : comment en sommes-nous arrivés là et quelle part de responsabilité avons-nous collectivement et individuellement dans nos choix de mobilité ?
Notre dépendance au pétrole n’est pas une découverte
Depuis les chocs pétroliers des années 1970, nous savons que notre dépendance aux hydrocarbures nous expose aux crises internationales, aux guerres, aux décisions des pays producteurs et aux variations du prix du
pétrole.
Cela fait donc plus de cinquante ans que nous sommes prévenus.
Parallèlement, le véhicule électrique n’est pas une invention récente. À Clermont-Ferrand, par exemple, des véhicules électriques circulaient déjà au début des années 1990.
Depuis plus de trente ans, les technologies ont considérablement progressé : autonomie, performances, batteries, infrastructures de recharge et diversité des véhicules proposés.
Pourtant, nous avons entendu pendant des années les mêmes arguments : « pas assez d’autonomie », « trop cher », « impossible de partir en vacances », « il faut s’arrêter pour recharger », « ce n’est pas pour moi » et « les batteries, il faudra les recycler »…
Mais posons une question très simple : combien de fois par an l’automobiliste moyen effectue-t-il réellement 500, 600 ou 800 kilomètres dans la même journée ? Il effectue 12 000 km en moyenne par an !
Faut-il dimensionner le véhicule utilisé 365 jours par an en fonction de quelques déplacements exceptionnels ?
Pendant ce temps, nos voitures sont devenues toujours plus grosses
Il suffit de placer une citadine d’il y a trente ou quarante ans à côté de son équivalent actuel.
Nos automobiles sont devenues plus longues, plus larges et surtout beaucoup plus lourdes.
Nous dépensons donc davantage d’énergie pour déplacer davantage de matière, très souvent avec une seule personne à bord.
On retrouve également dans de nombreux foyers un schéma assez classique : une petite voiture d’un côté et un véhicule familial beaucoup plus imposant de l’autre, conservé notamment pour les vacances et les grands trajets !
Mais combien de kilomètres ce gros véhicule effectue-t-il réellement chaque année avec toute la famille et les bagages ?
Nous devrions peut-être nous interroger davantage sur l’adéquation entre le véhicule que nous achetons et l’usage que nous en faisons réellement.
Diesel, essence, hybride : avons-nous toujours fait les bons calculs ?
Pendant des décennies, le diesel a été massivement encouragé en France.
Puis sont arrivées les préoccupations sanitaires, les nouvelles réglementations et surtout le scandale du Dieselgate, qui a profondément dégradé son image. Si nous avions laissé les constructeurs poursuivre le
développement des diesels, nous aurions aujourd’hui des moteurs consommant moins de 3 litres aux 100 km.
Des millions d’automobilistes se sont alors orientés vers des motorisations essence ou hybrides.
Or, pour certains usages, notamment les longs parcours, un moteur à essence comparable peut consommer sensiblement davantage qu’un diesel. On peut estimer cela à 20 % de plus, soit environ 2 litres aux 100 km qui se retrouvent dans le fossé.
Quant à l’hybride, il ne constitue pas automatiquement une solution miracle. Son efficacité dépend énormément de son utilisation. Une hybride rechargeable que son propriétaire ne recharge pratiquement jamais perd évidemment une grande partie de son intérêt.
Pourquoi ne pas expliquer davantage ces réalités à l’antenne ?

Le prix à la pompe ne devrait pas être le seul sujet, surtout lorsqu’il s’agit de conséquences géopolitiques extérieures.
Lorsqu’un carburant devient cher, nous pouvons naturellement demander pourquoi.
Mais nous pouvons également expliquer comment en consommer moins.
On voit encore quotidiennement des automobilistes laisser tourner leur moteur plusieurs minutes à l’arrêt pour conserver le chauffage ou la climatisation.
On pourrait parler beaucoup plus d’écoconduite, d’anticipation, de vitesse, de pression des pneumatiques, de covoiturage, de poids des véhicules, de choix de motorisation ou tout simplement du coût total d’utilisation d’une automobile.
Et surtout expliquer qu’un véhicule ne devrait peut-être plus être choisi uniquement en fonction de quelques déplacements exceptionnels dans l’année.
Le rôle du service public pourrait aussi être pédagogique
C’est précisément sur ce point que je souhaiterais interpeller France Inter.
Le rôle d’une radio de service public est évidemment de donner la parole à ceux qui rencontrent des difficultés.
Mais lorsque nous entendons successivement des automobilistes expliquer devant une station-service qu’ils ne peuvent plus payer leur carburant, il me semble indispensable d’aller plus loin.
Pourquoi sommes-nous encore aussi dépendants du pétrole après cinquante ans d’avertissements ?
Pourquoi nos véhicules sont-ils devenus toujours plus gros et plus lourds ?
Pourquoi l’électrique suscite-t-il encore autant de réticences alors qu’il peut aujourd’hui répondre à une part importante des déplacements quotidiens ?
Pourquoi ne parlons-nous pas davantage du coût global d’un véhicule et de sa consommation réelle ?
Et surtout : jusqu’où l’État et donc la collectivité doivent-ils compenser financièrement les conséquences de nos choix individuels de mobilité ?
Aider les personnes réellement en difficulté est évidemment nécessaire.
Mais il me semblerait également utile que France Inter profite de cette situation pour faire de la pédagogie et rappeler que la meilleure protection contre l’augmentation du prix du pétrole reste aussi de réduire notre dépendance au pétrole.
Après cinquante ans d’avertissements, peut-être est-il temps de ne plus seulement demander : « Pourquoi l’essence est-elle aussi chère ? »
Mais également : « Pourquoi avons-nous encore besoin d’en consommer autant ? »
C’est ce deuxième débat que j’aimerais davantage entendre sur France Inter.

Pourquoi les reportages consacrés aux prix de l’essence sont-ils systématiquement accompagnés d’un commentaire évoquant une hypothétique reprise du mouvement des « Gilets jaunes », alors même que ce mouvement n’existe pas aujourd’hui ? Cette manière de présenter les choses peut donner le sentiment que certains de vos journalistes cherchent à susciter, voire à encourager, une reprise de ce mouvement. L’on a fortement l’impression qu’il s’agit d’un message que vous tenez à faire passer…
J’aurais également une deuxième question : pourquoi ces nombreux reportages, souvent très similaires, consacrés au prix du carburant ne prennent-ils pas davantage le temps d’expliquer les facteurs géopolitiques qui sont à l’origine de cette hausse ? Une information plus complète sur les causes de l’évolution des prix permettrait sans doute aux auditeurs de mieux comprendre la situation, plutôt que de simplement constater les conséquences à la pompe.

Excellente émission sur franceinfo ce matin sur l’impact de l’envolée du prix des carburants. L’exemple pris en compte était celui des infirmiers libéraux en province.
Il apparaît que certains sont au bout du bout car ils finiraient par se déplacer pour perdre de l’argent dans leur prestation liée au coût des carburants.
Les solutions envisagées par la profession et analysées par la journaliste sont présentées de manière tonique :
Aides du gouvernement, de la région, de la sécurité sociale, revalorisation de la prestation, baisse des charges…
Très brillant mais une réflexion toujours dans le même sillon.
Pourquoi rien n’est-il dit sur l’utilisation d’un véhicule électrique ? Comparatif avec un professionnel utilisant ce véhicule, propositions des constructeurs, petits utilitaires disponibles ou en vue, gammes de prix des
distributeurs d’énergie pour les clients réguliers ?
Et surtout, où en est l’indépendance de notre production de batteries, qui est le point bloquant de la mise sur le marché de véhicules électriques français ?
En effet, les constructeurs maîtrisent sans problème la fabrication d’un véhicule électrique ; les batteries restent un point dur. La finalisation des lignes de fabrication de batteries à bas coût mérite encore des efforts et un
soutien financier que les très grands pays ont apporté à leur industrie.
Depuis le départ de Bruno Le Maire, ce point a été coupé des écrans.
Rallumons les écrans !
Une analyse élargie de l’inflation folle des prix des carburants par les journalistes de Radio France, y compris de franceinfo, pourrait permettre de mieux cibler les vraies solutions, des solutions pérennes. Des solutions qui
sont aussi, en grande partie, celles de la lutte contre le réchauffement climatique.
Je vous remercie de porter ma contribution à la connaissance de la direction de franceinfo et de sa dynamique journaliste.

Le gouvernement vient d’annoncer de nouvelles mesures d’aide au carburant. Avec quel argent et au détriment de quels autres postes ces aides sont-elles possibles ? Quelles aides sont proposées chez nos voisins européens ? La France est probablement la plus généreuse malgré les contestations de la population.  

Pourriez-vous nous expliquer pourquoi le carburant est moins cher en Espagne, au Portugal, en Allemagne… qu’en France ? 
Quelles sont les causes de ces différences ?

Ce matin, il a été évoqué sur France Inter le fait que l’aide au prix de l’essence découle d’une demande de chaque personne pour en bénéficier.  
Ce point, selon moi, est très bien. Il nous responsabilise, nous positionne en acteurs. Cela permet aussi de se rendre compte de la réalité, du prix des choses et du monde dans lequel nous évoluons. Je serais favorable à ce que nous ayons un document d’information sur ce que l’on « coûte » « directement » et ce que l’on paie comme impôts directs (coût d’une année d’un enfant scolarisé, d’un accouchement, des soins, d’un enfant alternant, d’un parent bénéficiant de l’APA, aide pour l’habitat, pour une voiture…). À l’instar des impôts indirects, il est plus compliqué de calculer les charges pour tous qui ne sont pas utilisées nominativement (salaires des policiers, travaux de voirie…).  
Certains critiquent cette obligation de faire la demande en expliquant que beaucoup ne font pas la démarche, qui serait « fastidieuse ». Peut-être, mais il y a aussi des personnes qui jugent ne pas en avoir besoin, car elles mesurent l’impact sur les dépenses publiques et sont conscientes qu’elles utilisent leur voiture par « choix », alors qu’il y a des alternatives possibles.  
Ce point de vue est aussi à « creuser ».

Le prix du carburant, le pouvoir d’achat, « le petit nombril des Français ». Ne va-t-il être question que de ça jusqu’à avril ?  
Êtes-vous sûrs qu’il n’y a que ça qui intéresse vos auditeurs ?  
Si c’est le cas, je dois me remettre en question.  
Je comprends que les temps sont durs pour les portemonnaies, mais les potentiels présidents de demain n’ont-ils rien d’autre à nous vendre ? 
Vous, journalistes, ne pouvez-vous pas orienter le débat, un peu plus sur l’état de la santé en France, l’école, le handicap, la confiance dans les institutions.  
Tous ces postes méritent du budget, des moyens, mais aussi des volontés fortes de faire bouger les lignes et nous ne parlons que de l’aide proposée ou non pour faire le plein de carburant de son véhicule, chaque jour.  
Alors oui je vous écoute et vous abordez bien des sujets mais assez répétitif somme toute.  
Nous passons de Poutine à Trump, de l’Ukraine à l’Iran. Sujets évidemment importants.  
Nous parlons très peu de ce qui couve en Afrique.  
Et pour la France, de LFI au RN, en passant par tous les autres, il n’est question que du petit nombril des Français, nombril dont le cordon ombilical semble relié à leur réservoir automobile.  
Ras-le-bol, si les politiques pensent que le bien-être des Français passe uniquement par le prix à la pompe, si pour obtenir des voix il ne faut parler que de pouvoir d’achat.  
La France se porterait mieux, si chacun voyait au-delà de soi. Même si je conçois, que la vie n’est facile pour personne. Le monde fonce à toute allure dans l’individualisme. Peut-être que le rôle des médias est d’élever un peu les débats et les idées ?