Pour débattre des failles de la justice face aux violences sexuelles sur mineurs, Guillaume Erner recevait lundi 8 juin dans les Matins de France Culture l’avocate Carine Durrieu Diebolt et l’historienne Anne-Claude Ambroise-Rendu. Des nombreux auditeurs ont réagi à cet entretien :

Auditrice fidèle des antennes Radio France depuis plus de vingt ans, je me permets de vous écrire aujourd’hui pour une raison inhabituelle. Comme tout auditeur régulier, il m’est arrivé à de nombreuses reprises d’être agacée, en désaccord avec certains propos ou certaines émissions. Pourtant, je n’ai jamais jusqu’à présent ressenti le besoin de saisir la médiation.
Si je prends aujourd’hui la peine de vous écrire, c’est parce que la séquence diffusée dans Les Matins de France Culture, le 8 juin, consacrée à l’affaire Lyhanna, m’a particulièrement choquée. J’ai eu le sentiment que la conduite de cet entretien était en décalage avec les exigences de qualité, de rigueur et d’écoute qui font, à mes yeux, la valeur et la réputation de Radio France.
C’est précisément parce que j’accorde beaucoup d’importance à cette radio et à la qualité de ses programmes que je ressens le besoin d’exprimer mon malaise face à cette émission.

Guillaume Erner a tenu à vous répondre :

Pourquoi le mot « systémique » ne me convainc pas

Beaucoup d’auditrices et d’auditeurs ont été heurtés par l’émission de lundi, au cours de laquelle je contestais l’usage du terme « systémique » à propos des violences sexistes et sexuelles. Peut-être ai-je trop insisté – c’est cela aussi le direct. C’est pourquoi je veux reprendre ici, posément, le fond de l’affaire : expliquer pourquoi la notion de « violence systémique » ne me convainc pas.

Trois choses d’abord, qui vont sans dire mais qui vont mieux en les disant.

La première : réfuter un mot, ce n’est pas minimiser une réalité. Contester le qualificatif « systémique », ce n’est atténuer si peu que ce soit la gravité des violences sexistes et sexuelles, leur ampleur, ni la souffrance de celles et ceux qui les subissent. C’est précisément parce que ces violences sont graves qu’elles méritent mieux qu’un mot écran.

La deuxième : mon objection ne vise pas les seules VSS. Je l’ai formulée, dans les mêmes termes, à propos du « racisme systémique », dans Charlie Hebdo comme dans mes travaux de sociologue, ma thèse notamment, consacrée à la sociologie de l’antisémitisme. Il ne s’agit donc pas d’une réticence de circonstance, mais d’une position constante.

La troisième : cette opposition est d’abord d’ordre épistémologique. Elle porte sur ce que le mot explique, ou plutôt sur ce qu’il n’explique pas. Voilà pourquoi.

Dire que les violences sexistes et sexuelles sont « systémiques », c’est, au mieux, « transformer quelque chose d’inexplicable en quelque chose d’inexpliqué », pour reprendre la formule de Wittgenstein. Le mot donne le sentiment de comprendre ; il ne fait que nommer. Il laisse en suspens toutes les questions qui importent. Pourquoi certaines sociétés connaissent-elles des niveaux de violences sexuelles plus élevés que d’autres ? Pourquoi ces niveaux varient-ils dans le temps, à la hausse comme à la baisse ? Le propre d’un système, c’est de produire de la stabilité, de la reproduction, de l’équilibre. Or la société est tout sauf stable : elle bouge, elle se transforme, les comportements évoluent, les seuils de tolérance se déplacent. Une notion qui postule la permanence est bien mal armée pour penser le changement. Son intérêt heuristique est, son utilité scientifique, à mes yeux, à peu près nul.

D’où vient d’ailleurs cette notion de système ? Elle est l’héritière directe du structuralisme, ce moment de la pensée française où l’on crut pouvoir expliquer les sociétés comme on décrit une langue : par des structures invisibles, antérieures aux individus, qui parleraient à travers eux. De Saussure à Lévi-Strauss, d’Althusser à certains usages de Foucault, le geste est le même : les hommes croient agir, mais ce sont les structures qui agissent en eux. « Les structures ne descendent pas dans la rue », ironisait-on en mai 68, et la formule disait l’essentiel : à force de chercher le système derrière les acteurs, on finit par perdre les acteurs, et avec eux l’histoire, l’événement, le changement.

Or on peut être sceptique sur le structuralisme, et beaucoup le furent, des meilleures plumes. Sartre y voyait une machine à dissoudre la liberté, Raymond Aron une scolastique, et la sociologie empirique lui a survécu en montrant, enquête après enquête, que les conduites humaines s’expliquent par des situations, des intérêts, des croyances, non par des totalités muettes. Le structuralisme est mort comme programme scientifique ; il survit comme réflexe de langage. Dire « systémique », c’est faire du Lévi-Strauss sans le savoir, et sans la rigueur : c’est convoquer le fantôme d’une théorie que les sciences sociales ont, pour de bonnes raisons, abandonnée

Ensuite, parce que l’explication systémique est une explication holiste et, au fond, irrationaliste. Elle fait agir une totalité abstraite, « le système », là où il faudrait restituer les logiques des acteurs : celles des prédateurs, qui choisissent leurs victimes, leurs moments, leurs impunités ; celles des institutions, qui couvrent, qui ferment les yeux, ou au contraire qui sanctionnent ; celles des entourages, des témoins, des complices. Simone de Beauvoir, déjà, refusait ces explications qui dissolvent la liberté et la responsabilité des individus dans des entités abstraites – c’était cela son existentialisme. Une sociologie digne de ce nom ne fait pas planer un esprit mauvais au-dessus des têtes ; elle décrit des situations, des intérêts, des calculs, des lâchetés. Elle rend les actes intelligibles, ce qui est la condition même pour les combattre.

Enfin, parce que politiquement, le mot ne fonctionne pas davantage. Si le système est coupable, quel individu l’est encore ? Dire que tout le monde est coupable, c’est dire que personne ne l’est. La responsabilité se dilue dans le grand bain du social, et l’agresseur devient le symptôme d’une structure plutôt que l’auteur de ses actes. C’est une mauvaise affaire pour les victimes, qui ont besoin de coupables identifiés, jugés, condamnés ; c’est une aubaine pour les coupables, qui trouvent dans le « système » la plus commode des circonstances atténuantes.

Toutes ces critiques procèdent, me semble-t-il, d’un même travers : une course à la radicalité verbale qui produit l’inverse de ce qu’elle prétend viser. Plus le mot est gros, moins il mord sur le réel. David Graeber, que l’on ne soupçonnera pas de tiédeur, l’écrivait dans L’impasse du tournant ontologique : « Dans mes moments les plus cyniques, il m’arrive de penser que la théorie sociale est une sorte de jeu, où l’un des buts est de voir qui peut trouver l’idée la plus folle, la plus choquante, la plus dangereuse en apparence, mais qui ne remette pas significativement en cause les structures existantes d’autorité. »

Le mot « systémique » a toutes les apparences de la radicalité ; il n’en a aucun des effets. Il intimide dans les débats et n’inquiète aucun agresseur. Je préfère, pour ma part, une sociologie moins spectaculaire et plus exigeante : celle qui se demande pourquoi, ici et maintenant, des hommes agressent des femmes et des enfants, pourquoi des institutions les protègent, et comment faire pour que cela cesse. C’est moins sonore. C’est, je crois, plus utile, y compris et d’abord pour les victimes.

Guillaume Erner.

Bonjour Guillaume Erner,
Je suppose que je ne suis pas la seule auditrice à vous écrire.
Je voudrais réagir à ce que vous avez dit face à vos deux invitées dans la matinale du lundi 08.06.26. Vous aviez pour sujet les violences faites aux enfants en réaction au meurtre de la petite Lyhanna. Dès l’instant où vous avez dit « je suis le seul représentant du patriarcat ici », j’ai compris, comme beaucoup de femmes je pense, qu’on allait dans le mur. Je suppose que vous ne vouliez pas vraiment dire ça, puisque ça ne veut rien dire, vous vouliez dire que vous étiez le seul homme autour de la table. Et nous y voilà donc : vous vous sentez attaqué par deux personnes qui dénoncent la violence du système patriarcal et vous vous défendez. Quand vous dites « je suis un homme » et « je ne pense pas que ce soit ça le problème », nous entendons le fameux « Pas moi! Pas moi! », qu’on nous rétorque en permanence. C’est ce qui va faire dire un peu plus tard à votre invitée, obligée de se rabaisser à ce niveau zéro du débat « pas chacun des hommes ».
Vous invitez deux spécialistes du sujet pour qu’elles nous fassent part de leur analyse, fruit d’années de travail, et vous dites non, en tant qu’homme je vous dis que n’est pas le patriarcat le problème. Le fait que vous vous opposiez si vivement à vos invitées, sortant selon moi tout à fait de votre rôle, vous permettant même de les corriger sur un vocabulaire dont elles sont pourtant spécialistes, me semble précisément systémique (c’est drôle, c’est justement ce mot qui vous faisait tiquer). Vous avez soudain été, malgré vous je l’espère, le parfait représentant de ce système dont il est question. Un système qui ne veut pas qu’on le nomme et qu’on l’identifie, qui se défend d’exister et d’être à l’origine des violences. Lorsque votre invitée magistrate vous dit : « je suis quotidiennement confrontée à la résistance du patriarcat dans mon travail », vous avez l’audace de lui dire : « non, vous n’êtes pas confrontée au patriarcat ». Il n’était pas nécessaire d’inviter des spécialistes si vous aviez déjà toutes les réponses !
Vous dites « le père de famille ne peut être qu’horrifié » : ce n’est pas vrai. Le père de famille sait qu’il doit dire être horrifié. Evidemment que tous les hommes, comme vous-même, disent « c’est horrible de violer et tuer un enfant », or, ces fameux 160 000 enfants par an qui subissent des abus sexuels, ils sont abusés par qui ? Ils ne sont pas abusés par deux ou trois détraqués qu’il faudra désormais s’appliquer à punir plus sévèrement. Ils sont abusés par les pères de famille que vous défendiez tant ce matin-là.
Pas chacun de tous les pères de famille de France, je vous rassure, certainement pas vous, mais ils sont MASSIVEMENT agressés par un père, un frère, un oncle, tous ces hommes qui ont l’air normaux et qui sont horrifiés par la mort de Lyhanna.
On voit très bien comme vous refusez qu’il s’agisse d’un problème systémique quand vous dites : cette enfant n’a pas été agressée dans sa famille, elle ne fait pas partie des cas de violences intra-familiales. Vous tentez tout le long de sauver la figure du père de famille. C’est ce que fait le système patriarcal : il sauve la figure du père, le rend intouchable. Par ailleurs, il se trouve que le meurtrier de Lyhanna était un père de famille (la mère d’une autre de ses victimes a dit en interview « c’était un père de famille, je ne pouvais pas imaginer qu’il viole des enfants »). L’enquête nous dira j’espère comment il traitait ses propres filles, elles font probablement partie, elles, des cas de violences intra-familiales.
C’est à ça qu’on voit que c’est un système : les violeurs d’enfants ne sont pas quelques fous furieux qu’on pourrait considérer comme des monstres et exclure de la société. Les violeurs sont la société. Ils ne sont pas malades, pas marginaux, ils n’ont pas l’air bizarre, ils sont parfaitement intégrés, ils ont un travail, la photo de leur enfant sur leur bureau, et ils ont dit à tout le monde lundi à quel point ils étaient horrifiés par la mort de Lyhanna. Et probablement ils le sont. Mais ils violent leurs enfants et ceux des autres. Pourquoi ? Parce que le système l’autorise. Pas la loi, pas la parole publique et officielle, mais le système patriarcal oui.
Le complet déni que vous avez montré lundi est malheureusement banal. C’est ce déni qui fait que ces terribles chiffres ne progressent pas. C’est cette « résistance » (comme le disait si bien votre invitée) qui fait qu’il n’y a pas de budget pour s’occuper de ça, pas de mesure efficace, qui fait que presque aucun viol n’est puni. C’est parce que ceux qui pourraient voter des lois, débloquer des budgets, élire des personnes pour le faire, font partie du système patriarcal, le défendent, s’y complaisent, consciemment ou inconsciemment, car il est à leur avantage.
Votre réaction est tristement banale mais en tant que journaliste qui s’adresse chaque matin à presque un million de personnes, votre responsabilité est immense. Vous avez comme tout le monde droit à l’erreur. Rectifiez le tir, soyez à la hauteur de l’enjeu, s’il vous plait. Je vous conseille vivement la lecture du Berceau des dominations de Dorothée Dussy sur ce sujet.

Auditrice fidèle de France Culture, psychologue, mais aussi simple citoyenne engagée, je souhaitais vous faire part de mon malaise à l’écoute de la matinale de Monsieur Guillaume Erner (pour qui j’ai beaucoup de respect par ailleurs, je tiens à le préciser), le lundi 8 juin 2026.
À trois reprises, Guillaume Erner a contesté l’utilisation du terme « systémique » pour qualifier les violences faites aux femmes et aux enfants. Il a notamment affirmé : « Ce n’est pas systémique car la société en tant que telle le réprouve. » (25e minute)
Puis : « Je n’aime pas le terme de systémique puisqu’il a une signification précise en sociologie, il veut dire qu’il y a un système qui promeut un certain nombre de faits, là en l’occurrence la prédation sexuelle, or précisément le système, le système de valeurs par exemple, ne promeut pas du tout cela. (…) Cet homme qui avait quatre affaires, comment cela se fait-il que cet homme ait été laissé en liberté, ce ne sont pas les valeurs de la société qui l’ont laissé en liberté, c’est un système juridique et pas du tout un système sociétal. » (28e minute)
Je ne suis pas sociologue et ne prétends pas trancher un débat académique. En revanche, il me semble que Guillaume Erner a présenté comme une évidence une définition très particulière du terme « systémique », en affirmant qu’un phénomène ne pourrait être qualifié ainsi que s’il était promu par la société ou par son système de valeurs (là où les intervenantes lui opposaient la question de la tolérance, qui participe à un système sans forcément en passer par la promotion).
Or il me semble qu’une part importante des sciences sociales utilise ce terme dans un sens bien plus large, pour désigner des phénomènes qui sont reproduits par l’organisation sociale, les institutions, les rapports de pouvoir, les normes ou les représentations collectives, sans pour autant être explicitement encouragés ou valorisés.
C’est précisément ce qui m’a gênée : non pas qu’un débat existe autour de ce mot, mais que l’une des définitions possibles (la seule possible d’ailleurs selon Monsieur Erner) conduise à écarter d’emblée la qualification de « systémique » concernant les violences faites aux femmes et aux enfants. Les deux intervenantes replaçaient au contraire ces violences dans un système patriarcal de dominations, sans pouvoir être suffisamment entendues à l’antenne à mon sens.
En tant que psychologue, je rencontre régulièrement les conséquences très concrètes de ces violences. En tant que citoyenne, je trouve dommageable qu’un concept aussi important soit présenté de manière aussi restrictive sur une antenne dont j’apprécie habituellement la rigueur intellectuelle.

Comme tous les matins, j’ai écouté hier – lundi 8 juin 2026 – la matinale et l’entretien avec les invitées du matin, l’avocate Carine Durrieu Diebolt et l’historienne Anne-Claude Ambroise-Rendu.
J’ai été – et suis toujours – abasourdie par la tenue de cet entretien et plus précisément par l’opposition virulente et très personnelle de Guillaume Erner à refuser de reconnaître les violences sexuelles faites aux enfants et aux femmes comme systémiques et prenant leurs origines dans le patriarcat – contre les recherches éclairées des deux spécialistes invitées.
L’attitude de M. Erner est une brillante illustration de la résistance à l’œuvre d’une partie de la société à penser le sujet.
Ce matin, j’ai choisi de ne pas écouter « Les Matins ».

J’ai écouté hier lundi 8 juin l’émission de Guillaume Erner sur les violences, en particulier les violences sexuelles faites aux enfants. J’ai été très étonnée de constater que l’animateur révoquait à plusieurs reprises et même parfois en coupant la parole à l’une des invitées, la caractérisation de violence systémique et la mise en cause d’un patriarcat toujours dominant et en place.
Il a même tenté d’expliquer aux deux invitées (invitées justement pour leur expertise) en quoi elles se trompaient. Quelle tristesse de constater que M. Erner a coché toutes les cases de l’homme qui impose son point de vue, rabaisse l’interlocutrice afin de se dédouaner… « Not all men » résume bien sa posture et sa prise de position d’hier. On attend mieux ! Peut-être M.Erner pourrait-il se documenter davantage sur les preuves de la persistance actuelle du patriarcat en France. S’il n’a pas conscience de bénéficier de cet état de fait, puisqu’il est un homme, qu’il essaie de se décentrer un peu et d’échanger avec des femmes qui le vivent quotidiennement.
En tout cas il a bien montré que cet état de fait systémique n’avait pas besoin d’action de la part de la population, puisqu’il l’a défendu en toute bonne foi. C’était touchant d’aveuglement !

Depuis bientôt deux ans, je suis une auditrice régulière de l’émission « Les Matins » de France Culture présentée par Guillaume Erner. J’apprécie généralement la qualité des informations relayées ainsi que celle des échanges avec les invités du matin. Les débats sont souvent très bien menés par Guillaume Erner, dont je salue régulièrement la rigueur journalistique.
J’ai donc été profondément choquée et déçue d’entendre l’émission du lundi 8 juin 2026 dans laquelle le journaliste avait convié deux expertes des questions des violences sexuelles et de la pedocriminalité. En effet, je n’avais jamais entendu des invités se voir aussi souvent couper la parole (par Guillaume Erner). Le journaliste les a régulièrement empêchées d’aller au bout de leurs propos, remis en cause leur expertise à de nombreuses reprises et fait part de positions qui semblaient bien loin de la rigueur journalistique habituelle. Comment est-il possible que sur un sujet si sérieux, si documenté, un journaliste de France Culture réfute sans argument valable la parole de deux expertes ? Comment est-il possible qu’il se permette ce qui n’est rien d’autre que du mansplaining (concept théorisé puis analysé par de nombreux intellectuels spécialistes des questions féministes) ? Peut-on réellement, en 2026, nier le caractère systémique des violences sexistes et sexuelles, et des violences commises sur les enfants ? Peut-on balayer d’un revers de main la responsabilité du patriarcat dans ces violences ?
Je suis profondément déçue et choquée par le comportement de Guillaume Erner, qui a privé les auditeurs d’un débat éclairé sur des sujets essentiels qui nous concernent toutes et tous. Alors que nous avons profondément besoin d’informations, d’analyses d’experts sur ces sujets terribles, nous n’avons eu le droit qu’à un échange pollué par les remarques et les affirmations erronées et non sourcées d’un journaliste qui manque certainement de formation sur ces sujets.
Il me semblerait nécessaire d’adresser cette problématique. Il me semble qu’il est de la responsabilité de France Culture d’agir pour que de telles situations ne se reproduisent pas.

Je vous écoute tous les matins depuis des années. Pas systématiquement d’accord avec vos prises de position, je les apprécie pourtant en général car elles sont souvent argumentées et parfois explicitement subjectives, ce qui permet à chacun de s’autoriser à vous suivre … ou pas.
Je réagis aujourd’hui et pour la première fois à la manière dont vous avez contredit et finalement effacé par votre autorité d’animateur les propos défendus par vos deux invitées lundi dernier.
Et j’hésite à comprendre quelles étaient vos motivations.
Etait-ce réellement au titre de l’orthodoxie du sociologue comme vous l’affirmiez (leur imposant votre définition de ce qui est systémique) ? Mais alors cela était particulièrement injuste et réducteur car leur propos portait bien au-delà d’une querelle linguistique.
Etait-ce juste de la manipulation de journaliste qui tenait absolument à recentrer le débat sur la mise en cause de la justice et pas sur les causes sociétales des violences sexuelles faites aux personnes vulnérables ? Si c’est le cas c’est bien décevant.
Ma troisième hypothèse est que vous vous êtes senti mis en cause par les propos des invitées en tant que membre de la gent masculine. Ce qui m’étonne de votre part mais n’est pas tout à fait impossible si on écoute la tension palpable avec laquelle vous les avez rabrouées. Dans ce cas je vous encourage à réfléchir à nouveau à la question et à réécouter votre émission. Votre réaction a tout d’une contribution de dominateur au fameux « système » dont vous discutez la terminologie et plus encore l’existence.
En espérant que vous lirez ce message et le prendrez pour ce qu’il est : un retour amical et constructif pour éviter de vous laisser prendre à ces biais dans vos prochaines émissions.

Quelle ne fut pas ma déception d’entendre Guillaume Erner interrompre et contredire à ce point de manière si subjective les spécialistes l’avocate Carine Durrieu-Diebolt et l’historienne Anne-Claude Ambroise-Rendu pour débattre des défaillances de la justice révélées par l’affaire Lyhanna.
Ne laissant aucune place à leurs expertises, il soutiendra que non les violences sexistes et sexuelles ne sont pas systémiques. Qu’il s’agit seulement de dysfonctionnements de la machine judiciaire. Ne les laissant donc pas exposer leur expertise. Très désagréable dès le matin.

Guillaume Erner semble avoir quelques difficultés avec la notion de patriarcat. Pour tenter de la saisir, il peut écouter ses interventions coupant les deux intervenantes, lundi 8 juin, très pertinentes au sujet de la pédocriminalité au vu de leurs formations, recherches, publications, expériences. Lui s’est permis une séance de mansplaining dans les grandes largeurs. Très pénible à écouter. Et très peinée pour les deux invitées.

Je reste encore choquée par la réaction du journaliste Guillaume Erner qui ose reprendre une historienne et une avocate pour leur expliquer qu’elles se trompent et que non le patriarcat séculaire n’explique pas la violence stagnante faite aux enfants au 21e siècle parce-que, je cite, « le patriarcat c’est le père de famille qui protège ses enfants  » . Je salue le calme des invités face à tant d’audace et invite M. Erner à écouter nos observateurs, écrivains, historiens, médecins, juristes.

J’adore les émissions de France Culture, toutefois hier matin je suis tombée sur l’émission “l’invité des Matins” de Guillaume Erner et je dois avouer que j’ai été assez affligée du manque de connaissance de l’animateur face aux enjeux de violences sexuelles, de violences systémiques, de domination et des enjeux du patriarcat. J’ai pensé qu’il serait peut-être bon pour France Culture de former ses animateurs à tels enjeux car l’émission a donné l’impression que l’animateur prenait à titre personnel l’échange des deux invitées (par ailleurs très patientes et avec de grandes qualités professionnelles) et j’ai trouvé extrêmement dommage qu’il ne se positionne pas plus en écoute car ce qu’elles expliquaient avec beaucoup de pédagogie est extrêmement important dans le traitement médiatique, judiciaire, sociétal des violences faites aux femmes et aux enfants. Je pense qu’un exercice d’humilité, d’information et d’écoute sans ego aurait pu être utile ce jour. Dans tous les cas je retiens que l’émission était tout de même très qualitative et intéressante.