J’aimerais bien qu’un reportage nous présente pourquoi on a inventé Parcoursup, comment les inscriptions se passaient avant, par quoi le remplacer si on le supprime comme le demandent certains lycéens.
Pourriez-vous refaire un petit historique des revendications des professeurs à propos des classes surchargées, des bâtiments en mauvais état ? Pourriez-vous parler également du manque de profs, des formations universitaires insuffisantes, de l’absence de formation continue des profs, sauf en « webinaire » ! Des salaires faibles et de l’absence totale de reconnaissance par le ministère de l’Education nationale pour l’investissement des profs ? Aujourd’hui, nous, profs, déconseillons aux jeunes de faire ce métier ; beaucoup de stagiaires démissionnent dès leur année de stage en responsabilité, ce qui n’existait pas quand je suis entrée dans le métier dans les années 80. Il faut resituer ce mouvement né du mépris dans lequel l’État tient les profs, les jeunes et les enfants.
Je suis soulagée ce lundi 5 octobre au matin que France Info parle des revendications des lycéens et pas uniquement des violences (que je condamne).
Je voulais intervenir sur une des revendications : les emplois du temps. En effet, je suis professeur et les emplois du temps sont un vrai problème, mais je n’entends pas d’analyse sur la raison. Pour moi, elle vient de la réforme du lycée et de la suppression des séries au profit d’un choix de spécialités. En effet, au lieu d’avoir une majorité de cours avec leur classe, les élèves sont regroupés avec d’autres classes la plupart du temps : pour leurs 4 h en première, 6 h en terminale de spécialité, pour les langues, pour l’EPS, pour les options. C’est cela qui crée des contraintes et beaucoup de « trous » dans leur emploi du temps, entraînant de fait une amplitude horaire insoutenable avec 8 h-18 h. Il suffit de se pencher sur des emplois du temps pour le constater : ils ont rarement cours de 8 h à 18 h tout le temps, ils peuvent avoir 2 ou 3 h sans rien au milieu mais doivent attendre au lycée leur cours en fin de journée. Cela a des conséquences sur la fatigue mais aussi la santé mentale, car il ne se crée plus une ambiance de classe, un vrai groupe classe qui se soutient, car ils se voient peu ensemble. Les lycéens sont ainsi plus isolés et, avec la pression de la société, de Parcoursup, l’anxiété se développe. Il faudrait se pencher sur ce sujet.
Des lycées incendiés ; des proviseurs et enseignants violentés; des pompiers agressés, leurs camions brûlés et leurs affaires volées ; des chauffeurs de bus brutalisés ; des dégradations partout ; la majorité des lycéens qui veulent travailler empêchés par une minorité… Pourriez-vous faire une émission sur les violences et le soutien de politiques à cette violence à la lumière de l’actualité ? Pourquoi accepter et légitimer cette violence ? La violence résout-elle les problèmes ? Où la violence acceptable s’arrête ? Aux feux de poubelles ? A l’incendie d’un lycée ? Au lynchage de pompiers ? Si elle n’est pas acceptable entre individus, au sein d’un couple ou de la famille, pourquoi l’est-elle dans les mouvements sociaux ? Les lycéens approuvent-ils cette violence ? Quelle est la part de manipulation ? Le but n’est-il pas de provoquer une réponse violente des forces de l’ordre pour justifier encore plus de violence ?
Merci aux journalistes de France Inter de proposer une étude comparative de la situation des lycées, ou de l’enseignement des 14-17 ans, dans les pays bien situés dans PISA, en tenant compte de :
– la formation des enseignants : durée, nombre de matières enseignées selon l’âge des élèves, durée des cours… recrutement ;
– le nombre d’élèves par classe ;
– le coût global pour le second degré ;
– l’examen de fin d’études secondaires ;
– est-il question du stress, qui semble anéantir les adolescents français ? Enseignante dans le 1er degré de 1976 à 1979, puis, après trois ans en Ukraine comme lectrice d’université, de 1982 à 2011 dans le 2e degré, en lycée et BTS, je peux vous affirmer que ce genre de blocage, avec tous ces débordements, s’est déjà produit pour les mêmes revendications : nombre d’élèves par classe, emplois du temps, etc. Le problème est que toute modification des rythmes scolaires est rejetée par les intéressés…
Il est temps de prendre du recul avec ce qui se passe à l’étranger, pour des résultats bien meilleurs, malheureusement pour ces adolescents qui sacralisent les débordements, la violence, inspirés par des politiques sans scrupules.
Je suis étudiant et j’aimerais porter devant vous l’opportunité de couvrir un sujet dont l’ampleur ne fait que s’accroître de jour en jour.
Depuis le début de la semaine, la France a vu se multiplier des blocus et manifestations devant les lycées, réalisés par des étudiants et des lycéens.
Ce mouvement, il veut alerter sur des problèmes systémiques desquels on a longtemps détourné le regard :
– Des conditions de travail en constante dégradation dans des établissements publics. En théorie, l’État a pour mission de garantir la sûreté et la sécurité de ces établissements. Dans la pratique, des dizaines de vidéos témoignent du cruel manque d’isolation qui vient perturber et saper le travail des étudiants, et cela même dans des établissements prestigieux, accueillant des classes préparatoires aux grandes écoles telles que l’ENS.
– Le manque de moyens matériels, de personnels enseignants, AED, AESH ou médico-sociaux.
– Des personnels, notamment les enseignants, qui, quand ils sont là, exercent leur fonction malgré un salaire déplorable. La France est le pays d’Europe où les professeurs travaillent le plus d’heures par semaine, en étant les moins payés, tout cela dans un pays dont les classements PISA ne font que dégringoler d’année en année. Les enseignants endurent depuis des années la dégradation des services publics au même titre que les pompiers, les soignants et autres agents de la fonction publique.
– La réforme Blanquer de l’Éducation nationale, qui est la source de nombreux problèmes dans le système scolaire : le déclassement du baccalauréat, qui ne vaut plus rien dans le monde professionnel ; la chute du niveau en mathématiques des lycéens depuis que la matière n’est plus obligatoire ; les problèmes d’organisation, qui sont devenus de plus en plus complexes pour les lycées, et le stress accru chez les lycéens ; l’installation d’un tri social et les problèmes intrinsèques à la plateforme Parcoursup.
Ces problèmes, beaucoup d’étudiants et de lycéens ont déjà essayé de les faire entendre par le passé, sans succès. Mais s’ils n’ont pas été entendus, ce n’est pas parce qu’ils n’étaient pas assez nombreux, loin de là. À chaque fois qu’un mouvement comme celui-ci a lieu, on assiste à une instrumentalisation d’abord médiatique : les médias, quand ils veulent bien s’emparer de l’affaire, se focalisent sur les quelques dérives, les casses, qui sont minoritaires dans ces mouvements d’ampleur. Et derrière, cela engendre une instrumentalisation politique, où nos élus vont balayer d’un revers de la main toutes nos revendications. Oui, les violences de la jeunesse ne sont pas légitimes. Mais elles ne devraient pas être une justification pour décrédibiliser tout un mouvement qui, lui, est légitime et est l’expression d’une partie de la population qui se démène depuis des années pour se faire entendre.
Si je vous contacte c’est dans l’espoir, pour une fois, d’arriver à donner de la visibilité à ce qui compte vraiment : ce pour quoi on manifeste. Je veux croire en un audiovisuel public qui a encore pour objectif de faire entendre la voix du peuple.
Pourriez-vous, dans vos interviews, mettre également en lumière tous les gens qui sont exaspérés par ces manifs ? Bien que le sujet soit juste, la forme ne l’est pas. Les gens en ont marre. Ils bossent et ne comprennent pas ce saccage qui va encore une fois être payé par ceux qui travaillent. Je pense que vous ne faites pas entendre une majorité silencieuse qui va voter RN. C’est une erreur en termes d’information, avec un biais de point de vue assez évident. Des gens honnêtes vont encore souffrir de cette situation. Il y a un moyen de se faire entendre en démocratie : le bulletin de vote ; sinon, la minorité violente l’emporte au détriment des autres.
Pourquoi oublie-t-on de rappeler les manifs lycéennes de 1990 et de 1998, qui avaient exactement les mêmes revendications qu’aujourd’hui ? Manque de profs et non-remplacement lors des absences, infirmier(e)s et médecins scolaires quasi absents, locaux vétustes et insalubres parfois, classes surchargées…
Depuis presque 30 ans, voire beaucoup plus, rien ne bouge.