L’édito de la médiatrice

Les maux du Covid 

L’épidémie de Covid-19 n’en finit pas. Nouvelles restrictions déjà décidées ou à venir, hôpitaux menacés de déborder, appels à fermer les écoles, lassitude qui s’installe : la France est dans une situation très difficile. Dès le début de la semaine, les auditeurs ont pointé le sort des établissements scolaires, s’alarmant de ne pas suffisamment en entendre parler sur les antennes :  

« Quand va-t-on parler du taux d’incidence dans les collèges et lycées en Ile-de-France. Sachant que la plupart des lycées étaient en 1/2 jauge depuis novembre ! Ça flambe !!! Journalistes faites votre travail ! » 

« Comment peut-on penser que la contamination va diminuer avec ce (pseudo) confinement sachant que les cas Covid sont exponentiels dans les écoles, collèges et lycées et que la politique actuelle de l’Education nationale est de ne prévenir les parents qu’à partir de… 3 cas Covid !!! Arrêtons de parler de contaminations hors école. Les enfants sont des vecteurs du virus très opérationnels ! » 

« Je ne comprends pas que l’on dise qu’il n’y a pas de contamination dans les écoles. Ma nièce est AVS (NDLR: Auxiliaires de Vie Scolaire) dans une école et c’est l’hécatombe. »

Indiquons qu’à partir du milieu de la semaine, un panorama de la situation a été largement dressé dans les journaux d’informations. Face aux appels croissants à la fermeture des écoles, Olivier Véran, le ministre de la Santé, a réaffirmé, jeudi, que cette décision ne constituerait qu’un dernier recours que le gouvernement était déterminé à éviter « à tout prix ».  En date de mercredi, 2 962 classes et 105 écoles étaient fermées en raison de cas de contaminations.  
D’après les données gouvernementales, 4 709 patients étaient hospitalisés jeudi en réanimation à cause du COVID-19 et plus de 45 000 nouvelles contaminations par le coronavirus ont été confirmées en France entre mercredi soir et jeudi soir.   

Dans leurs messages, de plus en plus d’auditeurs se disent effarés par ce qu’ils qualifient d’« hécatombe », « des millions de Français sont glacés d’effroi devant le nombre des morts chaque jour. » Les auditeurs estiment que ces chiffres doivent être mentionnés plus souvent dans les journaux – actuellement plus de deux cents personnes meurent chaque jour du Covid en France – et surtout, les auditeurs souhaitent que ces chiffres ne soient pas traités froidement comme de simples statistiques mais que les journalistes illustrent très concrètement cette réalité par des reportages dans les familles, à l’hôpital ou bien à travers des interviews.   

Depuis le début de la semaine, les messages très critiques à l’égard de l’action du gouvernement n’ont fait que s’amplifier :  

« Stanislas Guerini, porte-parole du groupe LREM, a parlé ce matin d’une trajectoire gouvernementale qui serait approuvée par les Français. A chacun sa trajectoire, mais une trajectoire va quelque part. » 

« Le coup de poker c’est le choix de nombreux morts pour faire tourner l’économie. Stanislas Guerini parlait de choix de la vie c’est plutôt le choix de la mort ! Sans compter qu’Emmanuel Macron décide seul, plus fort que les scientifiques… pas de confinement en février en profitant des vacances… pour se retrouver comme prévu par les scientifiques avec une nouvelle vague ! » 

« Monsieur Attal et l’ensemble des ministres ont-ils conscience que la gestion hasardeuse de l’épidémie, les contradictions, la communication précipitée, l’entêtement du Président et les prises de position sur le fil du rasoir du ministre de l’Intérieur ont un résultat très négatif sur une grande partie de la population fatiguée qui commence à voir là un amateurisme évident et un discours de pré-campagne électorale ? » 

« Comment se dédouaner avec habileté !!! « Si ces mesures sont bien appliquées par les Français » cela fonctionnera. Traduction : si les mesures prises par le gouvernement ne fonctionnent pas, ce sera de la faute des Français !
Pas aux mesures prises ou non prises ! » 

« La seule solution, tout le monde le sait, est de vacciner. Il y a un an, Emmanuel Macron déclarait “nous sommes en guerre ». Quand on est en guerre, on réquisitionne les moyens de production. Or non seulement la France ne demande pas à libérer les brevets mais elle refuse, à l’OMC, que ce droit soit appliqué comme le demande plusieurs pays. Alors, merci d’arrêter de dire que les Français ne sont pas disciplinés à longueur d’antenne et intéressez-vous plutôt aux raisons qui poussent le gouvernement à refuser la libération des brevets pour une production massive. » 

« Je voudrais savoir pourquoi les médecins, spécialistes qui tirent le signal d’alarme ne font pas une pétition ouverte à tous les Français pour faire comprendre au gouvernement que s’il continue de cette façon, nous allons arriver à une véritable hécatombe. Par une nouvelle pirouette, il fera savoir qu’il n’est pas responsable. Médecins, faites-vous entendre ! » 

Les auditeurs auront noté qu’en cette fin de semaine, les antennes relaient largement les critiques dans les journaux d’informations et lors des interviews de leurs invités, médecins, scientifiques, chercheurs, universitaires, sélection à lire ici.  

Philippe Amouyel, professeur de Santé Publique au CHU de Lille, et Jean-François Timsit, chef du service de réanimation médicale et infectieuse de l’hôpital Bichat, invités, jeudi 24 mars, du Grand entretien sur France Inter ont estimé que « sanitairement, bien entendu qu’il fallait reconfiner avant !” 

Ce vendredi, à la mi-journée sur Franceinfo, Emmanuel Hirsch, professeur d’éthique médicale à l’université Paris-Saclay, a déclaré :   “Quand le président de la République ne dresse aucun constat d’échec, qu’il soit rassuré, on le dresse à sa place. Il y a une discordance entre le discours politique et la réalité des faits ». Le président du Conseil pour l’éthique de la recherche et l’intégrité scientifique s’exprimait au lendemain de la prise de parole d’Emmanuel Macron, qui a estimé n’avoir « aucun mea culpa, aucun constat d’échec » à faire sur la gestion de l’épidémie. Emmanuel Hirsch estime que cette position de l’exécutif a quelque chose de l’ordre de « l’irresponsabilité ». 

Quelques heures plus tôt, dans la matinale de Franceinfo, Dominique Costagliola, épidémiologiste, directrice de recherche à l’Inserm, a décrété : “Je ne vois pas comment »on peut s’en sortir « sans un confinement total. Il faut des mesures plus sévères, la probabilité » que les mesures décidées par le gouvernement « marchent est assez modeste ». 

Face aux critiques, Emmanuel Macron a défendu hier sa stratégie, à la fois sa décision fin janvier de ne pas reconfiner et le confinement hybride appliqué actuellement. « Nous avons eu raison de ne pas reconfiner la France parce qu’il n’y a pas eu l’explosion qui était prévue par tous les modèles ».« Je n’ai aucun mea culpa à faire, aucun remords, aucun constat d’échec », a-t-il lancé, en assurant que les mesures de freinage actuelles sont « très fortes ».  
Emmanuel Macron a évoqué jeudi de futures « nouvelles mesures à prendre dans les prochaines semaines » et « sans tabou », face à la troisième vague qui monte toujours plus dans les hôpitaux.   
« Ces semaines qui viennent seront difficiles, nous prendrons toutes les mesures utiles en temps et en heure et il n’y a à mes yeux aucun tabou », a-t-il averti, à l’issue d’un Conseil européen en visioconférence.   

Un confinement « moins pire » ? 

Depuis un an, l’inventivité sémantique est le nouveau terrain de jeu des journalistes pour décrire le quotidien et traduire les directives gouvernementales. Et certains se démarquent avec talent. Ces derniers jours, en évoquant un « confinement extériorisé » une journaliste a fait le choix judicieux de l’oxymore.  

Cette figure de style, qui consiste à rapprocher deux termes de sens contraires afin d’exprimer, soit une situation surprenante, soit l’inconcevable, ou bien l’absurde, décrit ici avec malice et inventivité tout le paradoxe de l’injonction   « Restez chez vous mais sortez », instauré depuis le week-end dernier. Paradoxe également illustré avec ce néologisme « exfinement » entendu en matinale : « Ce confinement est en fait un exfinement… on est confiné dehors… enfin on ne sait même plus comment le dire… ». 

Corneille ne renierait pas l’ « obscure clarté » de la situation dans laquelle nous sommes plongés où, parfois, mieux vaut un « silence assourdissant » que de mauvaises expressions pour la décrire. En effet pour qualifier cette « troisième voie » choisie par le gouvernement, fleurit ces jours-ci, sur toutes les antennes, une locution que l’Académie française qualifie de grave incorrection : « moins pire ».  Ainsi, les auditeurs ont notamment entendu en matinale : « Cette troisième voie, une voie de compromis, est-elle au fond, la moins pire pour éviter ce qui serait autrement plus brutal, à savoir un confinement dur ? ». 
De France Inter à France Culture, en passant par Franceinfo, toutes les rédactions ont eu droit à des messages :  

« Pire est un comparatif, pas un adjectif. C’est lamentable d’entendre cette erreur grossière sur vos antennes. » 

« Certains de vos journalistes n’ont toujours pas réalisé que « moins pire » est non seulement incorrect mais aussi absurde. » 

« La plaisanterie consistant à dire « moins pire » était amusante il y a longtemps. Mais vos intervenants à l’antenne sont-ils conscients du fait qu’il s’agit d’une erreur de français ? « Pire » signifiant « plus mauvais », « moins pire » signifierait « moins plus mauvais ». Soit vos intervenants pratiquent le comique de répétition de longue haleine, et alors il faut leur signaler qu’ils ne sont pas marrants, soit ils ont oublié leurs instituteurs se décarcassant à leur enseigner le comparatif et le superlatif. “ 

Sur son site, l’Académie française rappelle que : « Meilleur signifie « plus bon », mieux « plus bien », pire « plus mauvais » et pis « plus mal ». Si, en dehors du langage des jeunes enfants, on n’entend guère « plus mieux », les locutions « plus pire » et « moins pire », elles, se répandent de plus en plus chez des locuteurs de tous âges. On rappellera que ces formes signifiant « plus plus mauvais » et « moins plus mauvais » sont de graves incorrections. De la même manière, il convient d’éviter les tournures « aussi pire » et « si pire ». » 

Au chapitre des remarques faites sur la langue française, une autre critique voit le jour cette semaine :   

« Je suis affolé par la quantité de fautes de français, anglicismes et autres néologismes qui ne font que baisser le niveau de France Inter. Mais le vaccinodrome, c’est la goutte d’eau ! Un vélodrome ou un hippodrome existent… Donc le vaccinodrome, c’est l’endroit où l’on fait courir les vaccins, montés sur des seringues ? »  

« Assez des « vaccinodromes”! Vos journalistes pourraient-ils arrêter de nous asséner en permanence les « vaccinodromes » ? Personne ne court dans ces sites qui sont tout simplement en français des « centres de vaccination ». Ce mot totalement aberrant d’un point de vue étymologique n’apporte rien et est absurde. Il me semble qu’en tant que radio, et qui plus est radio publique, vous avez le devoir de promouvoir un usage correct de la langue française. » 

« Fidèle auditeur de votre station depuis très longtemps pour la qualité de vos émissions, je me permets de vous demander quand allez-vous cesser d’employer le mot « vaccinodrome » pour désigner les centres de vaccination ? Le caractère péjoratif de ce mot, dévalorise le travail de ceux (je n’en fais pas partie) qui s’affairent quotidiennement à améliorer notre protection contre le covid, avec les faibles moyens qu’ils ont. » 

« Vaccinodromes » ou « centres de vaccinations », d’autres auditeurs se moquent bien de l’appellation choisie, seule importe la vaccination et l’ouverture en nombre de ces lieux :  

« Nous sommes des milliers à vouloir nous faire vacciner. Inutile de demander notre accord. Nous désirons des « vaccinodromes » où nous y allons librement sans passer par la lourdeur et le coût des médecins de famille. » 

« Exigeons des « vaccinodromes », des lieux tels que les gymnases où l’on peut vacciner en masse. »  

Depuis le début de la campagne de vaccination, plus de 7 168 000 Français ont reçu au moins une dose de vaccin.   
Plus de malades à l’hôpital et en réanimation, plus de contaminations : pendant que les signes d’emballement de l’épidémie de Covid-19 se multiplient, Emmanuel Macron promet encore d’accélérer la vaccination, en l’élargissant dès ce week-end aux plus de 70 ans et aux enseignants en avril.   

A chaque jour son annonce :   
Lundi, le ministre de la Santé Olivier Véran dévoilait l’ouverture prochaine de « vaccinodromes ».  

Mardi, lors d’une visite dans un centre de vaccination à Valenciennes (Nord), le chef de l’Etat a promis que les 70-75 ans, sans comorbidités, pourraient se faire vacciner à partir de samedi, soit environ 3,5 millions de personnes supplémentaires. « Il n’y pas de week-end et de jours fériés pour la vaccination » qui est « le cœur de la bataille », a insisté le chef de l’Etat, alors que la France table sur une hausse des approvisionnements en avril. 

Mercredi, Gérald Darmanin annonçait l’ouverture de « 38 vaccinodromes » gérés par les sapeurs-pompiers, dans lesquels « jusqu’à 530 000 doses pourront être injectées chaque semaine ».  

Jeudi, le Rhône, la Nièvre et l’Aube s’ajoutaient aux seize départements soumis depuis samedi à la fermeture de nouveaux commerces et à l’interdiction de se déplacer au-delà de 10 km sauf dérogation, ces mesures s’appliqueront à partir de demain pour ces trois départements.  

Vendredi, les contrôles vont « s’intensifier dès ce jour », dans les « gares, aéroports et péages routiers », tout en « poursuivant les contrôles de respect des gestes barrières » pour lutter contre le Covid-19. Ces mesures, annoncées par le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin lors d’une réunion avec le Premier ministre Jean Castex, interviennent alors que la situation épidémique est « critique avec l’entrée en action de la troisième vague et la prédominance du variant britannique ».

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« Si Dieu veut » ? 

Dieu a-t-il sa place dans une interview quand il est mentionné par une journaliste ? Réponse fournie par les auditeurs :   

« Nous sommes scandalisés d’entendre votre journaliste ce matin à propos d’un film :  » Il sortira en juin SI DIEU VEUT !!! »  C’est ça la laïcité, c’est ça le service public ? » 

« Lorsque votre journaliste annonce qu’un film sortira « si Dieu veut » en juin… les bras m’en tombent… La Défense de la laïcité est fondamentale pour moi… Remettez-vous en question s’il vous plaît ! » 

« J’ai déjà entendu à plusieurs reprises votre journaliste ponctuer ses propos d’un « Si Dieu veut » ou équivalent. Tout en reconnaissant le caractère culturel ou automatique d’une telle expression, on ne peut nier sa nature religieuse et donc son incongruité sur une station généraliste et laïque comme France Inter. Tous les athées matérialistes, beaucoup plus nombreux qu’on ne le pense parce que silencieux, tressaillent à l’écoute de ces expressions à remplacer d’urgence par des équivalents impartiaux. » 
 
« Devra-t-on désormais se fier à dieu pour tout ce qui va nous arriver ? Ce genre de propos sur une radio publique, c’est non ! Si Dieu veut ? » 

Les auditeurs n’ont pas apprécié. Qu’un invité évoque Dieu n’expose que lui et peut être considéré comme un partage de ce qui relève de l’intime, de son adhésion à un culte, de sa foi et n’engage nullement la chaîne sur laquelle il s’exprime.   

Cette formule « si Dieu le veut » relève également de l’usage populaire, sans connotation religieuse délibérée et revendicatrice, mais avec le risque de semer un trouble dans l’esprit du public, voire d’éveiller la suspicion, si elle est employée par des journalistes, comme le souligne un auditeur : « la banalisation de certaines phrases ou l’utilisation d’expressions, souvent qualifiées de « populaires », pourraient à terme, (re)mettre en cause votre devoir de neutralité politique, philosophique et religieuse. » 

En effet, pronostiquer l’avenir en convoquant le champ lexical du religieux c’est mettre en scène le régime communicationnel d’une croyance. Un choix contraire au principe de neutralité en vigueur sur une antenne de service public.  

Les invités sur les antennes  

L’association des journalistes scientifiques de la presse d’information a dévoilé cette semaine le lauréat de son Prix du journaliste scientifique 2021 : Nicolas Martin, producteur de la “Méthode scientifique” sur France Culture. Le jury a particulièrement apprécié la diversité de son travail, l’ambition scientifique et ses qualités d’intervieweur comme de vulgarisateur.  

Au sujet de cette récompense, une auditrice lui écrit : « Je suis hyper heureuse que vous ayez eu ce prix ! Je vous le remets pour chaque émission, je me régale ! C’est accessible, passionnant ! Je suis plutôt littéraire et une scientifique frustrée ! Vos émissions m’ont tout simplement ouvert la voie à la physique, et à l’espace avec des invités passionnants ! » Cette auditrice souligne un aspect essentiel de ce travail complexe en pleine pandémie : le choix des invités scientifiques conviés à venir s’exprimer dans votre émission. Dans le rendez-vous de la médiatrice diffusé hier sur France Culture Nicolas Martin a détaillé selon quels critères il évaluait la pertinence d’inviter un médecin, un scientifique, un chercheur dans son émission.   

Le journaliste est aussi longuement revenu sur la différence entre un conflit d’intérêts et un lien d’intérêts, question fréquemment soulevée par les auditeurs de toutes les antennes de Radio France :   

« Depuis la « crise du Covid  » nous entendons beaucoup de médecins parler or, vous ne citez jamais les liens d’intérêts que peuvent avoir vos intervenants avec les laboratoires pharmaceutiques. Pourtant ces liens d’intérêt modifient grandement la partialité des intervenants : C’est fort dommage. Pourriez-vous tenir compte de ma remarque et essayer de leur demander à l’avenir. Je crois que ce serait pertinent en ce moment. » 

Au sujet du traitement éditorial de la pandémie, des auditeurs, toutes antennes confondues, regrettent le manque de pluralité des points de vue :  

« Je suis un vieil auditeur de France Inter et je suis encore fidèle auditeur de votre station, que je trouve au-dessus du lot, en particulier le matin. Mais il est un point qui m’interroge dans cette période où la COVID occupe le devant de la scène. En effet je n’entends que des voix, de partis pris, des arguments, de personnes de la communauté scientifique et médicale du même courant de pensée. Pourquoi n’invitez-vous pas des scientifiques aux CV tout aussi respectables défendant d’autres points de vue sur la manière d’agir, de prendre en charge etc… Je pense entre autres à des collectifs de médecins comme « Laissons-les prescrire » Il n’y a pas de vérité absolue pas plus en médecine qu’ailleurs. Cela nous oblige à aller chercher de l’information contradictoire sur des médias qui ont moins ma confiance encore aujourd’hui. Alors s’il vous plaît plus de pluralité dans vos invités. »  

Danielle Messager, journaliste santé à la rédaction de France inter a répondu ce matin à cette remarque, et à un certain nombre de questions des auditeurs, dans le rendez-vous de la médiatrice de France Inter, à réécouter en cliquant ici.

Au sujet des invités, outre le pluralisme des points de vue, la parité est régulièrement évoquée dans les messages :   

« C’est incroyable ! D’abord on n’y prend pas garde et puis au bout d’un moment on se dit que quelque chose cloche. Au début on ne sait pas trop quoi et enfin une question s’impose : où sont les femmes dans le Grand entretien de la matinale de France Inter ? » 

Nous avons fait les comptes : lors du premier trimestre de l’année 2021, dans la matinale, c’est à dire le rendez-vous de 7h50 et le Grand entretien à 8h20, près de 25% de femmes ont été invitées.  

Au regard de ce chiffre, il semblait intéressant de demander à Catherine Nayl, directrice de l’information de France Inter, à quelles difficultés la rédaction était confrontée pour inviter des femmes à s’exprimer dans la matinale : « Il y a des choses qui relèvent de notre propre responsabilité. Et effectivement, il faut être toujours proactif pour ne pas se laisser gagner par un courant qui est encore trop majoritaire : “Je fais appel à ce que je connais et ce que je connais en général, ce sont des hommes”, a expliqué Catherine Nayldans le rendez-vous de la médiatrice de France Inter diffusé ce matin, Il y a des phénomènes exogènes aussi. Pendant un an, c’est à la fois la communauté médicale qui a été omniprésente sur nos antennes et les politiques. Et malheureusement, dans ces deux classes, il y a beaucoup moins de femmes que d’hommes. C’est la réalité. Ça ne veut pas dire qu’il ne faut pas, et nous avons cette responsabilité, essayer, tester, les encourager, leur donner confiance. Parce que ça aussi, ça joue beaucoup. » 

Les auditeurs soucieux de parité doivent savoir que le CSA, le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel, incite les médias à se fixer des objectifs chiffrés en matière de parité. Dans son rapport annuel publié au début du mois du mars, le CSA indique que la proportion de femmes à la radio a plafonné à 41% en 2020, comme l’année précédente. Les femmes s’expriment donc moins que les hommes.   

Pour la première fois, et c’est intéressant, il a été demandé aux médias d’indiquer sur quelles thématiques les femmes étaient intervenues. On observe que lorsqu’elles sont expertes, les femmes sont avant tout sollicitées dans trois domaines : l’éducation, la justice, les sciences et techniques – mais les thèmes les plus abordés sur les antennes, à savoir la santé, la société et l’international restent l’apanage des experts masculins.    
Autre sujet régulièrement évoqué dans les courriels, pour toutes les antennes, le pluralisme politique :  

« Le casting des invités de votre émission pose un très sérieux problème, d’autant que la tendance semble s’accentuer d’une semaine sur l’autre ! En effet, pour aller vite, les quatre invités de votre dernière livraison sont tous du même bord politique (…) 
On imagine bien votre ligne de défense, face à une telle critique du choix de vos intervenants : ce sont des « experts » ; ils ont été « aux affaires » pour certains, donc, sur le même plateau que des journalistes censés amener l’abord critique des sujets abordés, ils représentent la caution de l’expérience du terrain en politique ; et sans doute le plus important : leur position au centre de l’échiquier politique à le double avantage de garantir un débat serein et donc constructif (pas « taisez-vous Elkabbach !») et d’éviter de prendre le risque de contribuer à la banalisation d’idées « extrémistes ».    

La suite de ce message, envoyé lundi à France Culture est à lire ici.   

Mardi, Sandrine Treiner, directrice de la chaîne a tenu à répondre à cet auditeur :  

« Cher Monsieur,  
Je vous remercie de votre courriel, intéressant et argumenté, dans lequel du reste vous répondez de vous-même pour une grande part – et de bonne manière, je le précise – à la question générale que vous soulevez. Oui, nous tenons à ce que Thierry Pech, un de nos intervenants réguliers, nomme « le débat démilitarisé ». Il se pare – le débat – de suffisamment d’armes ailleurs et je sais depuis longtemps que nos auditeurs aiment venir trouver, sur France Culture, un certain état d’esprit et de discussions qui nous caractérise.  

Néanmoins, vous avez raison, cette seule réponse serait insuffisante et je vais donc reprendre vos deux questions et y répondre de manière générale – je pourrais nommer tel ou tel à l’appui de mes arguments, mais précisément je ne crois pas que l’ensemble de nos débatteurs ait envie d’être défini de la sorte :  

Le CSA ne nous rappelle pas à l’ordre pour l’excellente raison que l’ordre que vous mentionnez n’existe pas. Aucune instance et c’est heureux car ce serait impossible et dangereux n’évalue le débat d’idées, le débat intellectuel. Le CSA comptabilise le temps de parole politique et veille à cet équilibre, auquel nous sommes tous soumis eu égard à l’exigence d’équité entre les différentes formations politiques et leur représentation nationale. Fort plaisamment, un intellectuel dit « de droite » peut avoir sur tel ou tel sujet une opinion dite « de gauche » et sinon … autant fermer boutique, si vous me passez l’expression.  

L’équilibre des opinions générales auquel nous ne sommes pas soumis en droit donc, mais auquel nous veillons de manière tout à fait attentive pour des raisons évidentes de pluralisme des idées, c’est autre chose. Il ne s’équilibre pas au sein de chaque émission, heure par heure : ça n’aurait aucun sens et représenterait une contrainte de programmation insoutenable. Il se conçoit nécessairement au fil des programmes, au gré des personnalités de nos personnalités d’antenne. 
Je crois à cet égard pouvoir montrer que France Culture est le lieu d’une grande palette de sensibilités et de programmations. »  

L’intégralité de la réponse et de cet échange – puisque l’auditeur a répondu ce vendredi à Sandrine Treiner- est à lire ici.

Cet échange est réellement emblématique de la qualité du lien entre les auditeurs et leur chaîne et témoigne de l’importance des réponses qui sont formulées pour expliquer les principes qui guident le travail des producteurs et des journalistes dans le souci permanent du respect de l’éthique et de la déontologie.  

Diffuser n’est pas adhérer 

Les principes journalistiques, la mission d’information des rédactions, ne sont précisément pas toujours réellement identifiés et compris par des auditeurs qui s’étonnent parfois de la teneur de certains reportages, comme par exemple le week-end dernier sur Franceinfo :  

« Scandaleux, ce reportage sur un groupe de trentenaires faisant la fête et bravant les directives gouvernementales un samedi soir, ce n’est plus de l’info, c’est de l’encouragement à la désobéissance civile et cela mériterait d’être sanctionné. Que cherche les journalistes ? Mettre un peu plus de pagaille dans la société ? ». Un autre auditeur estime « qu’il s’agit d’un reportage pousse au crime ». 

Matthieu Mondoloni, directeur adjoint de la rédaction de Franceinfo est l’invité, demain, du rendez-vous de la médiatrice, afin d’expliquer qu’il ne s’agit pas de faire la promotion de ces pratiques mais simplement d’informer sur ce qui se passe. Il répondra également à la remarque d’un auditeur qui s’étonne que les journalistes ne prennent pas parti lorsqu’ils observent les Parisiens quitter la capitale le week-end dernier :   

« Aucune réaction face aux agissements des Parisiens qui fuient le confinement et se réfugient en province. Ils n’ont aucun complexe à aller propager le virus dans les départements moins touchés. Je suis choqué qu’on laisse faire et que vous en parliez sans aucun sens critique ». 

Les journalistes devraient-ils prendre parti ? Réponse demain sur Franceinfo à 11h51.  

Qui n’a jamais dansé avec son fantôme ? 

Dans une chronique émouvante, Marie-Pierre Planchon, présentatrice de la météo de la matinale de France Inter a évoqué son compagnon disparu récemment. Au micro de Frédéric Pommier, elle a confié qu’ »Unchained Melody » des Righteous Brothers, qu’elle écoutait avec lui, la remplit d’émotions.   

« Unchained Melody », l’inoubliable titre du film « Ghost » avec Patrick Swayze, Demi Moore et Whoopi Goldberg, la fait passer des larmes à l’apaisement, de la simple écoute statique à la danse imaginaire.   

On peut faire la météo mais regarder le ciel pour d’autres raisons… Après vingt ans de météo marine et cette sixième saison dans la matinale de France Inter, Marie-Pierre met les pluies, les vents, l’azur et le soleil en mots. Elle traduit le ciel, de la métropole aux outre-mer : « Aujourd’hui, je peux regarder le ciel, mais d’une autre manière que la météorologue en moi. Je regarde l’éternité. J’aime croire que cet amour est éternel. De me replonger dans cette chanson, c’est une façon aussi d’être avec lui. » 

La chronique « C’est une chanson » signée Frédéric Pommier diffusé dans le 13/14 h de Bruno Duvic, mardi 23 mars, est incontestablement le coup de cœur des auditeurs cette semaine :  

« Ce fût une émotion intense aujourd’hui. Vous m’avez touchée et émue aux larmes. Des larmes d’Amour. Et oui, avec une chanson et la musique, il arrive bien souvent que l’on ressente que le Ciel et la Terre ne font plus qu’un. Une présence invisible et un amour éternel, plus fort que tout, nous poussent et nous guident sur le chemin. Il faut écouter la petite voix. Marie-Pierre, merci pour votre énergie matinale et votre bonne humeur. Il doit sacrément être fier de vous !! Frédéric, merci à vous aussi pour vos talents multiples et votre voix, qui me touche. Hauts Les Cœurs. Bien chaleureusement à vous deux » 

« Je passe par vous pour transmettre mon message de condoléances, de sympathie, un remerciement pour ce magnifique et si sincère message d’amour de Marie-Pierre Planchon, dont j’écoutais avec plaisir la météo marine après Bernard Lenoir, dans ma chambre d’étudiante d’Annecy, bien loin de la mer ! » 

« Pourriez-vous transmettre à Marie-Pierre ce petit message d’un auditeur qui l’aime pour la joie de vivre débordante qui émane de sa voix à chaque chronique météo : Marie-Pierre, merci d’aimer la vie, merci de me donner de la joie, merci de ton sourire même quand il pleut ! » 

« Un moment de grâce, l’oreille suspendue au poste. Merci ! »  

« Votre humanité, votre émotion m’ont sincèrement touchée (à tel point que pour la première fois j’utilise le formulaire de contact alors que je vous écoute pourtant beaucoup). Je suis heureuse pour vous que vous ayez connu un si grand amour (et comprend mieux le sourire dans la voix !), et vous souhaite surtout beaucoup de courage pour aimer la vie malgré l’épreuve que vous traversez. »  

Emmanuelle Daviet  
Médiatrice des antennes de Radio France