#47 L’édito de la médiatrice

« Le diable se niche dans les détails »

Les jeunes et le Covid-19, les risques psychologiques du coronavirus, les « anti-vaccins », le « documentaire » « Hold-up », Amazon, la loi « sécurité globale », le procès Daval sont au menu des thématiques abordées par les auditeurs dans leurs messages cette semaine.

Chaque jour vous êtes très nombreux à nous écrire. Vous pouvez retrouver une sélection quotidienne des courriers sur le site de la médiatrice.

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Avant d’évoquer les remarques des auditeurs cette semaine, remercions-les sincèrement pour leur fidélité et souhaitons bienvenue à ceux qui arrivent et découvrent les programmes de France Inter, France Culture, Franceinfo, France Bleu, France Musique, FIP et Mouv’.

Actuellement, 4 auditeurs sur 10 écoutent les antennes de Radio France comme le confirment les chiffres de Médiamétrie publiés hier et commentés par Sibyle Veil, présidente de Radio France : « Nous avons des résultats d’audience absolument exceptionnels et historiques en cette rentrée. Dans cette période difficile pour les Français, ils sont près de 15,5 millions à nous choisir, tous les jours, pour être à leurs côtés. »

Avec la crise sanitaire et le télétravail, les Français ont été moins nombreux à écouter la radio à la rentrée, le télétravail pèse en effet sur l’écoute en voiture ou dans les transports en commun. Cependant, France Inter maintient sa première place et Franceinfo se rapproche du podium. France Inter a vu son audience cumulée progresser de 0,8 point par rapport à un an plus tôt, à 12,5%, confortant son statut de station la plus écoutée du pays. “C’est un résultat dont nous sommes fiers, mais qui nous donne aussi une grande responsabilité”, a commenté à l’AFP Laurence Bloch, la directrice d’Inter. “Dans une période difficile, les Français trouvent dans France Inter un refuge, pour être informés et accompagnés mais aussi parce qu’ils savent qu’on va pouvoir se marrer ensemble”.

A Franceinfo la saison démarre en trombe (+0,9 point à 8,8%). « C’est notre meilleure rentrée depuis 13 ans, la meilleure depuis 8 ans pour la matinale et la meilleure depuis 12 ans pour l’interview politique de 8h30 », relève son directeur Vincent Giret. En pleine pandémie, « il y a eu vraiment un besoin d’une information fiable, sécurisée et impartiale, et les Français sont venus chez nous pour la trouver ».

France Culture signe une rentrée record (+0,1 point à 3%), portée par les moins de 50 ans. Pour sa directrice Sandrine Treiner, le public réclame « de l’analyse, de l’approfondissement et une prise de distance par rapport à l’actualité”. Les chiffres des sondages sont à lire ici.

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La messe est dite ?

Régulièrement des auditeurs nous écrivent pour déplorer l’usage du pluriel de l’article défini « les » au lieu du pluriel de l’article indéfini « des ». Formulée ainsi, la remarque peut sembler mineure pourtant cet emploi produit un phénomène de généralisation qui, en réalité, fausse la perception de l’information :

« En souvenir d’Alain Rey et de son amour pour la précision, serait-il possible de dire « des » plutôt que « les ». Exemples : Des catholiques manifestent… Des scientifiques pensent que… Des républicains soutiennent… Le pluriel indéfini permet de nuancer et donc de tenir compte de l’opinion de tous. »

Dimanche dernier, l’emploi de l’article indéfini aurait été particulièrement apprécié par des auditeurs catholiques se désolidarisant totalement des rassemblements organisés dans plusieurs villes de France pour demander la levée de l’interdiction des messes en public imposée par le gouvernement pendant le reconfinement.
Rappelons qu’à l’approche de la période de l’Avent qui précède Noël, plus d’un millier de catholiques à Versailles, 200 à 300 à Bordeaux, Nantes, Rennes, Nice, Marseille et Toulouse, un peu moins à Strasbourg, ont réclamé de pouvoir assister à des offices. Les fidèles souhaitent le retour de « leurs » messes, quand bien même le Conseil d’Etat a validé l’interdiction des cérémonies religieuses avec un large public.

Dans les journaux, sur les antennes nationales, l’information a été ainsi présentée : « Les catholiques ont manifesté ». Le pluriel de l’article défini, « les », confère une valeur généralisante à l’information donnée, et exclut toute nuance. L’action de quelques centaines ou milliers de catholiques a pu être comprise comme une démarche menée par l’ensemble de cette communauté, ce que conteste vigoureusement des auditeurs :

« Dire « les catholiques de France » est faux ! Il aurait fallu dire « des catholiques » car l’immense majorité des catholiques de France, et j’en fais partie, n’est pas du tout en accord avec ces manifestations. »

« Il est vraiment dommage de donner à croire une unanimité sur ce point. Nous sommes de nombreux catholiques pratiquants ne soutenant absolument pas cette revendication que nous trouvons inadéquate tant comme citoyen que comme croyant. Il me semble qu’une bonne approche (sur ce sujet comme sur tant d’autres) serait d’éviter les généralisations abusives qui fausse la réalité de l’information (et font perdre de la crédibilité à l’ensemble des informations !). »

« Je suis catho, pratiquant et je n’ai pas envie d’être assimilé à ces gens qui manifestent aujourd’hui pour le retour de la messe en présentiel. Même si les précautions sont prises lors des rassemblements, ces messes restent des rassemblements et sont donc potentiellement à risques. Alors, s’il vous plaît, parlez de « certains catholiques » mais pas DES catholiques. »

« Je suis catholique pratiquante et j’applique scrupuleusement le protocole sanitaire demandé par le gouvernement comme les communautés juives, musulmanes… S’il vous plaît, précisez bien que ce sont les catholiques traditionnalistes qui manifestent. Epargnez-nous, notre Eglise est déjà assez blessée par le comportement de certains de nos prêtres. »

« Je réagis au terme « les catholiques ont manifesté… » De grâce, ne généralisez pas, car les manifestants ne représentaient qu’une petite catégorie de cathos. Il me semble plus exact de dire « des catholiques »… Précision d’importance dans le contexte actuel. »

Ces manifestations devant les églises ou les cathédrales pour dénoncer la décision du gouvernement d’interdire les messes pendant le reconfinement ont été largement couvertes par le réseau France Bleu, à lire dans cette Lettre.

Pour sa part, le gouvernement a prudemment donné son accord lundi à une reprise des cérémonies religieuses avec public à partir du 1er décembre mais à deux conditions : le respect d’un nouveau protocole sanitaire au sein des lieux de culte et une évolution favorable de la situation épidémiologique.

« Piqûre de défiance »

« « Les » catholiques » sont un exemple mais le traitement de l’information fournit chaque jour aux auditeurs des motifs d’irritation quant à cette présentation généralisante d’un fait : « A l’ouverture du journal de 7h aujourd’hui vous parlez de la lassitude « des » Français face au confinement et de la colère « des » commerçants ! En fait il ne s’agit que de « quelques » Français et de « quelques » commerçants ! Vous ne me parlez pas des millions de gens qui respectent ce confinement, seule façon de nous sortir de la Covid. C’est ça qui est fatigant. »
In fine, le reproche adressé est le degré d’imprécision généré par cette façon globalisante de relayer une information, d’universaliser au lieu de pondérer.

Le manque de nuance a également été souligné par les auditeurs au sujet des « anti-vaccins », présentés selon eux, de manière caricaturale, réductrice et péjorative, les auditeurs indiquant que l’on peut émettre des réserves sur le vaccin anti-covid sans pour autant se positionner contre les vaccins et donc être taxé d’ »anti-vax » ou « anti-vaccins ».

A l’occasion de la sortie mardi d’une étude de la Fondation Jean-Jaurès, il a, en effet, été question des anti-vaccins cette semaine sur les antennes. Cette étude, largement relayée, s’est intéressée aux Français qui avaient ou non l’intention de se faire vacciner contre le Covid-19.

« Depuis le début de l’épidémie, le taux de confiance dans les scientifiques a chuté de 95% à 75% », a notamment expliqué mardi sur Franceinfo, Antoine Bristielle, professeur agrégé en sciences sociales, auteur de cette enquête sur la percée antivaccin en France.
« Il y a à peu près 54% seulement des Français qui accepteraient de se faire vacciner alors que chez nos voisins allemands, par exemple, c’est 69%, au Royaume-Uni c’est 79%. En France on est défiant globalement par rapport au vaccin et c’est renforcé avec le vaccin contre le Covid, car il n’y a pas forcément de recul par rapport à celui ci. C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles beaucoup de personnes déclarent être à l’heure actuelle réticentes à se faire vacciner. C’est aussi une peur des effets secondaires. »

Entre le début de l’épidémie de Covid et le mois d’octobre 2020, la confiance des Français a donc baissé de plus de 20 points. A cause notamment, selon Antoine Bristielle, d’une « course à l’audimat permanente » autour des controverses scientifiques. Et du succès des théories conspirationnistes partagées en grande partie sur les réseaux sociaux.

« Je fais partie de ceux qui s’interrogent sur les vaccins, sans pour autant les refuser en bloc. Oui, le vaccin pour le Covid sort trop vite, sans prudence.
Cet avis ne fait pas de moi une complotiste. Or vous, vous ne nuancez jamais cette question, vous ne l’interrogez jamais. Vous vous contentez de dire “60% des français ne veulent pas se faire vacciner” ».

« La présentation des anti-vaccins est un ramassis de raccourcis »

« J’écoute les infos et en particulier l’évocation des anti-vaccins, fondée sur l’étude d’un sociologue qui constate l’hétérogénéité des gens ne souhaitant pas se faire vacciner. Je suis choquée du raccourci effectué par vos journalistes qui ont choisi de les affubler du nom : anti-vaccins ou antivax. C’est caricatural. On peut émettre des réserves sur l’inoculation d’un vaccin sans être anti-vaccins. Si 54% des Français questionnent les risques liés à un vaccin, il serait correct que vos journalistes soient plus impartiaux et constate ce fait, tente de le comprendre plutôt que de le condamner comme si c’était une faute. »

Symptôme de défiance vaccinale

Selon la Fondation Jean Jaurès, l’annonce d’un vaccin contre la Covid-19 a été largement concurrencée par la sortie d’un « documentaire » baptisé Hold-Up, rassemblant un ensemble hétéroclite de théories conspirationnistes au sujet de la Covid-19 et d’un potentiel vaccin.

Ultra viral sur Internet, promu par des célébrités, « Hold-Up » prétend rétablir la vérité sur l’épidémie mondiale et décline en 2h40 sa thèse selon laquelle une vaste « manipulation » des gouvernants est à l’œuvre autour du Covid. Imitant les codes de l’investigation journalistique, cette vidéo aligne pourtant infox et allégations sans preuves.
Virus fabriqué en laboratoire, gravité du Covid exagérée, masques inutiles, efficacité prouvée de l’hydroxychloroquine, liens avec la 5G… Cette production à la réalisation léchée recycle de nombreuses infox plusieurs fois démystifiées auprès de l’AFP par de nombreux experts.

« C’est un film, pas un documentaire, c’est une œuvre de fiction du début à la fin », estime Sylvain Delouvée, chercheur en psychologie sociale à l’Université de Rennes 2 et spécialiste du complotisme. Il relève la présence d’experts auto-proclamés ou de personnalités connues mais très controversées, comme l’infectiologue Christian Perronne ou la sociologue Monique Pinçon-Charlot. Au total, plus d’une trentaine de personnes sont interrogées, de chauffeurs de taxi à l’ancien ministre Philippe Douste-Blazy, qui s’est depuis désolidarisé du film.

« Hallucinant », « délirant » : plusieurs responsables politiques de la majorité ont condamné la « propagande complotiste » du film. « Hold-Up » affirme dénoncer des mensonges et exagérations du gouvernement autour du Covid-19, jusqu’à l’explication finale d’un complot mondial destiné à contrôler et asservir les populations.

Les antennes l’ont évidemment évoqué. Réactions des auditeurs :
« J’ai écouté France Inter ce midi et j’ai entendu qu’un des chroniqueurs se moquait du documentaire “Hold-up.” Je suis d’accord que le documentaire ne prend pas forcément les deux côtés mais il avance des arguments intéressants. Ne pourrait-on pas faire des débats plus nuancés sur France Inter, France Culture, Franceinfo avec moins de parti-pris en prenant en compte les deux côtés. Après tout, il y a des gens très compétents dans ce documentaire. J’espère que le service public aura le courage de reprendre son rôle pour un vrai débat indépendant. »

« Merci de respecter vos auditeurs qui ont trouvé intéressant certaines parties du documentaire Hold-Up. Traiter les gens de complotistes revient à les traiter de crétins. Ce n’est pas ainsi que vous contribuerez au débat. Un auditeur de France Culture »

« Je ne sais pas s’il faut parler du « documenteur » Hold-Up et ainsi lui faire encore plus de pub. Par contre, quand on en parle, il faudrait vraiment le décortiquer. Autre faille : Confondre le nombre de personnes ayant cliqué sur la vidéo Hold-Up et le nombre de personnes qui l’ont regardé jusqu’au bout. Beaucoup ne l’ont pas vu jusqu’au bout et ne savent donc pas de quoi vous parlez en disant « complotiste », puisque c’est après la première heure qu’on commence à comprendre où ça va. »

« Le fond du problème, c’est l’imaginaire de la défiance, c’est-à-dire qu’une grande partie de nos concitoyens ne croient plus en ce qui est perçu comme la parole publique », a déclaré sur Franceinfo Marie Peltier, historienne, spécialiste du complotisme, interviewée sur ce « documentaire ».
« Cette parole conspirationniste s’est banalisée très fortement ces dernières années et elle s’est banalisée dans tous les milieux, y compris dans le milieu du showbiz, a expliqué la chercheuse, On a cru pendant trop longtemps que ça ne concernait que quelques personnes non éduquées mais c’est tout à fait faux. C’est un imaginaire qui est vraiment majoritaire dans le débat public. Ici, on a un documentaire qui cristallise toutes les obsessions qui ont déjà quelques années et qui ont déjà contaminé le débat public et qui donnent comme une espèce de sens ‘clef en main’ à la crise qu’on est en train de vivre. Je pense que c’est une des grandes explications de son succès. Parce que le Covid c’est un traumatisme collectif. Et quand on a un événement traumatisant, on cherche à lui donner du sens, c’est une logique tout à fait humaine. »

Fervents consommateurs

Qui apparaît comme « le grand gagnant de la crise » du Covid-19 et du confinement ? Amazon, estiment des responsables d’ONG, d’associations, de syndicats, de partis politiques, ainsi que des écrivains, des libraires ou des élus. En début de semaine, ils ont appelé à « stopper Amazon avant qu’il ne soit trop tard ».

Dans une tribune publiée lundi sur le site de Franceinfo, les 120 signataires font le constat d’une « crise sans précédent qui a une nouvelle fois révélé les profondes inégalités de notre société ». Ils demandent l’instauration d' »une taxe exceptionnelle sur les ventes d’Amazon » et « les autres profiteurs de la crise » sanitaire, soulignant « l’urgence de stopper l’expansion du géant du e-commerce ».

Selon les signataires, Amazon a vu, dans le même temps, ses ventes « exploser » en 2020, et la fortune de son PDG Jeff Bezos « a dépassé les 200 milliards de dollars. » Le succès de la multinationale « se fait au prix de 20 000 salariés contaminés » par le Covid-19, « des modes de transports polluants », « la destruction de milliers d’emplois dans les commerces de proximité », « l’artificialisation des terres pour construire 20 nouveaux entrepôts en France ». Dans l’entreprise, « les revendications salariales sont balayées d’un revers de main ».

« Le monde rêvé par Amazon est en totale contradiction avec la profonde aspiration à des vies décentes sur une planète vivable », poursuit le texte. Ses signataires assurent qu’ils se « mobiliseront d’ici au 27 novembre prochain, date du ‘Black Friday’, pour montrer l’urgence de stopper l’expansion du géant du e-commerce avant qu’il ne soit trop tard ».

Parmi les signataires de cette tribune figurent des responsables de la CGT, FSU, Attac, Greenpeace, Agir pour l’environnement, Confédération paysanne, Amis de la Terre, mais aussi des libraires, des éditeurs et des élus FI, PCF, EELV, PS.

Réaction d’un auditeur : « Est-ce le rôle du service public de l’information que de diffuser une pétition très orientée, sans même en discuter les « attendus » ? Pourquoi, ainsi, cibler particulièrement une entreprise et laisser un flou total sur les « autres profiteurs de la crise » ? Pourquoi les vieilles entreprises françaises de la vente par correspondance se sont-elles faites en partie damer le pion par cette entreprise venue des USA ? Parler du « monde rêvé par Amazon » est trop facile : n’est-ce pas les Français eux-mêmes qui ont favorisé, sans aucune contrainte, la montée en puissance de cette entreprise ? (…) Accessoirement, je serais curieux de savoir combien parmi les signataires ont eu recours au service de cette société ? Je serais aussi curieux de connaître le profil des acheteurs sur cette plate-forme et, en particulier, la part des jeunes générations (jeunes générations dont les mêmes signataires vantent à longueur d’interventions l’engagement pour un monde plus « frugal ») ? »

Co-signataire de cette tribune, Marie Hermann, co-fondatrice des éditions Hors d’Atteinte, a estimé lundi 16 novembre sur franceinfo qu’Amazon portait “un modèle de civilisation ou de consommation qui n’est plus possible parce qu’il s’agit d’acheter en permanence de plus en plus des choses dont on n’a pas forcément besoin et de les acheminer d’une manière qui est souvent désastreuse pour l’écologie.”

« L’idée est d’aller chercher l’argent là où il est puisque le chiffre d’affaires d’Amazon ne cesse d’augmenter de manière exponentielle et d’enrichir l’homme le plus riche de la planète, son patron Jeff Bezos, tandis que les petits commerces se meurent et sont dans des conditions de vie de plus en plus catastrophiques et désastreuses. L’idée serait effectivement de taxer Amazon pour redistribuer cet argent vers ceux qui en ont besoin. »

Sur France Inter Laurent Berger secrétaire général de la CFDT et président de la Conférence européenne des Syndicats a considéré qu’« il faut essayer de faire en sorte qu’on ait un Noël avec le moins d’Amazon possible ». Pour lui, Amazon « est le problème depuis longtemps. »

Pour autant, le président de la Conférence européenne des Syndicats ne veut pas culpabiliser les consommateurs qui achètent sur Amazon : « Il faut réguler Amazon. Il faudrait de la régulation au niveau européen et national. Il y a des citoyens qui n’ont pas d’autres solutions que de faire appel à ces plateformes. Je préférerais que ce soit une fiscalisation de leurs bénéfices sur le long terme ».
« Il ne faut pas oublier qu’Amazon, ce sont des travailleurs et il n’est pas question non plus de leur jeter l’opprobre », a rappelé le secrétaire général de la CFDT. « Ce sont des milliers de salariés en France, dont il faut tenir compte parce que c’est aussi leur travail ». Il faut « expliquer au citoyen » que « derrière Amazon, il y a, non pas forcément des conditions de travail plus dégradées que dans d’autres entrepôts mais des gens qui se font du fric sans payer leur fiscalité », a ajouté Laurent Berger.

Un positionnement salué par une auditrice : « Merci à M. Berger d’avoir décliné la proposition d’un auditeur de soutenir une pétition contre Amazon. J’attends moi aussi qu’Amazon paie des impôts etc.. Pour le reste à 82 ans et à mobilité réduite je suis une inconditionnelle. Si les gens fréquentent moins les librairies ce n’est pas la faute d’Amazon. »

« Je suis handicapée, j’ai 74 ans et je ne peux sortir. Et j’apprécie qu’Amazon existe… c’est beaucoup plus difficile de commander près de chez soi ! Mais je soutiens l’idée qu’Amazon doive payer sa juste part d’impôt. »

Alors que des internautes découvraient sur le site de franceinfo, la tribune demandant notamment l’instauration d’une taxe exceptionnelle sur le chiffre d’affaires d’Amazon, les auditeurs de France Culture écoutaient l’argumentaire développé par Frédéric Duval, le directeur général d’Amazon France.

Le groupe semble avoir profité de la crise sanitaire : « Il y a eu un accroissement de notre activité entre 40 et 50% sur l’ensemble des produits » depuis la fermeture des commerces en raison du confinement, a indiqué Frédéric Duval. « C’est pareil » pour les livres, a-t-il ajouté.
Le directeur général estime que l’activité d’Amazon est complémentaire à celle des libraires : « On vend essentiellement des livres qui ont plus de deux ans. Deuxièmement, on livre partout sur le territoire, y compris là où il n’y a pas de libraires. Et troisièmement, il y a des centaines de libraires aujourd’hui qui vendent sur la Marketplace Amazon et qui, grâce à cela, ont accès à une zone de chalandise plus large » a-t-il expliqué.

Un argument repris par une auditrice : « Via la plateforme Amazon il y a beaucoup de petits commerçants, cette grande visibilité sauve leurs entreprises et leurs emplois. Dont les libraires. Et oui œuvrez pour qu’Amazon paye les impôts. »
Frédéric Duval, le directeur général d’Amazon France était également l’invité de Léa Salamé à 7h50 mercredi sur France Inter

Sur France Bleu Occitanie, le président d’Amazon France Logistique, Ronan Bolé a répondu aux critiques. Il s’est dit « très attristé » par l’impact “de cette crise sans précédent sur le commerce” affirmant : “Amazon n’est pas le gagnant de cette crise comme on veut souvent le présenter” (…) le site “ne représente en France que 2% du commerce de détail”.
Ronan Bolé admet tout de même que « le commerce en ligne augmente, mais il n’augmente pas que chez Amazon ». Il indique que la moitié des articles vendus sur Amazon « l’est par des vendeurs tiers qui vendent sur notre plateforme market place ».
Le président d’Amazon France Logistique n’exclut pas le paiement d’une taxe supplémentaire pour aider les petits commerçants en difficulté : « Si une nouvelle taxe devait arriver, on la paierait », assure-t-il. « Nous payons tous les impôts que nous devons payer en France », affirme encore Ronan Bolé. Cela représente « 250 millions d’euros en 2018, 420 millions en 2019”.

Question d’une auditrice : « On parle beaucoup d’Amazon je pense effectivement qu’il y a un problème de fiscalité mais je voudrais comprendre pourquoi l’Europe accepte que L’Irlande accueille Amazon avec sa propre fiscalité. Pour moi c’est un problème européen plus que strictement français. »

Sur le terrain, les syndicats SUD et CGT d’Amazon France ont dénoncé mardi des conditions de travail « à risques » à l’approche des fêtes de fin d’année, avec l’embauche « en masse » d’intérimaires mettant à mal la distanciation sociale, et fait état de débrayages sur plusieurs sites.
« Sur tous les sites, il y a du travail par-dessus la tête, on ne peut pas gérer sans risques l’afflux des effectifs », a estimé Alain Jeault de la CGT, évoquant un dépistage volontaire proposé par la direction qui a établi 65 cas positifs la semaine dernière sur les sites français d’Amazon.

Les deux syndicats réclament des contreparties au surcroît d’activité pendant le confinement, dont une augmentation de 2 euros brut de l’heure (comme lors du premier confinement), le maintien à 100% du salaire des personnes à risque qui sont en activité partielle pendant la crise du Covid, ainsi qu’une prime de 1 000 euros.

A l’occasion de la publication de la tribune « Stopper Amazon avant qu’il ne soit trop tard » sur le site de Franceinfo, nous évoquerons demain, dans le rendez-vous de la médiatrice à 11h51, la ligne éditoriale de Franceinfo en matière de publication de tribune, ce format dit « d’opinion ». Au micro : Matthieu Mondoloni, directeur adjoint de la rédaction pour répondre aux questions du public : comment s’opère la sélection ? Qui décide ? Publier une tribune est-ce prendre parti dans un débat d’actualité ou l’occasion pour un média d’enrichir les échanges ?

Amazon a été au cœur de l’actualité tout au long de la semaine et hier soir, on apprenait que le « Black Friday » initialement prévu le 27 novembre aura finalement lieu le 4 décembre, Frédéric Duval, le patron de la filiale française du géant du commerce en ligne, indiquant qu’Amazon était prêt à décaler d’une semaine en France cette opération promotionnelle, comme le demande le gouvernement, à condition que les commerces puissent rouvrir avant le 1er décembre.
Face aux critiques de certains élus, aux pétitions lancées par les fédérations de commerçants et aux appels au boycott, il considère que « beaucoup de gens utilisent notre nom comme porte-voix ». « Amazon, c’est 1% du commerce de détail en France », a-t-il indiqué ce vendredi matin sur Franceinfo, soulignant « la complémentarité avec les librairies » et « les commerces physiques ».

Le culte des livres

Il y a quinze jours, dans cet édito, nous évoquions l’incompréhension des auditeurs au sujet de la place accordée à la colère des libraires. Leur grogne a bénéficié d’un large relais médiatique, pas vraiment plébiscité du côté de l’opinion publique estimant que relayer à ce point cette colère témoignait d’une position explicite en faveur de la réouverture des librairies dans le contexte d’une contamination galopante.
En miroir à cette exaspération, l’édito de Thomas Legrand, jeudi sur France Inter, a trouvé son public. Sa chronique intitulée : « Les intellectuels se mobilisent pour la réouverture des librairies…Indécence ? Irresponsabilité ? » a été plébiscitée par les auditeurs :

« Ahahahah !!! Merci à Thomas Legrand pour sa rubrique courageuse ce matin ! Enfin, un journaliste qui dénonce la vraie raison du soutien des cercles « germanopratins » tous rassemblés pour défendre l’ouverture des « petites » librairies sous le masque faussement offusqué d’une prétendue « prohibition littéraire ». Alors qu’il ne s’agit que de défendre la vente de leurs ouvrages à quelques semaines de Noël… Jusqu’à cette rubrique, ils ont pu compter sur la collaboration complice des médias pour être leurs meilleurs publicitaires à coup de « tous les Français fréquentent tous les jours une libraire, c’est essentiel ! ».
Quand la majorité va plutôt en bibliothèque où les livres sont… gratuits donc accessibles à tous ! »

« Quel plaisir à l’écoute de l’édito de ce jour ! Enfin une voix originale, pour ironiser sur nos courageux intellectuels et leurs grands mouvements de manche qui se font gloire sur tous les médias de stigmatiser le pseudo scandale de la fermeture des librairies. Rien à ajouter aux arguments développés par Thomas Legrand ! »

« Enfin une voix qui nous rassure, qui dit ce que nous ressentons et n’osons pas dire parce que mon mari et moi sommes employés de librairie, l’un en librairie indépendante l’autre dans une chaîne culturelle, l’un au rayon littérature l’autre au rayon sciences humaines. »

Au rayon littérature et sciences humaines justement, deux invités inspirés ont captivé cette semaine les auditeurs de France Inter : l’écrivain Sylvain Tesson et la philosophe Cynthia Fleury.

“Mon cœur me porte vers l’Arménie”, a confié l’écrivain Sylvain Tesson, invité de France Inter mercredi matin. Il revient du Haut-Karabakh où un conflit oppose l’Azerbaïdjan, soutenu par la Turquie, face à l’Arménie. « Mon cœur me porte vers l’Arménie, pour des raisons qui tiennent à mes affections culturelles, spirituelles, intérieures », a détaillé l’écrivain qui signe « L’énergie vagabonde » chez Robert Laffont, collection Bouquins. « La France avait un lien d’amitié profonde avec l’Arménie – cette relation n’est pas complètement morte mais elle est en hibernation – et j’y suis parti pour apporter la preuve que nous ne les oublions pas totalement ». Un entretien très apprécié par les auditeurs, familiers de l’auteur, également producteur de l’émission « Un été avec Homère » dans la grille estivale de la chaîne.

« Merci à France Inter de nous avoir fait prendre de la hauteur avec Sylvain Tesson et de la profondeur avec Cynthia Fleury. Dans ces temps compliqués, cela fait un bien fou ! »

Cynthia Fleury, philosophe et psychanalyste, professeur titulaire de la chaire « Humanités et Santé » au CNAM était, en effet, l’invitée ce matin du Grand entretien de France Inter. Elle est l’auteure de l’essai « Ci-gît l’amer : guérir du ressentiment » (éd. Gallimard).
Dans son dernier livre, la philosophe entend nous « guérir du ressentiment ». « À partir du moment où l’on ne peut plus se nourrir de la beauté du monde, de la valeur des autres, que l’on ne peut construire son bien-être que par dénigrement d’autrui, on considère qu’on a basculé dans le ressentiment », constate-t-elle. « Plus le ressentiment s’affirme, s’approfondit, moins le sujet n’en a conscience, plus il s’auto légitime, plus il considère être victime d’une injustice.”

Le ressentiment est « une maladie archaïque », rappelle Cynthia Fleury. Mais aussi très actuelle. « Vous avez des conditions objectives qui peuvent renforcer le ressentiment dans la mesure où nous sommes dans un monde d’insécurisation. (…) Nous avons transformé le principe de l’égalité en passion mortifère. Et la pulsion ressentimiste se nourrit de la rivalité mimétique. Or nous sommes dans un monde d’hyper rivalité mimétique via les réseaux sociaux. »

Cet entretien mené par Nicolas Demorand a réellement trouvé un écho chez les auditeurs:
« Merci Cynthia Fleury ! Votre discours sur le ressentiment retranscrit merveilleusement ce qui me désespère de plus en plus au sein de mon entourage ou au-delà : ne plus percevoir la valeur des personnes, ne plus voir la beauté du monde, l’enlisement… Je vais essayer de me nourrir de vos diagnostics pour faire entendre mon point de vue et réintroduire du discernement dans ces discours. »

« C’est vrai que je ressens du ressentiment envers la société en général : en tant que femme victime de violence (la réponse judiciaire n’est pas à la hauteur de ma souffrance), en tant qu’enseignante devant la surdité de notre ministre face à la souffrance au travail et la gestion arbitraire et méprisante de notre profession, en tant que mère face à la société dans laquelle vont grandir mes enfants, en tant que citoyenne face au mépris de nos dirigeants qui sont incapables de se mettre à notre place… »

Journée spéciale #ConfinésMaisSolidaires

Il y a une semaine 150 élus ont lancé un « appel au secours » à Emmanuel Macron. Ils demandent au président de la République qu’1% des 100 milliards d’euros du plan de relance soit sanctuarisé pour les « territoires en décrochage », dont la « détresse sociale et économique » a été accentuée par la crise sanitaire.

Ce « 1% solidarité » sur les 100 milliards d’euros censés aider, de 2020 à 2022, la France à rebondir face à la récession, permettrait d’abonder prioritairement, selon les signataires de cette lettre ouverte, plusieurs fonds : pour « les associations œuvrant pour la jeunesse et les publics en difficulté », « la création de comités locaux de solidarité » et de « maisons médicales et de centres de santé » dans les villes les plus pauvres, ainsi que « la mobilisation des acteurs de l’emploi ».

C’est dans ce contexte que France Inter a organisé hier une journée spéciale #confinésmaissolidaires en ouvrant son antenne à cinq grandes associations caritatives. Le Secours Populaire, Les Restos du cœur, La Banque Alimentaire, Le Secours Catholique et ATD Quart Monde ont été invités à témoigner de « la fragilisation des populations les plus précaires mais aussi du glissement dans la pauvreté de toute une partie de la population qui jusqu’alors s’en sortait tant bien que mal ».

Trois chiffres, rappelés par France Inter, traduisent la gravité de la situation : la France compte actuellement 10 millions de pauvres, 40% des ménages précaires sont dans l’incapacité de couvrir leurs dépenses alimentaires et 300 000 personnes sans domicile fixe. Cette journée d’antenne, appréciée par les auditeurs, a été dédiée aux associations pour qu’elles témoignent, racontent et proposent :

« Merci de parler de cette pauvreté qui vous tombe dessus, soudain. »

« Merci de donner la parole aux associations caritatives qui sont très présentes et complémentaires et dont l’action est complémentaire à celle des travailleurs sociaux »

« Personne ne parle des femmes seniors qui ont perdu leur emploi au premier confinement sans espoir de retrouver une activité salariée avec la crise… Les femmes seules sans enfant ayant dépassé les 55 ans et sans plus d’emploi ne sont pas acceptées par les associations pour la nourriture d’urgence. On ne rentre pas dans les cases de ces associations. C’est donc système D pour nous les femmes seules. Les médias ne parlent jamais de nous les femmes seules sans enfants lesquelles pourtant aimeraient bien un peu de soutien dans cette période incertaine et difficile. Je reste positive et je garde espoir car je suis une battante mais merci France Inter de parler de nous les femmes seniors et de sensibiliser les associations à la pauvreté des femmes seniors amplifiée par cette crise. Merci pour vos belles émissions et de votre soutien. »

« Étrange journée où France Inter nous informe de la grande pauvreté merci ! Mais que font les pouvoirs publics ? Et quelle violence aussi d’entendre parler du vendredi noir, jour de grande consommation, pour qui ? »

Journée spéciale sur Franceinfo : les jeunes prennent la parole

« C’est dur d’avoir 20 ans en 2020 », disait Emmanuel Macron mi-octobre. Dix mois après le début de l’épidémie de la Covid-19, Franceinfo se mobilise ce vendredi pour donner la parole aux jeunes lors d’une journée spéciale. Privés de loisirs, de sorties, de sociabilisation, montrés du doigt pour leur non-respect des règles sanitaires, les jeunes s’expriment sur Franceinfo qui met en place un dispositif exceptionnel pour échanger, écouter et faire témoigner cette jeune « génération Covid ».
Tous les services de la rédaction se mobilisent pour aller à la rencontre des jeunes, victimes indirectes de la crise sanitaire avec, en complément, l’analyse de nombreux invités, personnalités publiques, experts et spécialistes.

Pour 57% des 15-30 ans le nouveau confinement décidé le 28 octobre est « difficile à vivre », selon un sondage Odoxa-Dentsu consulting pour franceinfo et Le Figaro. C’est 11 points de plus que pour l’ensemble des Français qui à 46% le jugent difficile à vivre.

Pour la jeunesse, la quasi-totalité des activités d’avant confinement manquent. Ils sont ainsi 78% à regretter beaucoup ou assez les réunions de familles, les soirées chez les amis (76%), les sorties dans les bars et restaurants (69%) ainsi que la vie culturelle (65%). Ne plus pouvoir se rendre à l’école ou à la fac manque à 59% aux élèves et étudiants ; chez les étudiants interrogés, 60% expliquent avoir des difficultés pour suivre les études à distance. 36% des jeunes actifs regrettent de ne plus se rendre au travail.

Et la jeunesse a subi de plein fouet la situation. 51% reconnaît une baisse du pouvoir d’achat depuis le début de la crise sanitaire. 45% ont vu un stage ou une formation annulée. 24% ont vécu une rupture amoureuse ou une détérioration de leur vie de couple.

Ce confinement et cette pandémie inquiètent fortement les étudiants qui sont 70% à avoir peur de rencontrer des difficultés pour mener à bien leurs études. Pour les jeunes actifs, 47% redoutent d’avoir des difficultés pour conserver leur emploi ou leur stage, ou à en trouver un.
D’ailleurs, 85% des 15-30 estiment que de toutes les générations, c’est la jeunesse qui sera à l’avenir la plus pénalisée par les conséquences de la crise sanitaire. Une opinion partagée par l’ensemble des Français qui estiment, à 55%, que c’est bien la jeunesse qui est la plus pénalisée actuellement et pensent à 75% qu’elle sera le plus pénalisée à l’avenir.

Un Français sur deux (49%) et surtout 69% des plus de 65 ans pensent que « de toutes les générations, c’est la jeunesse qui est la plus responsable de la situation sanitaire actuelle car c’est elle qui a le plus propagé l’épidémie ». Chez les jeunes eux-mêmes, 4 personnes sur 10 partagent ce jugement quant à leur responsabilité.

L’antenne de Franceinfo est riche de témoignages et de reportages comme celui notamment d’Anne-Laure Dagnet, journaliste santé, qui traduit à quel point l’épidémie de Covid-19 a un impact sur la santé mentale des jeunes qui sont, pour beaucoup, dans des situations de fragilité. Les propos des jeunes adultes dans ce reportage font écho aux messages reçus depuis le reconfinement, comme celui-ci envoyé par une auditrice de 19 ans :

« Je crois que je suis en train de tomber en dépression… Ou si ce n’est pas en dépression que je tombe c’est dans autre chose, dont je ne connais pas le nom et que je place sous la coupe du mot dépression parce qu’au fond je n’y connais rien moi à la dépression, je ne suis pas psy… Mais ce qui est sûr c’est que je tombe, je tombe, encore et encore, et je crois toujours que j’ai touché le fond, le bout, la fin, ça fait déjà un bon moment que je tombe alors je vais finir par m’arrêter, mais non, jour après je tombe un peu plus bas, ou bien un peu plus loin de la personne que j’étais « avant ». Jour après jour, heure après heure, minute après minute, la jeune femme joyeuse, avide de croquer la vie et de goûter à tout s’efface, se fait floue, disparait, s’éloigne, me fuit et j’ai beau me sourire dans le miroir, me dire que c’est pas grave, que ça va aller que malgré tout j’apprends encore de belles choses, j’ai beau m’accrocher à mes lectures, comme je le faisais quand j’étais au collège, pour m’isoler au maximum du monde extérieur que je ne voulais pas voir, d’une réalité que je ne voulais pas vivre. (…) La jeunesse, le grand coupable dans cette crise, qui n’a pas su se contrôler, ces jeunes qui se croient plus fort que tout et ne respectent rien, ont continué de faire la fête comme si de rien n’était, au fond ils ont osé s’amuser, trouver du rire au fond de cette crise !! Mais si seulement c’était vrai, si au moins on en avait profité un peu, mais qu’importe la vérité puisqu’il faut toujours un coupable : les chômeurs, les migrants ou les jeunes, cette fois ce fut les jeunes… la jeunesse… moi. » à lire en intégralité dans cette Lettre.

La liberté d’informer sur l’autel de la sécurité ?

Police municipale, sécurité privée, « guerre des images » : les députés ont entamé mardi, l’examen d’une batterie de mesures sécuritaires portées par LREM dont l’encadrement controversé de la diffusion de l’image des policiers et gendarmes. La loi « sécurité globale » vise à mieux protéger la police. Au centre de la polémique : l’article 24 qui prévoit un an de prison et 45 000 euros d’amende contre toute personne qui diffuserait le visage ou tout autre élément d’identification d’un policier ou d’un homme en intervention lorsque celle-ci a pour but de porter “atteinte à son intégrité physique ou psychique”. Il ne s’agit pas d’interdire de filmer les agents en opération mais la mesure fait bondir les représentants des journalistes et les défenseurs des libertés publiques, qui fustigent « une grave atteinte » au droit de la presse. Des rapporteurs du conseil des droits de l’Homme de l’ONU ont aussi récemment redouté « des atteintes importantes » aux “libertés fondamentales”.

A cette occasion, Patrice Spinosi, avocat, spécialiste des questions de libertés publiques, était l’invité du Grand entretien de France Inter. Réactions d’auditeurs :
« Merci d’avoir invité Maître Patrice Spinosi !!!! Son éclairage sur les problèmes de la législation actuelle, ses réponses, posées, articulées et accessibles sont un air frais et revigorant dans cette période faite de peur et d’anxiété. Il est brillant, intelligent et humain, c’est si rare dans notre paysage politique voire intellectuel. »

« Vous devriez le programmer tous les jours ! Enfin un discours puissant et intelligent qui fait chaud au cœur. Et oui à force de renforcer la sécurité on perd la liberté, et vous êtes les premiers à la perdre ! Vous verrez si vous aurez encore du boulot avec les prochains gouvernements ! Ayez cela en tête Mesdames et Messieurs les journalistes de Radio France ! »

« Comprenez vous que cet article de loi met la profession de reporter en danger ? »

Jusqu’au milieu de la semaine, des messages d’auditeurs épinglaient le fait que les journalistes ne montent pas suffisamment au créneau.
D’autres messages, reçus à la suite de ce Grand entretien avec Patrice Spinosi évoquaient plus globalement les libertés individuelles :
« Cette loi atteint si gravement les libertés individuelles que l’ONU et la presse internationale épingle la France dans sa dérive sécuritaire avérée. »

La Loi “sécurité globale” va provoquer « une autocensure de la part des journalistes et des citoyens » sur le fait de filmer les policiers, estime l’avocat au Conseil d’Etat et à la Cour de cassation, « il y a un grand danger ici qui est une atteinte à la liberté d’expression ». L’avocat s’inquiète de « la manière dont le texte va être mis en œuvre au quotidien par les forces de police ». Pour Patrice Spinosi, les agents de police et de gendarmerie « vont pouvoir utiliser toutes les armes du droit pénal, c’est-à-dire qu’ils vont pouvoir vous confisquer votre téléphone. Ils vont pouvoir arrêter. Ils vont pouvoir, le cas échéant, vous mettre en garde à vue de façon préventive ».

Patrice Spinosi considère que le fait de filmer les forces de l’ordre dans l’exercice de leur fonction constitue « l’un des moyens les plus efficaces pour pouvoir dénoncer certaines violences policières ». Il prend pour exemple l’affaire Benalla et l’exercice du maintien de l’ordre lors du mouvement des Gilets jaunes, qui a donné lieu à plusieurs centaines de signalements. « Sans vidéo, il n’y aurait jamais eu toutes ces dénonciations », affirme l’avocat dont l’intervention a été très appréciée par les auditeurs.

En contrepoint, mardi matin sur Franceinfo, Stanislas Gaudon, délégué général du syndicat Alliance Police a estimé qu’« iI n’y a aucune atteinte liberticide au droit et à la loi de la presse » et que « l’article 24 ne remet absolument pas en cause le fait de pouvoir filmer les policiers dans le cadre des interventions ». Stanislas Gaudon a également défendu sa position à la mi-journée dans le 13/14 sur France Inter.

L’après-midi, des centaines de personnes se sont rassemblées à l’appel notamment de syndicats de journalistes et associations de défense des droits de l’homme pour protester contre la proposition de loi « sécurité globale » qui empêcherait selon eux les journalistes et citoyens de filmer les forces de l’ordre durant les manifestations. Des échauffourées ont éclaté à proximité de l’Assemblée nationale à la fin du rassemblement. La police a fait usage de canons à eau et de gaz lacrymogènes pour disperser une centaine de personnes, parmi lesquels figuraient de nombreux jeunes qui ont détruit du mobilier urbain, avant que le calme ne revienne vers 21h30, selon une journaliste de l’AFP. Les forces de l’ordre ont interpellé 33 personnes, ces heurts ont fait « dix blessés légers dont neuf parmi les forces de sécurité intérieure », a indiqué la préfecture de police.

L’affaire n’est évidemment pas restée sans suite. Hier, des syndicats de journalistes, de nombreuses rédactions, dont celles de France Inter et de Franceinfo ont dénoncé dans un texte commun des « atteintes à la liberté d’informer » commises par les forces de l’ordre lors de ce rassemblement organisé mardi à Paris contre la proposition de loi « sécurité globale ».
Ils disent condamner « avec fermeté les violences et menaces à l’encontre de journalistes, commises par des forces de l’ordre à la fin de ce rassemblement pacifique », et notamment le placement en garde à vue d’un journaliste de France 3 Paris-Île de France et d’une photoreporter du média en ligne Taranis News.

En outre, six journalistes reporters d’image ont « été pris pour cible » et plusieurs ont reçu des coups de matraque, écrivent les signataires, mentionnant aussi des incidents rapportés lors de manifestations à Bayonne et Toulouse : « Nous, signataires de ce texte, dénonçons avec fermeté ces agressions honteuses contre la liberté de la presse et plus généralement contre la liberté d’informer le public », écrivent-ils.

Face aux polémiques tous azimuts sur le droit à l’information, l’exécutif a annoncé hier amender la mesure controversée de la proposition de loi « sécurité globale » encadrant l’image des policiers, en y garantissant la liberté d’informer.

Le geste d’apaisement du gouvernement sera-t-il suffisant ? Les débats sur la « guerre des images » rentrent dans le dur aujourd’hui à l’Assemblée, avec l’examen de l’article 24.

Manifestement, le climat se tend. « L’interpellation et la garde à vue d’un journaliste de France 3 a eu un effet retentissant dans toutes les rédactions de France. Ce journaliste identifié d’un média public, grande chaîne de télé, qui ne manifeste pas, qui n’est même pas ici pour soutenir la manifestation mais qui la couvre simplement, ne faisait que son travail », observe Éric Valmir, secrétaire général des rédactions de Radio France, qui poursuit : « à l’initiative du journal Le Monde, les directions des rédactions de Radio France ont donc décidé à l’unanimité de cosigner un communiqué avec d’autres rédactions (presse écrite, web et télé) qui rappelle les grands principes d’indépendance de la presse et indique surtout qu’en aucun cas un journaliste ne s’accréditera pour couvrir une manifestation. »

Voici le texte :
« Nous n’accréditerons pas nos journalistes pour couvrir les manifestations.
Responsables de rédaction, nous nous inquiétons de la volonté du ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, de porter atteinte à la liberté de la presse dans le cadre des manifestations.
La volonté exprimée d’assurer la protection des journalistes revient à encadrer et contrôler leur travail. Ce dispositif s’inscrit dans un contexte particulièrement inquiétant avec la proposition de loi sur la sécurité globale qui prévoit la restriction de la diffusion des images de policiers et de gendarmes.
Les journalistes n’ont pas à se rapprocher de la préfecture de police pour couvrir une manifestation. Il n’y a pas d’accréditation à avoir pour exercer librement notre métier sur la voie publique.
Nous refuserons, pour cette raison, d’accréditer nos journalistes pour couvrir les manifestations.
Nous réaffirmons notre attachement à la loi de 1881 sur la liberté de la presse et serons vigilants pour qu’elle soit préservée »

Signataires: AFP, BFM TV, Le Canard Enchaîné, Charlie hebdo, C News, Courrier International, Europe 1, les rédactions de France Télévisions, le HuffPost, La Croix, La Croix hebdo, La Vie, LCI, Le JDD, Les Echos, L’Express, Le Figaro, Le Figaro Magazine, Le Pélerin, Le Point, Le Monde, Le Parisien/Aujourd’hui en France, Libération, L’Obs, M6, Marianne, Mediapart, Paris Match, Politis, Télérama, les rédactions des antennes de Radio France, RMC, RTL, Slate, TF1, 20 Minutes

De son côté, la Défenseure des droits Claire Hédon a réclamé aujourd’hui « le retrait » de l’article de loi controversé qui prévoit d’interdire de filmer les forces de l’ordre dans un but malveillant, qu’elle juge « inutile » et potentiellement nuisible au contrôle de l’action des policiers et gendarmes.
Si Claire Hédon a reconnu « une avancée », après l’annonce par le gouvernement d’une réécriture de cet article polémique, le texte « l’inquiète toujours ».

La Défenseure des droits s’est également élevée contre les déclarations du ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, qui a invité les journalistes à prévenir les autorités avant de couvrir une manifestation. Il s’agit d’une « atteinte à la liberté de la presse, absolument, sans aucun doute », a-t-elle martelé.
« Il est important que la presse puisse continuer à faire son travail et jusqu’au bout des manifestations », a-t-elle ajouté, après l’interpellation de plusieurs journalistes mardi à Paris à la fin d’un rassemblement contre la loi « sécurité globale ».

Le procès Daval

Trois ans après le meurtre de sa femme Alexia, le procès de Jonathann Daval s’est ouvert, lundi, devant la Cour d’assises de la Haute-Saône pour répondre d’un crime qui avait bouleversé la France. Cet homme a reconnu, après bien des revirements, avoir tué son épouse. Il est accusé de « meurtre sur conjoint » et encourt la réclusion criminelle à perpétuité à l’issue des plaidoiries.
Les auditeurs ont été nombreux à réagir. Sélection de quelques messages :

« Pourquoi parlez-vous de l’affaire Daval ? Un fait divers parmi beaucoup d’autres, et pourtant vous faites de longs reportages, et même parfois l’ouverture des journaux, tous les jours depuis l’ouverture du procès. En quoi est-ce une info importante ? »

« Bonjour, j’écoute Franceinfo quasi en permanence. Il est, pour moi, très pénible, de vous voir traiter aussi largement d’un fait divers comme celui qui se rapporte à l’assassinat d’Alexia Daval. Cette tragédie, qui ne concerne que la famille, est qui devrait être traitée avec une certaine retenue, est, au contraire, portée sur les ondes publiques avec une abondance de détails sur lesquels il est permis de se poser des questions. »

« Mon compagnon et moi ne comprenons pas que nous soyons inondés d’informations sur le procès Jonathann Daval, avec en plus des détails intimes qui ne nous regardent en rien et tendent à considérer les auditeurs comme des voyeurs… Pourquoi ne nous parle-t-on plus du procès sur Charlie Hebdo et l’épicerie Kasher ? Qu’en est-il des poursuites judiciaires concernant l’affaire Paty ? Merci à France Inter de ne pas décider unilatéralement que nous serions « fascinés » par l’affaire Daval, alors que je ne connais personne qui le soit ? »

Rappel des faits

A l’automne 2017, en plein mouvement #MeToo, le meurtre de la « joggeuse » Alexia Daval, une conseillère bancaire de 29 ans, connaît un fort retentissement en France et à l’étranger.

Tout commence le 28 octobre. Ce jour-là, Jonathann Daval se rend à la gendarmerie de la petite commune de Gray, en Haute-Saône, pour signaler la disparition d’Alexia qui tarde, selon lui, à revenir de son footing.
Deux jours plus tard, après d’intenses recherches de la gendarmerie et des habitants du secteur, le corps partiellement calciné de la jeune femme est découvert dans un bois voisin, dissimulé sous des branchages.
L’hypothèse de l’agression d’une joggeuse par un maniaque sexuel inquiète la population puis, très vite, des footings sont organisés en France et jusqu’au Japon et en Australie en hommage à Alexia.

Les jours suivants, le visage baigné de larmes, le trentenaire s’affiche dans les médias, entouré par les parents d’Alexia. Marche blanche, dignité des beaux-parents qui soutiennent le veuf éploré : les images sont marquantes.
Mais en janvier 2018, revirement : Jonathann Daval devient suspect. Placé en garde à vue, il craque et avoue le meurtre de sa femme, survenu selon lui lors d’une violente dispute. Au cours de deux années d’instruction Jonathann Daval livre plusieurs versions, se rétractant, puis accusant son beau-frère, avant de reconnaître de nouveau le meurtre lors d’une audition « intense » devant le juge d’instruction. En juin 2019, lors de la reconstitution, il avoue avoir incendié la dépouille de sa femme.

Malgré ces aveux, plusieurs questions restent en suspens : comment cet homme calme et effacé sans passé judiciaire a-t-il basculé dans le crime et pu rouer de coups puis étrangler son épouse ? Les jurés doivent chercher les réponses dans la personnalité de l’accusé et l’intimité d’un couple apparemment sans histoire mais en réalité parcouru de tensions. L’enjeu, c’est « d’arriver à comprendre ce qui s’est vraiment passé », estime l’un des avocats de Jonathann, Me Randall Schwerdorffer.

De leur côté, les parents d’Alexia martèlent dans les médias leur conviction d’un meurtre « orchestré » par un Jonathann qui n’a pas tout dit. Pointant la présence inexpliquée de médicaments dans le sang d’Alexia, ils suspectent un empoisonnement et entendent reposer la question de la « préméditation » et de la « complicité », pourtant écartée par l’instruction, a prévenu l’un de leurs avocats, Me Gilles-Jean Portejoie.

Pourquoi une telle couverture médiatique ?

Meurtre, mystère, mensonges, manipulations, mise en scène du mari, multiples prises de paroles de la famille, cette mosaïque de procédés propulse l’affaire Daval au rang des faits divers médiatiquement incontournables. Mais plus que le “voyeurisme” évoqué par des auditeurs, les rebondissements, l’imbrication familiale et la dualité manifeste de Jonathann Daval épaississent l’énigme.

Pour Jean-Philippe Deniau, chef du service police justice de France Inter, il y a dans ce fait divers : « des ressorts psychologiques que le procès prend le temps d’examiner. C’est ce que relatent les journalistes, comprendre les mécanismes qui se sont mis en marche, éclairer ce qui paraît incompréhensible. »

Une analyse partagée par Delphine Gotchaux, chef du service police justice de Franceinfo qui constate également que : « tous les articles consacrés à cette affaire sur le site web de Franceinfo sont les plus consultés actuellement. On observait le même phénomène pour « l’affaire Maëlys » avec Nordahl Lelandais. Il y a un intérêt réel des auditeurs et des internautes, probablement du fait de tous ces mensonges et de la manipulation de Jonathann Daval. »

Les deux chefs de service évoquent le même ressort du mensonge à l’œuvre dans « l’affaire Fiona », la fillette, âgée de cinq ans, déclarée perdue le 12 mai 2013 par sa mère à Clermont-Ferrand. Cécile Bourgeon et son compagnon font alors croire à la télévision à un enlèvement, lançant un appel aux ravisseurs, avant d’avouer quatre mois plus tard que Fiona a été battue à mort. Cette affaire a toujours été médiatiquement très suivie, la tenue du quatrième procès est d’ailleurs prévue du 1er au 18 décembre prochain.

Jean-Philippe Deniau rappelle que : « la couverture d’un procès relève d’un choix éditorial. Certains procès sont traités sur l’antenne, d’autres non ». Indiquons qu’une quarantaine de médias sont accrédités pour suivre le procès Daval, dont la préfecture de Haute-Saône, mise à contribution pour l’organisation en pleine épidémie de Covid, a souligné qu’il était “d’une ampleur inédite pour la ville de Vesoul”, preuve supplémentaire de son caractère hors-norme. Verdict du procès samedi en fin de journée.

« Le diable se niche dans les détails », titre de cet édito, est une formule signée Friedrich Nietzsche. Une autre citation du philosophe parachève cette semaine de l’actualité vue par les auditeurs : « Il n’y a qu’un seul monde et il est faux, cruel, contradictoire, séduisant et dépourvu de sens. Un monde ainsi constitué est le monde réel. Nous avons besoin de mensonges pour conquérir cette réalité, cette « vérité ». »

Emmanuelle Daviet
​​​​​​​Médiatrice des antennes