#1 Les multiples facettes de la réalité

Les multiples facettes de la réalité 

Les vaccins, le chaos au Capitole, l’affaire Olivier Duhamel, le rallye Dakar, les 50 ans de FIP, les vœux des auditeurs pour 2021 et leurs remarques sur les antennes sont au menu des thématiques en ce début d’année. 
Chaque jour vous êtes très nombreux à nous écrire. Vous pouvez retrouver une sélection quotidienne des courriers sur le site de la médiatrice.  

La campagne vaccinale contre le Covid-19 

En ce début de semaine, alors que le gouvernement était sous le feu des critiques à cause d’un démarrage très lent de sa campagne de vaccination contre le Covid-19, les antennes ont multiplié les sujets pour expliquer la réalité sur le terrain, détailler cette lenteur critiquée par le chef de l’Etat lui-même dans des propos rapportés par le « Journal du Dimanche » où Emmanuel Macron déplore le « rythme de promenade en famille » de cette campagne de vaccination. 

De son côté, l’opposition a pilonné sans relâche l’exécutif : “impréparation » « irresponsabilité du gouvernement »“fiasco” « scandale d’Etat », et critiqué aussi le tirage au sort de 35 citoyens chargés de suivre la campagne, perçu comme un « gadget délirant”pour « faire croire qu’on fait un peu de démocratie”.  

De l’autre côté du poste, le traitement éditorial de cette actualité nourrie de polémiques a été très massivement commenté. 
Un travail salué tout d’abord, comme la journée spéciale vaccin lundi sur Franceinfo. Des experts, des médecins, des scientifiques et les spécialistes de l’antenne ont répondu aux interrogations du public dans les différentes tranches d’informations. Une formule réellement appréciée par les auditeurs : 

« Merci pour cette journée très pédagogique. C’est ce qui manque en ce moment. Moi-même réfractaire à la vaccination ai été convaincue. Notamment sur l’ARN messager !! Cette journée je pense devra être reconduite et bravo pour la qualité des intervenants qui restent dans l’humilité si nécessaire puisque nous naviguons à vue. » 

« Je me permets simplement de vous envoyer ce message pour vous remercier. Exerçant dans le domaine de la santé et de la science, j’ai dû prendre du recul sur les médias lors du premier confinement. Ce recul était pour moi nécessaire du fait de la désinformation très présente qu’il pouvait y avoir, et du fait que – en apparence – les journalistes (dans l’ensemble) ne semblaient pas en capacité de diffuser de l’information scientifique ‘juste’ auprès du grand public. Il était de ma perception que ces incompétences étaient (en partie) à l’origine d’une défiance de la population envers toutes actions de l’exécutif en rapport avec la pandémie (actions nécessitant pourtant une adhésion du plus grand nombre en cette période de pandémie). Après avoir écouté vos récents fils d’actualité, je remarque que vos journalistes sont aujourd’hui en capacité : – de mesurer les différents poids des évidences qu’il peut y avoir sur un sujet ; – de proposer une information en accord avec les données actuelles de la science ; – d’informer de manière pédagogique le grand public sur les fausses croyances et idées complotistes. Un grand merci. » 

Ces compliments n’évincent pas les critiques que les auditeurs formulent cette semaine, critiques adressées aux différentes antennes et qu’on l’on peut synthétiser en trois points : les auditeurs qui nous écrivent souhaitent moins de micro-trottoirs avec des citoyens lambda ne voulant pas se faire vacciner, moins d’avis contradictoires ou négatifs, plus de paroles de personnes favorables au vaccin. 

Moins de micro-trottoirs : « Au journal ce matin, radio trottoir pour demander aux passants s’ils souhaitaient se faire vacciner. On accorde la même importance à toutes les positions exprimées, et l’auditeur encore endormi en déduit que l’utilité de la vaccination n’est qu’une affaire de croyance individuelle. Est-ce le rôle du service public de conforter les gens dans des croyances qui auront pour effet d’éviter d’enrayer la maladie ? » 

Moins d’avis contradictoires ou négatifs, et nous recevons à ce sujet de nombreux messages : « Je suis un fidèle auditeur du service public pour être informé, mais actuellement concernant une de vos antennes, je trouve que trop de gens parlent de la situation sanitaire, il y a trop de contradictions de la part des intervenants, des médecins disent comme ça, les autres disent autrement et ceci est négatif, pas étonnant que les Français soient réticents à la vaccination. Il faut inviter moins souvent, surtout actuellement, ces contradicteurs, personnellement j’écoute beaucoup moins, parfois pas du tout certaines tranches d’informations, ras le bol d’entendre des gens qui se plaignent tout le temps. Mais ce n’est pas étonnant : on ne parle que très peu de ce qui marche en France, on est trop négatifs et les journalistes en sont responsables. J’espère que mes doléances seront suivies d’effet vis à vis des journalistes. »  

« Le journal de ce jour a vraiment été un florilège des “râleries » et polémiques permanentes des Français à propos du coronavirus. Après avoir été en novembre dernier la chambre d’écho de tous ceux – commerçants, monde de la culture, bobos, stations de ski, etc…- qui nous expliquaient que le reconfinement était liberticide, maintenant, vous êtes devenus le média de tous ceux qui trouvent que le couvre-feu ne suffit pas et qu’il faut un reconfinement !!! Et que dire de la polémique sur la vaccination !
Entre les anti-vaccins qui dénoncent la vaccination à tour de bras et sans précautions et votre invité de ce jour qui au contraire prétend que la vaccination est trop lente et que la France « est la risée du monde entier » (pourquoi pas du système solaire tout entier ?) Emporté par la panique, “la râlerie » et la polémique généralisées, tout le monde dit tout et son contraire de façon péremptoire dans le micro complaisant de vos journalistes qui en redemandent ! »  

« Depuis le début de la crise sanitaire, (…) je considère que les journalistes sont en partie responsables de la défiance vis-à-vis de la vaccination, car ils adorent donner la parole aux points de vue les plus extrêmes (c’est bon pour l’audience, sans doute…). C’est sûr qu’interroger des gens qui, comme moi, veulent se faire vacciner, ça n’apporte pas de l’eau au moulin anti-Macron, donc ça n’intéresse pas les médias. » 

Enfin les auditeurs et là encore ils sont nombreux à le demander, souhaitent entendre davantage de Français qui veulent se faire vacciner : 

« Et si les médias arrêtaient de faire la part belle aux réfractaires à la vaccination ? Parlons plutôt des personnes qui veulent se faire vacciner avec enthousiasme. »  

« Fidèle auditrice du groupe, je suis très irritée du relais permanent sur vos chaînes du message défavorable à la vaccination Covid. Encore ce matin « sondage Odoxa» cité sans aucune analyse précise des réponses, ce qui n’est pas une info rigoureuse mais juste du temps d’antenne « racoleur ». Seuls les scientifiques invités essayent d’expliquer les enjeux mais ils sont systématiquement interrogés par les journalistes sur la défiance des Français. Comme professionnelle de santé je suis très amère. » (NDLR: sondage Odoxa réalisé les 22 et 23 décembre pour Le Figaro et Franceinfo, la population française reste en majorité réfractaire à la vaccination avec un taux de refus de 58 % (+8 pts par rapport au mois précédent) 

« Les médias évoquent sans cesse, débats, interviews, radio trottoirs, les opposants et réfractaires à la vaccination contre le Covid, au détriment de ceux qui veulent être vaccinés : pourtant nombreux sont ceux qui attendent la vaccination avec impatience et c’est sûrement en passant par eux que la France arriverait plus rapidement à l’immunité collective et à convaincre des indécis. » 

Dans ce magma informationnel, les esprits vifs à la pensée structurée sortent évidemment du lot. A ce titre, l’intervention du sociologue Gérald Bronner, auteur de « Apocalypse cognitive » publié aux Puf dans le Grand Entretien du 7/9 de France Inter, mercredi, a été particulièrement remarquée : 

« J’ai apprécié l’entretien de ce matin. S’il vous plaît, pourriez-vous en faire de plus nombreux sur les perspectives sociétales à venir, plutôt qu’avec des médecins qui se contredisent tous sur ce qu’il faut faire (les journaux se chargent de nous informer sur ces points). » 

« Bravo pour votre grand entretien : enfin un intervenant (historien rationnel !)) qui exprime exactement ce que je pensais hier à propos des vaccins (et de tous les autres sujets d’actualité !) : on n’entend que des contestations indignées de tout et de leur contraire… (réseaux sociaux) mais que pense la majorité des Français ? Et il a rappelé que gouverner c’est choisir ce qui est bon pour la société, en toute responsabilité.  
Hier mardi 5 janvier, c’était Xavier Bertrand : ce qui m’a fait abandonner son écoute, c’est non pas sa critique, mais l’excès fatigant de cette critique servie par un ton tellement haut qu’il était difficile de suivre son débit.  
Je ne peux plus entendre tous les hurlements de ladite « opinion publique » et hommes politiques variés que les médias répercutent. Que représentent-ils en fait ? Encore que l’on sente un frémissement à propos des vaccins : conscience d’une responsabilité de certains médias ? » 

Xavier Bertrand, président de la région Hauts-de-France, l’invité, mardi du Grand entretien de France Inter, essuie de sévères critiques :   

« Merci à Madame Salamé de mettre Monsieur Bertrand devant ses contradictions. Il m’est insupportable qu’il puisse avoir une posture de candidat à la présidentielle dans ce contexte pandémique. Décidément le vieux monde politique est immuable et continue à séduire les gens. Quel dommage ! » 

« Il est contre tout mais termine sa diatribe positivement à son avantage… On a compris, il est en campagne électorale. » 

Chaos au Capitole 

Le Congrès a certifié l’élection de Joe Biden à la Maison Blanche après une journée d’une violence inimaginable mercredi à Washington, où des partisans de Donald Trump ont semé le chaos au sein même du Capitole, temple de la démocratie américaine. Au milieu de la nuit, le vice-président Mike Pence a confirmé jeudi la victoire du démocrate, avec 306 grands électeurs contre 232 pour le président sortant, devant les deux chambres réunies pour une session extraordinaire. 

Censée être une simple formalité, cette certification a tourné à « l’insurrection », « presque à la sédition » selon les termes de Joe Biden, quand une foule de supporteurs du président sortant a envahi le Capitole, interrompant les débats. 
Les images prises de l’intérieur du majestueux bâtiment situé au cœur de la capitale fédérale américaine marqueront l’Histoire : élus portant des masques à gaz, agents de la police en civil arme au poing, manifestants installés dans les bureaux des parlementaires. 
« Honteuses », « choquantes », « préoccupantes » : ces violences ont été condamnées par de nombreux dirigeants mondiaux, qui ont dénoncé une « attaque contre la démocratie » et appelé au respect du résultat de l’élection présidentielle. Russie, Chine et Iran ont cependant pointé du doigt la fragilité de la démocratie américaine, y voyant une forme de déclin ou ironisant sur les évènements. 

Des auditeurs contestent deux formules employées par des commentateurs et des invités lors de l’édition spéciale sur Franceinfo mercredi soir et dans les matinales des antennes jeudi :  

« Bonjour France Inter, ma radio préférée, comme vous je suis atterré par ce qu’il se passe aux USA. Mais ce pays, une démocratie ancienne, n’est pas la plus grande démocratie du monde, comme annoncé ce matin. La plus grande démocratie du monde, c’est l’Inde. Même si son premier ministre est un leader discutable… »

« Au présentateur du journal du soir : Non, les États-Unis ne sont pas la plus vieille démocratie du monde, loin de là ! La Grèce et l’Islande, voire l’Angleterre, les dépassent de TRÈS loin… »

Les Etats-Unis d’Amérique : « La plus grande démocratie au monde » ? « La plus vieille démocratie au monde » ? Qu’en est-il précisément ? Nous avons posé la question à Claude Guibal, grand reporter à la rédaction internationale de Radio France. La journaliste était en studio à Franceinfo mercredi soir pour commenter à chaud les évènements de Washington. Elle a couvert deux campagnes présidentielles aux USA, celle de 2016 où elle a suivi la victoire et l’investiture de Donald Trump et celle de 2020 où pendant trois semaines elle a traversé le Michigan, l’Ohio, la Pennsylvanie puis l’Etat du Delaware pour rejoindre Wilmington où avait lieu la nuit électorale de Joe Biden, une semaine dans l’attente des résultats puis direction New York pour du reportage sur le terrain.  

Les remarques des auditeurs ne s’adressent pas à Claude Guibal mais la journaliste reconnaît qu’: « elles pourraient l’être, je ne suis pas du tout à l’abri de dire ce genre de formule dans la fatigue, le stress, les mots vite prononcés lors d’un direct et je trouve bien qu’on nous le fasse remarquer. ». « Les Etats-Unis d’Amérique : La plus grande, la plus vieille démocratie au monde ? », l’interview de Claude Guibal est à lire ici

Olivier Duhamel, côté pile et côté face 

Le parquet de Paris a ouvert mardi une enquête après les accusations de Camille Kouchner – fille de l’ex-ministre Bernard Kouchner – qui dénonce dans un livre les agressions incestueuses qu’aurait imposées son beau-père, le politologue et éditorialiste Olivier Duhamel, à son frère jumeau quand il était adolescent à la fin des années 1980. L’enquête a été ouverte pour « viols et agressions sexuelles par personne ayant autorité sur mineur de 15 ans », selon un communiqué du procureur de Paris Rémy Heitz. 

Dans un récit autobiographique paru hier, « La Familia grande », Camille Kouchner raconte que son frère jumeau, « Victor », lui a révélé, quand ils étaient âgés de 14 ans, subir des attouchements de leur beau-père, politologue de renom, ancien eurodéputé et chroniqueur dans plusieurs médias. 
Stupeur et interrogations des auditeurs de France Culture où Olivier Duhamel a été chroniqueur : 

« J’aimerais savoir si vous allez garder Olivier Duhamel dans votre équipe, suite aux récentes révélations d’inceste contre lui. Pour ma part, je pense qu’il est indigne d’une radio comme France Culture » 

« Je viens de lire l’article du Monde. A qui se fier si je ne peux plus me fier à France Culture ? France Culture est ma radio de référence. 4 à 5 heures d’écoute par jour, vous êtes une partie importante de ma vie. D’où ma question. Vous saviez ? Puisque tout le petit monde influent de Paris savait ? Je n’aurais jamais imaginé envoyer un tel mail à la radio qui fait une bonne part de ma vie intellectuelle. On va voir si vous répondez. » 

Et bien cet auditeur a vu, ou plutôt entendu, la réponse de Sandrine Treiner, hier dans le rendez-vous de la médiatrice, la directrice de France Culture n’ayant nullement l’habitude de se défausser lorsque les auditeurs lui posent une question : 

“Est-ce qu’Olivier Duhamel va rester sur l’antenne de France Culture ? Mais il en est parti depuis plus de dix ans. La collaboration comme chroniqueur dans la matinale de France Culture d’Olivier Duhamel a pris fin à l’été 2010. Juin 2010. Donc, la question ne se pose plus depuis très longtemps. Et du reste, depuis, il n’a pas été du tout un familier de notre antenne. Ça c’est pour la première réponse. Quant à la deuxième question, est ce que nous le savions ici à France Culture ? La réponse est non. A la radio, on en a beaucoup parlé hier, même si ça fait longtemps qu’il est parti. Moi, je suis arrivée en septembre 2010, il était déjà parti, Néanmoins, on a évidemment beaucoup parlé, et non, à la radio les gens ne le savaient pas.” La suite de son interview est à écouter ici.

Pour l’antenne de France Inter, cette affaire a suscité d’autres types de questions : 

« Auditeur quotidien de la matinale d’Inter. Stupéfait – le mot est faible – d’entendre ce matin « l’affaire Olivier Duhamel » traitée par…la chroniqueuse littéraire ! 
Cette affaire grave concerne une personnalité du « tout Paris », intellectuel et politique, présente sur tous les médias en permanence, réputée de « la gauche morale » …Du même monde que ceux qui traitent l’actualité… Et donc… on en fait le moins possible sur une information, sur un sujet très grave. Alors comment traiter le sujet le plus discrètement, modestement possible ? Cas de « conscience » professionnelle…. Comment en parler sans que cela ne se voie trop ? 
On va chercher la rubricarde Livres et le tour est joué ! France Inter mérite mieux, je veux parler des auditeurs. Dans cette affaire Le Monde s’est conduit en média sérieux, heureusement. Et en dépit des liens que Le Monde peut avoir avec la personnalité mise en cause… ». 

Dans un autre message, ce même auditeur écrit : « S’il s’était agi d’un mis en cause c’est le service politique qui aurait traité le sujet…et vraisemblablement pas le journaliste chargé de la critique et de l’actualité littéraires…il n’est pas anodin d’observer que Olivier Duhamel, éminent constitutionnaliste, était aussi chroniqueur dans plusieurs médias. Ceci pourrait peut-être expliquer cela… » 

Cet auditeur sous-entend qu’au regard de la gravité des faits le sujet a été sous-traité dans la matinale de France Inter, mardi 6 janvier, au lendemain de la publication de l’article du Monde. 

Comment procède la rédaction lors de la sortie d’un livre potentiellement « sensible » ? 

Cette affaire surgit par le biais d’une publication, il est donc normal de commencer par l’évoquer en relatant le contenu du livre, et ce traitement éditorial ne minore en rien la gravité des faits.  

Avant de détailler la manière dont travaillent les journalistes, précisons qu’au sein des rédactions de Radio France, nous n’utilisons pas le mot « rubricard ». Il est employé dans certaines rédactions, plus spécifiquement en presse écrite. L’argot dont il est issu le connote péjorativement. Ajoutons qu’un sème formé avec le suffixe péjoratif « ard » confère couramment un sens négatif, la désapprobation, voire le mépris à ce mot.  

Ce suffixe péjoratif se retrouve le plus souvent dans des termes du registre familier et dans le contexte du message de cet auditeur, le mot « rubricarde » ne présente aucun caractère élogieux à l’égard d’Ilana Moryoussef, journaliste totalement reconnue dans le monde de l’édition pour la qualité de ses critiques littéraires et la finesse de ses analyses, et dont la richesse du profil mérite que l’on rappelle qu’Ilana Moryoussef a exercé pendant huit ans comme journaliste politique à Franceinfo avant d’être la correspondante de Radio France à Moscou pendant quatre années. Cela n’empêche pas notre auditeur d’écrire :  

« Comment traiter le sujet le plus discrètement, modestement possible ? Cas de « conscience » professionnelle…. Comment en parler sans que cela ne se voie trop ? On va chercher la rubricarde Livres et le tour est joué ! France Inter mérite mieux, je veux parler des auditeurs ».  

Au regard des qualités professionnelles de Madame Ilana Moryoussef, ces remarques condescendantes sont pour le moins déplacées, néanmoins remercions notre auditeur pour ce message car il nous permet d’évoquer les coulisses de notre métier quand sort un livre “sensible”:  

La démarche journalistique est classiquement graduelle : la rédaction en chef demande à la journaliste spécialiste des livres de préparer un compte rendu pour l’antenne puis, selon l’évolution de l’affaire, les aspects judiciaires ou sociétaux sont confiés au service police justice ou bien au service des informations générales.  

Pour rappel, d’autres livres dits « sensibles » ont eu droit exactement au même traitement éditorial : en septembre 2019, alors qu’Edward Snowden était invité en exclusivité dans la matinale de France Inter, Ilana Moryoussef a fait une présentation de son livre « Mémoires vives”. 
En janvier 2020, lors de la sortie du livre « Le consentement » signé Vanessa Springora, où l’auteur raconte l’emprise de Gabriel Matzneff, Ilana Moryoussef a fait plusieurs papiers en expliquant le contenu de l’ouvrage.  
A l’occasion de ces différentes publications, soit consécutivement, soit parallèlement, si l’affaire ou l’évolution de l’actualité le nécessite, le service police justice travaille alors sur le dossier. 

Que la journaliste chargée des livres évoque l’ouvrage dénonçant les agressions incestueuses qu’aurait imposées un politologue et éditorialiste connu – une journaliste du service culture donc plutôt qu’un journaliste du service politique – ne traduit nullement la volonté de France Inter de rendre cette affaire moins visible. Qui plus est, une telle allégation insinue une forme de noblesse hiérarchique au sein de la rédaction selon le service mobilisé pour traiter le sujet : une présupposée souveraine domination journalistique du propos politique sur l’examen factuel d’un récit en somme. Or, en l’occurrence, l’un ne se nourrit-il pas de l’autre tout en agrégeant d’autres analyses sociétales, judiciaires, sur l’inceste et l’omerta par exemple ? 

Rappelons qu’Ilana Moryoussef est intervenue en direct dans le journal radio le plus exposé, le plus écouté de France. Est-ce là pour France Inter une manière de “traiter le sujet le plus discrètement, modestement possible ?”  D’“en parler sans que cela ne se voie trop ?” Contrairement aux insinuations, il n’y a aucune volonté de la part de France Inter de minorer cette affaire. Mardi, outre le journal de 8h de France Inter, le sujet a été traité dans le 13h, le 18h et le 19h, également dans la matinale de mercredi, puis dans le 13h avec un dossier spécial sur l’inceste et ce soir le Téléphone Sonne avec Claire Servajean pose la question : « Comment lutter contre l’inceste ? ».

L’ampleur de la couverture médiatique de cette affaire a été, à tort, jugée pudique par certains, pour d’autres, les journalistes auraient dû décrire les faits avec pudeur : 

Mardi, en début d’après-midi, le parquet de Paris ouvre une enquête pour « viols et agressions sexuelles par personne ayant autorité sur mineur de 15 ans ». Dès lors, le sujet a basculé vers le service police justice, un processus assez banal. L’une des journalistes du service police justice est donc intervenue dans le journal de 18h, ce qui nous a valu ce message : 
« Je suis dégoûté de la façon dont la journaliste vient de traiter l’info concernant “l’affaire Duhamel ». Le fait de donner des détails scabreux sur les actes supposés de Monsieur Duhamel ne rajoute rien à l’information précitée si ce n’est de verser dans un voyeurisme malsain. Je n’appelle pas cela de l’info utile mais plutôt de l’info poubelle qui, à mes yeux suit le courant actuel qui tend à dénoncer tout acte délictueux à caractère sexuel.  
Je n’ai aucune sympathie particulière envers ce monsieur mais je trouve ce déballage honteux, le pouvoir que vous possédez se transforme ici en tribunal médiatique, l’homme est jugé sans appel et je trouve injuste de la part de votre journaliste l’angle sous lequel elle a abordé le sujet. On se croirait dans un journal people voulant faire de l’audience et je ne reconnais plus là la radio que j’écoute depuis si longtemps.
De grâce, ressaisissez-vous et revenez aux fondamentaux du journalisme de qualité que vous avez su préserver. » 

La délicatesse sémantique, la pruderie lexicale sont-elles compatibles avec l’inceste ? Informer ne consiste pas à édulcorer la réalité sous couvert d’une bienséance destinée à ne pas choquer les esprits. La mission des journalistes, c’est de porter les faits à la connaissance du public.  

Dans le journal de 18h la journaliste est très factuelle. Elle cite des passages du livre, des propos d’Olivier Duhamel envers des adolescentes, propos qui peuvent être certes perturbants. Mais il ne s’agit ni de « voyeurisme malsain », ni d’une volonté de « faire de l’audience » et l’argumentaire de « l’info poubelle » pèse faiblement lorsqu’il est question de restituer le contenu d’un livre qui dénonce un crime. Il n’en demeure pas moins que cette information provoque un effet de sidération. Cependant, n’inversons pas les rôles en blâmant les journalistes qui évoquent les motifs d’enquête de la justice, à savoir des paroles ou des actes produits dans le cadre d’un inceste.  

Enfin, pour quelle raison n’a-t-on pas entendu Camille Kouchner sur les antennes de Radio France, jeudi, date de sortie de son livre ? Là encore, il ne s’agit pas de minimiser cette affaire en ne donnant pas la parole à l’auteur. Camille Kouchner a bien sûr été invitée aussitôt que la nouvelle a été connue, c’est à dire dès lundi soir. Son absence s’explique par le plan de communication de la maison d’édition. Le Seuil a fait le choix d’accorder prioritairement des interviews à la presse écrite « Le Monde », « L’Obs » et « Elle » et à la Grande Librairie, sur France 5, mercredi prochain, suivront les invitations en radio. 
Retrouvez dans cette Lettre les différents liens de sujets diffusés sur les antennes à propos de l’affaire Olivier Duhamel. 

Le rallye Dakar, l’envers du décor 

Le Dakar, le plus célèbre des rallyes-raid, a quitté l’Amérique du Sud depuis l’an dernier et a lieu désormais en Arabie saoudite. Créée en 1978, l’épreuve, alors appelée Paris-Dakar, était courue entre l’Europe et le nord de l’Afrique jusqu’en 2007, avant de déménager en Amérique du Sud pour se prémunir de la menace terroriste.  Entre 2009 et 2018, elle a donc fait étape en Argentine, au Chili, au Pérou, en Bolivie et brièvement au Paraguay. L’organiser dans cette région devenait toutefois de plus en plus compliqué du fait des politiques d’austérité et des contraintes météorologiques.  

L’an dernier, en janvier 2020 les auditeurs reprochaient cette couverture médiatique en rappelant la contradiction entre cette course et la préservation de l’environnement, et surtout en évoquant le meurtre du journaliste dissident Jamal Khashoggi, sans oublier les mauvais traitements et actes de tortures infligés en prison (coups de fouets, chocs électriques, harcèlement sexuel) à des militantes des droits humains emprisonnées. Cette année, ils réitèrent leurs critiques en  mentionnant le cas de Loujain Al-Hathloul, emprisonnée depuis deux ans pour avoir demandé le permis de conduire et qui restera en prison : elle a été condamnée le 28 décembre à cinq ans et huit mois de prison en vertu d’une loi « antiterroriste », une peine assortie d’un sursis qui la rend libérable dans quelques mois, selon sa famille. 

Depuis dimanche, jour du départ du rallye à Jeddah, en Arabie saoudite, on peut lire ce type de messages : 

« Je remarque que vos antennes, notamment France Inter et Franceinfo se font un plaisir de donner des nouvelles du rallye Dakar dans les bulletins d’informations. Classements et autres. Sans jamais rappeler dans le même bulletin les critiques que le régime saoudien mérite par ailleurs, notamment en matière de droits de l’homme – et des femmes. Je trouve cela extrêmement choquant. Vous ne donnez pas des nouvelles de tous les sports, vous faites un choix. Alors plutôt qu’un choix purement commercial, mettez à chaque fois un tout petit mot pour rappeler que cette épreuve a lieu dans un pays qui ne respecte pas le droit international, met en prison ses opposants, notamment Mme Loujain al-Hathloul, qui a milité pour le droit des femmes à conduire. Ironique… D’autant plus que ce mardi les concurrents passeront à proximité de sa prison. Alors formez vos auditeurs. Objectivement évidemment (on pourrait dire bcp d’autres choses sur le rallye Dakar…). Et repensez vraiment votre notion du journalisme d’actualité. Vous avez un rôle. » 

Samedi dernier, sur l’antenne de franceinfo, Antoine Madelin, directeur du plaidoyer à la Fédération internationale pour les droits humains a également dénoncé le rallye Dakar: « sous couvert d’une compétition sportive, c’est une entreprise médiatique pour redorer l’image d’un régime sanguinaire, une dictature qui fait exécuter ses journalistes, qui torture des hommes et des femmes qui demandent des réformes dans le pays. (…) On demande à ce que les organisateurs du Dakar relaient les appels à la libération des militants et militantes emprisonnés. (…) Le prince MBS [Mohammed ben Salman, Prince héritier d’Arabie saoudite] a certes accordé aux femmes le droit de conduire, mais cela dans le seul but de pouvoir accueillir le rallye et d’organiser dans son pays un grand événement sportif pour s’assurer une couverture médiatique. Celles qui ont mené la campagne pour conduire ont été torturées le lendemain. C’est là qu’il y a un problème. Il faut laisser les militants agir dans cette dictature médiévale. »

Demain dans le rendez-vous de la médiatrice à 11h51 sur Franceinfo, Vincent Rodriguez, directeur des Sports de Radio France et Omar Ouahmane , grand reporter à la rédaction internationale de Radio France répondront aux remarques des auditeurs sur le rallye Dakar.  

Les 50 ans d’une pépite musicale 

Eclectisme musical, détente et voix suaves de ses animatrices, la radio culte des explorateurs musicaux, FIP, fête depuis mardi et durant toute l’année ses 50 ans. Le 5 janvier 1971 à 17h naissait France Inter Paris et le début d’une grande histoire d’amour auditive avec ses fidèles. 

A l’époque, la radio intriguait par son alchimie mêlant longues plages musicales et interventions fugaces de ses animatrices, les fameuses « Fipettes », au point d’être qualifiée d' »anti-radio ». 
« Si c’est une « anti-radio » qu’une radio qui ne parle pas, c’est effectivement une « anti-radio ». Si c’est être une « anti-radio » que de passer en mélangeant des classiques, du moderne et de la variété, c’est aussi une anti-radio », réagissait alors Pierre Codou, co-fondateur de l’antenne avec Jean Garretto. 

Une ligne que cette antenne a toujours suivie en s’ouvrant à tous les genres musicaux doux à l’oreille. Selon un baromètre de la programmation musicale réalisé par Yacast, FIP était la première radio à programmer le plus de titres différents en moyenne chaque semaine (1420) entre avril et juin 2020, là où des radios musicales du secteur privé en diffusaient entre 152 et 163. FIP fait partie des dix radios les plus écoutées, toutes radios confondues à l’heure où toutes les autres radios musicales sont en baisse. 

FIP célèbre donc joyeusement sa cinquantième année, avec des concerts et émissions spéciales sous le parrainage de Charlotte Gainsbourg et du chanteur Neil Hannon, alias The Divine Comedy. De très belles programmations auréolées des messages d’amours d’auditeurs et de célébrités : 

« Happy 50th. J’aime FIP radio. Le meilleur et le plus éclectique du flux radio ! » écrit le patron de Twitter, Jack Dorsey, très fidèle auditeur. 

« Félicitations à FIP pour ses 50 ans. Je suis très heureuse et très fière d’être la marraine pour célébrer cet évènement. Bon anniversaire ! » Charlotte Gainsbourg 

« Bonjour FIP, je te souhaite un fantastique anniversaire. Nous sommes du même millésime. Nous avons tous les deux 50 ans ! Félicitations ! Bon anniversaire ! » Neil Hannon 

« Cinquante ans, des auditeurs aux quatre coins du monde aujourd’hui, Très bon anniversaire FIP ! » 

« Je suis en train de vous écouter et je me dis que je vous aime tellement…!! Merci infiniment pour votre qualité, quel bonheur qu’une radio comme cela existe et persiste… C’était juste un cri du cœur et d’amour… Merci mille fois à vous tous !»  

« On vous écoute à Katmandou et les sommets enneigés étaient dans le soleil couchant quand votre commentaire a accompagné ma sortie du travail. Merci de ce clin d’œil et pour votre programmation toujours excellente ! » 

Outre ces messages affectueux pour l’anniversaire de FIP, les auditeurs sont également nombreux à envoyer leurs vœux de bonne année aux différentes antennes de Radio France et, fait tout-à-fait remarquable, nous n’en avons jamais reçu autant, une sélection est à lire dans cette Lettre. 

A mon tour, je vous adresse mes vœux très chaleureux. Après une année 2020 singulière et inquiétante, je vous souhaite sincèrement le meilleur pour 2021, dans vos sphères privées comme professionnelles, et de mener les projets qui vous tiennent à cœur tout en écoutant la radio. 

Très sincèrement, 

Emmanuelle Daviet  
Médiatrice des antennes de Radio France