#20 L’édito de la médiatrice

Surexposition et invisibilité 

Le conflit israélo-palestinien 

Pas d’avions de combat dans le ciel et pas d’alertes à la roquette : les armes se sont tues ce vendredi dans la bande de Gaza et en Israël quelques heures après l’entrée en vigueur d’un cessez-le-feu qui a mis fin à 11 jours d’hostilités sanglantes. La trêve, entrée en vigueur à 2h00 locales ce vendredi, a été obtenue grâce aux efforts intenses des Etats-Unis et de l’Egypte principalement pour faire cesser les violences.  

Israël et les Palestiniens étaient engagés depuis début mai dans l’une des plus importantes escalades de violences de ces dernières années. Nous avons en effet assisté en ce mois mai aux pires violences depuis 2014 en Israël et dans les Territoires palestiniens. Rappelons que le 3 mai au soir, des heurts ont éclaté dans le quartier de Cheikh Jarrah, proche de la Vieille ville à Jérusalem-Est, en marge d’une manifestation de soutien à des familles palestiniennes menacées d’éviction au profit de familles juives. Trois jours plus tard, Paris, Berlin, Londres, Rome et Madrid ont demandé à Israël de mettre fin « à sa politique d’extension des colonies de peuplement dans les territoires palestiniens occupés », qualifiée « d’illégale », et de cesser les expulsions à Jérusalem-Est, secteur palestinien occupé puis annexé illégalement par l’Etat hébreu, selon l’ONU.  

Ces tensions ont amorcé un déchaînement de violences : tirs d’artillerie, affrontements répétés, bombardements massifs, destructions d’immeubles dont celui qui abritait la chaîne d’information qatarie Al-Jazeera et l’agence de presse américaine Associated Press (AP).  
Ce cycle de violences a provoqué la mort de 243 palestiniens, selon les autorités à Gaza, et 12 morts en Israël, d’après la police.  

Ces événements suscitent un courrier quotidien et, sur le fond, les remarques des auditeurs se divisent en deux catégories : ceux qui jugent le traitement éditorial de cette actualité pro-palestinien et ceux qui estiment que le traitement journalistique est pro-israélien. Une sélection des messages est proposée dans cette Lettre, nous publions dans cet édito quelques courts extraits : 

« Je suis toujours perplexe devant le parti pris de vos journalistes dès qu’il s’agit d’Israël. Les témoignages diffusés sont la plupart du temps ceux des palestiniens et à de rares exceptions près aucun témoignage de la vision israélienne » 

« Comment espérer un débat équilibré sur les événements de Jérusalem en invitant l’ambassadeur d’Israël, dont on sait qu’il est la voix du gouvernement Netanyahou » 

« J’ai écouté vos infos sur le conflit actuel et je n’ai eu que des infos favorables à un côté, tout est de la faute d’Israël, vraiment vous êtes hyper-orientés contre Israël et pro-Hamas, pro-palestiniens en général, c’est flagrant » 

« Il devient probable que votre chaîne est sous influence d’un lobby pro-israélien » 

« Vous ne donnez pas les informations exactes sur la nature du conflit actuel : vous renvoyez dos à dos les israéliens et les palestiniens » 

« Arrêtez de mettre en balance les morts israéliens et palestiniens comme si cela pouvait se comparer » 

La couverture du conflit israélo-palestinien est complexe et pose de nombreux défis. 
Éditorialement, comment travaille une rédaction afin que les sujets qui passent à l’antenne reflètent au plus près la réalité du terrain ? Comment s’équilibrent les angles proposés pour traiter cette actualité. Demain dans le rendez-vous de la médiatrice Matthieu Mondoloni, directeur adjoint de la rédaction de Franceinfo, répond aux questions des auditeurs à 11h51. 

Il nous a également semblé important d’indiquer aux auditeurs de quelle manière se mobilise la rédaction internationale de Radio France, les moyens mis en place pour couvrir ces événements et les difficultés auxquelles sont confrontées les journalistes. 

Jean-Marc Four, directeur de la rédaction internationale de Radio France et Frédéric Métézeau, correspondant de Radio France au Moyen-Orient répondent aux remarques et questions soulevées dans les nombreux courriels reçus : 

– Donner la parole à toutes les parties –
« Nous nous efforçons de faire entendre tous les interlocuteurs, côté israélien comme côté palestinien. 
Cet équilibre vaut aussi bien dans les témoignages de terrain que dans les invités d’antenne. 
Mais aussi bien côté israélien que palestinien, les voix sont multiples. 

Côté israélien : militaires, officiels palestiniens, ultra nationalistes juifs, colons juifs, militants de la paix, 13 partis politiques à la Knesset, laïcs, religieux, arabes israéliens (en partie en conflit avec ultra nationalistes juifs), habitants des villes israéliennes visées par les roquettes du Hamas, etc. 

Côté palestinien : officiels du Fatah, officiels du Hamas, partisans du Fatah, partisans du Hamas, jeunes dégoûtés des partis politiques, simples civils bombardés à Gaza, etc. 

Il est donc impossible dans un même sujet, de faire entendre tous les sons de cloche. A fortiori quand le temps nous est contraint (une ou deux minutes) pour rendre compte de la situation. 
Il faut en conséquence appréhender cet équilibre de façon globale sur l’ensemble des sujets diffusés en l’espace de plusieurs jours. Il n’y a pas d’autre solution. 

Selon que l’auditeur tombe sur tel ou tel reportage, il peut avoir l’impression qu’un son de cloche est privilégié. Mais s’il tombe sur un autre reportage, il aura l’impression opposée, et ainsi de suite. Au bout du compte, nous faisons entendre tout le monde de façon équilibrée. 

– Aller sur le terrain –
Même si géographiquement, l’ensemble israélo-palestinien est petit en termes de superficie, s’y déplacer est malaisé et souvent dangereux entre roquettes dans le ciel et hostilité d’une partie de la population au sol. 

Parcourir quelques kms peut prendre plusieurs heures. Dès que la tension monte, les checkpoints se multiplient. Il est peut-être long d’aller de Jérusalem à Ramallah pourtant séparés de seulement 30 kms 

Quant à aller à Gaza, cela a été impossible pendant des semaines. Nous avons essayé même avant que le conflit ne démarre. Pas d’autorisation du Hamas. Et pendant le conflit, nous n’avions ni autorisation du Hamas qui contrôle le territoire, ni autorisation de l’armée israélienne. Nous sommes donc tributaires de quelques sources « à distance » au téléphone ou par WhatsApp, des sources dont nous n’avons aucun doute sur la fiabilité et qui prennent des risques à nous informer. Il a fallu attendre ce vendredi 21 mai après-midi pour que notre correspondant à Jérusalem, Frédéric Métézeau, puisse entrer dans la bande de Gaza accompagné de quelques confrères. 

Pendant toute cette période, nous nous sommes appuyés sur une équipe travaillant sur le terrain en anglais, en hébreu, en arabe et en français, composée de notre journaliste permanent à Jérusalem (Frédéric Métézeau), une journaliste pigiste à Ramallah (Alice Froussard) et notre confrère de Radio France Internationale Sami Boukhelifa. Ce dispositif peut paraître insuffisant, mais c’est de loin le plus étoffé de toutes les radios françaises avec celui de nos cousins de RFI dont Frédéric Métézeau approvisionne également l’antenne. Il faut savoir que sur ce même secteur, l’excellente équipe de l’Agence France Presse est dotée de 45 personnes en permanence. 

Seuls les journalistes vaccinés peuvent se rendre en Israël, sous conditions. Nous avons identifié trois grands reporters en attente de départ à Paris. Deux d’entre eux ont enfin obtenu un permis d’entrer en Israël ce vendredi 21 mai. 

Enfin, toute notre équipe est mobilisée sur le sujet à Paris. Nous avons créé une équipe dédiée composée de plusieurs journalistes spécialistes de la question israélo-palestinienne (Christian Chesnot, Omar Ouahmane, Eric Biegala…). Ils travaillent notamment les aspects diplomatiques, les angles militaires, etc. 

– Se forger un point de vue objectif et honnête –
C’est un défi face à la multiplicité des points de vue et des sources a fortiori avec la chambre d’écho des réseaux sociaux. 
C’est aussi un défi face à l’utilisation de la propagande ou de la rétention d’information des deux côtés. Sans oublier l’utilisation du vocabulaire de façon orientée d’un côté comme de l’autre. 

Il nous faut donc prendre toute déclaration officielle avec des pincettes quand par exemple, l’armée israélienne annonce par erreur qu’une opération terrestre a commencé ce qui pourrait même être une manipulation volontaire selon le New York Times ou bien le Jerusalem Post. Il faut aussi faire très attention aux bilans. Tout en travaillant énormément en contextualisant grâce à la connaissance du terrain et un bagage académique solide. 

C’est notre boulot, mais c’est une tâche complexe compliquée par les invectives et les mises en cause sur les réseaux sociaux, par des personnalités publiques de France (politiques, chercheurs, militants, journalistes, diplomates) ou par des anonymes. Sachant que nos antennes et nos correspondants sont taxés simultanément d’être « pro-israéliens » et « pro- palestiniens », écrivent Jean-Marc Four, directeur de la rédaction internationale de Radio France et Frédéric Métézeau, correspondant de Radio France au Moyen-Orient. 

« Les invisibles » 

Audrey Adam, assistante sociale, âgée de 36 ans et mère de deux enfants, a été tuée par balle à Virey-sous-Bar, le 12 mai dernier par un homme de 83 ans. Celui-ci s’est ensuite suicidé. Comme chaque mois, l’assistante sociale, rendait visite à cet homme et avait rendez-vous ce jour-là avec lui. Ce suivi social avait été mis en place après « l’isolement de cet homme âgé, affecté par la dégradation de l’état de santé de son épouse”.

Des auditeurs ont écrit pour nous faire part de leur incompréhension. Ils s’étonnent du silence des antennes :   

« Le 12 mai, Audrey Adam, jeune travailleuse sociale, a été abattue par une personne âgée qu’elle accompagnait. Tuée d’une balle, alors qu’elle était partie chez lui en visite à domicile. 
Elle était maman de deux enfants de 4 et 9 ans. Elle faisait partie de ces travailleurs de l’ombre, travailleurs sociaux chargés d’accompagner toutes les souffrances et les misères de notre société, sans que personne ne s’en préoccupe. 
Elle a été abattue et personne n’en parle. 
Personne ne manifeste. 
Et aucun ministre ne prend le micro. 
Aucun journaliste non plus. 
Je suis moi-même assistante de service social depuis 17ans… 
17 années aux côtés de ceux que la société rejette, renie, cache… 
On meurt de la misère 
On meurt aussi de ne pas exister, de ne pas être aussi « médiatiquement » intéressant. On est invisible. » 

« Je suis très déçue que l’assassinat d’Audrey, assistante sociale dans l’Aube, soit passé sous silence. Je suis assistante sociale. Nous, les travailleurs sociaux, vous écoutons régulièrement. Le décès de nos collègues dans l’exercice de nos fonctions n’est jamais abordé dans les grands médias. Nous souffrons déjà d’un important manque de moyens et notre activité est particulièrement difficile. Nous faisons face tous les jours à la violence, à la misère sociale. Et pourtant, nous sommes engagés et nous travaillons avec cœur. Nos professions sont particulièrement exposées aux risques psycho sociaux, et pourtant nous tenons. Avec la crise sanitaire notre travail s’est largement complexifié, pourtant nous sommes toujours au côté des concitoyens. Nous sommes des travailleurs de l’ombre. Pour beaucoup, nous sommes des femmes. Le gouvernement n’a, une fois de plus, pas accordé de considération au meurtre de l’une d’entre nous. Aujourd’hui je me tourne vers vous, car je crois dans les missions de la presse. Vous auriez le pouvoir de mettre un coup d’éclairage sur notre beau métier qui est toujours aussi délaissé et invisibilisé. Nous vous serions extrêmement reconnaissants de nous apporter votre attention tant attendue. » 

« Alors qu’un décès d’un membre des forces de l’ordre est traité pendant plusieurs jours, là rien. Dommage que le service public d’informations choisisse ses victimes. Cette conseillère en ESF a été tuée alors qu’elle faisait son travail, travail qui est moins visible que celui des policiers ou gendarmes, mais est aussi important pour toutes les personnes dans le besoin et avec la pandémie ce n’est pas ce qui manque. D’autres travailleurs sociaux ont eux aussi perdu la vie dans l’exercice de leurs fonctions sans que les médias ne traitent les raisons de ces morts. Il serait bon pour l’information des citoyens qui sont vos auditeurs qu’ils aient connaissance de cette violence qui touche d’autres métiers. » 

« Vous avez beaucoup parlé des policiers tués, jamais (à ma connaissance) du meurtre récent de l’assistante sociale près de Troyes dans le cadre de ses fonctions. Vous parlez des infirmiers et des enseignants en cette période de COVID mais trop peu des travailleurs sociaux, eux aussi en première ligne face à la misère sociale, aux personnes démunies, à la souffrance des enfants. etc, en effectif réduit dans les établissements scolaires, non remplacés dans les départements et sûrement ailleurs. Pourquoi nourrir tout ce qui alimente le sentiment d’insécurité sans aborder le fonctionnement à moyens constant des départements alors que les besoins des habitants vont en grandissant ? » 

« Pas un mot du gouvernement aucune info médiatique… Un policier, un professeur mériterait un hommage et un travailleur social non ? Que de dédain et de mépris pour nos Professions auprès des plus vulnérables, aucune reconnaissance et des salaires lamentables alors que nous tenons le lien social et évitons sans doute que la société n’explose en plein vol » 

Indiquons que le meurtre d’Audrey Adam a été évoqué le jeudi 13 mai, à la mi-journée, dans le journal de Bruno Duvic avec Ariane Griessel, journaliste au service police justice de France Inter et que la rédaction de Franceinfo prépare actuellement différents sujets sur cette actualité : un reportage long format et plusieurs invités la semaine prochaine.

De leur côté, les syndicats ont regretté que « le gouvernement ne rende pas hommage à la jeune femme et qu’aucun ministre ne se déplace ».  Le secrétaire général de la FSU, Benoît Teste, a demandé dans une lettre ouverte mardi qu’un « hommage national soit rendu à Audrey Adam”. Dans cette lettre adressée au président de la République et au gouvernement, Benoit Teste souhaite « qu’au même titre que (pour) d’autres fonctionnaires tués en fonction, un hommage national soit rendu à Audrey Adam et à travers elle aux (…) travailleurs sociaux décédés dans l’exercice de leurs missions de service public ». Sa demande a été formulée la veille du rassemblement réunissant policiers et élus devant l’Assemblée nationale, deux semaines après le meurtre d’un brigadier à Avignon.   

Pour la fédération nationale Interco CFDT, ce drame illustre les « difficultés dans lesquelles les invisibles, celles et ceux qui œuvrent dans la discrétion au bénéfice de la population, sont occultés du paysage des politiques ». 

Des terrasses surexposées 

Quelques jours avant ce fameux « 19 mai », date de la réouverture des terrasses, des auditeurs témoignaient du réel décalage qu’ils ressentaient entre ce qu’ils entendaient sur les antennes et leurs préoccupations et perception du quotidien : 

« Ce matin les journalistes interrogent un ministre. Il n’est question que de « terrasses » ou de restaurants. Ces préoccupations ne concernent vraiment qu’une très petite partie des auditeurs, des citadins qui ont assez d’argent pour s’offrir ces plaisirs. Cela prend trop de place dans les échanges entre les journalistes et leur invité. Et ne correspond pas du tout aux difficultés des banlieusards et des campagnes! » 

« Je me sens un peu anormale parce que j’habite à la campagne, je ne vais jamais au café, très peu au restaurant, pas beaucoup au cinéma, donc je ne suis pas en manque. » 

« Depuis quelques jours, on nous saoule avec cette date « magique » de mercredi : l’effet Panurge marche à plein, on nous prend pour des mômes capricieux, on nous pousse à nous agglutiner tous ensemble aux mêmes endroits au même moment « pour en être », sans doute ? J’imagine la courbe de contamination qui va se cabrer, le nombre de clusters qui va bondir et, surtout, l’épuisement des soignants, leur colère devant les moyens qui leur manquent, alors que l’ouverture des journaux ne parle que des terrasses de café. Ce jour-là, je resterai chez moi, attendant que cette moutonnerie s’estompe : et ma Scène Nationale m’accueillera en temps utile, en conscience. » 

« Si la société n’a que l’ouverture des terrasses et le culte du petit blanc à proposer c’est un peu très triste ! » 

Mercredi, la France a donc retrouvé une partie de ses loisirs sur fond de recul de l’épidémie. Cafés et restaurants déconfinés, file d’attente devant les magasins : les clients ont commencé à profiter de la réouverture des terrasses et commerces dits « non-essentiels », malgré une météo parfois incertaine et avec le sentiment d’un retour à la normale.  

Les antennes étaient pleinement mobilisées pour évoquer cette actualité marquant la deuxième étape du plan en quatre phases annoncé fin avril par Emmanuel Macron. Ce plan doit se poursuivre le 9 juin par la réouverture des cafés et restaurants en intérieur, des jauges moins strictes et un couvre-feu à 23h00, avant de disparaître le 30 juin si la situation le permet.    

Mercredi, des tranches d’information ont été largement dédiées à cette actualité sociétale et économique incontournable dans la patrie de la gastronomie où cette fermeture de six mois a été particulièrement pesante. Rappelons que, selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), les Français passent plus de temps à manger ou à boire que les citoyens de tout autre pays développé. Les repas au restaurant sont considérés comme faisant partie du tissu social, dès lors, difficile quand on couvre l’actualité, de faire l’impasse sur cette réouverture des terrasses. Pour autant, les menus proposés par les antennes n’ont pas été au goût de tous les auditeurs : 

« J’habite en Haute-Savoie, dans un village situé à 10/15 min d’Annecy. Je ne me suis absolument pas sentie concernée par les très (trop ?) nombreux reportages (très parisiens, ou très « urbains », je pense) sur le soulagement du déconfinement avec la possibilité d’aller en terrasse, au cinéma, au théâtre, au musée… Suis-je la seule ? Si c’est le cas, vous avez eu raison d’évoquer autant ces sujets, et je m’excuse. Cela m’aura permis de mesurer à quel point je suis différente de mes congénères. Mais en sommes-nous si sûrs ? À vérifier, peut-être ? Certaines personnes n’ont pas accès à autant de distractions (en raison de l’éloignement, ou du coût qu’ils représentent). J’adore par ailleurs France Inter, mais j’ai souvent ce sentiment : ses journalistes et animateurs habitent en région parisienne, cela se sent beaucoup et souvent. Je me permets de vous alerter sur ce sujet, d’autant plus que j’ai longtemps habité la région parisienne et n’avais, alors pas conscience du phénomène » 

« Pourriez-vous arrêter de nous bassiner avec cette histoire de l’ouverture des cafés, des restaurants et des commerces dits « non essentiels ». En vous écoutant, on dirait que les gens en France ne pensent qu’à ça et que tout le monde a le temps et les moyens d’aller au café ou au restaurant et de faire le tour des magasins de mode et des boutiques de luxe. Dans quel monde vivez-vous ? » 

« Merci de penser à ceux pour qui la réouverture est un non-évènement car ils n’ont pas les moyens de s’offrir ni resto, ni concert, ni rien d’autre. Et ils se comptent par millions. » 

« Je suis catastrophé par la frénésie qui secoue votre antenne depuis quelques jours : occupation des terrasses, réservation de sa place, visite des musées, réouverture des cinémas… Mais dans quel monde vivez-vous ? Redescendez sur Terre, revenez en France : croyez-vous vraiment que le monde d’après commence ce soir grâce à un demi ou une toile ? Qui est véritablement concerné par ces « bonnes » nouvelles ? Combien sont-ils ceux qui espèrent ainsi voir leur vie changer ? D’une part il est de nombreux territoires sans terrasse, sans musée, sans cinéma. D’autre part qui va au cinéma ? Qui va au musée ? Tout le monde ? En êtes-vous sûr ? Enfin, est-ce nécessaire de remplir les terrasses et les salles ? N’y a-t-il pas moyen de vivre autrement ? Mieux ? Même pendant le confinement, la vie ne s’est pas arrêtée partout. On pouvait aller en forêt, en montagne, voir le spectacle du printemps. Vivre en direct, sans avoir besoin d’une illusion. » 

« J’ai trouvé cette journée d' »ouverture des terrasses » ridicule, jusqu’à essayer de trouver des consommateurs à interroger pour connaître… le goût du café ? » 

« Je suis si en colère de vous entendre dans l’info relayer cette idée que ça y est, nous sommes libérés, sauvés, car les terrasses des cafés réouvrent… Si c’est ça l’info, il ne faut pas s’étonner d’être dans une société qui rêve du monde d’hier. » 

« Il est très bien de parler du déconfinement, mais je trouve indécent d’y mettre autant de ferveur à la une, sachant que le personnel hospitalier est encore au feu et que la plupart n’ont pu prendre du repos. Sans oublier tous les malades. » 

En effet, si la circulation du virus a diminué depuis quatre semaines, elle est loin d’avoir disparu, avec environ 14 000 nouveaux cas quotidiens en moyenne. Au lendemain des réouvertures des terrasses, cinémas ou musées et avant de nouvelles levées de restrictions, la France est d’ailleurs sous pression pour réussir sa sortie de confinement et ne pas répéter les erreurs de l’an dernier.  

Jean Castex a lancé hier un « appel à la responsabilité”. Le Premier ministre a mis en garde contre le risque de devoir faire machine arrière alors que des rassemblements ont été observés dans plusieurs villes, parfois au-delà de l’horaire du couvre-feu, suscitant la crainte chez certains médecins d’une reprise de l’épidémie.  

« Merci pour nous » 

Nous évoquions dans la dernière Lettre, l’exaspération des auditeurs au sujet du « Débat éco » qu’ils jugeaient « inaudible ». A la suite de leurs remarques, l’intervention de Nicolas Demorand, en préambule de l’échange entre Dominique Seux et Thomas Piketty ce matin sur France Inter, a été particulièrement appréciée : 

« Je vous ai écrit il y a quelques jours pour me plaindre au sujet du débat économique qui était vraiment difficile à écouter. Donc aujourd’hui, je vous écris pour vous dire merci ! Ce matin j’ai été ravie d’entendre Nicolas Demorand rappeler « au nom des auditeurs » les règles de bon fonctionnement du débat et j’ai vraiment apprécié leur respect par Dominique Seux et Thomas Piketty. Pourvu que ça dure car c’était intéressant et beaucoup plus clair ! Merci pour nous » 

« Bravo, Monsieur Piketty, vous êtes parvenu à contrôler votre fougue verbale ! Le débat en est devenu audible et donc plus compréhensible. Je ne vais pas me contredire ! Mais, mais certains pourraient dire que ça manquait de piquant ! Non je rigole. » 

« Merci pour la prise en compte de ma remarque, j’observe dans votre « Lettre » que je ne suis pas le seul à avoir exprimé mon insatisfaction. Ce matin la mise en garde, le rappel à l’ordre de Nicolas Demorand a été suivi d’effet. J’en suis heureux. » 

 Axel Kahn : “Je suis en train de parcourir l’itinéraire final de ma vie” 

Une semaine après avoir annoncé qu’il se mettait en retrait de ses fonctions de président de La Ligue contre le cancer, Axel Kahn confiait, lundi, au micro de Léa Salamé : « Je lutte contre le cancer et il se trouve que la patrouille m’a rattrapé. Moi aussi, j’ai un cancer. Je vais maintenant mener deux combats : un combat totalement personnel, que je vais mener seul, c’est un combat honorable contre ma maladie mais puisqu’il me reste un peu de temps, je vais essayer d’optimiser ce temps qui me reste. » 

Médecin généticien et essayiste, Axel Kahn, âgé de 76 ans, parle d’une « période très importante » de sa vie : « J’ai souvent dit que personne n’est autre chose que ce qu’il fait. Imaginons qu’il me reste trois, quatre semaines à pouvoir faire, mais alors le choix de ce que je fais, la manière dont je le fais sont plus importants que jamais et donc c’est vraiment un moment intéressant de ma vie”. 

« Qu’est-ce que c’est que le bonheur ? C’est le moment à partir duquel vous vivez ce que vous espériez vivre, où il y a adéquation entre votre ressenti de votre vie et ce que vous en espériez. Mort ou pas mort, j’ai été intensément heureux »
 a déclaré Axel Kahn. 

Dix minutes de radio intenses et des réactions d’auditeurs en nombre, tous saluent « la qualité de cette interview » et « la dignité du propos » : 

« Extraordinaire témoignage d’un homme qui se sait en fin de vie et aborde sa mort avec sagesse. Respect Monsieur Kahn et belle fin de votre chef d’œuvre. » 

« Un grand merci Madame Salamé pour cette interview de Monsieur Kahn c’est un hymne à la vie quelle beauté quelle merveille » 

« Votre lucidité, votre courage, votre altruisme nous scient ce matin » 

« Je suis comme beaucoup atterré par la nouvelle de ce matin concernant ce Monsieur que pour lequel j’ai toujours eu une grande admiration. » 

« Quel grand Monsieur, un grand moment de radio, quelle leçon d’humanisme et d’optimisme. » 

« C’est tellement triste d’entendre cet homme nous expliquer sa situation de manière pourtant incroyablement positive… cet homme, d’une grande intelligence, et d’une d’humanité non moins grande manquera à nous tous » 

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Emmanuelle Daviet  
Médiatrice des antennes de Radio France ​​​​​​​