#4 Edito – « L’âge des possibles »

« L’âge des possibles »

Au menu de l’édito : l’interview du Professeur Xavier Lescure, infectiologue à l’hôpital Bichat à Paris, le confinement des plus de 75 ans, l’âgisme, Emmanuel Hirsch, professeur en éthique médicale dans le Grand entretien, la grève des sages-femmes, « La France seul pays monolingue du monde francophone » selon Leïla Slimani, la série « Virgin River » ou l’aveu rose poudré de Nicolas Demorand.
Chaque jour vous êtes très nombreux à nous écrire. Vous pouvez retrouver une sélection quotidienne des courriers sur le site de la médiatrice.

« Tout ce qu’on vit après 80 ans, c’est du bonus »  

Le 4 mai 2020, Augustin Trapenard a lu la Lettre d’intérieur de Michel Houellebecq. Extrait: « Un autre chiffre aura pris beaucoup d’importance en ces semaines, celui de l’âge des malades. Jusqu’à quand convient-il de les réanimer et de les soigner ? 70, 75, 80 ans ? Cela dépend, apparem­ment, de la région du monde où l’on vit ; mais jamais en tout cas on n’avait exprimé avec une aussi tranquille impudeur le fait que la vie de tous n’a pas la même valeur ; qu’à partir d’un certain âge (70, 75, 80 ans ?), c’est un peu comme si l’on était déjà mort. » 

Ici nulle fable politique, nul roman d’anticipation. Placide, Michel Houellebecq ausculte le réel et son diagnostic claque à la conscience. Dès le mois de mai, l’écrivain pointait le caractère spécifique de l’âge dans la crise planétaire du Covid-19 induisant des conceptions utilitaristes de la vie et de la mort.  
Fortuitement, on assiste depuis, à la médiatisation de questions et de débats restés jusqu’alors confidentiels, restreints au cercle familial, aux comités d’éthique ou bien à des services de médecine spécialisés comme la réanimation, la gériatrie ou les soins palliatifs. 

Dimanche dernier, l’une de ces questions sensibles, complexes, voire taboues, a été évoquée – rapidement – sur l’antenne de France Inter. Invité dans le journal de 13h de Frédéric Barreyre, le professeur Xavier Lescure, infectiologue à l’hôpital Bichat à Paris, a tenu des propos qui ont fait vivement réagir les auditeurs. Il était interrogé sur l’éventualité d’un nouveau confinement : 

“On ne peut plus vivre sous cloche et je pense qu’on a intérêt à faire soit des confinements sur des populations extrêmement à risque, soit à admettre qu’à 80 ans, tout ce qu’on vit après 80 ans, c’est du bonus. Est-ce qu’aujourd’hui, on peut encore s’autoriser ces bonus ? Je ne suis pas certain, je pense qu’il faut prioriser les jeunes générations, les forces actives de la société, les PME. Et je pense qu’il faut qu’on fasse des choix qui sont difficiles, qu’on les partage et qu’on les verbalise ensemble. Mais il faut qu’on ait une direction, une vision globale, du courage. Je ne suis pas sûr qu’un confinement soit la solution. Il faut qu’on soit actif dans cette épidémie, je pense qu’il faut qu’on arrête de subir collectivement. C’est trop déprimant à l’échelle globale.”  

« Tout ce qu’on vit après 80 ans, c’est du bonus », cette formule a provoqué de très vifs commentaires : 

« Je suis depuis de nombreuses années un auditeur fidèle de France Inter. Cependant, je vous écris pour la première fois car des propos discriminatoires inacceptables ont été tenus sur votre antenne »  

« Il s’agit là de propos eugénistes, contraires au serment d’Hippocrate, qui doivent être fermement désavoués et condamnés » 

« Arguments extrêmement violents. Quel manque d’empathie pour un soignant et même s’il y a « des choix difficiles à faire » qu’il faille “les partager et les verbaliser » il y a des arguments autres que cette gifle envoyée à nos anciens. Pour un peu pourquoi pas… l’euthanasie qui réglerait définitivement le problème ! » 

« Je suis scandalisée par de tels propos ! Le professeur ne verrait pas aussi d’autres groupes minoritaires qu’on pourrait sacrifier au profit d’une majorité jeune et plus « utile » à la société ? »  

« Comment de tels propos sont-ils possibles, de la part d’un médecin censé par vocation venir en aide aux plus faibles, et sur une radio de référence telle que France Inter ? ». 

Comme le rappelle Frédéric Barreyre, présentateur du journal de 13 heures le week-end : « Le Professeur Xavier Lescure était l’invité dimanche, un an jour pour jour, après l’hospitalisation de 2 premiers malades du coronavirus, les premiers cas officiellement déclarés en France et en Europe. Les patients ont été pris en charge par le Professeur Lescure et son équipe à l’hôpital Bichat, et c’est à ce titre que nous le recevions. » 

« Le Professeur Lescure est un médecin infectiologue très réputé et qui fait autorité”, ajoute le présentateur du journal de 13 heures. “Cela fait plus d’un an qu’il est en première ligne face à cette maladie et qu’il se bat avec son équipe pour sauver des vies. Il était donc important d’entendre son avis sur la progression de l’épidémie, les moyens mis en œuvre pour lutter contre la maladie, mais également sur le nouveau confinement que l’on nous annonce. Pour toutes ces raisons, il nous a paru particulièrement intéressant de recueillir, d’entendre son point de vue.” 

Au regard des réactions des auditeurs, nous avons contacté le Professeur Xavier Lescure. Il a accepté de s’exprimer ce matin dans « Le rendez-vous de la médiatrice » sur France Inter. Interrogé sur l’indignation des auditeurs, le professeur Lescure a tenu à apporter ces précisions : 

« Je la comprends parce que mes propos ont été probablement trop directs et je vous remercie de me donner l’occasion de préciser ma pensée. Je ne crois pas que ce soit de l’eugénisme. Je ne crois pas prôner l’euthanasie. Mais peut être qu’effectivement, dans ces propos, il y a un peu de stigmatisation et je pense que ce n’est pas du tout le fond de ma pensée.  
J’en veux pour preuve le fait que j’ai été un des premiers en mars en interpellant le Premier ministre sur TF1 qu’il fallait respecter les plus anciens. S’ils étaient fragiles en face de la Covid, s’ils devaient mourir, il fallait qu’ils meurent dans la dignité et notamment dans les Ehpad. A 80 ans, alors c’est un peu stupide de mettre un seuil, mais au-delà d’un certain âge, effectivement, je pense qu’il est de l’ordre des choses de partir et je pense que ce qu’on peut éviter, c’est de partir seul. Et c’est ça je pense, à partir d’un certain âge qui est le plus douloureux.  
On ne peut pas tout, pour tout le monde, aujourd’hui et je pense qu’il faut malgré tout qu’on s’attache à faire le maximum pour chacun. Et quand les personnes ont vécu leur vie, je pense qu’il est plus confortable pour eux, qu’on les accompagne dans le confort et pas forcément, et c’est ça que je voulais dire, qu’on leur inflige entre guillemets une prise en charge qui est parfois plus délétère que bénéfique, dans un circuit standard où les urgences sont des passages qui sont difficiles pour ces personnes fragiles. Et quand vous discutez avec des personnes très âgées qui sont très malades, en général, ces personnes-là admettent le fait de partir et c’est souvent beaucoup plus douloureux pour la famille que pour les personnes directement concernées. » 

L’intégralité de la réponse du professeur Xavier Lescure est à réécouter ici
Des auditeurs ont également réagi à cette nouvelle intervention mais en exprimant cette fois un tout autre avis que le week-end dernier : 

« Tout à fait d’accord avec ce qui vient d’être dit ce matin vendredi 29 à 9h55 et je soutiens tout à fait ce professeur : j’ai bientôt 69 ans, suis très heureuse dans ma vie mais ne souhaite pas vivre au-delà d’un certain âge. Pour moi cette pandémie est en quelque sorte une sélection plus naturelle que ce que notre monde moderne cherche à nous faire vivre (soins médicaux à outrance, maintien de la vie à tout prix). » 

« Je viens d’écouter monsieur Lescure, eh oui, je suis d’accord avec lui quand il dit que c’est du bonus de vivre après 80 ans, moi j’ai 67 ans, et je me dis déjà tous les matins quand je me réveille que la journée que je vais vivre est un bonus. Aujourd’hui, On ne veut plus mourir !!! C’est pourtant la loi de la nature !!! Il a raison, ce qui compte n’est pas l’âge à laquelle on meurt, ce sont les conditions dans lesquelles on meurt !! » 

« Je tenais à remercier le professeur Xavier Lescure pour ses paroles qui résonnent tellement justes sur la crise sanitaire actuelle. Son message mérite d’être entendu, encore et encore. » 

« Enfin un discours intelligent à propos de cette pandémie. En effet, notre gestion de la grande vieillesse est complètement imbécile, 40% des vieillards en Ehpad devraient déjà être partis depuis longtemps. »  

Le confinement des plus de 75 ans 

De son côté, Jean-François Delfraissy, s’inquiète de la « santé mentale » des jeunes. Les décisions que le gouvernement va devoir prendre face à la progression du Covid-19 soulèvent une question de « politique générationnelle », a estimé hier le président du conseil scientifique. « Nous sommes véritablement » face « à une question quasi éthique de politique générationnelle, entre continuer à préserver la santé des plus anciens, mais peut-être au détriment de la santé des plus jeunes » a-t-il déclaré lors d’une audition publique devant l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques. 

Il y a quelques jours, dans un avis publié à la mi-janvier, le Conseil scientifique avançait « une recommandation forte d’auto-confinement » des sujets âgés et fragiles, dès lors que cette population « n’est pas vaccinée durant la période des deux mois à venir », et que « toute une génération de jeunes ne vit plus » du fait des mesures sanitaires. Cet avis, repris il y a une semaine par des personnalités scientifiques a suscité au fil de ces derniers jours de très nombreux commentaires chez nos auditeurs :  

« Bonjour au séparatisme social par classe d’âge, par tri des vivants qui vivent et des vivants qui ne vivent pas. Bienvenue à la gérontophobie et au géronticide. Est-ce déjà la guerre de tous contre tous ? »  

Message d’un médecin qui se dit « outré » par la proposition d’un « auto-isolement volontaire » des personnes âgées : « Je vois la dégradation accélérée de la mobilité, des fonctions cognitives des gens âgés depuis les confinements. Mais la discrimination semble plus facile à faire subir à des gentils petits vieux. » 

« L’impact psychologique du confinement n’est pas que chez les jeunes, et les étudiants. Je trouve cela très ignoble de penser que cela ne touche pas les plus âgés. J’ai 66 ans, célibataire et je ne peux plus voir personne » 

« Arrêtons de parler d’un auto-confinement des personnes âgées de plus de 70 ans : depuis mars dernier toutes nos associations sont fermées (sport, chant, danse, solidaire, etc.…) nous n’avons donc plus aucune activité, nous confinons depuis 1 an !!!! Lâchez-nous » 

« J’ai 66 ans, j’ai appris dans le contexte Covid 19, que je suis « vieille » ! J’entends régulièrement qu’il faut nous confiner, les vieux, pour que les jeunes puissent vivre normalement !! Sommes-nous si problématiques ? Je m’occupe de mes petits-enfants et de ma mère très âgée qui, sans moi, serait bien isolée et démunie. J’ai l’impression d’être indispensable. Alors, on nous confine, les « vieux » ? On laisse mourir de désespoir, seuls, les « encore plus vieux » ? On laisse nos petits-enfants se garder seuls le mercredi ? Ségrégation anti-vieux » 

En ce début d’année, cette situation, mal vécue par les personnes âgées, met en lumière un phénomène, déjà identifié et évoqué par l’Académie nationale de médecine dès avril 2020 : l’âgisme, défini par le Larousse comme « une attitude de discrimination ou de ségrégation à l’encontre des personnes âgées ». 
L’âgisme concerne la génération du baby-boom, façonnée par les idéaux de mai 68 et du jeunisme, longtemps restée dans le déni de son propre vieillissement selon des experts. Au-delà des expériences individuelles, la pandémie de Covid-19 met brutalement à l’épreuve cette génération, désormais très affectée, voire sonnée, par les décisions la concernant ou les propos tenus à son égard.  

Comme le soulignait l’Académie nationale de médecine en avril dernier, ce contexte épidémique “fait le lit de tensions intergénérationnelles ». Séparation des grands-parents de leurs petits-enfants, mise en confinement des ainés, auto-confinement des plus âgés préconisé, les décisions creusent le fossé entre toutes ces générations. Cependant, l’Académie remarquait également que : « cette confrontation intergénérationnelle n’a pas que des aspects négatifs ; elle est l’occasion de rappeler le rôle essentiel joué par les seniors sur le plan familial, associatif et sociétal, ainsi que l’impérieuse nécessité de leur garantir la protection et le respect qui leur sont dûs. ». 

Les très nombreux auditeurs qui nous écrivent sur le sujet auront probablement été sensibles aux propos de Emmanuel Hirsch, professeur en éthique médicale, président du Conseil pour l’éthique de la recherche de l’Université Paris-Saclay, et auteur de « Une démocratie confinée. L’éthique quoi qu’il en coûte », invité du Grand entretien ce matin sur France Inter au micro d’Ali Baddou. 
Ses propos résonnaient en effet très fortement avec de nombreuses remarques et questions que nous lisons dans les courriels : 

« Merci Monsieur Hirsch de soulever ce clivage « jeune/vieux » qui augmente et qui n’a pas sa place dans notre société. »  

« Enfin on pose cette question de priorité sur l’âge sachant que les Ehpad sont plutôt un espace protégé au vu des mesures sanitaires draconiennes imposées (j’y travaille) et l’espérance de vie faible, mais ne doit-on pas se poser la question de la longévité toujours allongée mais à quel prix ? » 

« Quel bienfait ces propos si intelligents, humains…cette posture éthique d’Emmanuel Hirsch. Merci pour ces mots, ses mots d’ouverture, les souffler aux politiques… »  

« Il me semble qu’on ne parle plus du tout de « Vivre avec le Covid ». Ne serait-il pas temps de réfléchir là-dessus plutôt que « crever avec les confinements ». Sachant qu’on se préparerait ainsi aux pandémies futures, totalement probables. » 

« Sages-femmes invisibles »  

“Métier formidable, statut fort minable ! » : des centaines de sages-femmes ont fait grève et manifesté mardi partout en France pour demander une revalorisation de leur rémunération et une meilleure reconnaissance de leur profession. Les sages-femmes ont le sentiment d’être « systématiquement oubliées ». Bien qu’exerçant une profession médicale, elles ont obtenu, à travers le « Ségur de la Santé », une revalorisation de 183 euros par mois, la même que celle accordée aux professions non médicales. 
Des auditrices sages-femmes nous ont écrit, ne comprenant pas pourquoi leur mobilisation n’avait pas été relayée sur les antennes. 

« Vous parlez de la mobilisation des enseignants. Ce jour c’est aussi la grève nationale des sages-femmes. Profession oubliée et méprisée, du Ségur en particulier. Une profession féminine qui ne fait pas beaucoup de bruit. Aucun media n’en parle et c’est dommage. » 

« Je suis très surpris d’entendre, sur vos antennes aujourd’hui, parler dans tous les flashs, de grève des professeurs aujourd’hui. Pourtant les sages-femmes ont également en grève et pas un mot ! Évidemment, elles ne sont pas assez nombreuses, pas assez politisées pour que cela vous intéresse. » 

A Paris, les manifestantes étaient environ 80 devant le ministère de la Santé, brandissant des pancartes proclamant notamment « Sages-Femmes Méconnues, Méprisées, Oubliées ». 

« Est-ce que c’est parce qu’on est majoritairement des femmes au service des femmes qu’on est rendues invisibles à ce point ? » s’est interrogée l’une d’entre elles. A Strasbourg, les sages-femmes étaient une quarantaine. Une cinquantaine de sages-femmes ont également manifesté à Besançon pour dénoncer « l’invisibilité » de leur métier. Leur faible nombre et l’actualité du Covid-19 qui mobilise pleinement les journalistes expliquent le peu d’écho donné à leur mobilisation sur les antennes. 

Le traitement éditorial des faits-divers 

Yuriy, un adolescent de 15 ans a été violemment passé à tabac le 15 janvier dernier à Paris et il est toujours hospitalisé dans un état grave. La vidéo de son agression, très partagée sur les réseaux sociaux a suscité effroi et indignation. On y voit une dizaine de jeunes en tenue de sport et blousons à cagoule s’acharner à coup de pied et de batte ou bâton sur une personne allongée par terre sur un parvis éclairé par des réverbères, avant de l’abandonner gisant. Une enquête pour « tentative d’homicide volontaire en réunion » a été ouverte. 

« Pourquoi le traitement de l’agression de Yuriy n’est-il pas identique à celui qui a été accordé à l’agression de Michel Zecler ? » s’interroge un auditeur. 
Selon quels critères la rédaction évalue la couverture éditoriale, l’importance à accorder à un fait divers sur l’antenne ? Comment le service police-justice travaille sur un tel fait-divers ? Fait-il sa propre enquête ou bien est-il en lien avec la police ? Nous répondrons à ces questions demain à 11h51 dans « Le rendez-vous de la médiatrice » avec Delphine Gotchaux, cheffe du service police-justice de Franceinfo et Matthieu Mondoloni directeur adjoint de la rédaction de Franceinfo. 

« La France seul pays monolingue du monde francophone » ? 

Grande voix de la scène littéraire, Leïla Slimani était l’invitée de Boomerang, lundi, sur France Inter. La lauréate du prix Goncourt 2016 pour son roman « Chanson douce », a été nommée représentante personnelle du chef de l’État pour la francophonie en novembre 2017. Elle représente bénévolement la France au sein de l’Organisation internationale de la francophonie et prépare le prochain sommet de la francophonie ainsi que le congrès des écrivains qui réunira 40 auteurs de langue française partout dans le monde autour de la question « Qu’est-ce que signifie écrire en français ? » 

Interrogée à ce sujet par Augustin Trapenard, Leïla Slimani a répondu : « Je pense qu’aujourd’hui, la langue française n’est pas française, elle n’appartient plus à la France, la France n’est plus le centre et le monde francophone serait la périphérie. La langue française est haïtienne, la langue française est sénégalaise et ce qui est assez amusant d’ailleurs c’est que, par exemple, la France est le seul pays monolingue du monde francophone. Dans tous les autres pays francophones, on parle plusieurs langues donc c’est une langue qui, en fait, vit et cohabite avec une infinité d’autres langues. En plus, c’est une langue merveilleuse car elle est très plastique, elle se créolise, elle se transforme, elle absorbe, c’est une éponge la langue française. ». 

Les auditeurs ont vivement réagi à ce propos : « la France est le seul pays monolingue du monde francophone », estimant que présenter le français comme monolingue c’est méconnaître sa réalité historique, ethnologique, sociale : 

« Leïla Slimani affirme que la France est un pays monolingue, quelle méconnaissance de la diversité linguistique de la France !! Il serait bon de faire savoir à Leïla Slimani que de nombreuses langues différentes sont parlées dans l’hexagone : le Basque, l’Occitan, l’Alsacien, le Picard, le Provençal, le Corse, le Catalan, le Breton, le Gallo etc.… sans compter les patois, le ch’timi, le vendéen etc… Et aussi les langues des territoires ultramarins : le Créole, le Kanak, le Tahitien etc…». 

A travers les messages des auditeurs sélectionnés dans cette Lettre on comprend à quel point ce patrimoine immatériel est essentiel dans leur existence quotidienne. 

Le français « langue de la République » est le bien de tous et la France est l’un des pays d’Europe qui offre la plus grande diversité linguistique comme le rappelle le linguiste Bernard Cerquiglini, Professeur émérite de l’Université de Paris, dans l’interview qu’il nous accorde :  
« Leïla Slimani a de la langue française et de la francophonie une idée juste et généreuse. Cette langue, échappant à la tutelle française, a pris racine partout, donnant de beaux fruits, dans le dialogue avec d’autres langues. Mais il est maladroit d’y joindre un regret que la France soit le seul pays francophone monolingue (Monaco est oublié !). La France est un pays qui s’est donné une organisation politique unitaire, la République, s’exprimant au travers d’une langue officielle ; ce pays, d’autre part, fut pourvu par l’histoire d’un immense patrimoine linguistique, qui le rend singulièrement plurilingue. ». La suite de l’interview de Bernard Cerquiglini est à lire ici

« Je me croyais seul. Nous étions une légion. »  

Sous la voix grave et sérieuse du matinalier le plus écouté de France, se dissimule une âme sensible qui peut se laisser envoûter par les effluves sirupeux d’une série américaine. Aveu de Nicolas Demorand, le 8 janvier dernier, dans son billet : « Je vais donc me confesser pendant quatre-vingts secondes ce matin et avouer le bonheur parfumé à l’eau de rose que j’ai pris à regarder la série Virgin River. »  

Les ingrédients du scénario qui rend accro ? Une belle infirmière qui a fui Los Angeles après un drame personnel et un ancien militaire, patron du restaurant de la petite bourgade de Virgin River, célibataire, bricoleur, « terriblement sexy » dixit Nicolas Demorand qui constate et s’interroge : « Entre Mel et Jack, Cupidon est en embuscade. Mais parviendra-t-il à décocher ses flèches, dans une ville où tout le monde se connait et cancane ? C’est le cœur déchiré qu’on attend la réponse (…) Caramel, sucre glace, barbe à papa, ce n’est pas une série mais une bonbonnière aux tons pastel ».  

Le « cœur déchiré » de Nicolas Demorand ?!? Il n’en fallait pas davantage pour que les auditeurs, enfin… des auditrices surtout, lui écrivent pour confier qu’elles aussi regardaient « Virgin River » en cachette et que leur cœur battait à la chamade à chaque épisode saupoudré de rose de cette série signée Netflix.  

« Cher Monsieur Demorand, ces quelques mots simplement pour vous remercier : grâce à vous, j’ai « binge watché » (NDLR: binge-watching: visionnage boulimique selon la Commission d’enrichissement de la langue française) les premiers épisodes de la série « Virgin River »C’est sirupeux et léger, mais justement, quelle bouffée d’air ! Sachez que je n’ai pas honte de l’avoir fait. J’avais besoin de cette bulle d’eau de rose pour sortir la tête des flots d’actualité anxiogène de ces derniers mois.  Peu importe ce qui a motivé votre confession, vous avez rempli là l’une des missions du service public : faire que nous allions bien. Merci mille fois pour cette initiative teintée d’humour. Vous avez illuminé ma soirée. » 

« Un big merci à Nicolas Demorand pour sa chronique sur cette série Netflix que je n’aurais pas regardé de moi-même. Une série “feel good” qui fait du bien au moral et met du baume au cœur. Oui c’est un peu naïf et facile à regarder, mais c’est justement ça que j’ai aimé, une série positive, qui donne le sourire et où on s‘attache facilement aux personnages. »  

Découvrir que l’on n’est pas seul à succomber au charme de la guimauve est certes déculpabilisant mais ne comble pas le vide abyssal : « Que faire en attendant la saison 3 de Virgin River ?” s’alarme Nicolas Demorand dans son 80 secondes vendredi dernier, galvanisé par les messages de soutien et de bons conseils : « Charlotte, une auditrice, me recommande la série coréenne Mister Sunshine. « Encore plus de guimauve » me promet-elle « mais des décors, une part historique et un romantisme suranné ». Bref : tout ce que j’adore. On en reparle très vite. » Chiche ? 
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Emmanuelle Daviet 
Médiatrice des antennes de Radio France